‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 26 sur 121 · REPUBLICAINS ET BONAPARTISTES · texte numérisé non relu

REPUBLICAINS ET BONAPARTISTES

peut-être à leur visée dynastique des rêveries de démocratie malsaine, mais sans les séparer du nom de Napoléon. Ils n'avaient que mépris pour les chimères et les répugnances libérales de leurs faibles alliés, et les officiers à demi-solde ne se gênaient pas pour traiter de « blancs-becs " ces petits jeunes gens qui osaient appeler le grand empereur un tyran.

Les contradictions qui divisaient si radicalement, quoique dans des proportions fort inégales, les conspirateurs , n'étaient pas faites pour donner beaucoup d'unité à la direction supérieure , et les divergences n'apparaissaient pas moins profondes dans le comité central. La Fayette y représentait les idées de l'élément civil, notamment des jeunes gens des écoles. On eût pu le dire républicain, s'il avait suffi pour l'être de n'avoir pas le sentiment monarchique. Dès avant 1789, il s'imaginait être libéral en attaquant les rois. Néanmoins, on 1791 , après la fuite de Varennes, il s'était ouvertement prononcé contre la république, demandée alors par Brissot et Robespierre. Plus tard, sous le Directoire, ses idées semblaient modifiées; écrivant h Hamilton en 1798 : « Jusqu'à ce que l'expérience ait été tentée, disait-il, je trouverai qu'il vaut mieux suivre les principes américains que de nous mettre à la mode anglaise. » Cette « expérience » l'avaitelle éclairé? Toujours est-il qu'en 1814 il se montra nettement monarchiste. En 1821, dans une note destinée aux sociétés secrètes, il se déclarait « républi-

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cain d'inclinationetd'éducalionîs , mais il ajoutait qu'il « tenait trop aux premiers principes, pour n'être pas très-facile sur les combinaisons secondaires « . De ces manifestations un peu bigarrées, il serait difGcile de tirer une conclusion précise. I-a vérité est que La Fayette était assez indifférent entre une monarchie démocratique à la façon de 1791 et une république américaine. Le point sur lequel il paraissait plus ferme, et par où il se distinguait de quelques autres membres du comité, était son op|)osition contre le napoléonisme. Encore, s'il fallait eu croire M. Louis Blanc, cette opposition n'aurait-elle pas été également absolue contre tous les princes de la famille Bonaparte '.

On le voit, La Fayette eût été le maître, que la direction n'en aurait pas moins été fort incertaine ; mais il n'était pas seul, et, parmi les autres meneurs, plusieurs ne pensaient pas comme lui. Manuel avait un grand dédain pourles illusions républicaines. «Cette forme de gouvernement, disait-il, a pu séduire des âmes élevées; seulement, elle ne convient pas à un grand peuple, dans l'état actuel de nos socié-

• M. Louis Blanc prétend qu'après la mort de Xapoléon I^% u on vint offrir à La Fayette, de la part du prince l'^ufjène, une somme de cinij millions, pour couvrir les premiers frais d'une révolulion en faveur du frère de la reine Hortcuse. Cette proposition, qui ne fut ni acceptée ni repoussée par La l''ayetle, donna lieu plus tard à son voyayc en Amériijue, et lui suy;jéra l'idée des étranyes démarches qu'il ht auprès de Joseph, i (Introduction à l'Histoire de Dix Ans, p. 96.)

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tés. 55 Et il ajoutait : « La liberté est inséparable du trône. » Qui mettre sur ce trône ? Il ne lui importait guère, pourvu que les Bourbons en fussent exclus. Déjà, après 1815, de concert avec les réfugiés de Bruxelles, il avait conspiré pour le prince d'Orange. Ces intrigues, avortées alors, furent reprises en 1819. Un aide de camp du prince fut même introduit par M d'Argenson dans le sein du comité directeur. Quelques membres ayant objecté que ce prétendant avait combattu contre la France : « Oui, sans doute, avaient répondu les autres; mais nous n'entendrons plus parler de saint Louis, de Henri IV et de droit divin ; il régnera par la volonté de la nation, et ne nous abandonnera pas aux prêtres'. 5) La Fayette fut cbargé de suivre les pourparlers; ils furent ébruités, et le roi des Pays-Bas dut, par pudeur diplomatique , mettre le bolà aux visées ambitieuses de son fils. Privé du prince d'Orange, Manuel, qui éprouvait peu de sympathie pour le due d'Or-

