DEUXIEME PARTIE
PARTICIPE DES VEKBES PRONOMINAUX conjugués avec être.
1 1»^ Remarques générales.
Cette partie de notre étude présente infiniment moins de variété que la première, ce qui est un inconvénient plutôt qu'un avantage. Le nombre relativement restreint des participes de verbes réfléchis ne permet souvent pas de se faire une idée exacte de la manière dont les traite tel ou tel texte. Ce serait à tort, par exemple, que Ton conclurait du fait que le seul exemple que contienne le Psautier d'Oxford : E delitied me sui et travailled sui (LXXVI, 3) ne présente pas de mar* que de flexion, qu'au commencement du XII® siècle le parti-^ cipe du verbe pronominal s'accordait avec son régime ou restait invariable. Il est vraisemblable que, si Tauteur de cette traduction s'était montré moins avare de passés indéfinis,- le résultat serait tout autre.
On voit dès l'abord quelle est la question qui se pose : le participe s'accorde-t-il avec son sujet ou avec son régime ? Cela dépend évidemment de l'idée qui a présidé à la formation de cette combinaison, qui semble au premier abord assez étrange, entre l'auxiliaire être et le participe passé d'un verbe pronominal. Si être n'est employé qu'à la place d'avoir, comme l'enseignent toutes nos grammaires, la construction doit être celle que demanderait le verbe avoir et le participe s'accor-
dera avec son régime, c'est-à-dire avec le second pronom. Si au contraire il conserve la signification qull a habituellement avec les verbes intransitifs, Taccord se fera avec le sujet et le participe prendra la forme du nominatif.
La question a toujours été décidée en faveur de la première hypothèse avant qu'on se fût avisé d'étudier le vieux français sur ce point. La langue moderne ayant effacé la distinction entre le nominatif et l'accusatif, les partisans de cette explication avaient beau jeu, car, à en juger a priori^ leur opinion semble plausible et séduit par son apparente simplicité. Les faits manquaient il est vrai pour en établir Texactitude, mais il était tout aussi impossible d'en démontrer la fausseté. Depuis lors la question a dû être envisagée sous un tout autre jour, lorsque les recherches faites sur le terrain de notre ancienne langue ont prouvé que, dans les premiers textes français, le participe des verbes réfléchis conjugués avec être s'accorde avec le sujet. C'est ce qu'ont montré presqu'en même temps et d'une manière indépendante M. Gaston Paris (printemps 1876) et M. Gessner {Jahrhuch fur romanische und englische Sprache und Litteratur, III« vol. 2« cah.), en appuyant leur dire de nombreux exemples. La règle générale est maintenant hors de doute ; ce qu'il reste à étudier, ce sont les différentes exceptions qui pourraient se présenter et le rapport qui existe entre les cas d'accord et ceux d'invariabilité. Au point de vue du temps, les limites de notre étude sont toutes tracées ; elles sont marquées par l'extinction de la déclinaison des noms en vieux français. (XV« siècle.)
§ 2. X* et XI* siècles.
Les premiers monuments de notre langue sont fort avares de verbes réfléchis employés aux temps périphrastiques. Les deux premiers que nous rencontrions se trouvent dans la Vie de Saint Léger : Il se fud mors^ damz i fud granz. {Saint Léger^ st. 9 c.) Rex Ghielperings il se fud mors, (St. 20 a.)
L'accord s*y fait régulièrement. On voit que le vieux français employait se mourir dans le sens de mourir^ sans faire la distinction en usage dans le langage moderne. (Bossuet : Madame se meurt, madame est morte.) Il n'est pas rare au reste de trouver dans Tancienne langue comme pronominaux des verbes qui sont maintenant neutres. Dans quelques cas, il est vrai, la logique n'est pas de notre côté; c'est ainsi que le verbe partir prend avec raison le pronom dans les anciens textes, S8i véritable signiflcation étant partager^ séparer ; maiâ dans la majorité (p. ex.: se disner. Rois I, 14) l'adjonction du pronom ne nous semble que surcharger la phrase sans profit pour l'idée.
Au XI® siècle, la Vie de saint Alexis suit toujours la règle de l'accord du participe avec son sujet : Mais lui ert tart qued il s'en fust alez. {Alex,, st. 13.) Filz fies deduiz par aliènes terres. {St. 84.) L'édition que nous avons suivie ne présente pas une seule exception.
