LE DER.VIER GO.YFLIT
§ r . LE XOI.VEAU PROGRAMME DE LA GAUCHE.
M. Royer-Collard a dit un jour de M. de Polignac et de ses collègues « qu'ils avaient les ordonnances écrites sur le visage « . Le ministère du 8 août 1829 n'avait, en effet, pour raison d'êlre que la volonlé de faire un coup d'Etat, et il ne pouvait avoir d'autre moyen d'action. Amis, ennemis, spectateurs, tous le comprirent ainsi dès le premier jour; tous eurent le sentiment de la crise prochaine, inévitable '. On était même convaincu qu'elle allait éclater immédiatement. Comment imaginer que la royauté eût lancé un tel défi sans être prête à agir? Aussi ouvrait -on chaque malin les journaux avec une
' M. de Lamartine, alors dévoué aux Bourbons, écrivait le 16 août 1829, quelques jours après la constitution du ministère Polignac, à son ami "SI. de V irieu : a Je te le dis entre nous, je crois maintenant à la possibilité d'une révolution qui emporte la dynastie; je n'y croyais pas bier... Cette déclaration de guerre en pleine paix détache du roi l'opinion nationale, dans le sens libéral du mot, comme la bâche détache l'écorce de l'arbre, sans qu'on puisse jamais l'y recoller, i
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impatience fiévreuse, pensant y trouver les ordonnances attendues. L'élonnement était de ne rien voir venir. « C'est singulier , disait une femme d'esprit, la princesse de la Trémouille, il me semble que je suis au théâtre pour un grand drame , que le rideau est levé et que les acteurs ne paraissent pas \ «
Le désappointement aurait été bien autre si l'on eût pénétré dans les coulisses, et regardé d'un peu près ces pauvres acteurs, tout embarrassés du costume de combat qu'ils ont revêtu , ne sachant comment tenir le personnage dont ils ont pris la charge, immobiles et muets après le formidable éclat de leur entrée en scène , permettant à leurs confidents de rêver tout haut de coup d'Etat, mais ne le préparant pas. Il semblait qu'ils fussent satisfaits d'avoir ainsi prévenu par leur provocation ceux qu'ils devaient surprendre, et, en même temps, rassuré par leur inaction ceux qu'ils devaient intimider; ils attendaient alors, dans une sérénité béate, les événements que leur rôle était de diriger et de brusquer. Sur cette incapacité prodigieuse qui épouvantait les amis et faisait rire les ennemis , nous avons tout dit, en étudiant l'extrême droite *. Aujourd'hui c'est de l'autre côté qu'il faut tourner les regards. Mais il convenait de ra|)peler que si,
1 Lettres inédites de madame Swetchine , publiées par .M. db Fallolx, p. IGO.
2 Voir Royalistes et Républicains,