‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 32 sur 101 · De Hauteclocque, Mémoires de l'Académie d'Arras, op. cit · texte numérisé non relu

De Hauteclocque, Mémoires de l'Académie d'Arras, op. cit

3â LE PAS-DE-GALAIS DE 1800 A '1810

plus grande des nations... Dieu créa Bonaparte et se reposa ! » Parfois, ses observations présentées sous une forme originale, ne manquent pas d'esprit, comme dans cette lettre au ministre de l'intérieur sur les difficultés et les fantaisies de la statistique officielle qui est encore d'actualité : « Trois sous-préfets ont répondu aux invitations pressantes qui leur ont été adressées : ils ont fait passer tous les tableaux, mais il n'est que trop facile de voir qu'ils ont pris à la lettre ce qu'on leur a dit de les remplir plutôt approximativement que de faire trop attendre des renseignements plus certains que peutêtre ils n'obtiendraient pas : il me serait possible de vous donner ainsi sans sortir de la préfecture du Pas-de-Calais la statistique de toute la République française ^ » C'est encore lui qui écrit en marge d'une circulaire invitant les préfets à ne faire aucune spéculation d'intérêts qui aurait quelque rapport avec les objets de leur administration : « Dieu me préserve de connaître le confrère qui nous vaut cette circulaire » '-.

Il nous reste à parler des collaborateurs successifs de Poitevin-Maissemy et du baron de La Chaise, dans leur œuvre administrative.

Tout d'abord, les sous-préfets. Le département comprenant cinq arrondissements, en dehors de l'arrondissement chef-lieu, devait avoir nécessairement cinq sous-préfets. Le 14 floréal an VIII, Bonaparte, premier consul de la République, nomme : sous-préfet de Boulogne, Masclet; sous-préfet de Saint-Omer, Bénard-Lagrave ; sous-préfet de Béthune, Podevin ; sous-préfet de Saint-Pol, Garnier ; sous-préfet de Montreuil, Poultier.

1. Archives départ., série M, dossier de la statistique comparative en 1789 et l'an IX.

2, Arch. départ., série M.

LES ADMINISTRATEURS DU DÉPARTEMENT ET DE l'aRRONDISSÈMENT 33

Les administrateurs communaux et de canton avaient continué leurs fonctions jusqu'à la nomination de ces cinq sous-préfets.

Deux des sous-préfets choisis étaient d'anciens législateurs. Né à Calais le 31 mai 1754, Bénard-Lagrave était négociant à l'époque des débuts de la Révolution ; il fut élu député au Corps législatif aux élections de l'an IV ; il prit une part assez active aux discussions financières et déposa plusieurs rapports dont un sur l'opportunité qu'il y avait à accueillir les propositions de paix de l'Angleterre. S'étant retiré de la vie parlementaire au 18 brumaire, il accepta la sous-préfecture de Saint-Omer qu'il conserva jusqu'au 2 septembre 1808, date de sa mort.

Charles-Louis- Antoine-Eugène Garnier, ancien notaire, occupait en 1784 les fonctions d'assesseur de la mairie d'Ardres, petite ville où il était né le 11 mars 1755; il en devint échevin, accueillit avec faveur la Révolution, fut officier municipal en 1790, administrateur du district de Calais. Ses concitoyens l'élisaient, le 10 septembre 1792, quatrième suppléant à la députation du Pas-de-Calais, et à la mort de Lebas, il prenait la succession du célèbre terroriste ; il vota du reste constamment avec les thermidoriens. Commissaire du Directoire près l'administration centrale du département du Pas-de-Calais en l'an VI, représentant du département au Conseil des Anciens le 20 germinal an VII, il se montra favorable au coup d'État de brumaire. Installé comme sous-préfet de Saint-Pol le 2 prairial an VIII, il occupa ce poste jusqu'au 9 mars 1811 ; son traitement annuel était de 3.000 francs ^ Lorsqu'on le releva de son emploi, il interpréta cette mesure comme une disgrâce et protesta en s' appuyant sur des certificats d'administration sans reproche, qu'il se fît décerner par les autorités de son arrondissement. Le ministère lui répondit qu'il n'était pas en défaveur. Toutefois, on ne lui donna pas d'autre emploi, et, en 1813, on refusa de le nommer

1. Archives dép., K. Arrêtés, II, p. 38. Chavanon et Saint-Yves.— Le Pas-de-Calais de IflOO à 1810. 3

sous-préfet de Béthune, malgré ses instances ^ Rallié à la Restauration, il fut nommé maire d'Ardres et mourut dans cette ville le 25 mars 1830.

François-Guillaume Podevin, installé comme sous-préfet de l'arrondissement de Béthune le 26 floréal an VIII, avec un traitement annuel de 3000 francs, était né à Boulogne en 1760, d'une famille de négociants ; il fit ses études au collège des Oratoriens et fut membre de cette congrégation savante et libérale. Lors de la Révolution, il exerçait la profession d'avocat à Calais ; ses concitoyens l'élurent procureur-syndic du district, fonctions qu'il remplit jusqu'en floréal an II ; à cette époque il fut nommé secrétaire général de la « Commission des administrations civiles, police et tribunaux » établie à Paris, et qui représentait alors les ministères de la justice, de l'intérieur et de la police. Son mariage avec la veuve du général de Merenvene, en germinal an III, le détermina à donner sa démission et à se retirer dans une campagne qu'il possédait aux environs de Calais. A l'installation du Directoire exécutif, les premières places du département dans l'ordre judiciaire ou administratif furent offertes à Podevin, qui les refusa toutes pour demander exclusivement celle de commissaire du pouvoir exécutif près de l'administration municipale de son canton. Il occupa ces modestes fonctions jusqu'au 18 brumaire an VIII; l'un des premiers actes de la Commission consulaire executive fut alors de l'appeler au poste de commissaire près de l'administration centrale du département ; c'est à ce titre qu'il installa le premier préfet Poitevin-Maissemy. A la création des sous-préfectures, le gouvernement le choisissait comme sous-préfet de Béthune sur la recommandation très pressante de toute la représentation du Pas-de-Calais, et surtout de Daunou^. Il

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