Il n'en est pas de même de la Chanson de Roland, Quoique l'accord se fasse dans la majorité des cas : Entret en sa veie, si s'est achiminez {Rol.^ 365); Vers vos s'en est parjurez et malmis (3830), les exceptions sont cependant relativement nombreuses : Li empereres s'est culcet en un prêt. (2496.) Li emperere ne s'est mie esveillet,^ (2554.) Puis qu'il l'a dit, mult s'en est afichet, (2665.) Caries est fols que ne s'en est alet. (3171.) Devant Marsilie cil s'en est escriet, (900.) La traïsun jurât e si s'en est forsfait, (608.) Il ne faut chercher l'explication de ce phénomène que dans le fait que ce texte est normand, par conséquent déjà enclin à laisser tomber la déclinaison. Lorsqu'il s'agit de substantifs, on ne trouve, il est vrai, que peu de cas où le nominatif soit remplacé par l'accusatif, mais il en est autrement des adjectifs et participes : Sur l'erbe verte li cler sancs s'en afilet. (1614.) Franceis sunt morz par vostre legerie. (1726.) Ne serait-ce pas que les rapports qui unissent l'adjectif à son substantif ou le participe à son sujet sont trop clairs pour avoir dû être longtemps indiqués par
l*orthograplie, tandis qu'avec la construction si variée du vieux français il a été nécessaire de préciser au moyen de la terminaison la fonction que remplit le nom dans la proposition ?
§ 3. XII* siècle.
Nous avons déjà vu comment le seul exemple de participe d'un verbe réfléchi que contienne le Psautier d'Oxford viole notre règle : E delitied me sui et travailled sui. L'explication en est donnée par le second participe qui reste aussi invariable. Le texte est normand et en cette qualité n'est pas tenu de wnserver la déclinaison d'une manière bien exacte.
Dans Aliscans au contraire, l'acoord se fait avec une exactitude parfaite ; dans tout le cours du poëme, nous n'avons trouvé que deux exemples d'irrégularité : Et li couart ne se ^oui alentis (Alise, 5263); EtRainouars s'est molt hsiui escrié (3678); encore sont-ils tous deux placés à la rime, ce qui leur ôte le peu d'importance qu'ils pouvaient avoir.
Amis etAmiles et Jourdains de Blaivies restent aussi fidèles au principe de l'accord : Tornez s'en est en Puille. (Am. et Amil,, 69.) Par tel vertu se sont entracolé. (179.) Les dos lor tornent, si s'en sont repairié, (J, de BL, 2018.) Qui ja s'estoient fervesti et armé. (2739.) Le verbe faire lui-même, que nous avons connu si disposé à l'invariabilité lorsqu'il était à l'actif, se soumet docilement à la règle commune : Qui s'estoit fais armer et hauberger. (3147.) L'influence du sujet se fait sentir d'une manière évidente.
Le Roman de Troie ne présente guère de particularités : Dedanz son lit s'est tost cochiez, (Troie, 1755.) Ja Paris ne se îu&i pensez. (6153.) De la tombe se sont parti. (6586.) Dans l'exemple suivant : Si fies en maint leu comhatu (810), le défaut d'accord doit avoir été causé par la distance qui sépare le participe de son sujet.
Le Roman d'Alexandre et Erec et Enide sont en général irréprochables : Nicolas s'est armés, vest l'auber jaserant.
(Rom. d'Alex.^ combat de Nie. et Al. i. }Acotey se &oni ambeduy . {Er. et En. , 32S8.) De ce s*est Crestiens veniez. (26.) Se sont des lances enferré. (3768.)
Le Comput de Ph. de Thaiin n'est pas riche en participes de verbes réfléchis : le seul qui s*y trouve contredit notre règle : Que tant me sui targiet. {Ph. de Thaûn^ 25.) Le fait que le mot en question est à la rime et surtout le caractère anglonormand du texte suffisent amplement à expliquer cette irrégularité.
Le Roman deRou, quoique aussi Tœuvre d'un Normand, ne laisse pas que d'observer assez bien l'accord: Jebles s'en est fuiz. grantpoour onteue. {Rou^ 1014.) Loewis nostre reis s'est vers mei desleiez. (2373.) Une nuit qu'il se fu de maintes purpensez. (233.)
