‹ Le Parthénon: l'histoire, l'architecture et la sculptureChapitre 6 sur 32 · II LE PARTHENON DE PERICLES · texte numérisé non relu

II LE PARTHENON DE PERICLES

l'acropole après les guerres médiques

Pendant tout le temps qui s'écoule entre la seconde invasion perse et l'année 447, le soubassement de pôros construit pour l'ancien Parthénon reste inutilisé. Ce n'est pas, en effet, au lendemain des guerres médiques que les Athéniens peuvent y édifier un nouveau temple. Lorsqu'ils rentrent dans leur ville après la victoire de Platées, en 479, ils trouvent partout les traces de la fureur avec laquelle les Perses se sont acharnés à la destruction : l'Acropole couverte de ruines, l'Agora dévastée, la nécropole du Céramique jonchée des débris des monuments funéraires brisés par les soldats

(1) Hérodote, VIII, 53.

de Xerxès, les campagnes systématiquement ravagées pendant la seconde occupation par Mardonios. Si le projet de reconstruction des temples de l'Acropole est un de ceux qui s'imposent tout d'abord, il faut en ajourner l'exécution, obéir à des nécessités plus impérieuses, et surtout attendre que les ressources du trésor d'Athéna permettent de remplacer par des édifices que Ton rêve déjà somptueux et magnifiques les vieux temples archaïques incendiés par les Perses (1).

Le premier souci des Athéniens, ce fut de mettre la ville en défense. Thémistocle y pourvut en construisant, dès la fin de Tannée 479, le mur d'enceinte de la ville basse, édifié avec une hâte fiévreuse (2), en fortifiant le Pirée pour assurer un abri à la Hotte de guerre. Quant à l'Acropole, il se borna à relever le mur nord, travail rapidement conduit, et pour lequel on employa les débris des monuments ruinés par les Perses, ainsi (pie des membres d'architecture provenant de l'Hécatompédon des Pisistratides, et vingt-deux tambours de colonnes en marbre non cannelés, qui se trouvaient, au moment de l'invasion, dans le chantier du vieux Parthénon et qui portent encore des traces de flamme.

Pourtant Athéna ne pouvait pas se passer d'un temple et il fallait un local pour y conserver le trésor de la déesse. Comment fut-il donné satisfaction à ces besoins urgents ? Nous touchons ici à l'une des questions les plus controversées, parmi celles qui concernent l'histoire de l'Acropole au cinquième siècle. Sans nous engager dans de minutieuses discussions, nous adopterons la solution qui nous paraît le plus vraisemblable (3). Bien qu'aucun texte ne ;ious renseigne d'une façon décisive, nous croyons volontiers que l'ancien

(1) Voir Lechat, La Sculpture attique avant Phidias, p. 424-437; Les conséquences de l'invasion perse.

(a) Thucydide, I, 89. Cf. Noack, Athen. Mitte.il., XXXVI, 1907, p. 123, 160, 473-566.

(3) C'est celle qu'a indiquée Michaelis, Arch. Jahrhuch, XVII, 1902, p. 22-23.

Erechtheion fut provisoirement relevé de ses ruines pour abriter la vieille statue de bois d'Athéna. Ouant à l'Hécatompédon, les murs étaient encore utilisables après le départ des Perses. On renonça à restaurer les colonnes de la péristasis ; le fait paraît certain, puisque des fragments de l'architrave servirent de matériaux pour la construction du mur nord. On se contenta donc de remettre en état les deux cellas de l'est et de l'ouest, et les deux chambres du milieu, les ocx^aira, qui, avant l'invasion perse, étaient sous la garde des trésoriers de la déesse, et où l'on conservait le trésor. Il est très légitime de supposer qu'elles restèrent affectées au même usage, ainsi que la cella de l'ouest, jusqu'au moment où l'achèvement du nouveau Parthénon les rendit inutiles. Quand le nouvel Erechtheion fut commencé, peut-être après 42 0, pendant la trêve qui suivit la paix de Nicias, peut-être plus tôt, le vieil Hécatompédon était condamné et destiné à disparaître. Il dut être rasé au moment où s'éleva la tribune des Corés, dont les fondations empiètent sur le stylobate de la colonnade extérieure, et il n'existait plus lorsque, en 4o6/4o5, éclata dans l'Erechtheion un incendie qui endommagea les plafonds de la cella d'Athéna Polias (1).

Après le bannissement de Thémistocle, en 470, Cimon continue son œuvre, et c'est à défendre la Grèce contre un

(1) '0 T.alix'.li -cfj; 'AOr,vàç vsco; svs^prJcrOr). Xénophon, Helléniques, I, 6, 1, Michaelis pense que ce texte vise l'Hécatompédon, qui aurait ainsi subsisté jusqu'en 4o6/4o5 (Arch. Jahrbuch, XVII, 1902, p. 22). Nous croyons plutôt, avec Furtwœngler (Sitzungsberichte der bayer. Akad., I, 189S, p. 35 1), qu'il s'agit de l'Erechtheion, et que la disparition du vieux temple du sixième siècle est antérieure à l'incendie mentionné par Xénophon. M. Dœrpfeld a soutenu une théorie toute différente sur la durée de l'Hécatompédon (Athen. Mittheil., XII, 1887, p. 59-61 ; XXII, 1897, p. 177- 178). Suivant lui, l'ancien temple d'Athéna aurait été réédifié, après l'invasion perse, avec sa colonnade; celle-ci aurait été supprimée, au cours des travaux de l'Erechtheion, quand fut construite la tribune des Corés. L'Hécatompédon aurait subsisté ainsi, sans péristasis, pendant toute l'antiquité, et n'aurait été détruit qu'à l'époque byzantine. M. Petersen a combattu cette théorie (Athen. Mittheil., XII, 18S7, p. 62-72). D'autre part, M. Frazer se refuse à croire que l'Hécatompédon ait été relevé après les guerres médiques (Pausanias,s Description of Greece, II, p. 58o-5S2).

retour offensif des Perses qu'il dépense toute son activité. Grâce à l'habile politique d'Aristide, Athènes est à la tétc d'une grande confédération maritime dont le siège officiel est à Délos, et qui groupe, avec les îles de la mer Egée, les villes ioniennes d'Asie Mineure. Chef de la flotte alliée, Cimon soutient contre les Perses une guerre heureuse dont la victoire de l'Eurymédon est le plus brillant épisode. Toutefois, si le trésor de la Ligue, conservé à Délos et géré par des hellénotames athéniens, suffit à couvrir les frais de la guerre et à entretenir la flotte fédérale qui devient bientôt celle d'Athènes, le moment n'est pas encore venu de relever les temples de l'Acropole. Cimon ne fait qu'y compléter les travaux de défense. Vers 465, il emploie une partie du butin provenant de la bataille de l'Eurymédon à construire le mur dont les puissantes assises limitent aujourd'hui le plateau du côté sud (1). La terrasse aménagée au sud du soubassement de l'ancien Parthénon est par suite élargie; pour niveler le terrain, on remplit le vide avec des remblais où l'on accumule les débris laissés par l'invasion perse (2). Mais l'emplacement du futur Parthénon reste toujours ce qu'il était au lendemain de la dévastation de l'Acropole.

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