LES KORMALIEMS DU GLOBE
La rédaction du nouveau recueil se composait de deux groupes principaux, unis sans doute, mais non mêlés, et d'origine fort différente : d'une part, les « Normaliens » , professeurs proscrits ou émigrés de l'Université, MM. Dubois, Jouffroy, Damiron, Patin^ Farcy; d'autre part, les jeunes gens venus de la haute société politique, MM. de Rémusat, Vitet, Duchàtel, Duvergier de Haurannej entre les deux,
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mais ayant moins d'action, quelques hommes de lettres, M. Magnin , M. Lerminier et M. Sainte- Beuve.
Les mesures prises contre l'Université par le ministère de droite avaient contribué à jeter les Normaliens dans l'opposition militante. En 1822, l'Ecole normale avait été supprimée'. En même temps qu'il était interdit à M. Guizot et à M. Cousin de monter dans leurs chaires de Sorbonne, plusieurs professeurs de collège, parmi lesquels MM. Jouffroy et Dubois, alors carhofiari, axaiienl xn leurs cours suspendus. Ces mesures n'étaient pas seulement inspirées par une préoccupation politique. Mgr Frayssinous, alors à la tête de l'instruction publique, ne pouvait considérer sans émotion l'esprit d'impiété qui régnait dans les écoles de l'Etat et dont on se ferait aujourd'hui difficilement une idée. Combien n'avons-nous pas connu de vieillards qui ne pouvaient se reporter à leurs souvenirs de collège sans en parler avec dégoût et indignation ! C'était une atmosphère desséchée, corruptrice, où, sous la double action de l'exemple des maîtres, tout-puissant surtout quand il est mauvais, et de la tyrannie du respect humain entre écoliers, l'enfant était à peu près assuré de perdre sa foi et souvent aussi sa pureté. Tant de jeunes âmes dépouillées et ruinées ainsi dans
' Elle sera n-lablie, en 1826, sous le nom d'iïcole préparatoire, et ne rcprciidra son ancien titre qu'après 1830.
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leur premier essor, en quelque sorte par la main de l'Elat, élail-ce tolérable? Mais qu'y pouvaient les chrétiens placés à la direction supérieure de l'enseignement? II aurait fallu transformer d'un cou[) de baguette, non-seulement tous les professeurs, mais aussi la plupart des familles d'où venaient les élèves. Le vice était celui de la société elle-même qui n'avait pas impunément traversé le dix-huitième siècle et la Révolution. Un seul remède eût été partiellement efficace : la liberté d'enseignement- mais presque personne n'y songeait alors. C'était par voie d'autorité que les ministres essayaient de guérir le mal. Ils recouraient aux épurations, pas toujours avec le tact et la mesure nécessaires, irritant souvent plus qu'ils ne corrigeaient. Au point de vue particulier qui nous occupe, en jetant sur le pavé, mécontents et sans ressources, des jeunes hommes de talent, ils préparaient à la presse libérale de faciles et précieuses recrues. Le Globe surtout en profita.
Les Normaliens du Globe s'étaient formés presque tous sous la direction, ou du moins sous l'impulsion de M. Cousin. Celui-ci cependant était presque leur contemporain'. A peine sorti comme élève de l'Ecole normale, où il était arrivé le premier de la première promotion, il y rentrait à vingt ans comme profes-
1 M. Cousin était né en 1792. MM. Dubois, .Touffroy et Damiron, ses dicipics , étaient de l79,ï et de 179G. M. Cousin était plus jeune que M. Guizot, né en 1787, et que M. Villeniain, né en 1790.
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seur. A vingt-trois ans, en 1815, il montait dans une chaire plus retentissante, et suppléait M. Royer- Collard à la Faculté des lettres. Ce cours a laissé un souvenir légendaire. Nul de ceux qui y ont assisté n'a oublié ce professeur aussi jeune que ses élèves, toujours debout dans sa chaire, le torse en arrière, sa belle tète illuminée par l'inspiration, l'œil en feu, dominant d'un regard assuré ceux qui l'entouraient. Merveilleusement éloquent, il portait la chaleur et la passion dans le domaine des idées abstraites. Il soulevait ou domptait ses auditeurs par des effets minutieusement préparés, des coups de théâtre combinés à l'avance, mais qui semblaient les mouvements d'une improvisation sublime; si entré dans son rôle d'ailleurs, si transporté par les applaudissements, si grisé de popularité et de gloire, qu'il finissait par être lui-même dupe de son propre jeu. Il poussait plus loin qu'aucun acteur la science de la physionomie, du geste, de la pantomime et des inflexions de voix, incomparable artiste avant tout, mais apparaissant à ses auditeurs fascinés avec la (aille et le souffle d'un prophète '. A cette époque, on n'était pas encore blasé
* M. Saintc-Ucuvc devait plus lai-il le jiijjcr ainsi : s M. Cousin a du mime, du cotiK-dieu eu lui. Lamartiuc, un jour, après avoir été témoin de la mimiiiue de Cousin, dit: Il y a du Iîer;jamas(|ue dans cet liommc-là. ï — 'i M. Cousin, a écrit M.Tainc, était le plus admirable trayédieu du temps. Il préparait sa leçon huit jours à l'avance, l'écriiait, la récrivait, l'apprenait par Cirur, la répétait devant ses amis, devant les indilierents, devant tout Je monde. •