Le drame d'Adam renferme très peu de participes ; des deux exemples que nous avons relevés, l'un présente l'accord : Me sui jo ici si emhatuz (Adam^ pag. 32), l'autre le contraire : Repost me fui ja por ta ire. (Pag. 32.) Il est probable que ce dernier doit s'expliquer d'une manière toute matérielle ; l'adjonction d'un s ou d'un ^ à la fin du participe aurait engendré le groupe de consonnes sts ou stz^ groupe difficile à prononcer et que le vieux français a coutume d'éviter, en supprimant soit le premier soit le second s.
Nous avons déjà vu dans la première partie comment le roman du Chevalier au lyon est écrit dans une langue très correcte, où la déclinaison est religieusement observée ; aussi l'accord se fait-il régulièrement : Trovez me sui an cest boschage. {Chev. au lyon^ 3062.)
Il en est de même du roman de saint Alessin ; les cinq passages où se trouvent des participes de verbes réfléchis présentent tous les cinq l'accord : Il les assamble, si se sont acor^ dées. {Aless,^ 1138.) Quant il cou sorent ke iVfuis s'en ère. (396.) Puis prist des palmes, si s'en est revenus. (382.) Fit ses priieres, si s'est confes rendus. (345.) Que lui ert tart ke il s'en fust tournés. (143.)
Dans le Fierabras, la proportion des participes irréguliers est très faible ; l'accord se fait dans Timmense majorité des cas : As boins brans acerins se sont entr'acointié {Fier.^ 5808) ; Karles leva la main, si s'est saigniés de Dé (1234), ce qui s'explique par le fait que ce texte est écrit en dialecte oriental. L'exemple suivant : Grans caus se sont donné.^ ne se sont esparnié (876), nous fournit l'occasion de nous demander ce qui advient lorsque le verbe réfléchi a son pronom pour complément indirect au datif et un substantif comme régime direct. Le participe subit-il l'influence du régime ou celle du sujet ? La question semble ici résolue en faveur de cette dernière, mais la base est trop étroite pour qu'il soit possible d'y asseoir une affirmation quelconque et nous sommes obligé de suspendre tout jugement, jusqu'à plus ample informé.
La Vie de saint Thomas n'offre aucun renseignement sur ce point; en général l'accord est assez bien observé : Mult s'unt humilié e furent en dolur. {Saint Thom,. pag. 67, vers 8.) Car se il eust quer, il se fust purpensez. (Pag. 12, vers 14.) Cependant vu le caractère normand de l'œuvre, on ne saurait manquer d'y trouver quelques exceptions; ex. : Dune s'esteit desparé de l'aube sanz délai. (Pag. 18, vers 24.)
Nous avons déjà vu que les Moralités sur Job contiennent un exemple où le verbe réfléchi est construit avec avoir. Ce texte ne présente pas d'autre particularité. Il en est de même des Sermons de saint Bernard^ où l'accord se fait régulièrement : Car li soloz de justice s'estoit jai petit à petit sostraiz. {Saint Bem., pag. 527.) Li membres ki deltot se serat ahers àcestchief. (Pag. 561.)
Les (Quatre livres des Rois font un contraste assez frappant avec les deux textes précédents ; les exemples d'irrégularité sont fréquents; ex.: Kar révélé se fud à Samuel. {Rois^ I, 3.) Les noz de l'ost s'en sont fuiz, (I, 4.) Gume il se furent asemhlez. (H, 2.) Tumed se fud encontre Jérusalem. (II, 24.)
En somme, nous voyons se former de nouveau, à propos des verbes réfléchis, les groupes que nous avons observés à propos.
des verbes actifs. D'un côté, les textes normands, toujours en avance sur leur siècle, battent déjà en brèche la déclinaison et dépouillent souvent le participe de la marque de son accord avec le sujet ; de Tautre, les ouvrages appartenant aux dialectes centraux ou orientaux se montrent plus préoccupés de conserver les caractères principaux du vieux français et ne se permettent que peu d'infractions à la règle de Taccord.
I 4. XIII« siècle.
