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LES TRAVAUX DU PARTHÉNON

En 44g, la mort de Cimon, enlevé par la maladie, en pleine victoire, dans les eaux de Salamine de Chypre, fait de Périclès le chef de la démocratie athénienne. Suivant le mot de Plutarque, « élevé seul au-dessus de tous les citoyens, il jouit d'un pouvoir presque absolu » (3). Ce pouvoir, il va

(1) Plutarque, Cimon, 13. Cf. Jahn-Michaelis, Arx Athenarum, p. 9-10.

(2) Voir la figure 13.

(3) Plutarque, Vie de Périclès, i5.

le mettre au service de projets longuement caressés. Maître du gouvernement, fort de l'autorité que lui donnent son éloquence, sa volonté puissante et réfléchie, il peut enfin réaliser un rêve cher aux Athéniens, en faisant renaître de ses ruines une Acropole toute brillante d'édifices de marbre, en payant à Athéna la dette de reconnaissance de la cité par la plus magnifique des offrandes, le Parthénon.

En politique prévoyant, il s'était préoccupé de longue date d'assurer au trésor de la déesse les ressources nécessaires. Déjà, en 456, il avait proposé de convoquer à Athènes un congrès panhellénique, pour aviser aux moyens de relever les temples brûlés par les Barbares. L'opposition maussade et jalouse de Sparte avait fait échouer le projet. Les Athéniens s'étaient retournés vers la Ligue maritime. En 454, ils obtiennent qu'un soixantième du tribut versé par les villes alliées à la caisse fédérale de Délos, à savoir une mine par talent, soit prélevé par les hellénotames et remis aux mains des trésoriers de la déesse. Cette aparkhé est régulièrement versée à dater de 454, et nul doute que les alliés ne l'aient consentie pour contribuer à l'édification d'un temple à Athéna, à la déesse qui avait donné aux Grecs la victoire sur les Perses (î). La même année, Périclès prend l'initiative d'une mesure décisive, qui met à la disposition d'Athènes les réserves accumulées dans la caisse fédérale. Suivant sa proposition, le trésor d'empire est transféré à l'Acropole, sous le prétexte de le mettre à l'abri d'un coup de main des Perses (2). Rien n'est changé en apparence à son affectation; c'est toujours un trésor de guerre, et l'expédition de Cimon à Chypre, en 44cj, vient à point pour démontrer aux yeux des alliés l'op-

(1) P. Foucart, Revue de Philologie, 1903, p. 10-11.

(2) Keii. (Anonymus Argentinensis, p. 133 et suiv.) a proposé de placer en l5o le transfert à Athènes du trésor d'empire. Ses conclusions ont été combattues par Wii.cken {Hernies, 1907, p. 37I et suiv.).

portunité du transfert. Mais bientôt les hostilités cessent avec la Perse; la paix est signée en 445, et des négociations avec Sparte achèvent de l'assurer. Périclès peut dès lors consacrer atix grands travaux dont le plan a été longuement mûri les ressources de la caisse fédérale, riche de réserves qui, au moment du transfert, se montent à environ 3.000 talents. Vers 443, elles atteignent au chiffre de 3. 000 talents. En vain le chef du parti conservateur, Thucydide fils de Mélésias, cousin de Cimon, combat la politique impérialiste de Périclès, et se fait le champion des alliés. Son exil, en 4I3, laisse le champ libre à Périclès. En 44o, la distinction jusque-là officiellement maintenue entre le trésor d'Athéna et le trésor d'empire est abolie, et les trésoriers de la déesse disposent pour les dépenses du Parthénon d'une caisse abondamment garnie. On peut évaluer à 6.000 talents le montant des deux caisses réunies (1). Ce transfert du trésor fédéral à Athènes avait, dit-on. été déjà discuté devant Aristide, à qui Plutarque prête ce mot : « Ce ne serait pas une mesure correcte, mais ce serait une bonne mesure (2). » Ainsi en jugea Périclès qui fit triompher la raison d'Etat pour payer envers Athènes la dette de la Grèce, pour donner à la ville qui avait été Pâme de la résistance et qui avait le plus cruellement souffert de l'invasion des Barbares, une nouvelle et brillante parure de monuments.