1 C'est un témoin peu suspect, M. de Vauiabelle , qui rapporte cette réponse. Le même historien ajou!e que ce (]ui plaisait surtout aux amis de Manuel, c'était que le prince d'Orange appartenait au culte protestant. Plus lard, en 1827, ce même prince dut venir compliinenler Gliarles X, lors de son voyage à Lille. Le roi, qui se souvenait du passé, le reçut froidement. M. I)uicr;;ier de Hauraune a hi dans les Mémoires inédits n d'un homme considérable et généralement très-bien informé» (probablement AL Pasijuier), que ce priuce, pour se faire pardonner, eut la bassesse de dire à Charles X le nom de tous ceux avec qui il avait correspondu à répo(|ue de ses intrigues, entre autres celui du ;;énéral Sébastian). M. Teste, qui devait plus tard acquérir une si triste célébrité , était un de ceux qui avaient été le plus mêlés aux menées du prince d'Orange.

ivs M'.s r.oxsi'ia \Ti()\s.

léans, ne recula j)as devant le l)onaparlisme, afin de satisfaire sa haine contre les Bourbons. « Les principes et les idées, disait-il, ont leur puissance, mais on n'arrive à les faire passer de la théorie dans la réalité qu'à l'aide de la force. Or, où trouver la force matérielle nécessaire pour renverser le gouvernement royal, ailleurs que dans les rangs de la troupe et parmi ces milliers d'officiers et d'anciens soldats que les arnjées de la République et de l'Empire nous ont légués, et (jui , jépandus sur tous les points de la PVance, maudissent dans Louis X\ 111 et dans les siens les complices du triomj)hc de l'étranger?... Ils font bon marché de la liberté, dites-vous, et se lèveront en invoquant le drapeau de TEmjjire et le nom de Napoléon II. i\'i ce nom, ni ce drapeau n'ont mes sympathies; mais que m'importe, si ce sont des armes qui puissent nous faire triompher'? » Manuel faisait, avec peu de succès du reste, des ouvertures dans le même sens à M. Guizot, et, après lui avoir exposé comment il tenait la maison de Bourbon pour incompatible avec la France de la Révolution, il montrait « le nom de Napoléon II, comme une solution possible, probablement la meilleure, des problèmes de l'avenir^ ». loilà où était arrivé l'espril le plus politique et le plus net du comité directeur! D'au-

' C'csl encore M. de V^aiilabellc qui rapporte ces paroles, jetant un jour si vif sur les vérilables seutiinculs de la fraction avancée du parti libéral.

'•^ Mc//wires de M. GiizoT, t. le-^, p. 310.

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très membres, nolaminent les gcnéraiix qui représentaient l'élément militaire, concluaient plus nettement encore à l'Empire. Le général Tarayre ne manquait pas une occasion d'insister sur ce qu'il appelait les droits de \apoléon II.

Enfin, pour avoir une idée complète de la confusion qui régnait dans ce comité, on devrait parler du petit groupe socialiste, plus préoccupé de renouveler la société que de changer ia forme du gouvernement, et principalement représenté par MM. Voyer d'Argenson et Beauséjour. Aux yeux de ce dernier, la nation n'était divisée qu'en deux classes : les payeurs et lus payés, les manyeurs et les manyés.

C'était une vraie tour de lîabel. Aussi quand, à la veille de l'action, il fallut arrêter un programme et choisir le cri de combat avec lequel les conspirateurs allaient tenter de soulever la France, ils ne purent parvenir à s'entendre. L'accord se faisait bien sur le drapeau tricolore, mais ne pouvait s'étendre au delà. Le comité dut renoncer à préciser le gouvernement qu'il prétendait substituer à la vieille monarchie, et se borner à convenir de la convocation d'une assemblée constituante. Singuliers insurgés qui, au moment où ils allaient détruire, ne pouvaient même annoncer ce qu'ils tentaient d'édifier, et qui croyaient qu'un peuple les suivrait, sans avoir devant lui un but déterminé et connu d'avance, sans avoir surtout, ce qui a seul pour lui une signification nette , un nom à acclamer î Pour sortir de cet

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embarras, Manuel avait fait une proposition plus étrange encore. Dans une proclamation préparée par lui, il rappelait que la Constitution de 1791 ayant indiqué la possibilité de sa propre révision après un délai de trente ans, on était arrivé, en 1821, à l'époque fixée pour cette révision ; c'était afin d'y procéder qu'on convoquait une constituante. Voilà les bomraes qui raillaient Louis XI III d'avoir parlé, dans le préambule de la Cliarte, de ses dix-neuf ans de règne ! Fiction pour fiction , celle de la permanence du droit royal était plus raisonnable et moins ridicule que celle de la perpétuité d'une Constitution mort-née.