La langue de Villehardouin se fait remarquer par sa correction; elle maintient sa réputation sur le point qui nous occupe comme sur tous les autres; ex.: Li Grieu qui s'erent à lui rendu et revellé contre les Frans. {Villeh., 422.) Con s*estoient leialment démené, (253.) L'empereres Alexis s'en ère fuiz. (182.) Li Blac del pais se furent asemhlé. (493.) Une seule fois, Tauteur délaisse l'ancienne tradition pour se rapprocher de l'usage moderne. Il s'agit du cas où le pronom relatif sujet du verbe réfléchi a deux antécédents, l'un masculin et l'autre féminin : on peut l'assimiler à celui dans lequel le participe actif a deux régimes directs de genres différents. On sait que, dans la vieille langue, l'accord se fait toujours avec le mot le plus rapproché, nous en avons donné maint exemple. Ici au contraire, Villehardouin se dirige d'après la manière de voir actuelle et fait prédominer le masculin sur le féminin : Tuit li chastel et totes les cités qui s'èrent rendu à Johannis et cui il avoit asseurez. (420.)
Le Dit dou vrai aniel témoigne de la même fidélité aux règles que le texte précédent; les exemples d'irrégularité y sont inconnus ; ex. : Robiers, ki moût s'est travilliés, {Vrai aniel. 409.) Ne sui mie si desseus — Que ne me soie pourveus. (271.) Dont s'est li pères alités. (87.)
Il en est de même de la Vie de saint Alessin^ ce qu'on peut attribuer d'une part au caractère picard de cet ouvrage, de l'autre au fait que ce morceau n'est qu'une rédaction rajeunie
d'un poëine plus ancien; ex.: De moût ciers dras s'est ricement parés, (Saint Ales.^ 62.) Por toie amor m'en estoie penés. (H72.) Ki plorant vint, cantant s'en est aies. (1258.) Il lui a quise, si s'en est moût hastés. (762.)
Berthe aux grands pieds n'offre que trois exemples danslesquels on puisse savoir si le participe est au nominatif ou à l'accusatif : Lors se sont arresté desous un olivier (Berthe^ S82); Et li rois Pépins s'est de l'endroit partis (i797); Sagement s'est Symons vers lui humeliiés (2918), et dans les trois la question est résolue en faveur du cas sujet. Cette pénurie de renseignements provient de ce qu'il est presque toujours question du personnage principal, de Berthe. Les participes féminins des verbes réfléchis sont loin d'être rares, mais ils n'ont naturellement pour nous aucun intérêt, la distinction, des cas n'existant pas pour ce genre.
Le roman de Flore et Blanceflor oh^ev\e fidèlement la règle d'accord lorsqu'il emploie le participe pronominal avec être ; ex.: A tant s'en est Flores aies. {Flore, 1229.) Quant il se fu crestyenés. (3309.) Il faut remarquer que les cas où le verbe avoir remplace être sont relativement fréquents; nous en avons relevé quatre ; ex.: Envers le roi s'a aproismié. (2940.) Des flors errant s'a recouvert. (2339.) Com cui enfes s'a contenu. (1283.) Le même verbe est employé avec les deux auxiliaires à dix vers de distance : Il s'est pasmés en moult poi d'eure. (701.) Trois fois le list, lors s'a pasmé. (711.) Il faut penser que l'auteur avait besoin dans ce dernier vers d'une rime en é sans s et que c'est ce qui l'a déterminé à se servir d'une tournure peu usitée.
Parise la Duchesse ne présente qu'une seule exception à la règle d'accord ; mais cette exception ne rentre pas dans le cadre de celles que nous avons signalées jusqu'à présent: L'ore soit beneoite, délivré s'est d'un fil. {Parise, 822.) On s'attendrait à trouver délivrée. Ceci est un véritable cas d'invariabilité. Peut-être faut-il en chercher la cause dans le fait que le participe précède l'auxiliaire dans lequel le sujet se
trouve confondu, ou que ce sujet lui-même n'est pas exprimé d'une manière explicite.
Aymeri de Noirhone commence à fournir un certain nombre d'exemples où Taccord est négligé; ex.: Et Savari qui se fut trait arière. (Aymeri^ f® 20^^.) Quens Aymeri s'est ja fet herbergier. (f* 14'*>.) Dans ce dernier cas, il est impossible de dire si l'auteur a simplement fait une faute de déclinaison ou si c'est la, tournure de la phrase qui Ta engagé à rendre le participe invariable.
Le Roman de la Rose est en général assez correct ; ex.: Que il se fu. esvanouis. (jRose, 2779.) Cent mil fois fies parjurés. (10 978.) S'iert arrestez lez ung figuier. (1693.) L'accusatif n'a pris la place du nominatif que dans un petit nombre de passages; ex.: Ains me suis^^ené longuement. (3241.)