En ce qui concerne l'Acropole, Périclès avait conçu un projet de grands travaux d'ensemble, comportant la réfection complète des temples et des édifices détruits par l'invasion. De magnifiques Propylées de marbre devaient remplacer l'ancienne porte monumentale à façade dorique, qui s'ouvrait

(1) Voir sur cette question : Lechat, La Sculpture attique avant Phidias, p. 427; E. Cavak.nac. Etudes sur l'histoire finetneièn d'Athènes au cinquième sièclt, p. 5rj, 72, 8", <J3-

(2) Plutarque, Vie d' 'Aristide, i5.

dans le mur pélasgique et qui avait été sans doute construite entre les années 4go et 4So, alors que s'élevaient les premières assises du vieux Parthénon (1). En 45o, peut-être avant, le parti conservateur avait décidé la construction d'un temple à Athéna Niké. Il devait occuper la plate-forme du bastion ou pyrgos relevé après 48o pour commander l'entrée de l'Acropole. L'architecte Kallicratès en avait dressé les devis. Périclès fit ajourner cette construction qui gênait le plan établi par Mnésiclès pour les Propylées. C'est seulement vers 432 que, à la suite d'une transaction, Mnésiclès modifia le plan primitif pour permettre l'édification du charmant petit temple ionique d'Athéna Niké (2). Quant au Parthénon, le soubassement était prêt depuis longtemps, et attendait le monument qui allait proclamer la gloire d'Athènes et sa piété envers la déesse protectrice de la cité. Enfin, il est permis de croire que Périclès comprenait, dans ses grands travaux, la construction du nouvel Érechtheion, destiné à remplacer par un édifice unique les deux vieux temples relevés à la hâte au lendemain des guerres médiques (3). En réalité, aucun texte ne nous renseigne sur la date où il fut commencé, et nous savons seulement que les travaux, interrompus par la

(1) Doerpfei.d, Athen. MitteiL, XXVII, 1902, p. 4o5-4o6 ; Weller, American Journal ofArchœology, VIII, igo4, p. 35 et suiv. Une autre théorie place les anciens Propylées au temps des Pisistratides ; Judeich, Topographie von Athen, p. 62.

(2) L'inscription relative à la décision de 45n a été publiée dans VEphéméris archéologique de 1897, p. 176. Cf. Keil, Anonymus Argentinensis, Beilage, p. 302-325. Peu de questions ont été plus controversées que celle de la date du temple d'Athéna Niké (Voir Judeich, Topographie von Alhen, p. 201). Les recherches de Wolters (Bonner Studien, 1890, p. 92 et suiv.) et de Koester (Arch. Jahrbuch, XXI, 1906, p. 129-147) ont fourni des arguments très forts en faveur de la théorie qui place la construction vers 432, c'est-à-dire au temps de l'achèvement des Propylées. Le projet, abandonné sous l'influence de Périclès dont il contrariait les plans, fut sans doute repris par le parti conservateur, et Mnésiclès dut modifier le plan de l'aile sud pour faire une place au nouveau temple.

(3) Nous croyons devoir écarter l'hypothèse de FurtwaMigler, suivant laquelle, dans la pensée de Périclès, le Parthénon devait remplacer la cella de l'ancien Hécatompédon réservée à Athéna, et recevoir la vieille idole de la déesse, projet révolutionnaire, contre lequel aurait protesté le parti conservateur en faisant construire l'Érechtheion (Furtw.engler, Meisterwerke, p. 171 et suiv.).

guerre du Péloponèse, étaient assez avancés quand ils furent repris en log, au cours d'une période d'accalmie. Mais il est très vraisemblable que, dans le temple actuel, une partie seulement du plan primitif a été réalisée et que le premier projet comportait une construction plus étendue et plus symétrique (i). Nous inclinerions volontiers, avec M. Dœrpfeld, à faire honneur à Périclès de ce projet qui réunissait dans les cellas d'un édifice unique, sur remplacement même du trou du trident et de la source d'eau salée, les cultes d'Athéna Polias, de Poséidon et d'Érechthée. Ainsi, ce que Périclès allait entreprendre, avec le sentiment de répondre aux plus légitimes aspirations de l'âme nationale, c'était la création d'une Acropole toute neuve, reconstruite sur un plan d'ensemble longuement médité, oit serait effacée toute trace des ruines laissées par les Perses, et qui ferait à la fois l'orgueil d'Athènes et l'admiration de la Grèce.

A quelle date commencèrent les travaux du Parthénon (2)? Bien souvent discutée, la question est aujourd'hui résolue grâce à des documents précis, aux textes épigraphiques qui nous ont conservé des fragments des comptes relatifs à la construction du temple (3). La surveillance des travaux était en effet confiée à une commission d'épistates qui, chaque année, établissait le relevé des reliquats de l'année précédente, des sommes versées soit par les trésoriers de la déesse, soit par les hellénotames, soit par d'autres collèges de magistrats, et celui des dépenses, (les comptes sont datés pour chaque exercice par la mention du secrétaire de la prytanie et par celle de l'archonte éponvme (1). Or, en

(1) DoEriPFEi.D, Albin. Mitteil., XXIX. igo4, p. 1.01-107.

(2) Bculé la plaçait en 444 (L'Acropole d'Athènes, I, p. 46) et Michaelis en 454 (Dtr Parthcnom p. 10-11).

(3) Corpus inscr. atticar., I. 300-313; IV, I, 297 ab, 300-302, 311 a; Jahn-Michaelis, Arx Athenarum, p. g4.

(4) M. P. Foucart a fait remarquer l'importance de la formule employée pour

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Angle ouest-nord.

Face nord.

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