‹ Le parti ouvrier et l'alcool [microform]Chapitre 3 sur 3 · III. — Ce qu’il faut faire · texte numérisé non relu

III. — Ce qu’il faut faire

Tout d’abord, nous l’avons dit, prêcher d’exemple. En Angleterre, un grand nombre de leaders du Trade-Unionisme sont des teetotalers, c’est-à-dire qu’ils ont pris l’engagement de s’abstenir, d’une manière absolue, de toutes boissons fermentées ou distillées, y compris le vin et la bière.

Faut-il aller jusque là, ou faut-il mener seulement la croisade contre les boissons distillées, contre Genièvre et Compagnie.

A notre avis, ce serait tenter l’impossible, dans un pays comme le nôtre, que de conseiller aux travailleurs de ne boire que de l’eau, du café et du thé. Mais nous avons la conviction profonde que nos militants devraient renoncer, d’une manière absolue, à l’usage des spiritueux.

La plupart d’entre eux — au moins dans les régions où notre organisation coopérative est déjà forte — sont gens extrêmement sobres, et s’abstiennent presque complètement de boire de l’alcool. Néanmoins, lorsque l’occasion s’en présente, ils ne se font aucun scrupule de boire une petite, ou même une grande goutte, un apéritif ou un pousse-café.

L’Abstention individuelle

11 serait ridicule de prétendre que cela puisse leur causer un préjudice réel ; mais au point de vue de la propagande par le fait, mieux vaudrait infiniment qu’ils ne commettent pas cette infraction à leurs habitudes.

L’abstention complète, en effet, présente l’avantage considérable de s’imposer à l’attention de tous, comme un fait absolu, irréductible, affirmant d’une manière tangible que les boissons alcooliques sont, à nos yeux, radicalement inutiles

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et profondément rfon onéreuses. Admettre l’usage, c’est ouvrir la porte à l’abus et, en cette matière, comme en tant d’autres, il n’y a que le premier pas qui coûte.

L’AÎcool dans les Maisons du Peuple

Un second moyen de propagande par le fait, ce serait d’appliquer rigoureusement, dans toutes nos coopératives, l’interdiction de vendre de l’alcool.

Seulement, la condition indispensable, pour que cette interdiction soit efficace et ne profite pas seulement aux débitants d’en face, c’est que l’on mette à la disposition des consommateurs des boissons qui ne soient pas rebutantes ; de la bonne bière, par exemple, au lieu de l’abominable « lavasse » que l’on vend dans beaucoup de régions du pays. Quoi que puisse en penser les tectotalers farouc;hes, ce serait déjà un immense progrès que de substituer la bière aux spiritueux. Pour arriver à ce résultat, la question des brasseries coopératives devrait être mise à l’étude par toutes nos grandes Fédérations.

Le Développement des Coopératives

Alors que le Parti Ouvrier — donnant un exemple que les autres partis n’osent pas suivre ~ interdit la vente de l’alcool dans la plupart de ses Maisons du Peuple, les Pharisiens de l’antialcoolisme lui reprochent de compter dans ses rangs un assez grand nombre de cabaretiers, qui doivent vendre du genièvre pour satisfaire leur clientèle.

Ils savent bien, cependant, que la plupart de ces cabaretiers travaillaient, jadis, dans les usines et dans les charbonnages; qu’ils ont été boycottés par les patrons et obligés, pour ne pas crever de faim, d’ouvrir un cabaret où se réunissent leurs camarades. C’est ainsi que, suivant l’expression de M.Weiler,

« le cabaretier est le seul homme, peut-être, parmi les représentants de la classe ouvrière, qui soit indépendant du patron ».

Néanmoins, s’il est vrai que, dans un grand nombre de localités, les militants socialistes sont obligés, par la force des choses, d’exercer la profession de cabaretier, il n’est pas douteux que cela soil,profondément regrettable, au pôint de vue de la lutte contre l’alcoolisme. Aussi importe-t-il que cette situation cesse, et le moyen vraiment efficace de la faire cesser, c’est de développer notre organisation coopérative, de créer des Maisons du Peuple, qui offrent droit d’asile aux victimes des persécutions patronales.

En résumé, donc, tout ce qui fortifie l’organisation ouvrière fait reculer l’alcoolisme, et, réciproquement, tout ce qui réduit la consommation d’alcool, augmente les ressources de l’organisation ouvrière, élève le niveau moral du prolétariat, lui donne des forces nouvelles dans le combat pour l’émancipation.

C’est pourquoi les coopératives, les syndicats, les jeunes gardes, tous les groupes du Parti Ouvrier, en un mot, devraient mettre la question de l’alcoolisme à l’ordre du jour, entamer contre l’alcool une énergique propagande, combattre, sans trêve ni merci, un ennemi d’autant plus redoutable qu’il est dans nos rangs, qu’il a des intelligences dans nos forteresses.

A tous les prolétaires conscients, à tous les travailleurs qui comprennent 1e rôle grandiose, la mission rédemptrice qui incombe à leur classe, nous faisons un pressant appel. Plus ils seront sévères, rigoureux pour eux-mêmes, plus grande sera leur autorité pour flétrir les abus chez les autres.

Vous qui reprochez aux bourgeois leurs tirs aux pigeons, leurs maisons de jeux ou leurs cabarets à la mode, ne faites pas vous-mêmes ce que vous leur reprochez.

11 n’y a guère de différence, au point de vue moral, entre un gommeux qui tire des pigeons et un ouvrier qui fait battre

des coqs, un bourgeois qui s’enivre au bourgogne et un prolétaire qui se saoûle de genièvre, un joueur de la haute qui perd en une nuit une fortune et un parieur de la classe ouvrière qui perd, sur un coq, un pigeon ou une quille, le pain de sa femme et de ses enfants.

Ceux-là seuls seront dignes de gouverner le monde qui auront appris à se maîtriser eux-mêir|^s.

Emile Vandervelde

(En vente à la librairie de la Maison du Peuple, Bruxelles)

Enquête sur les associations professionnelles d’artisans et d’ouvriers en Belgique Bruxelles 1892 (en vente chez Misch et Thron). 2 volumes, (Au lieu de 8 fr.)

fr. 5,00

Parasitisme organique et Parasitisme social. Paris, Schleicher, 1895. (En collaboration avec J. Massart).

fr. 2.50

L’évolution régressive. (En collaboration avec Demoor et Massart). Paris, Alcan, 1898, relié fr. 6,00

La propriété foncière en Belgique. Paris, Schleicher, 1900 fr. 10,00

Le Socialisme en Belgique. (En collaboration avec Destrée). Paris, Giard et Brière, 1902. . . . fr. 3,50

Le collectivisme et l’évolution industrielle. Paris, Bibliothèque Socialiste, 1902 fr. 1,50

Essais sur la question agraire en Belgique. Paris, Cornély et C’°, 1903 fr. 2,50

L’exode rural et le retour aux champs. Paris, Alcan, 1904, relié fr. 6,00

Essais socialistes L’art, la religion, l’alcool. Paris, Alcan, 1906, relié fr. 6,00

Le régime socialiste. Bruxelles, Misch et Thron, 1906,

fr. 1,00

Le socialisme et l’agriculture. Bruxelles, Lamertin, 1906 fr. 2,50

La Belgique ouvrière. Bibliothèque socialiste, Paris, Cornély, 1906 fr. 1,00

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