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Le parti catholique

nécessité de défendre une œuvre religieuse^ attaquée jusque dans son honneur, nous oblige à faire un livre de Jîes pages que nous eussions volontiers livrées à Toubli.

Ecrites pour r('j3on(lre à unt3 agression injuste, elles ne sont recueillies que parce que l'agression elle-même l'a été. Nos amis nous demandent, et nous leur devons plus encore qu'à nous-mêmes cette justification d'une œuvre qu'ils ont si longtemps et si persévéramment encouragée.

« Vos adversaires, nous écrit un prê- >> tre éminent, ont-ils bien compris la » portée de leurs accusations contre » vous? J'en doute, car elle aurait dA >y les faire hésiter. S'ils ont raison, il faut » admettre que depuis huit ou dix ans, » YUnkers a eu le secret de fasciner une » portion considérable du clergé, à tous » les degrés de la hiérarchie, au pomt de » lui faire croire qu'elle soutenait un or- » gane de la publicité dévoué à l'Kglise, » intelligent autant que zélé pour la sainte

» cause qu'il avait embrassée ; tandis » qu'eu réalité , par son emportement » et son ignorance , cet organe aurait » été plus nuisible à la cause qu'il » prétendait défendre que ses ennemis » les plus acharnés, le Siècle, par exem- » pie, dont il se trouvait l'auxiliaire sans » le savoir. Les évoques et les prelres qui » vous lisent ne s'en doutaient pas, jus- » qu'à ce que ces Messieurs soient venus » leur révéler ce mystère effrayant. Ils '> avaient des yeux pour ne point voir ! ». Une pareille conséquence outre passe » l'absurde. S'il y a des aveugles en loul « ceci, ils ne sont certes pas dans les » rangs de vos lecteurs. Pour eux, vous » êtes les défenseurs sincères et dévoués » de l'Eglise et des doctrines romaines. » Si vous n'êtes pas infaillibles et im- » peccables, ils ne vous en font pas un

» crime : ils sont convaincus de votre en- » lière bonne foi et de votre désintéres- » sèment. ■— Faites, je vous en prie, li- » rer à part votre réponse à M. de Fal- » loux. Tous vos amis vous en sauront » gré. Ils aimeront à vous relire, et dans » le journal c'est difficile. Il faut d'ail- » leurs qu'on puisse vous mettre sur le » rayon de la bibliothèque h côté de vo- » tre adversaire. L'impartialité viendra » avec le temps, et l'on rendra justice à » y Univers. »

Nous n'aurions qu'à publier une faible partie des lettres que nous avons reçues depuis le commencement de cette polémique, pour composer une réfutation complète et solide de tous les griefs qui nous sont imputés. Ce sont nos plus anciens lecteurs, qui viennent ainsi spontanément prendre nôtre défense devant

nous-mêmes , comme s*ils craignaient que la passion qui nous poursuit triomphât non pas de leur raison, mais de noire courage. La plupart de ces amis si honorables nous sont personnellement inconnus. Qu'ils trouvent ici l'expression de notre reconnaissance. Nous ne saurions assez dire quelle force leurs vives sympathies nous communiquent pour soutenir une lutte dont ils devinent les amertumes, mais dont ils ne connaissent pas également les consolations. On en jugera en lisant une seule de ces lettres, aussi remarquable par le fonds que par la forme.

« Bordeaux, 16 juillet.

» Les sympathies d'un inconnu vous » importent peu, et grâce à Dieu vous

n(3 les allendez pas pour remplir voire rude tâche; mais vous ne pouvez trouver mauvais que je soulage mou cœur.

Merci donc. Rien ne rafraîchit et ne réconforte l'âme au miheu des défaillances de l'époque, comme de rencontrer ce que l'on rencontre parmi les rédacteurs de votre estimable feuille , des intelligences capables de porter la vérité, des cœurs dignes de l'aimer, des volontés dévouées à la défendre contre ceux qui l'attaquent ouvertement ou la dénaturent en la diminuant; ce qui est pire, sauf les inlentions. Diminuer, décolorer, bigarrer son drapeau, c'est le rendre méconnaissable.

