Archives Nationales, ibid
Chavaxon et Saint-Yves. — Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810. 2
tifîcatif, il explique ainsi sa disgrâce : « L'ancien évêque d'Arras, Conzié, un des plus grands ennemis du gouvernement, qui a trempé dans l'attentat du 3 nivôse, avait et entretenait un parti assez nombreux dans le département du Pas-de- Calais, où il avait beaucoup d'agents, notamment parmi les prêtres insermentés. La police secrète que j'étais autorisé à y exercer me mettait à même de faire des découvertes utiles. Au commencement de Tan XI, je découvris le premier le projet de la conspiration Pichegru, appelée de l'an XII ; j'en donnai le premier éveil au Grand Juge, exerçant alors le ministère de la police générale, en y joignant plusieurs pièces probantes et tout cela resta sans suite dans les bureaux du ministè<l de la justice. Le nouvel évêque d'Arras, homme aussi vain que borné, s'était dans le principe livré aux prêtres affidés de l'ancien évêque Conzié. J'avais été chargé par M. le ministre Fouché, avant la suppression de son ministère, de le surveiller à cet égard et de le rappeler à une conduite plus convenable. Je fus aussi forcé de le contrarier sur des prétentions ridicules qu'il manifestait et, quoique j'eusse certes fait alors plus qu'aucun autre préfet pour le rétablissement du culte, cet évêque adressa au Premier Consul une dénonciation calomnieuse contre moi, notamment d'avoir été à un bal masqué déguisé en capucin, ce qui était faux, en dérision, disait-il, de la religion des consuls . . . L'évêque fut le premier instruit de mon déplacement et en répandit la nouvelle à Arras, où, je peux le dire d'après la grande notoriété, elle excita la sensation la plus flatteuse pour moi et exprimée par plus dé deux cents lettres ou actes publics, tant des autorités et des habitans de la ville que de tous les points du département. Je réclamai de suite auprès du Premier Consul et ce fut M. le ministre Chaptal luimême qui lui remit et appuya ma justification. Le Premier Consul me fît dire qu'il n'avait aucun mécontentement de moi et qu'il allait me replacer dans une autre carrière. Je persistai dans ma correspondance suivie à demander exclusivement d'être rétabli dans une préfecture à titre de réparation.
LES ADMINISTRATEURS DU DÉPARTEMENT ET DE l'aRRONDISSEMENT 19
« Les choses restèrent dans cet état j)endant plusieurs mois jusqu'à la découverte de la conspiration de l'an XII. M. le conseiller d'Etat Real fut charg-é alors de la recherche de tout ce qui pouvait y être relatif et il trouva dans les bureaux du Grand Juge les pièces que j'avais transmises six ou huit mois auparavant et qui donnaient le premier avis de cette conspiration. Il en fut rendu compte au Premier Consul, et dans le même temps, M. André Dumont, sous-préfet d'Abbeville, ayant découvert dans un grenier de cette ville toute la principale correspondance relative à la conspiration, cachée et scellée sous un plancher, y trouva diverses lettres qui me conceriMient, une entr 'autres ainsi conçue : « Nous sommes enfin parvenus à nous débarrasser de la surveillance du Préfet du Pas-de-Calais, en employant l'évêque d'Arras pour le faire déplacer », etc. Cinq ou six autres annonçaient qu'il y avait eu des réjouissances publiques en Angleterre pour mon déplacement. M. Dumont apporta lui-même cette correspondance à Paris et accompagna M. le conseiller d'Etat Real, et par ses ordres, à la Malmaison, où était le Premier Consul, pour la mettre ses yeux.
« Le Premier Consul eut la bonté de dire sur-le-champ : « Il sera préfet », et, le lendemain, à son audience, il daigna me dire les choses les plus flatteuses sur mon administration, en présence de plus de cent personnes; cinq jours après, il me nomma préfet du Mont-Blanc et m'annonça qu'il m'y envoyait pour faire marcher la conscription arriérée et qu'il comptait sur ma fermeté et mon énergie ^ ».
Voilà donc Poitevin-Maissemy réintégré, non sans peine, dans l'administration; il devait rester sept ans préfet du Mont-Blanc, et ce département, bien éloigné de ses domaines agricoles, ne lui convenait guère. Chaque fois que la préfecture d'un département du nord de la France est vacante, il s'empresse de la quémander ; ainsi, il demande la préfecture