‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 62 sur 121 · LA RÉ.ACTIOX LIBÉRALE · texte numérisé non relu

LA RÉ.ACTIOX LIBÉRALE

Parl'avantage du champ de bataille et des alliances que lui avait procurées la politique de la droite, la gauche se relevait de son désastre de 1824. Elle était condamnée, il est vrai, pour plusieurs années, à ne compter qu'une vingtaine de représentants dans la Chambre des députés ". Mais il suffisait des quelques scrutins isolés , ouverts chaque année par suite de

' C'est ce qui faisait dire à M. de Villèle ces p.iroles, déjà citées par nous : «■ Les royalistes opposants ressemblent à un corps d'armée qui s'emparerait d'une position (pi'ii lui serait impossible de garder, et dans laquelle d'autres viendraient le relever. Ils se battent au proflt des libéraux qui occupent et conservent les positions qu'ils ont enlevées, n

- Après les élections de 1824, le régime du renouvellement par cinquième tous les ans avait été remplacé par le renouvellement intégral et septennal.

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décès ou de démissions, pour l'aire entrevoir à un observateur attentif la réaction qui se produisait dans le corps électoral. En 1824, les électeurs s'étaient éloignés des opposants, par dégoût et par crainte de leurs agitations révolutionnaires. Us avaient accepté, sinon avec plaisir, du moins avec résignation , avec espoir d'y trouver repos et sécurité , la domination du parti royaliste. Mais voici que ce parti les inquiétait par ses exagérations provocantes, en même temps que par ses divisions il montrait son impuissance. Le pays ne voulait pas plus du bouleversement dont semblait le menacer la contre-révolution, que des conspirations de la gauche. Il commença alors à se retourner vers les libéraux, devenus au contraire plus sages, au moins en apparence , et posés, à leur tour, en défenseurs du statu quo.

Cette réaction se manifestait partout. L'inquiétude et la colère agitaient chaque jour plus vivement les salons, les boutiques, les ateliers, les écoles, et gagnaient jusqu'à l'Académie et la magistrature '. Au théâtre, toute allusion qui pouvait être tournée contre M. de Villèle était aussitôt saisie et bruyamment soulignée. Celte phrase des Auhcryistcs de qualité , jusqu'alors inaperçue : « Je ne vois guère que la retraite

' L'opposition de la magistrature a été certainement l'un des faits politiijues les plus graves qui se soient produits sous le ministère de j\I. de Villèle. Xous y reviendrons, en éludiaut les lullcs religieuses de ce temps.

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du ministre qui puisse mettre un terme... », était interrompue à ce mot par des bravos frénétiques, et la représentation d'un autre opéra , les Deux Journées, était suspendue parce que ces paroles : «Quand cessera-t-il de faire le malheur de la France? » étaient couvertes d'applaudissements. Aussi, n'étaitce pas pure exagération oratoire , quand le général Foy s'écriait à la tribune : « Nous sommes vingt, mais nous avons la France derrière nous. » \ la fin de chaque session, après tant de discussions malheureuses , de votes contraires , de soulèvements d'opinions, le ministère paraissait plus affaibli, plus découragé. On pourrait suivre, dans les notes intimes de M. de Villèle , la tristesse, la lassitude et l'impatience croissantes de cet esprit trop perspicace pour se faire illusion. Pendant que les députés ministériels, rentrant chez eux aux vacances parlementaires, étaient accueillis avec un froid silence, les opposants étaient bruyamment acclamés. On envoyait au-devant d'eux des députations, on leur offrait des banquets. De ce côté seulement était l'entrain , la confiance.

On put en juger en 1825, aux obsèques du général Foy. Parmi les libéraux restés debout après la bourrasque électorale de 1824, le général Foy était le plus en vue. Toujours sur la brèche, son rôle avait grandi par sou isolement même. Le petit nombre de ses compagnons d'armes faisait ressortir sa chevaleresqne audace. Les conditions de la

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uoiivelle lutte lui convenaient. En même temps qu'une opposition strictement constitutionnelle plaisait à sa loyauté, ce fils de la Révolution trouvait des accents singulièrement passionnés pour combattre l'ancien régime dont il avait horreur. De tels débats n'étaient pas faits sans doute pour l'élever au-dessus de cette opposition systématique et violente, oii la fougue de son tempérament l'entraînait souvent plus loin qu'il n'aurait voulu; ils ne lui permettaient pas de déployer les qualités plus hautes dont, assure-t-on, il eût fait preuve dans une autre situation; ils aggravaient même les défauts que nous avons déjà signalés chez lui , l'emportement contre ses adversaires et la faiblesse envers son parti. Mais l'orateur était en correspondance intime avec les sentiments de toute une partie du public, et sa popularité en devenait chaque jour plus éclatante.

Une telle vie use vite. Atteint d'une maladie du cœur, le général Foy, dans l'été de 1825, était allé vainement chercher la santé aux Pyrénées; il n'en avait rapporté que les nouveaux témoignages , recueillis sur sa route, de la faveur des foules. 11 languit plusieurs semaines. Enfin , dans la soirée du 28 novembre , la nouvelle de sa mort se répandit dans Paris. L'émotion fut vive. « La consternation , disaient les feuilles libérales , est peinte sur tous les visages, et la France se couvre de deuil, veuve d'un de ses plus grands citoyens. » Le 30 novembre, jour marqué pour les funérailles, le temps était froid

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et brumeux. Néanmoins on vil un immense et imposant cortège se dérouler tout le long des boulevards. La plupart des boutiques étaient fermées et tendues de draj)eries de deuil. Cent mille personnes, assure-t-on , étaient là. Au-dessus de cet océan de têtes dont l'œil ne pouvait embrasser l'étendue, on apercevait un objet qui semblait s'élever et s'abaisser suivant les ondulations de ce flot humain : c'était le cercueil que portaient à tour de rôle des jeunes gens vêtus de noir. La foule avançait lentement dans un morne silence. Des commissaires circulaient dans les rangs, faisant découvrir tout le monde, malgré la pluie glaciale qui ne cessa de tomber, et maintenant un ordre et une régularité qui révélaient une organisation menaçante. Il était nuit close quand le convoi arriva au cimetière : on n'avait pas mis moins de sept heures pour aller du faubourg Montmartre au Père-Lachaise. Ce fut à la lueur des torches qu'on descendit le corps dans le caveau, et que Casimir Périer prononça un discours, tout animé de sa véhémente éloquence. Dès le lendemain, une souscription fut ouverte pour les enfants sans fortune du général, et en quelques semaines elle s'élevait à un million. On n'avait encore rien vu de pareil à ces funérailles triomphales. Les journaux royalistes, stupéfaits et alarmés, constataient ce réveil si menaçant de l'opinion libérale, et \e Joufîial des Débals écrivait : « Si les ministres savaient voir quelque chose, ils trouveraient dans ce qui vient de se passer matière à

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