TRESPAS DE SON FEU NEZ
essire Pierre estonné De voir son ne\ boutonné, Prest à tomber par fortune De la vérole importune :
De grand colère qu'il eut, Print son grand verre, et y beut :
Puis d'une musique y vr on gne, Contournant sa rouge trongne, Jettant son œil chassieux Vers son royaume des deux, (^C'est-à-dire ses bouteilles, Belles, grandes, nompareilles, De son buffet l'ornement Et son seul vray sauvementj,
A coudé dessus sa table,
Rota ce cry lamentable :
« Ha ! pauvre n£%, tu t'en vas,
» Et je demeure icy bas!
» Ne% né seulement pour boire,
)) Ne%, mon honneur et ma gloire
» Ne% qui peux entièrement,
b D'un seul regard seulement »
(Car Hotefj ie bon hommeau
Avec son rouge museau,
Seul d'entre les hommes ne',
Xe regardoit que du ne%)
« Tout V Univers altérer,
» Las ! te faut il enterrer?
» Et qu'eau bénite te lave
» Prise ailleurs que dans ma cave
» Ne%} seul vrai ne~ beuvatif,
» Ne^ d'un teint altérât if,
» Ne% dont mesme la roupie
» Pissoit vin de goudepie,
» Ne% gourmet de mes désirs,
» Alambic de mes plaisirs :
» Ne% par qui fut annoncé
» L'aigre, l'esvent, le poussé :
» Suce-vin, vui de-bouteille,
» Ne%, ne%j ma rose vermeille :
» Adieu, ne~ qui vas en terre,
» Avecques lequel s'enterre
» L'espoir que favois jadis
» De ce mien bas paradis.
» Hélas ! au moins j'espérois
» Qu'avec moi tu partirais,
» Et qu'après nostre vivant
» Mourrions ensemble en b cuvant.
)) Nef, vrai nef de Cardinal,
» Mes Heures, mon Doctrinal,
» Miroir de la Sorbonique,
)) Qui ne fut onc hérétique :
» Vrai suppost de notre Église,
» Digne qu'on te canonise :
» Mon rebec, ma cornemuse,
» Duquel la ronflante muse
» De blanc, et clairet enflée,
» Eust peu tout d'une soufflée
» Calliope et ses enfans,
» Jusques aux plus triomphans,
» Voire tout leur Hélicon
» Deffier à beau flaccon,
» Voire leur double Parnasse
)) Deffier à belle tasse.
» Hélas ! flaccons et barils,
» Chante-pleures et durils,
» 77 s'en va mourir ce nef
» Qui vous a tant pourmenef.
» Nef défuncts, je vous adjure?
» Je vous prie et vous conjure,
» Par flaccons et gobellets
» Par tous friands morcellets,
» Cervellats, pastef, espices,
» Pieds, andouilles, et saucisses,
» Honneur de nos cheminées,
» Par jambons, et eschinées,
» Bœuf s allât, et hastiveaux,
» Pipes, poinsons, et tonneaux... )>
(Et notef, 6 grand pitié,
O immortelle amitié !
Qu'en chantant tout ce beau rolle,
Entrecoupant sa parole,
Le bon preud'homme pressé,
De son ne% intéressé,
Autant qu'il pouls a de mots,
Autant souspira de rotsj
« Or doncques, ne%, » dit-il lors,
« Povres ne% qui estes morts,
» Faites à mon ne% l'honneur
» Qui affiet à tel Seigneur.
» Mais, ô mon ne%, tu t'en vas.
» Etant ainsi mort, hélas !
» A quel maistre seras-tu
» Convenable à ta vertu ?
» Si tu as encore envie
» De me plaire après ta vie,
)) Va droict entre les camus
» Choisir feu De Cornibus :
y> Car lors fô grand déplaisir J
» Que la mort le vint saisir,
» Le bon homme fsçay-je bienj
» Avoit jà perdu le sien.
» Au moins j'auroy ce confort,
» Que seras après ta mort
» Le ne% d'un autant preud'homme
» Quefust onc Pape de Rome. »
Sur ce l'yvrongne se teut,
Et le pauvre ne% lui client,
Qu'il ramassa doucement.
Puis, pour son contentement,
Ordonna très-bien et beau
Qu'il fust mis en un tombeau,
Bien proprement enchâssé
Dedans un verre cassé.
Puis, pour mémoire éternelle
De son ne%, et de son %èle,
Luy grava cette épitaphe, Qu'il signa de son paraphe :
Ci gist enchâssé en verre Le feu nez de Maistre Pierre : Priez, ô vous qui passez, Pour tous les nez trespassez.