Le drapeau de tout le monde n'est le drapeau de personne. Arborer les couleurs de toutes les nations est le fait d'un pirate. Je comprends à merveille

vu

'> (jiie les inéchaiils (JéfigureiU la vérité » pour la rendre odieuse; mais que les » bons la dédgurenl pour la rendre ai- » niable ! Il y a dans ce procédé beau- » coup d'aveuglement. Votre adversaire ^> a travaillé contre lui-même... Vos ar- » mes sont de meilleur aloi, et la modé- » ration est de votre côté.

» Quel dommage que des esprits

» d'une certaine élévation , trop sages » pour sarrêter à l'erreur, trop faibles » pour s'élever jusqu'à la vérité sans mé- » lange, restent au milieu, vrais catholi- ^> ques et royalistes à la Chateaubriand, '> qui oublient que l'impartialité, néces- » saire entre les hommes, est impossible » quand il s'agit de principes. Ils se » croient modérés, parce quils sont mi- » toyens, disaient de Bonald et de Mais- ^> Ire, lesquels ont mal dit, au jugement

» de iM. de Falloux. Je regrette que vous » n'ayez pas relevé ce Irait de suffisance. » Eh quoi ! ces deux grands hommes « n'ont pas parlé pour notre temps? C'est » ineffable! Cela méritait une mention » honorable. Pour juger les hommes, a » dit l'un d'eux, il faut les peser. Peser » de Maistre et deBonald serait une opé- » ration un peu lourde aux doigts de nos » académiciens.

» Je bénis le bon Dieu que vous ne « soyez pas fusibles; ce serait la mort du » journal. Et la Fusion, si elle était pos- » sible, serait la mort des doctrines mo- » narchiques. Si par fusion on entendait » la conversion du principe révolution- » naire incarné en 1830, à la bonne » heure ! Mais l'union de deux doctrines » contradictoires, c'est une absurdité, «Réconciliation des personnes, bien!

j> Amalgame des principes, impossible.

j> Ceux qui parlent d amalgamer leurs » principes veulent mettre en commun » ce qu'ils n'ont pas.

« Laissons faire le Ciel. Gardons-nous » d'être ingrats, mais n'enjambons pas n sur la Providence. Attendons « que le » premier ministre de Dieu au départe- » ment de ce monde, le temps » ce grand » faiseur de miracles, ait dit son dernier « mot, qui doit être le nôtre. Est-ce que '' le torrent deviendra un fleuve régu- » lier, et fera éprouver le sort du voya- ^> geur de la ftible à tous les prudents » restés sur l'autre rive, attendant que » toute l'eau soit passée? Il y a des rai- » sons pour le désirer et même pour le » croire ; mais j'en reviens toujours là : » le dernier mot manque. Le dernier mot

du grand de Maistre est toujours là

aussi : « Quand l'impiété est libre, cest un grand analhême. » Iniilons la sagesse de l'Eglise qui ne s'inféode h aucun homme, à aucun parti, à aucune dynastie, et qui maintient intacts les vrais principes dans le monde. Votre œuvre est une œuvre catholique avant tout; conservez-lui ce caractère, condition de sa durée et raison de sa force. Si elle ne valait pas ce qu'elle vaut, elle serait moins attaquée. On sent que vous êtes forts, et vous l'êtes, comme vous dites, plus encore qu'on ne le sent; car le sceptre ne sortira plus de Juda et la lumière ne s'éteindra jamais en Israël.

On est fort quand on défend la Vérité, et surtout quand, en la défendant, on n'atlend d'autre retour que le regard et la bénédiction du Dieu qui est mort en disant la Vérité. Pour des chrétiens, il

« y a même quelque douceur dans cette » silualion , el je suis persuadé que vous » ne Tignorez pas. »

Telles sont les lettres que nous recevons et les voix qui nous soutiennent.

Les politiques ne nous aiment point; mais nous osons le dire , nous sommes avec les âmes qui ont su se désintéresser des petites combinaisons de ce monde, et qui n'y voyant rien que d'éphémère et de doutenx , s'attachent à celte vérité certaine qui seule peut tout sauver el seule ne peut périr.

