WASHINGTON I
Boileau reprochait à Molière son goût pour le gros rire :
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
Ce même reproche a été fait à Théodore de Bè^e par le savant Bayle, à l'occasion du pamphlet dont nous donnons aujourd'hui une réimpression, accompagnée pour la première fois d'une traduction Française. « Je me sou- » viendrai toute ma vie, a dit-il, » qu'un jour » que nous avions lu une satire burlesque, » Epistola Magistri Benedicti Passavantii, ou y> on tourne cruellement en ridicule le Prési- » dent Li^et, nous souhaitâmes que ceux qui )) la donnent à Théodore de Bè\e ne dissent » point vrai. Car si on a fort bien dit que » Molière, tout Comédien qu'il étoit, ne devoit » pas prostituer son génie à composer des » farces, qui le dèfiguroient extrêmement, » combien plus étoit-il indigne de Théodore » de Bè^e de plaisanter de cette force?
» Reconnoit-on là ce grand homme qui se fit » tant admirer au Colloque de Poissy? »
N'en déplaise à Boileau et à Bayle, les farces de Molière sont toujours applaudies, et /'Epître de Passavant restera, pour tout homme de sens que n'aveugle pas le fanatisme Théologique, un chef-d'œuvre de gaieté, de verve et d'éloquence bouffonne : le reste importe peu.
L'A rgument placé en tête du volume par un ancien Éditeur indique suffisamment dans quelles circonstances il fut composé. Le Président Li^et, devenu abbé de Saint -Victor, après avoir fait brûler les Huguenots, écrit contre eux) mais ses livres, tout gros qu'ils soient, passent inaperçus : alors il dépêche à Genève, comme agent provocateur, un sien domestique ou secrétaire, maître Benoît Passavant, lequel est supposé lui rendre compte de sa mission et lui transmettre la réponse des Hérétiques. On devine quels peuvent être ce compte-rendu et cette réponse, sortant de la plume caustique du vicaire de Calvin : le pauvre abbé Li^et, bien entendu, n'est là qu'un prétexte; c'est tout le Système, toute la sacrosainte Hiérarchie qui s'écroule sous un feu roulant de quolibets. Çhiel désordre moral, bon Dieu! et que notre siècle paraît innocent auprès de cela, lui qu'on accuse gravement d'avoir perdu le sens du respect !
A en croire l'auteur du Passevent Parisien, pamphlet Catholique de la même époque, que notre impartialité nous oblige à rééditer le même jour que le Passavant, Théodore de Bè%e aurait eu pour collaborateur, dans la rédaction de cette précieuse Épitre , Pierre * Viret, ministre de Lausanne. Ce dernier, lui aussi, aimait à rire. Si la collaboration est réelle, nous devons savoir gré à ces deux grands Théologiens de nous avoir donné un modèle aussi parfait du style qui sied le mieux à certaines questions.
La première édition de YEpistola Magistri Benedicti Passavantii est un petit in-8 de 45 feuillets en caractères Italiques, et de 24 lignes à la page; elle porte la date de m.d.liii, mais sans indication de libraire ni de lieu d'impression. La Bibliothèque Nationale en possède un exemplaire (Z. -f 1342), sur lequel nous avons collationné le texte de la présente édition.
Les notes non signées du Traducteur appartiennent à Le Duchat, commentateur de Rabelais, et sont extraites des Mémoires de Littérature de Salîengre {La Haye.
ÉPITRE
DE
Au Lecteur bénévole (i).
Pierre Lizet, Premier Président au Parlement de Paris, avait usé de toute son influence pour persécuter cruellement, par fer et feu (2), les adeptes de la pure doctrine de l'Évangile. Mais un décret royal lui enleva sa charge, et il fut même exclu du Parlement.
Pour le consoler, on lui donna l'Abbaye de Saint- Victor, où , n'ayant plus de supplices à infliger aux membres de T Église Évangélique, il se mit en tête de les pourfendre avec sa plume. De là un livre ridicule qu'il publia contre eux, et auquel ce qui suit peut servir de réponse. Nous y avons ajouté quelques pièces, relatives au même sujet. Fais-en ton profit, lecteur, et ris à ton aise.
(ï) Cet avertissement ne se trouve pas dans les premières éditions du Passavant.
(2) Théodore de Bèze a dit de même, dans son récit de la Saint- Barthélémy : « Les courtisans et les sol-
Candido Lectori.
Petrus Li^etus, in Senatu Parisiensi Prœses, pro ea qua pollebat auctoritate , ferro flammisque puriorem Evangelii doctrinam amplexos crudelissime persequebatur.
Post decreto regio non ea dignitate solum dejectus, sed etiam Senatu motus, inœgrœ mentis solatium factus est Abbas S. Victoris. Ibi cum suppliciorum acerbitate nonposset amplius in Evangelicos sœvire, stilum in eos décrépit stringere. Librum itaque in eos edidit, cui scripto ad ridiculum composito responsum est, quod tibi cum elogiis ad idem argument um pertinentibus exhibemus.
Utere et hilariter fruere.
dats de la garde du Roy, furent ceux qui firent l'exécution sur la Noblesse, finissans avec eux (ce disoyentils) par fer et désordres les procez, que la plume, le papier et Tordre de justice, n'avoyent jusqu'alors sceu vuider* » [Note du Traducteur.)
É PITRE
T>E zMAIT %E <BEV£OIT
En réponse à la commission que lui avait donnée le Vénérable Messire Pierre Lizet, ci-devant Président au Parlement de Paris, et présentement Abbé de Saint-Victor prope muros.
ilonsieur le Ci -devant Président, aujourd'hui Monsieur l'Abbé , souffrez qu'avant tout je dépose à vos pieds I mes très-humbles homma- S ges. Car en effet (i) depuis le
moment que, sain et allègre, nous sommes
(i) Début assez analogue à celui du Moyen de par-