La proportion est à peu près la même dans le Roman de Renart; ex.: Renar,t si se fu endormiz. {Ren., 7615.) Sor le fossé s'est arrestez. (6543.) Puis s'en est aie ostoier. (2622.)
Dans les trois mille premiers vers de Hium de Bordeaux^ le participe pronominal apparaît vingt-trois fois et dans vingtdeux cas il s'accorde avec son sujet. On voit en somme qu'à la fin du XIII^ siècle les échecs subis par la règle ne sont pas graves.
1 5. XIV* et XV* siècles.
Au XIV® siècle, la décadence est rapide, la déclinaison cesse bientôt complètement d'être en usage et avec elle s'évanouit l'idée de l'accord du participe des verbes pronominaux avec le sujet. Dès les premières années du siècle, dans l'ouvrage de Joinville, on découvre de nombreuses traces de déclin ; ex.: Je me feusse meffait envers Dieu et vers li. {Joinv., pag. 20.) L'accord n'a cependant pas encore tout à fait disparu; ex.: Grant foison de bons crestiens, qui s'en feussent parti touz mescreanz. (Pag. 16.)
La Vie de saint Alexis ne présente que cinq participes de verbes pronominaux; deux portent la marque du nominatif; ex.:
Quant il out dit ces mos, miex qu'il pout s'est dreciez {Vie saint AL^ st. 135*); Pleurant s'en est partis (st. 128<ï), et deux celle de l'accusatif; ex.: Pleurant s'en est aie. (St. 150d.) Corn pèlerin paumier s'est doucement vestu. (St. 87«.) Le cinquième étant féminin ne peut entrer en ligne de compte : Pleurant s'en est partiez et il est demouré. (St. 138«.)
Les deux principaux poèmes épiques du XiV« siècle, Baudouin de Sehourc et Hugues Capet^ ont mieux conservé la déclinaison que le texte précédent. Non-seulement ils sont écrits en dialecte picard, mais encore ils s'efforcent d'imiter la langue de l'ancienne épopée : aussi les exceptions à la règle d'accord sont-elles peu nombreuses. Nous n'en avons relevé que quatre (sur trente-neuf participes) dans toute l'étendue de Huguss Capet ; ex.: A grant joie se sont as osteuz retournez. {H. Cap..^ 742.) Mirent hors du navire, puis se sont aroutez, (2084.) Le rapport est à peu près le même dans Baudouin de Sehourc; ex.: Là se sont reculés^ mais che fu moût en vis. {B. de Seb., IV, 164.) On voit donc qu'il ne faut pas prendre ces deux poëmes comme des représentants fidèles de la langue parlée généralement de leur temps.
Au XV« siècle, les participes qui portent la marque du nominatif deviennent très rares; on en trouve cependant quelques-uns encore dans Froissart; ex.: Quoy qu'il se fuist de premiers accordés et assentis ad ce voyage. (Frois.^ tom. II, pag. 62.) Il s'en sont fui et parti. (Tom. II, pag. 267.) Qui se fuist encrolés en ces crolières, ne s'en fuist parti. ,(Tom. II, pag. 144.) Les autres œuvres du XV« siècle que nous avons étudiées n'en présentent pas. On s'étonne d'autant plus d'en trouver un complètement isolé à la dernière limite du siècle, dans V Histoire de la Passion^ écrite en 1490 par le R. P. Olivier Maillard : Il s'est faictz filz de Dieu. (Passion^ pag. 47.) Il faut penser que cet archaïsme est dû à la couleur religieuse du texte.
Les dernières traces de la déclinaison ont disparu; avec elles s'est effacée Tintelligence de la construction du participe des verbes pronominaux. Lorsqu'on a fait les premières grammaires, on a observé que le participe s'accordait avec Tétre qui fait et qui reçoit en même temps Taction, et Ton n'a pas mis en doute que ce ne fût avec le pronom régime direct, à l'instar de ce qui se pratiquait pour le participe conjugué avec avoir. Lorsque le second pronom est complément direct, la construction n'en souffre pas, le sujet et le régime étant le même personnage ou le même objet dans deux fonctions différentes. Mais lorsqu'il est complément indirect (sans qu'il y ait de régime direct), nos grammairiens commettent une faute en proscrivant l'accord (ex. : nous nous sommes plu) qui doit se faire avec le sujet. Il serait à désirer que cette anomalie prit fin et que la langue (française renouât sur ce point le fil de ses anciennes traditions, interrompu pendant plusieurs siècles par un malentendu.
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