Les libéraux non bonapartistes avaient d'ailleurs l'esprit bien léger et la vue singulièrement courte, si, en s'engageant dans une conspiration, sans mieux préciser ce qu'ils feraient au cas de succès, ils ne discernaient pas à qui profiterait le vague de leurs desseins. 11 ne pouvait ])ronfcr qu'aux impérialistes, déjà les plus forts, les plus nombreux, les plus actifs, et qui avaient, en face des incertitudes et des divisions de leurs alliés, l'immense supériorité de dire où ils voulaient aller. Aussi ne doit-on pas être surpris de voir, à cbaque mouvement insurrectionnel, un cri dominer aussitôt tous les autres : ce n'était pas le cri de «Vive la Constitution de 1701! » Personne n'y songeait. C'était celui de « Vive Napoléon 11 ! »

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§ 6. I.A LÉGEX'DE DE SA1\TE-HÉLÈ\E.

Dans le cours du mois de juillet 1821 , une grande nouvelle se répandit tout à coup en France, \apoléon était mort le 5 mai, à Sainte-Hélène, il semble tout d'abord que ce dut élre un coup décisif porté au bonapartisme; l'effet contraire se produisit. D'une part, les libéraux peu clairvoyants s'imaginèrent pouvoir désormais , avec moins de danger, exploiter contre la monarchie les souvenirs d'un Empire qui leur paraissait relégué dans l'histoire; d'autre part, l'impression tragique de celte mort lointaine donna un nouveau retentissement à un nom qui s'était déjà trop emparé de l'imagination des foules.

Après Waterloo, les plaies étaient encore si douloureuses, la joie et le besoin de la paix si vifs, que le souvenir de Napoléon ne pouvait être populaire. Les écrivains étaient porlés, pour satisfaire le sentiment public, à refuser même la justice à l'empereur et souvent à l'oufrager. Mais bientôt un revirement se fit, d'autant plus rapide que la Restauration avait plus vite cicatrisé les plaies, et effacé, par la prospérité présente, la mémoire des souffrances passées. Les yeux se tournèrent alors vers celte île lointaine, battue des flots, hrùlée par le soleil des tropiques, où était relégué, sous la garde inquiète de l'Europe coalisée, cet homme d'une si menaçante grandeur,

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que sa caplivifé semblait nécessaire à la sécurilé du inonde. La rigueur de l'expiation désarmait les âmes généreuses. Les esprits curieux étaient intéressés et saisis en voyant succéder à un drame qui avait déjà tellement étonné les hommes, un épilogue plus extraordinaire encore. Un si grand silence, après un si grand bruit! tant d'immobilité, après tant de mouvement 1 L'éloignement même ajoulait ce prestige et ces ombres nébuleuses qui prêtent à Fapothéose. Quand enfin la mort vint abattre l'illustre captif sur son rocher, elle ne fit que couronner et consacrer cetle légende de Sainte-Hélène , créée par le calcul des uns et par l'instinct irréfléchi des autres; « elle remontra soudainement Napoléon à toute la terre, a dit M. Quinet, et lui rendit en un moment, pour toujours, sou royaume du bruit. 5)

Le nom de l'empereur fut aussitôt dans toutes les bouches : son spectre se dressa devant tous les yeux. On ne parlait que de lui. Les étalages des libraires et des marchands d'estampes étaient remplis d'innombrables brochures ou lilhograpbics sur « le grand homme ". Lamartine, \ iclor Hugo, Casimir Delavigne, Déranger, et, avec eux, une foule d'obscurs rapsodes, célébraient par leurs chants ces relenlissanles funérailles. Les journaux '; libéraux 5' n'étaient pas les moins ardents à s'associer à ce culte posthume. « Si nous avions dit il y a quinze jours, à nos constitutionnels, s'écriait douloureusement la Quotidienne, qu'ils étaient bonapar-

