‹ Le Pas-de-Calais de 1800 à 1810; étude sur le système administratif instituéChapitre 31 sur 101 · Jcl., ^|én()orial adn^inistratif de J · texte numérisé non relu

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cours des soldats réformés ou retirés qui vivent dans le département en vue de Torganisation de bataillons départementaux ^

Les efforts du préfet La Chaise ne devaient pas rester inutiles ; peu à peu la sécurité renaissait dans tous les arrondissements, le nombre des délits diminuait et l'ordre régnant prouvait l'existence d'un gouvernement stable et régulier ; en 1810 le département du Pas-de-Calais jouissait de tous les bienfaits d'une sage administration. Aussi, ce préfet reçoit-il à diverses reprises, au cours de sa carrière, les remerciements et les marques de satisfaction des assemblées départementales. Le collège électoral du Pas-de-Calais le proclame à une très grande majorité candidat pour le Sénat conservateur. M. Bruneau-Beaumetz, président du collège, en lui annonçant cette décision le l®"" septembre 1803, lui déclare qu'elle est l'expression des sentiments de confiance et d'estime que lui ont voués ses administrés. (Cette élection n'eut du reste pas de suites, M. Jacquemont ayant conservé ses fonctions de sénateur jusqu'à la fin de l'Empire). En 1807, le conseil général constate que l'opinion publique s'améliore grâce au préfet : « on est soumis avec affection et reconnaissance au gouvernement impérial paternel et bienfaisant. »

Ces sentiments, exagérés du reste parles formules officielles, identiques sous tous les régimes, s'affaibliront avec les exigeances croissantes de la conscription qui pèsera de plus en plus lourdement sur les populations par le fait des guerres de l'Empire. Déjà, le 9 thermidor an XI, le préfet constate que le soin de la conscription occupe le tiers des employés de la préfecture et qu'ils suffisent à peine à cette tâche. Et La Chaise applique à ce sujet les instructions gouvernementales en soldat qui ne connaît que la consigne ; c'était le meilleur moyen pour un préfet de l'époque de faire sa cour au maître tyrannique que la France s'était donné. Toutefois lorsqu'après le

1, Archives départ,. Mémorial administratif 4ç 1809, pp. 93, 95, 97,

désastre de l'expédition de Russie, Napoléon s'eng-age plus avant dans la voie fatale où doit sombrer le régime impérial, La Chaise ne peut s'empêcher de faire part à un ami, assez haut placé pour approcher du souverain, de ses sombres pressentiments : « Tibi soli ! On trompe l'Empereur, on lui présente une mesure qui va mettre mon département dans une effervescence dont je frissonne de calculer l'explosion. Mais, de grâce, n'employez cette trop faible force qu'avec prudence, après avoir fait vérifier l'intensité de la résistance. Je me livre à l'espoir que la plus intime, la plus universelle confiance dans votre sagesse préviendra tous nos malheurs. Une fois attaqué, il faut vaincre et quelle déplorable victoire que celle qui révèle aux alliés la discorde planant au milieu de nos campagnes, menaçant nos villes et toute prête à nous plonger dans les horreurs d'une guerre civile. Tout est abstrait dans les conseils, tandis que la politique qui nous a sauvés de l'anarchie en nous conduisant de miracle en miracle pouvait les renouveler dans une conciliation qui finira par devenir impossible parce que personne n'est content. Vous connaissez mon dévouement pour notre Empereur ; je laisse donc couler ma plume au milieu de mille idées qui m'échappent, parce que vous me brûlerez, après m'avoir éclairé en ma qualité de vieux soldat sans reproches qui se livre en aveugle à votre ancienne amitié ^ ».

Les souffrances des populations, le désespoir des familles firent oublier les dix années de prospérité relative que le département du Pas-de-Calais devait à Napoléon et à ses représentants, et une partie de la haine contre le régime impérial fut reportée sur le préfet de La Chaise qui, tout en désespérant en lui-même de l'avenir, n'en continuait pas moins à presser le départ des diverses levées, à faire appel à toutes les ressources en hommes, en chevaux et en argent de

1. G. DE Hauteclocque, Le Pas-de-Calais sous l'adminislration préfectorale du baron de La Chaise (Mémoires de l'Académie d'Arras, 2« série, t. XXV,

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son département. La phraséologie prétentieuse et pompeuse des actes préfectoraux ou des délibérations du Conseil général et des Conseils d'arrondissement n'est qu'un vernis qui cache mal le délabrement de l'édifice et ne trompe personne.

A la suite du sénatus-consulte du 22 février 1814, ordonnant la levée de 300.000 hommes, dont 3.000 devaient être fournis par le département du Pas-de-Calais, la résistance devient ouverte. Dans certaines communes, les habitants prennent les armes. Jusqu'au dernier moment, La Chaise fait face aux difficultés avec la même énergie et avec la même prudence; toutefois, dès que la déchéance de Napoléon est proclamée et le comte de Provence appelé au trône sous le nom de Louis XVIII, il s'empresse de se rallier au nouveau régime et de mettre son activité et son zèle au service de l'autorité royale. Le baron de La Chaise reçoit à la préfecture d'Arras, le 6 août, le duc de Berry, avec des protestations de fidélité et de dévouement semblables à celles qu'il adressait naguère à l'Empereur et, pour que le parallèle soit complet, le duc de Berry lui confère la décoration du Lys comme l'Empereur lui avait remis celle de la Légion d'honneur.

