Deramecourt, op. cit., i. IV, p
i LE PAS-bE-CALAiS DE 1800 A 1810
Maissemy avait déjà eu une carrière bien remplie. Né à Guiscard, dans le département de l'Oise, le 9 mars 1752, il occupa sous l'ancien régime des fonctions relativement importantes : d'abord conseiller à la Cour des aides de Paris,' il fut nommé maître des requêtes en 1783 ; il s'était marié en 1780 et jouissait alors d'un revenu de 20.000 francs que la mort de son beau-père à Saint-Domingue, en 1787, portait à 52.000 francs ; l'héritage paternel et des améliorations apportées à une exploitation coloniale à Léogane élevaient en 1790 sa fortune à 130.000 francs, mais les révolutions sanglantes dont Saint-Domingue fut le théâtre la réduisirent dans la suite à 30.000 francs de rentes. Rapporteur au Conseil royal et au Conseil des dépêches, il devint en 1788 directeur de la librairie de France. Au contact du mouvement philosophique des dernières années du xv!!!** siècle, Poitevin-Maissemy, comme beaucoup de ses contemporains, s'était pénétré d'idées libérales qui, malgré ses fonctions administratives, devaient lui faire accueillir avec faveur les débuts de la Révolution. De 1789 à 1791, nous le voyons en effet présider à plusieurs reprises l'assemblée de la Commune de Paris ; dans son département, celui de l'Oise, il est désigné comme administrateur, puis comme juge de paix de son canton natal. Chef de légion, il se rend à Reims en 1792, en qualité de commissaire général pour l'organisation de dix-huit bataillons de volontaires. Poitevin-Maissemy traversa ainsi toute la période révolutionnaire sans se mêler aux manifestations violentes et aux exagérations, bien que remplissant presque sans interruption des fonctions administratives. Cet ancien maître des requêtes, imprégné du libéralisme et de l'esprit réformateur de la Constituante, teinté quelque peu de républicanisme, était bien l'homme qui convenait pour faire un préfet du Consulat ; toutefois, il avait gardé de son ardeur philosophique d'antan quelque peu de ce scepticisme de bon ton, de cet anticléricalisme narquois et facétieux que l'on a qualifié longtemps de voltairianisme et qui devait mal s'accorder avec les nécessités
LES ADMINISTRATEURS DU DÉPARTEMENT ET DE l'aRRONDISSEMENT 3
de l'application du Concordat : là devait être l'écueil dans sa carrière administrative ^.
Le premier souci d'un préfet de l'an VIII arrivant de son département est d'assurer la sécurité publique et, à ce point de vue, Poitevin-Maissemy a une lourde tâche. « Durant l'hiver de 1800 à 1801, écrit M. Deramecourt, comme auparavant, la sécurité était loin d'être complète dans le Pas-de- Calais, surtout la nuit. Aussi, un arrêté du préfet, en date du lo février, réclame la réorganisation de la garde nationale, la création des patrouilles de nuit qui devront spécialement circuler sur les routes où doivent passer les courriers et diligences, autour des maisons isolées, dans le voisinage des granges et des meules 2. »
Par une lettre circulaire, en date du 20 germinal an VIII, le ministre de la police générale prescrit aux préfets de dresser un tableau des commissaires de police à établir dans leur département en exécution de la loi du 28 pluviôse précédent : Arras et Saint-Omer devaient avoir deux commissaires ; Aire, Boulogne, Calais, Béthune, un seul. Conformément aux instructions ministérielles, Poitevin-Maissemy dresse le tableau demandé ; il propose de conserver à Aire, à Calais et à Saint- Omer les commissaires qui s'y trouvaient antérieurement sous le gouvernement du Directoire. A Saint-Omer, sur les cinq commissaires actuels, deux, Delbourg et Decques, peuvent être maintenus. Bourdon, ancien lieutenant bailli de la commune de Saint-Omer, employé en Hollande en 1794 par le Comité de Salut public, se met sur les rangs pour cette place et les rapports qui le concernent sont favorables. A Boulogne, des deux commissaires précédents, un seul, Flahaut, mérite d'être gardé. Mais c'est surtout Arras qui attire l'attention du préfet ; dans une lettre au ministre de la police générale, il dit : « Je dois, citoyen ministre, vous soumettre quelques observations particulières sur les deux