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tisles, ils auraient répondu par des cris de fureur. Mais voilà Bonaparte mort : à cette nouvelle, toutes les pensées se trahissent. Les brochures pleuvent comme des fleurs sur sa tombe... Toutes les vieilles livrées impériales reparaissent. Chacun fouille dans sa poche pour en retirer quelques anecdotes bonapartistes, et Ton montre de loin l'image de son fils. »

Derrière cette émotion quelquefois sincère, bien qu'imprévoyante, se cachait le dessein d'une immense supercherie, pour le succès de laquelle on profita de l'éloignement et l'on exploita la tombe. Que vint-on présenter à la foule? Etait-ce l'image du véritable Napoléon , tel que nous le voyons revivre dans la terrible sincérité de sa Correspondance, homme de génie et de proie, aussi étonnant par la puissance de l'intelligence que par les lacunes du sens moral; trop souvent étranger à la notion de justice, et presque incapable de discerner le bien du mal; despote emporté et intraitable, qui méprisait et haïssait la liberté, ne tenant nul compte ni du droit des nations, ni de celui des consciences, quand il les rencontrait en travers de ses desseins; passionné au jeu sanglant de la guerre et de la conquête, y jouant, sans scrupule, l'existence de la France qui semblait parlois être pour lui moins une patrie qu'un instrument; égoïste gigantesque qui sacrifiait à ses passions le genre humain comme son pays? Xon. On entreprit d'y substituer le type artificiel d'un Napo-

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léon paciflque qui faisait !a giienu pour arriver plus tôt à l'ère de la paix universelle, d'un libéral incompris qui s'armait du pouvoir absolu à contre- cœur pour préparer les voies à la liberté, et qui « cherchait le règne de la raison et la fondation du régime constitutionnel »; souverain débonnaire, ajant pour « rêve favori de s'entourer, dans ses vieux jours, de philanthropes éclairés dont il aurait fait des espions de vertu , et de parcourir la France à petites journées en compagnie de l'impératrice, recevant toutes les plaintes, redressant tous les torts, semant partout les monuments et les bienfaits ». L'empereur, jusqu'à la dernière heure soigneux de la mise en scène, avait fourni lui-même le plan et le thème de l'audacieuse fiction , dans ces conversations de l'exil , rapportées avec plus ou moins de sincérité et d'exactitude par le Mémorial de Sainte-Hélène et les autres publications de ce genre.

Le nouveau mythe napoléonien était fait pour favoriser, et en quelque sorte excuser, la fusion des bonapartistes et des libéraux. On conçoit que les bonapartistes aient applaudi et contribué à cette altération de l'histoire : leur iutérèl était trop évident. Que les libéraux en aient été les dupes elles complices, voilà ce dont on devrait être surpris, si l'on n'en était pas, sous ce raj)porl, à ne plus s'étonner. Bien loin de s'opposer à ce réveil dangereux de ridolàtric impériale, les journaux de la gauche le considéraient avec satisfaction, ou même apportaient ouvertement leur

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concours. Ils trouvaient là un moyen efficace de ftiire échec aux Bourbons, et leur passion ne voyait pas au delà. Ils s'employaient même à neutraliser toul ce qui pouvait contrarier cette dévolion nouvelle. L'une des feuilles qui affichaient le libéralsime le plus exigeant blâmait comme inopportune la publication du livre posthume de madame de Staël, Dix années d'exil, par crainte que l'opinion n'y vît les côtes mesquins, tracassiers et misérablement vindicatifs du despotisme impérial. Chez certains hommes de la gauche, la complicité bonapartiste allait jusqu'à l'enthousiasme. Un homme que le 24 février 1848 devait porter au pouvoir, M. Flocon, traduisant, en 1821 , les idées qui avaient alors cours dans une partie de la nouvelle génération révolutionnaire, dédiait au roi de Rome une brochure dithyrambique sur le mort de Sainte-Hélène'. Un rédacteur du Consli-

