LE DKHNIER COM-LIT
Les républicaius, dit-on, n'eussent pas voulu du pelit-fils de Charles X. Ils ne voulaient pas non plus de son cousin, et cependant on le leur a fait subir. Est-il vrai d'ailleurs qu'on fût en face d'une république prochaine, imminente, et nue, pour lui bair^'r le chemin, il tallùt saisir le premier expédient possible, sans avoir le loisir de chercher le mieux? \ous serions plus disposéàcroire que les démagogues n'étaient pas organisés et qu'ils n'auraient pu empêcher ce que les chefs libéraux eussent résolument voulu. Si M, Laffitte, M. Thiers ou autres habiles faisaient grand bruit des menaces de l'Hôlel de ville, c'est qu'ils y voyaient un moyen de peser sur les indécis, et de fournir une excuse aux scrupuleux. M. Duvergier de Hauranne, ayant, à celle époque, rencontré Godefroy Cavaignac , le félicitait de ce que lui et ses amis avaient sacrifié leur idéal républicain à l'iniérèt de la France. « Vous avez tort de nous remercier, lui répondit celui-ci, nous n'avons cédé que parce (jiie nous n'étions pas en force. Il était trop difficile de faire comprendre au peuple qui avait combattu au cri de « Vive la Charte! » que son premier acte, après la victoire, devait être de s'armer pour la détruire. Plus tard, ce sera différent. » C'est en effet « pUis tard » que la menace devienJra redoutable, et la nouvelle monarchie ne tardera pas à l'éprouver. Quelle était donc la meilleure manière de se préparer à combattre ce parti révolutionnaire, véritable péril de l'avenir, et d'un avenir si proche? Miail-ce de
lui fournir une sorte de point de départ logique, de lui donner l'élan, en faisant, dans sa compajTnie et avec son concours, une révolution partielle? Elait-ce de descendre à mi-côte, avec l'espoir de se fixer sur celte pente rapide, glissante, où les libéraux ne sauraient trouver un arrêt, une assiette solide, pour résister à ceux qui voudraient les entraîner [>las bas? Xe valait-il pas mieux, au contraire, refuser dès le début de quider le terre-plein de la légalité constitutionnelle, où seulement on avait pour soi la force d'un principe intact et l'union de tous les royalistes? Peut-être quelque énergie eût-elle été nécessaire poui* cette première résistance. En eùt-il fallu plus que M. Casimir Périer n'en dépensera tout à l'heure pour réprimer les conséquences naturelles de la révolution et lâcher de fair,' disparaître les causes de faiblesse que la nouvelle monarchie devait à son origine? D'ailleurs, que d'autres difficultés on s'épargnait, ne serait-ce que ces difficultés extérieures qui ont pesé si lourdement sur le gouvernement de juillet, et que celui-ci n'a pu surmonter qu'au prix d'une sagesse prolongée et parfois pénible! Enfin à ceux qui répètent qu'on n'eût pas réussi avec le duc de Bordeaux, ne peut-on pas répondre : Avez-vous donc réussi avec ce que vous avez mis à la place?
La vérité est qu'en 1830, les libéraux ne comprenaient pas autant qu'ils ont pu le faire plus tard, à la lumière des événements, combien il importait à la liberté, à la stabilité, à la paix sociale, de respecter
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l'hérédité monarchique. Ceux-là mêmes qui avaieni le désir de ne pas rompre avec celle famille que Benjamin Constant proclamait, en 1814, « la famille incontestée 55 ne l'avaient pas assez vif, assez profond, assez résolu. Ils ne se défendaient pas avec assez d'obstination contre les tentations de colère qu'éveillaient chez eux les provocations du gouvernement. Et alors, sans prendre directement eux-mêmes l'initiative, ils se résignaient trop facilement à croire qu'on ne pouvait résister aux meneurs peu nombreux et hardis qui poursuivaient le changement de dynastie. N'étaient-ils pas aussi plus ou moins trompés par ce mirage de 1688 qu'on avait, depuis quelque temps, rais constamment sous leurs yeux? « Nous avions, dit M. Guizot, l'esprit plein de la révolution de 1688, de son succès, du beau et libre gouvernement qu'elle a fondé. " Depuis lors, la lumière s'est faite, et le même M. Guizot a été le premier à reconnaître que l'avènement du duc de Bordeaux eiàt été la solution, non-seulement « con?litutionnelle » , mais la plus « politique », et que c'tiil été un grand « bien pour la France, » de ne pas se laisser entraîner au delà '.
