‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 29 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons dû analyser pièce par pièce, pour ainsi dire, le monument d'Ictinos, chercher dans les musées les marbres dont il a été dépouillé, interroger les textes et d'insuffisantes répliques pour évoquer l'image de la statue qui l'habitait. Il nous reste à jeter un dernier coup d'œil sur le temple, tel qu'il apparaît aujourd'hui aux visiteurs, lorsque, les Propylées franchis, ils pénètrent sur le plateau de l'Acropole.

Baigné de lumière, dominant de sa masse le plateau rocheux qui lui sert de piédestal, il se détache sur le ciel, dont la clarté l'enveloppe de toute part. Et c'est d'abord, entre ciel et terre, une vision unique de grandeur et de ruine : fronton vide et déchiqueté, métopes martelées, architraves rompues, colonnes labourées de blessures, large brèche ouverte dans le flanc par l'explosion, voilà l'œuvre des hommes plutôt que du temps. Car le temps a mis sur ces marbres une parure incomparable, la patine dorée que Chateaubriand compare à la couleur du blé mûr, et dont la tonalité variée et nuancée fait ressortir cruellement les meurtrissures blanches laissées sur les colonnes par les boulets turcs et vénitiens. A mesure que le regard s'accoutume à suivre le rythme des lignes, à analyser la structure de l'édifice, l'impression d'une harmonie forte et douce, à la fois puissante et mesurée, s impose à l'esprit, et Ton cherche à la définir avec plus de précision.

Dans des pages célèbres, Renan a proclamé la perfection absolue du Parthénon, qui s'est révélé à lui comme « l'idéal cristallisé en marbre pentélique », comme « un type de beauté

éternelle, sans tache locale ni nationale » (1). El c'est en effet comme le chef-d'œuvre <le la raison humaine qu'il s'impose tout d'abord à notre admiration. Pourtant, à mesure que nous apercevons mieux les raisons d'admirer, le caractère vraiment « national » se dégage plus nettement, et l'histoire, qu'on ne saurait négliger, intervient pour l'éclairer d'une lumière plus vive. Nous nous rappelons que le Parthénon résume tout l'effort des générations antérieures et représente l'achèvement de projets longuement caressés. Le travail des précurseurs était mur pour produire ses fruits. Le moment était venu où une pensée puissante pouvait porter à leur perfection des formes d'art lentement élaborées, et traduire dans une œuvre unique, édifiée avec une étonnante rapidité, les plus hautes aspirations d'une cité hère de ses triomphes. En faisant la part du passé, nous comprenons à quel point le Parthénon est la complète expression du génie d'Athènes, ati point culminant de son histoire.

Ne le regardons pas comme une sorte d'idéal abstrait, isolé dans le temps, comme un produit de la raison pure. Et n'y voyons même pas seulement le temple dorique par excellence. Le Parthénon est un pur produit du sol attique; il ne pouvait être conçu et exécuté qu'à Athènes, et précisément dans les circonstances historiques que nous avons rappelées. L'ordre dorique ri'y a pas la rudesse austère qui apparaît dans les temples siciliens ou péloponésiens ; on a vu que les éléments ioniques ont leur part dans le Parthénon, et c'est bien là sa marque individuelle. Tout d'ailleurs y reflète l'esprit de l'Athènes du cinquième siècle, et l'art du même temps offrirait de nombreux ternies de comparaison. Cette recherche du contour le plus achevé que traduit le galbe des chapiteaux, on la reconnaîtrait dans les belles

(1) Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, p. 36-Go.

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