‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 25 sur 121 · REPLBLICAIXS ET BOXAi'ARTlSTES · texte numérisé non relu

REPLBLICAIXS ET BOXAi'ARTlSTES

Le but poursuivi j)ar l'opposition de gauche peut-il au moins faire excuser ce que les moyens employés avaient de détestable? Pour qui travaillaient ces sociétés secrètes? A quelle fin tendaient ces conspirations? On voulait renverser les Bourbons. Alais que prétendait-on mettre à la place? Question à laquelle il est malaisé de répondre.

L'élément civil des Loges et des Ventes, les avo-

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cafs, les étudiants, les jeunes gens du commerce, se croyaient en général très-libéraux, très-ennemis du despotisme. Ils se plaisaient à mal parler de toute espèce de monarchie, ne faisant pas grâce à l'Empire, bien que, par une singulière contradiction, ils fussent les alliés des bonapartistes; à chacune des séances de la loge des .^mis de la vérité, « le souvenir du despote était maudit « . Doit-on en conclure qu'ils étaient républicains? Ce serait peut-être employer mal à propos un mot qui n'était alors guère en faveur, comme on avait pu le voir en 1814 et en 1815.

Devant le vide produit par l'écroulement de l'Empire, nul, parmi les libéraux, ni même parmi les conventionnels, n'avait prononcé le nom de la république. Fait surprenant, quand on songe que celleci avait été, avant le régime tombé, pendant huit ans le gouvernement de la France. Mais précisément le souvenir laissé par celte république empêchait que personne osât en demander la résurrection. On était encore trop près des crimes de laConver.lion et des hontes du Directoire. La Fayette écrivait alors à Jefferson : « Bonaparte et les Bourbons, telle a été et telle est encore la seule alternative possible, dans un pays oii l'idée d'un pouvoir exécutif républicain est regardée comme le synonyme des excès commis sous ce nom, »

11 en fut de même à la fin des Cent-Jours. Les révolutionnaires étaient cependant en nombre dans

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la Chambre des représentants. Lorsque celle-ci dut, Tjprès Waterloo, nommer une commission executive, sur cinq membres, elle choisit trois régicides. On pouvait donc s'attendre à ce que cette Assemblée, qui répudiait Napoléon vaincu et voulait exclure les Bourbons, en reviendrait à la république, fut-ce seulement pour sortir des embarras où elle se débattait impuissante et tumultueuse. Xul, cependant, n'osa la proposer. Si quelques-uns des meneurs y firent allusion, ce fut pour en constater le discrédit. « Rien ne donne lieu de penser, disait Manuel à la tribune, que le parti républicain existe encore, soit dans des têtes dépourvues d'expérience, soit dans celles que l'expérience a mûries. » Comme AI. Dupin développait une motion relative à l'organisation d'un régime anonyme : « Que ne proposez-vous la république? » lui cria-t-on sous forme d'interpellation ironique, et l'orateur se contenta de répondre par un geste de dédain.

On ne découvre guère plus de républicains dans les premières années de la Restauration. Madame de Staël, écrivant en 1817, se croyait, par piété filiale, obligée de dissimuler que son père avait (racé en 1802 le plan d'une république. Ce fut un peu plus tard, dans une autre génération, sans liens directs avec les vieux révolutionnaires, chez les jeunes gens des sociétés secrètes, MM. Guinard, Bûchez, Trélat, Pierre Leroux, Scheffer, Boinvilliers, etc., que se forma, par une sorte d'éclosion spontanée, l'em-

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bryon d'un nouveau parti républicain'. Ces jeunes gens eussent protesté, si l'on avait prétendu les rattacher à Robespierre, et ils désavouaient la tradition jacobine. Plusieurs pensaient d'ailleurs comme l ictor Jacquemont, le spirituel et sceptique voyageur, qui, tout en voyant dans la république la forme de l'avenir, se montrait peu impatient d'y arriver; il n'admettait pas qu'on la traitât de « chimère » ; mais, ajoutait-il, «je suis de ceux qui ne veulent pas de la république, jusqu'à ce que tout le monde sache lire en France et soit un peu décrassé, besogne d'un demi-siècle au moins », D'autres avaient des vues moins précises encore : l'un des plus éminents, M. .Augustin Thierry, recueillant ses souvenirs, a dépeint quel avait été alors son état d'esprit : « J'aspirai avec enthousiasme vers une liberté dont la formule, si je lui en donnais une, était celle-ci : gouvernement quelconque, avec la plus grande somme possible de liberté individuelle et le moins possible

• Il paraît quo, daiis certaines V^eates, on prêtait serment à la républiiiiie. L'un di-s anciens conspirateurs de la Restauration , demeuré tel sous ia monarchie de Juillet, et accusé dans le fameux procès d'avril , M. TréLit, disait di.'vant la Cour des Pairs, !e 1*^'' juin 1835 : « Il y a ici tel juge ([ui a passé dix ans de sa vie à développer les seatiments républicains dans le cœur des jeuaes gens. Xe sent-il donc pas ([u'il a une part de responsabilité de nos actes? Qui lui dit que nous serions ici sans son éloquence républicaine"?... J'ai ici d'anciens complices de la charbo-^nerie : je ticDs à la main lesnrment de l'un d'eux, serme.it à la république. Et moi je serais tout à l'heure condamné par eux pour être resté fidèle au mleu! n {Xalionul du 2 juin 1835.)

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d'action adminislrative. Je me passionnai pour un certain idéal de gouvernement patriotique, de pureté incorruptible, de stoïcisme sans morgue et sans rudesse, que je voyais représenté dans le passé par Algernon Sydney, et dans le présent par M, de La Fayette. » En somme, dans leurs rêves, la plupart de ces jeunes conspirateurs n'allaient guère au delà d'un régime démocratique avec un roi, quelque chose comme notre Constitution de 1701, ou comme cette Constitution des Cortès de 1812, dont tous les insurgés d'Espagne ou d'Italie inscrivaient le nom sur leurs drapeaux. «Le parti républicain n'est pas exclusif, disait La Fayette en 1821 ; il prévoit môme que la nation voudra encore prolonger l'expérience des institutions populaires aboutissant à l'hérédité du trône. » Aussi quand, en 1822, deux obscurs coudamnés du complot de Saumur crièrent sur l'échafaud : Vive la République ! « les journaux de tous les partis, écrit M. de Vaulabclle, rapportèrent cette invocation solitaire avec un sentiment de profonde surprise. «

Mais on n'ignore pas de quelle médiocre importance était l'élément civil dans les sociétés secrètes. L'élément militaire avait le nombre, l'énergie, la puissance d'action. De ce côté, on ne retrouvait pas le même vague ni les mêmes incertitudes. Généraux et soldats savaient ce qu'ils voulaient : l'Empire. C'était pour le rétablir qu'ils conspiraient, risquaient leur vie, versaient leur sang. Quelques-uns niêlaieut

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