‹ Le participe passé en vieux françaisChapitre 4 sur 5 · PARTICIPE DES VERBES PRONOMINAUX · texte numérisé non relu

PARTICIPE DES VERBES PRONOMINAUX

Les langues romanes n'ont pas suivi de règle uniforme dans le choix de Tauxiliaire des verbes pronominaux. La manière dont elles se partagent sur ce point surprend même au premier abord. Les idiomes de l'ouest, l'espagnol et le portugais, sont d'accord avec ceux de Torient, le rhéto-roman et le roumain, pour employer le verbe avoir. L'italien, le provençal et le français se servent au contraire du verbe être. Il semblerait qu'on dût conclure de cette division géographique, de cette coïncidence de langues qui, vu leur éloignement, ne peuvent avoir exercé aucune espèce d'influence les unes sur les autres, que c'est l'auxiliaire avoir qui a été primitivement en usage dans tout le domaine roman. Cette hypothèse paraîtrait même confirmée par un certain nombre de passages (tous antérieurs au XIVo siècle) où en vieux français des verbes pronominaux se conjuguent avec avoir; ex.: Et mult s'avoit pené. {Th. le marU^ 204.) Si s'a mis en une valée. (406.) Mais Couan s'a bien défendu. {Brut^ 6140.) Trois fois le list, lors s'apa^mé. {Flore.^ 711.) Parfitement s'ad à Deu cumandet. {Alex., st. 58 c.) Quant il se fu culchiez et il se out purpensé. {Th. le mart..^ pag. 103, vers. 16.) Uns damoisiaus preus et sénés — S'a cies le prevost herhregié. {Blancand^ 979.) Forment m'en ai espoanté. (5305.) Qui bien s'en ot garde donée. {Percev., 2645.) Par ton bel chant — En oi talant — Mais or changé m'ai. {Bartsch. Rom. et past. III, 46, 93.) Car por ce ke nostre sires at toloit à nos, ki en cest exilh astons chaut, la lumière de sa vision, soi a-t-il en un repunailh de ténèbres iewnnX lesoez de nostre pensé mis. {Jdb.y

pag. 469.) Li dus Bues d'Aigreipont ne s'a aseuré. (B. Afont, 33, 6.) Il s'en a moult peu falu. (R. de Ham., 322.) Fait ses proiieres, si s'a confes rendut, {Saint Aies,, 3531.)

Cette supposition ne tient cependant pas devant l'examen des faits ; l'emploi du verbe sum avec les réfléchis existait autrefois dans toutes les langues romanes, mais, tandis qu'il s'est développé dans les unes jusqu'à devenir l'unique auxiliaire, il a peu à peu disparu dans les autres devant hahere. Il semble donc logique d'admettre que les deux constructions étaient en germe dans le latin vulgaire, esse servant pour les verbes dont le pronom est au datif et hahere pour ceux où il est à l'accusatif. On ne voit pas quelles sont les circonstances qui ont poussé telle ou telle langue à favoriser l'empiétement de l'un des domaines sur l'autre. En français, l'usage actuel se présente déjà dans les premiers monuments de notre littérature. On a vu cependant que quelques traces de l'ancien emploi i'hahere avec les verbes pronominaux transitifs ont subsisté jusqu'au XIII« siècle. Les cas où avoir se trouve être l'auxiliaire d'un verbe réfléchi dont lé pronom est au datif sont si rares qu'ils ne forment qu'une exception négligeable. L'un d'entre eux : Qui bien s'en ot garde douée {Percevais 2648) s'explique au reste par le fait que le verbe, tout en ayant un complément indirect dans le pronom, possède aussi un régime direct ; c'est donc simplement un verbe transitif, dont l'action s'exerce en faveur du sujet. Dans la locution : Il s'en a peu falu (R. de Ham.^ 322) le pronom réfléchi étant purement explétif, ne peut pas plus être considéré comme complément indirect que comme régime direct.

Ces explications données sur l'origine de la construction où avoir figure comme auxiliaire d'un verbe pronominal, il est évident que l'accord doit toujours se faire entre le participe et son régime direct, puisque ce dernier est toujours préposé. Nous n'avons pas relevé une seule exception. Le participe se présente toujours sous la forme de l'accusatif.

Page 1