Mais Napoléon revient de l'Ile d'Elbe ; il débarque à Fréjus : toujours docile, La Chaise adresse aux populations la proclamation suivante : « L'Empereur vient de remonter sur le trône ; nous devons obéissance à ses ordres. Le décret, qui nous parvient aujourd'hui 24 mars, nous prescrit de reprendre les anciennes couleurs nationales ; une nombreuse garnison vient de les arborer dans le chef-lieu de ce département ; suivons son exemple, prévenons tous les désordres qui pourraient résulter des dissidences entre le militaire et le citoyen et resserrons de plus en plus les liens qui doivent réunir le peuple français et l'armée nationale. Vive l'Empereur ! »

Napoléon avait déjà remplacé La Chaise à la préfecture du département du Pas-de-Calais par le baron de Laussat, auquel succédait, sur son refus, le baron de Roujoux, qui avait bientôt lui-même pour successeur André Dumont, l'ancien

député de la Somme à la Convention Nationale : trois préfets en cent jours. Au retour définitif des Bourbons, Louis XVIII ne tint pas rigueur à La Chaise de sa proclamation ; il lui donna le titre de conseiller d'État honoraire, une pension de retraite de 6.000 francs et le grade de commandeur de la Légion d'honneur. Le baron de La Chaise se retira en son château de Maisnil, près de Beauvais, où il mourut le 11 mars 18231.

Le département du Pas-de-Calais avait eu à diverses reprises la visite de Napoléon : le 18 juillet 1804, l'Empereur s'était rendu au camp de Boulogne et y avait été reçu par le préfet et par l'évêque d'Arras. Au cours de ce même voyage, il s'arrêta à Saint-Omer et passa en revue à Arras la belle division de grenadiers du général Junot ; pendant son séjour au chef-lieu du département, la nouvelle préfecture lui servit de résidence. Pour remercier les populations du nord de la France du dévouement dont elles lui paraissaient faire preuve à l'égard du régime impérial, Napoléon revint dans le Pas-de- Calais en 1810, cette fois avec l'impératrice ; il visita successivement Béthune, Saint-Omer, Calais et Boulogne et fut reçu partout avec le plus vif enthousiasme. Ces manifestations avaient leur écho dans les diverses récompenses dont le préfet La Chaise était l'objet : le 25 prairial an XII, il reçoit la décoration du nouvel ordre de la Légion d'honneur ; en 1809, le gouvernement lui octroie le titre de baron.

Nous avons vu ce que les administrés pensaient de leur administrateur ; nous venons de voir le cas fait par le gouvernement impérial du préfet placé à la tête du département du Pas-de-Calais ; il est intéressant maintenant d'examiner comment le baron de La Chaise appréciait ses administrés : « Dans le Pas-de-Calais, dit-il, on est froid et on aime le gouvernement par égoïsme. On se trouve plus heureux parce qu'on craint moins. » Le préfet attribue à la population

1. De Cardevacque, Les préfets du Pas-de-Calais (Le cabinet historique de l'Artois et de la Picardie, mars-avril 1899).

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quelque regret du régime républicain qu'il appelle « l'exécrable rigueur de 93 », mais les républicains « ne forment qu'une république obscure et ils n'osent lever la tête. » A vrai dire, ceux que les souvenirs de la Convention Nationale et de ses représentants ne réjouissent pas précisément paraissent plus nombreux, et M. de Hauteclocque cite à ce propos une curieuse pétition adressée au préfet le 22 juin 1803 : « La joie que nous éprouvons depuis que vous nous gouvernez est si inexprimable qu'elle nous fait oublier nos malheurs. Désirant en éloigner toute espèce de souvenir, nous prenons la liberté de vous prier de faire enlever dans la cour du département deux inscriptions sur l'arbre de la liberté, qui y ont été placées dans le régime de la Terreur ; on ne peut les lire sans frissonner d'horreur : aussi nous répugne-t-il de les transcrire. Nous nous flattons que vous ne regarderez pas cette démarche comme un manque d'obéissance à la République. — Signé : les amis de la tranquillité ^ »

Entre la faible minorité républicaine et la masse plus compacte de personnes qui, pour les causes les plus diverses, regrettaient l'ancien régime, l'Empire devait rencontrer plus d'adhérents par estime et par raison que par sentiment et par conviction et, à mesure qu'il s'identifiait avec l'idée de la guerre, le nombre de ces adhérents, acquis par les bienfaits du Consulat, ne pouvait que diminuer.

Lorsque le baron de La Chaise s'adresse à ses administrés ou écrit aux ministres, il mêle aux tirades prétentieuses et amphigouriques que la Révolution a mises à la mode des boutades de vieux grognard ; on croirait parfois entendre un demi-solde de la Restauration, alors que celui qui parle ou qui écrit est un officier de l'ancienne armée royale. On connaît la célèbre proclamation du baron de La Chaise qui a fait le tour de tous les manuels d'histoire : « Vous allez le voir, ce Napoléon proclamé si justement le plus grand homme de la

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