Aucune force, aucun entêtement ne pourrait résister aux attaques dont nous sommes l'objet de tons les côtés à la fois; mais il n'y a pas de faiblesse qui ne puisse combattre dans ce sentiment profond de la vérité, perpétuellement confirmé par le résultat même de la lutte. Les rédacteurs

de Y Univers ne sont que des écrivains isolés, sans position officielle, sans forlune, sans appui dans le monde. Mais l'opinion qu'ils expriment est celle de la grande majorité des catholiques , et cette opinion ne les abandonne pas, parce qu'eux-mêmes n'abandonnent pas la vérité.

Un mois s'est écoulé depuis que la dernière partie du travail que nous publions a paru dans YUnivers. Plusieurs journaux des départements, rédigés par les amis de notre adversaire ou recevant ses inspirations, ont exercé sur nous la critique la moins impartiale. Aucun n'a essayé de contester un seul des faits que nous avons établis.

Le complet silence de noire adversaire nous a étonnés. Il s'était sans doute promis de clore la polémique, mais nous ne

pensions pas qu'il dût se croire lié par cet engagement lorsque, contredit sur lant de points où il avait avancé sa parole, il était encore pressé de s'expliquer sur une quealion qui louche à l'honneur. En pareille matière, l'on afïirme, ou l'on se rétracte. Ces débats sont de ceux qui ne se justifient qu'en s'épuisant.

Après ses allégations louchant les alliances de la presse religieuse, et après nos propres observations (Page 188) sur le caractère de ces attaques, M. de Falloux devait sfjntir que le débat n'était pas épuisé. Nous attendions ou une affirmation du gentilhomme, ou une rétractation du chrétien. Ni le chrétien, ni le gentilhomme n'a répondu.

Une dernière fois, dans {'Univers (2 août 1856), nous avons provoqué une contestation, s'il v avait lieu. « 11 nous

» resle, disions-nous, le temps d'ajouter » une nole.Aucunintérôl, aucun sentiment » ne nous porte à déguiser la vérité, et » nous désirons n'imiler en rien les pro- » cédés dont on use contre nous. Nous » voulons donner au public un docuj) ment, non un pamphlet. » Toujours les mêmes déclamations outrées et injurieuses des amis de M. de Falloux; quant aux faits, toujours le même silence.

Cet écrit peut paraître. L'exactitude des faits qu'il expose est vérifiée et confirmée.

Prochainement nous donnerons les pièces justificatives de l'histoire du parti catholique et du journàW Univers ^ sommairement exposée ici. Elles formeront plusieurs volumes, composés des principaux articles que nous avons publiés depuis 1842.

Le premier volume de ces Mélangefi, intitulé : Questions coniroverdes entre les catholiques, 1848-1856, contiendra les polémiques avec le Correspondant el avec Técole plus libérale encore de VÈre Nouvelle. On y verra : 1° Que notre ligne politique n'a pas varié dans son ensemble , et qu'à travers les modifications de langage imposées par leschangemenls extérieurs que tout le monde a subis, nous avons toujours professé la môme doc- I rine et formulé les mêmes vœux; 2" Qu'envers les catholiques nous avons toujours, et presque toujours seuls,donné l'exemple de l'équité et de la modération.

Il est sans doute fâcheux que des discussions s'élèvent entre catholiques; il est infiniment regrellable qu'elles prennent un ton d'aigreur et d'injustice. iMais, puisqu'il y a matière à discussion, il serait

plus fâcheux qu'une seule opinion parlai; et puisqu'il y a discussion, il serait plus regrellable que les accusés ne se justifiassent point. Du reste , les ennemis de la religion triomphent inutilement de ces inévitables discordes : elles ne vont pas jusqu'au dogme, et dans la plus grande chaleur de la dispute, les combattants « toujours unis dans la même foi , savent toujours parfaitement sur quoi ils sont d'accord. » C'est la parole d'un éminent évêque , dont nous reproduisons en appendice une lettre que les catholiques rehront avec fruit. « Conservons, dit-il, » cet accord admirable qui n'est possible » que pour nous. Passagers renfermés dans » la barque de Pierre, qu'importe que » nos pieds ne touchent pas au même » point du sol, pourvu que nos regards » se portent vers le même ciel! » Que

ce soit là ie dernier mol de loiiles nos querelles!

Paris, 9 août 1856.

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