LE RÔLE DU PARTI POLITIQUE
Les partis politiques ne sont pas reconnus par la constitution ni par aucune loi organique. Donc, théoriquement parlant, ils ne constituent pas une partie essentielle du rouage parlementaire ou administratif. Les partis pourraient disparaître demain sans qu’il soit nécessaire de changer un iota dans notre constitution ou dans nos lois. Le parti politique est une institution consacrée par la tradition seulement, mais cela ne diminue pas son importance. Ses racines sont profondément implantées jusque dans les couches profondes de notre vie politique et économique et il est devenu virtuellement inséparable de notre système de gouvernement.
Si on veut se former un jugement impartial sur le rôle du parti politique, il faut le juger à sa valeur intrinsèque et sans égard aux groupes de bandits qui, à certaines éporues, réussissent à s’en emparer, dans le but d'atteindre des fins abjectes. D'un autre côté, il faut tenir compte aussi du fait que bien souvent c’est le parti politique qui a permis aux indésirables de s'emparer du pouvoir ou des postes de confiance.
Il est incontestable que les partis, en Angleterre surtout, ont accompli de grandes réformes; mais il est malheureusement trop vrai qu’ils ont aussi contribué à l’abaissement du sens moral et de l'esprit public chez le peuple.
Tout de même, les partis offrent certains avantages. Essayons de les énumérer. D’abord ils contribuent au maintien d’un certain équilibre dens le Parlement. Ils apportent un facteur de stabilité
qui n’existerait pas si le gouvernement du pays était susceptible d’être renversé à chaque instant par l’action intempestive d’un groupement inattendu. Ils permettent une opposition organisée dont la vigilance est salutaire à toute administration. De plus les partis politiques servent de tampon entre les mécontentements populaires et l’autorité constituée. Quand le peuple, à tort ou à raison, sent qu’il a des griefs, ou lorsqu'il traverse des temps de crise ou de inalaise général, il sent un curieux besoin de renverser ses maîtres. Dans un pays monarchique, ce sentiment, poussé à l’extrême, aboutit inévitablement à la révolution. Sous le régime parlementaire le peuple renverse le gouvernement. C’est le parti politique au pouvoir qui reçoit tous les coups comme étant l’auteur de tous les maux. C’est une soupape de sûreté contre les ébullitions de l'opinion publique.
D'un autre côté, il ne faut pas oublier que les partis politiques ont de nombreux défauts. On peut leur reprocher surtout de faire trop souvent perdre de vue les véritables intérêts du pays. Grâce à des propagandes bien organisées et à une exploitation habile des passions populaires, on arrive à créer autour du parti une espèce de religion, une espèce de culte, qui a pour effet de distraire le citoyen de ses devoirs envers la patrie. Les énergies dépensées au profit d’un parti sont généralement accompagnées d’une insouciance correspondante envers l'intérêt national. Les partis, en fanatisant leurs adeptes, en font des adversaires irréductibles, souvent des ennemis, et dans les moments critiques, l'effort commun, si nécessaire au salut de tous, devient impossible.
Tous les partis politiques ont pour port d'attache, le pouvoir. Ils y sont, ils en arrivent ou ils essaient de s’y rendre. Ils subordonnent tout à cette fin et voià pourquoi les questions les plus vitales et même les causes les plus sacrées deviennent pour les partis politiques des expédients et des moyens. Le parti politique, par l'exercice du patronage et la distribution des faveurs, expose l’homme public à la malhonnêteté et à l'abus de confiance et il abrutit le peuple et le rend vénai.