' Quelques-uns ne se sont pas coiilontés d'cxpriiiUT un regret, ils ont confessé un repentir. Tel est, par oxeinple, AI. Dnnoyor, l'ancien rédacteur du Censeur, dont nous avons dijii cite plusieurs fois les aveux. Dans son livre sur le Second E/n/)ire et une nourelle Rstaurafion , il s'exprime ainsi : a Lorstprelie a brisé l'ancienne royauté que de yraves raisons pouvaient bien lui prescrire de inodiiîcr, de limiter, de contenir, mais que , très-assurément, il n'y avait pas liei: de détruire, et (|ui n'a été détruite que sous l'empire de passions
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Pour regretter la scission de 1830, il n'est pas nécessaire de faire appel à celle piété royaliste, à celle fidélité par honneur, à ce dévouement par tendresse, qui faisaient battre le cœur et armaient le bras d'un cavalier d'Angleterre et d'un Vendéen de 93, Sans doute, nul ne saurait méconnaître la beauté morale, la poésie touchante et même l'utilité pratique de ces attachements chevaleresques. A d'autres époques de notre histoire ou dans d'autres nations, ils ont pu être d'un puissant secours aux sociétés troublées ou aux nationalités menacées. C'est un malheur quand, dans un pays, ils s'affaiblissent ou disparaissent, sous l'action des vicissitudes et des bouleversements politiques. Mais c'est un malheur qu'on ne répare pas par des phrases et des affirma-
délesfables , parfaitement étrangères aux fins avouables et avouées de la révolution, notre nation a commis une faute énorme, qui ne pouvait manquer d'avoir et qui a eu les suites les plus désastreuses. » L'auteur se reproche a un tort qui a été , dit-il , commun à beaucoup d'hommes de son temps» : c'est de n'avoir pas suffisamment esaminé si la transmutation de pouvoir, opérée en août 1830, offrait le même caractère d'incontestable légitimité que la résistance opposée par la nation aux ordonnances de juillet. Déjà, dans un écrit antérieur publié en 184-9, sur la Révolution du '%k féerie i\ M. Uunoyer avait dit : « Ce qui fut parfaitement irréprochable en juillet, ce fut la résistance aux ordonnances. Mais cette nécessaire et légitime résistance pouvait-elle, surtout après l'abdication du roi etdu duc d'.Angoulème, et après la transmission régulière du pouvoir royal au duc de Bordeaux, sous la régence du duc d'Orléans, cette résistance, dis-jc, pouvait-elle , sans dépasser le but, aller jusqu'à appeler par une révolution le duc d'Orléans au trône? 11 me paraît impossible, aujourd'hui que nous jugeons ces événements de sang-froid, de ne pas répondre négativement... Rigoureusement donc, la révolution n'était pas plus nécessaire qu'elle n'était légale. '
nie LK DERXIER CO.VFLIT.
lions. Déjà, sous la Restauration, la vigueur et la pureté natives de ces sentiments n'é^aient-elles pas sinfTulièremenl entamées? On n'en voudrait pour preuve que l'altiludo môme de l'extrême droite, constamment opposante de 1815 à 1830, et, sous Louis XVIII, opposante contre le roi lui-uième. Ce qui commençait déjà à être vrai alors, l'est plus encore aujourd'hui. Le souffle des révolutions qui a passé sur tous, même sur ceux qui les combattent, n'a guère laissé subsister, dans les âmes de notre génération, cette chevalerie d'un autre âge. Et quant aux principes absolus sur le droit supérieur et antérieur d'une famille antique, sur l'inamissibililé du pouvoir royal, ils ont, dans leur forme abstraite, peu de prise sur des esprits las de théories pour eu avoir vu faire tant d'abus par tous les partis, depuis un siècle. Devenus ainsi, par le malheur des événements, plus indifférents sur les personnes, plus sceptiques à l'égard des doctrines, les hommes de notre temps se placent volontiers, dans les choses de la politique, à un point de vue plus humble, plus en)piriquc, plus égoïste. Ce point de vue d'ailleurs suffit pour leur faire déplorer les événements de 1830. Dans la perte de l'hérédité monarchique, ils doivent regretter la disparition d'un élément de stabilité, particulièrement approprié à l'état social et politique de la France. Ils doivent gémir de voir la sécurité, la paix, la prospérité, la moralité publique du pays compromises par celle rentrée dans l'insla-
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bilité révolutionnaire. Ils doivent se plaindre de voir enlever à la liberté les conditions de fait et de droit qui lui permettaient le mieux de se fonder et de se développer. Si, sous une autre étiquette et avec d'autres personnes, ils s'étaient assuré les mêmes avantages, on eût pu passer condamnation sur ce qui n'aurait été alors vraimentqu'un nouveau 1688. Mais n'en est-on pas encore à chercher, et qui oserait se vanter d'avoir trouvé? Quand on considère ce qu'est devenue la France depuis quarante ans, et qu'on évoque au contraire ce qui aurait pu être sa destinée, si le duc de Bordeaux eût été reconnu roi, avec le drapeau tricolore pour ombrager son trône et \e duc d'Orléans pour l'initier aux nécessités du gouvernement moderne, quand on supprime alors par la pensée tant de dates néfastes et funèbres de l'histoire intérieure et extérieure de notre patrie, 1848, 1851, 1870, comment, en dehors de toute théorie, de toute question de sentiment, se défendre d'un regret amer et poignant?
Dès le lendemain même des événements, il était, parmi les libéraux, des âmes plus droites que les autres, des esprits plus éclairés qui, sans posséder cette pleine lumière que les événements seuls devaient leur apporter, avaient l'instinct du malheur dont ils venaient d'être les victimes et un peu les instruments. Pendant que M. Thiers se réjouissait de voir la France conduite au but que le Xational lui avait assigné , M. Royer-Collard , arrivé à Paris , le
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9 août, quand tout élait consommé, disait, à la vue du champ de bataille : « Moi aussi, je suis dans les vainqueurs, mais la victoire est bien triste! » N'estce pas le vrai mot de la situation et comme la conclusion de cette histoire?