* Ou sera peut-être curieux de lire quelques extraits de cette brochure peu connue. AI. l'Mocoii débutait ainsi : » l'^ils Av. Xapoléoii, ué sur le premier trône du monde, et maintenant proscrit, écoute la voix d'un jeune l'^-ançais qui a déjà versé bien des larmes sur les malheurs de sa patrie, sur les liens, sur ceux de ton père... L'ànie des héros revit daus leur.s fils; inaltérable, elle conserve à jamais l'impression des jfrands événements. La corde paraît muette, mais il suffit de la toucher pour qu'elle redise le même son. Le nom de Xapoléon est ;jravé dans tous les cœurs français... s L'auteur, après avoir invité le jeune prince n. à venir, simple voyageur, contempler en silence le ciel qui l'avait vu naître « , ajoutait: a .Alors, entre dans la cabane du laboureur, tu y trouveras le vieux soldat de .Vapoléou. Quant à ceux que ton père a comblés d'honneurs, de ;floire et de richesse , ceux qu'il a tirés du néant, qu'd a élevés au faîte du pouvoir, détourne les yeux et passe. Mais non, regarde-les plutôt,

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tntionnel, M. de Jouy, faisait représenter, à cette époque, une médiocre tra;]édie , Sijll'a, où il avait cherché à reproduire, dans le personnage du dictateur romain, quelques-uns des traits de Napoléon. Talma s'était prêté à cette allusion, en copiant, avec son art hahiluel, la figure et les attitudes de l'empereur. Il y eut alors cabale, dans la jeunesse libérale, pour applaudir Sylla. Il suffisait d'ailleurs de pénétrer dans les salons de Canibacérès, du duc de l/ieence ou de M. de Talleyrand, devenu mécontent parce qu'il n'avait plus de ministère, poury rencontrer, pêle-mêle avec les anciens fonctionnaires de l'Empire, les hommes politiques de l'opposition.

S'imaginait-on que ce bonapartisme, dangereux pour la royauté, ne l'éiait pas pour la liberté, parce que, grâce aune sorte de déguisement posthume, on avait plus ou moins adroitement appliqué un masque libéral sur le profil de César? C'eût été un singulier aveuglement. Dans la légende qui se répandait par la tolérance ou avec l'aide de la gauche, la foule ne voyait que le souvenir grandi et purifié de Napoléon dont elle consentait à faire parfois un démocrate, jamais un libéral, M. Quinet a confessé plus tard la déception que le sentiment populaire ménageait à ceux

car alors tu ne regretteras plus ce trône el tu bi'-niras ton infortune qui te dérobe aux soins de pareils hommes. Kils de Xapoléon, adieu! Le jeune Français ne peut t'en dire davantage; mais, (|uel (]uc soit le sort (pie la fortune le réserve, sonyc à profiter des fautes et surtout des vertus de ton père. Xapoléon , adieu ! i

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qui, comme lui, s'élaient imaginé pouvoir ressusciter le culte de Napoléon, en y mêlant l'amour de la liberté :

« Lorsque, cii -18:21 , éclata aux quatre vents la formidable nouvelle de la mort de Xapoléon, il fit de nouveau irruption dans mon esprit... Il revint hanter mon inlellijjence, non plus comme mon empereur et mon maître absolu, mais comme un spectre que la mort a presrpic entièrement changé... Ses compagnons revenaient l'un apiès l'aulre et témoignaient de sa conversiou aux idées qu'il avait foulées aux pieds, tant qu'il avait été le maître... X'ous revendiquions la gloire connue rornenient de la liberté... Par malheur, je ne tardai pas à m'apercevoir que je ne suivais plus ici la voie du peuple. Je revins auprès des preuiiers compagnons de mon enfance, les ouvriers, les paysans de Certines. il me sembla alors avoir fait un long voyage d'idées, dans le pays des chimères auxquelles ils étaient restés étrangers. Sitôt que je voulus, comme autrefois, ouvrir la bouche sur notre comnume religion bonapartiste, je vis que nous étions séparés par des abîmes... Jamais la liberté n'avait fait obstacle dans leur esprit à Napoléon; ils ne s'étaient pas ingéniés à les concilier '. »

Voilà donc à quoi aboutissaient les efforts de celte gauche conspiratrice ! Si elle eût réussi alors dans quelqu'une de ses entreprises, l'Empire eût été aussitôt rétabli. Qu'elle ne croie pas sa responsabilité diminuée par son échec. En effet, les idées et les

1 Ql'ixet, Histoire de mes idées.

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sentiments qu'elle a contrihué à former ou à laisser former dans les masses n'ont-ils pas à la lon,fjue porté leurs fruits? Le second Empire, pour avoir attendu trente ans, n'en a pas moins été, pour une grande part, l'œuvre des prétendus libéraux de ]821.

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