‹ Le parti libéral sous la RestaurationChapitre 7 sur 121 · LES LIBÉRAUX ET LES CE.VT-JOLRS · texte numérisé non relu

LES LIBÉRAUX ET LES CE.VT-JOLRS

pays ? Il laissait la France plus épuisée encore d'hommes et d'argent, envahie de nouveau par des ennemis, cette fois exaspérés, qui dépouillaient ses musées, lui imposaient une rançon écrasante, mutilaient son territoire; et au cœur de la nation, cette plaie de Waterloo si longtemps saignante, et dont de plus efifroyablcs désastres, attirés par un autre \apoléon, pourront seuls affaiblir le sentiment. Tels sont les résultats qui frappent au premier abord. Mais il en est d'autres qui touchent à la politique intérieure et qui n'ont pas été moins funestes. On a déjà montré comment les royalistes étaient sortis des Cent- Jours, irrités contre ce qu'ils croyaient avoir été un vaste et mystérieux complot , résolus à être désormais méfiants, implacables contre tout ce qui semblerait tenir de près ou de loin à la Révolution, et à substituer la politique de vengeance, ou tout au moins de châtiment, à la politique de transaction qui avait été celle de la Charte, en 1814. Du côté opposé, le mal n'a pas été moindre. Les Cent-Jours, qui avaient été l'origine et la cause des folies des ultras, ont été pour beaucoup dans l'attitude antidynastique que la gauche devait prendre après la seconde Restauration. N'est-ce pas tout d'abord à cette fatale époque qu'il faut principalement faire remonter l'origine du bonapartisme démagogique et pseudo-libéral qui tiendra une si grande place dans l'opposition de quinze ans? Dès le lendemain de son audacieux débarquement , Napoléon , isolé au milieu des

16 L'OPPOSmO.V LIRE!«AI>H: AVAXT 1820.

quelques grenadiers qu'il avait amenés de l'île d'Elbe, avait fait appel à la vieille passion révolutionnaire. 11 s'était présenté comme le champion du peuple contre la noblesse. Sur la route des .Alpes, s'adressent aux campagnards attirés par la curiosité : « Vous êtes menacés, s'était-il écrié, du retour des dîmes, des privilèges, des droits féodaux! \'est-il pas vrai, paysans? » A Grenoble : « Je viens vous arracher à la glèbe, au servage, au régime féodal. » Et le peuple avait répondu par les cris de : " Mort aux nobles! Mort aux prêtres! Vive l'Empereur! » Même réinstallé aux Tuileries, Xapoléon n'avait pas osé redevenir lui-même; il jugeait encore nécessaire de se mettre en frais de coquetterie avec les deux partis qu'au fond il détestait le plus, les jacobins et les constitutionnels. Pour plaire a ceux-ci, il se résignait à inscrire dans l'Acte additionnel quelques-unes de ces libertés qu'il avait si longtemps méprisées et repoussées comme des utopies d'idéologue. Aux jacobins, il permettait do rouvrir les clubs et de renouer les vieilles fédérations révolutionnaires, tâchant seulement d'y introduire quelques éléments oflicieis par lesquels il espérait dominer, ou tout au moins surveiller les autres. M. (iuizot raconte que traversant un de ces jours-là le jardin des Tuileries, il vil une centaine de fédérés, d'assez mauvaise apparence, qui, réunis sous les fenêtres du palais, criaient : « Vive l'Empereur! » et le provoquaient à se montrer. Celui-ci tarda

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