‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 17 sur 101 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. L'installation du premier Préfet. — Géographie administrative du département du Pas-de-Calais. — Le préfet Poitevin-Maissemy; sa biographie. — Manque de sécurité, principalement dans les arrondissements de Saint-Pol et de Montreuil. — Récoltes déficitaires et mendicité. — Les émigrés. — Marchandises anglaises prohibées et contrebande. — Préfet philosophe. Disgrâce de Poitevin-Maissemy.

II. Le second préfet : le général de La Chaise ; sa biographie. — Travail administratif considérable. — Rétablissement de la sécurité. — Les exigences de la conscription. — Acquisition de l'hôtel de la préfecture. — Popularité de La Chaise qui s'affaiblit avec les années malheureuses de l'Empire. — Les visites de Napoléon dans le département. — Style oratoire du général de La Chaise.

III. Les sous-préfets : deux anciens législateurs. — Eloge du sous-préfet Poitevin par le tribun Parent-Réal. — Un administrateur de talent : Masclef.

IV. Les secrétaires généraux. — Le Conseil de préfecture; il corresponde l'ancienne administration du département. — Statistique des travaux du Conseil de préfecture.

V. Le Consulat choisit son personnel administratif dans le personnel révolutionnaire du Pas-de-Calais, mais ce personnel se compose, après Thermidor, d'éléments très modérés qui s'adaptent facilement à l'Empire et même à la Restauration.

Par arrêté du 11 ventôse an VIII (2 mars 1800), Poitevin- Maissemy, maître des requêtes au Conseil d'Etat et inspecteur de la librairie, était nommé préfet du département du Pas-de- Calais ; il prenait possession de son poste le 5 germinal suivant.

Chavanon et Saint-Yves. — Le Pas-de-Calais de 1800 à 18-10. 1

A une heure de l'après-midi, le préfet se présentait à l'administration centrale, entouré d'une garde d'honneur et suivi de nombreux citoyens. Le commissaire central Poitevin procédait à l'installation, conformément à la loi et le président, L. D. Gayant, prononçait le discours de bienvenue. En Poitevin-Maissemy, l'orateur salue « l'ancien mag-istrat, ami de la Révolution, de la nature, des sciences et des arts » ; parlant du département du Pas-de-Calais, il dit : « Il en est peu qui aient autant souffert pendant la tourmente ; il n'en est pour cela que plus digne d'intérêt... Une seule chose a été plus forte que nos sollicitudes : c'est la malveillance qui y a empêché jusqu'ici le recrutement des armées ; mais vous serez plus heureux que nous : la voix du héros de la France s'est fait entendre ; toutes les résistances cesseront à cet appel généreux. »

« En acceptant les grandes et importantes fonctions auxquelles la confiance du premier consul de la République a daigné m'appeler, répond le nouveau préfet, je ne me suis pas dissimulé les devoirs qu'elles m'imposent et j'ai moins calculé la force de mes moyens que le zèle qui m'anime pour l'affermissement de la liberté. Constamment dévoué à sa défense, j'ai partagé avec tous ses vrais amis la douleur de voir une cause si belle, si sainte, si sacrée, alternativement compromise par la résistance et par l'exagération, quelquefois même souillée par le crime qui portait son insolente audace jusqu'à prétendre agir en son nom ; mais les choses ont heureusement changé et un nouvel ordre s'est miraculeusement établi. Le courage d'une partie de la représentation nationale et du jeune héros que le génie tutélaire de la France a préparé, façonné et ménagé pour le salut de la liberté, a enchaîné toutes les factions. » Et Poitevin-Maissemy résumait la Constitution dans cette formule : « Sûreté des personnes ; garantie des propriétés ». N'est-ce pas en effet tout le programme politique des débuts du Consulat ? Ni réaction, ni révolution. Ainsi le comprirent du moins les populations et de là leur accueil plutôt

favorable aux événements de brumaire et à leurs conséquences 1 .

On sait que c'est la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) qui a prganisé l'administration départementale, telle qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours ou à peu près. D'après cette loi, le département du Pas-de-Calais fut formé de six arrondissements : Arras, comprenant presque tout le district d'Arras et celui de Bapaume ; Béthune, comprenant le district du même nom et une partie de ceux d'Arras et de Saint-Omer; Boulogne, comprenant le district de Boulogne et la moitié de celui de Calais ; Montreuil, comprenant le district de Montreuil et une partie de ceux de Boulogne et de Saint- Omer ; Saint-Omer, comprenant le district de Saint-Omer et une partie de ceux de Boulogne et de Calais ; Saint-Pol, comprenant le district de Saint-Pol et une partie de celui de Montreuil.

En 1790, on avait créé dans le département du Pas-de- Calais 86 cantons ; le nombre en fut réduil à 43 par la loi du 8 pluviôse an IX : 10, dans l'arrondissement d'Arras ; 8, dans celui de Béthune; B, dans celui de Boulogne; 6, dans celui de Montreuil ; 7, dans celui de Saint-Omer; 6, dans celui de Saint-Pol. Ces cantons sont les suivants : Aire-sur-la-Lys, Ardres, Arras nord, Arras sud, Aubigny, Audruick, Auxi-le- Château, Avesnes-le-Comte, Bapaume, Beaumetz-les-Loges, Bertincourt, Béthune, Boulogne, Cambrin, Campagne, Calais, Carvin, Croisilles, Desvres, Etaples, Fauquembergues, Frévent, Fruges, Guînes, Hesdin, Heuchin, Houdain, Hucqueliers, Laventie, Lens, Le Parcq, Lillers, Lumbres, Marquion, Marquise, Montreuil, Norrent-Fontes, Pas, Saint-Omer, Saint-Pol, Samer, Vimy, Vitry. Tel était administrativement le domaine où devait s'exercer l'activité du premier préfet du département du Pas-de-Calais.

Avant d'être nommé préfet du Pas-de-Calais, Poitevin-

Page 1