‹ Le Passavant de Théodore de Bèze. Épître de maítre Benoît Passavant [pseud.] à messire Pierre Lizet, où il lui rend compte de sa mission à Genève et de ses conversations avec les hérétiquesChapitre 3 sur 5 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

Épitre

à l'excellence divine des Écritures canoniques, et ceux mêmes dont la doctrine est conforme sont loin d'avoir une égale autorité. Le lecteur ou l'auditeur conserve donc à leur égard son droit de libre examen : il peut approuver ce qui lui plaît, ou blâmer ce qui l'offense. Qu'en dites-vous, Monsieur le Ci-Devant Président ? Vous vous en tirez par une glose Ci-Devant Présidentale, d'où il ressort qu'Augustin a menti. Vous dites en effet qu'en dehors de l'Écriture, il faut également tenir pour complément de la Sainte Écriture les précieux dogmes de l'Église ; et ainsi se figure votre Présente-Abbatialité, dans son cerveau morfondu de froid par sa mitre (i), que l'Église Romaine est la vraie Eglise, et qu'il est permis à l'Église de fabriquer de nouveaux dogmes pour suppléer à ce qui manque dans l'Écriture Sainte, laquelle, pour lors, serait imparfaite et mutilée. Ainsi, pour lever tous les doutes, il ne vous suffisait pas de contredire Saint Athanase, ni de prétendre que tous les dogmes que vous défendez viennent de la tradition des Apôtres. Allons, vous rêvez, mais il y a un malheur : c'est que personne ne veut vous croire, et que, si vous argumentiez de la sorte en Sorbonne même, tous vos confrères se riraient de vous, comme de Caillette (2). A ce propos, vous observez que

de Passavant

pius intellectus. In opnsculis antem posteriorum, qui libris innumerabilibus continentur, sed nullo modo sacratissimœ Canonicarum Scripturarum excellentiœ coœquantur , etiam in quibus invenitur eadem veritas , longe tamen est dispar authoritas. Itaque in eis liberum habet lector vel auditor judicium, quo vel approbet quod placuerit, vel improbet quod offenderit. Qidd dicitis, Domine Nuper- Prœsidens? Vos auditis unam glosam Nuper-Prœsidentialem, per qnod apparet quod mentitur Augustinus. Quia dicitis , quod prœter Scripturam oportet etiam tenere auctarium sanctœ Scripturœ pretiosa Ecclesiœ dogmata : et ita imaginatur vestra Nunc-Abbatia, in suo cerebro frigefacto per suam mitram , quod Romana Ecclesia sit ver a Ecclesia, et quod liceat Ecclesiœ facere nova dogmata ad supplendum quod deest sanctœ Scripturœ, quœ hoc modo erit imper fecta et mutilata. Et ideo contra beatum Anastasium non sufficiet dis

(1) Rabelais, 1. 3.., c, 2 :

Je (disait-il) sens le fond de ma mitre

Si froid qu'autour me morfond le cerveau.

(2) Caillette, fou, au sujet duquel on peut voir le second chapitre des Contes de Bonaventure des Périers, et la note 6 sur le ch. 36 du 3e livre de Rabelais.

Épitre

le Christ dit à ses disciples : Celui qui vous méprise, me méprise, et Paul : L'Église est la colonne et le fondement de la vérité; mais c'est cela précisément qui vous renverse, et qui détruit tous vos arguments : car nous disons que les Apôtres n'ont pas excédé leur mission, comme les Papes et les faux Évéques de votre lupanar , qui se donnent effrontément pour leurs successeurs : et que l'Église étant le fondement de la vérité, le Pape et les siens, qui combattent la vérité, ne sont pas l'Église. Ainsi, vous le voyez, pour une question qu'il y avait, vous en faites deux; c'était la même chose dans le Parlement, où vous bâtissiez mille difficultés sur la pointe d'une aiguille, et d'un seul procès en faisiez mille, afin que l'eau vînt au moulin. Mais il y a vraiment de quoi rire quand, sur le premier Livre des Rois, chap. ier, vous interprétez l'Écriture Sainte par un arc. En. effet, disent ces hérétiques, Robin se souvient toujours de ses fistules (i), et comme vous êtes bon archer pour tirer sur un verre de vin, vous avez choisi cet endroit de l'Écriture où il est question d'un arc : quoique cela ne vienne pas plus à propos que si, en chantant la Messe, vous faisiez tout (vous m'entendez bien) dans vos chausses à la martingale (2). C'est là, réellement, une admirable interprétation tropolo-

de Passavant

solvendis omnibus dubiis, et item qitod omnia dogmata quœ defenditis venerunt ex traditione Apostolorum. Ecce quod vos somniatis, sed est pietas quod nemo vult tibi credere, et quod si tu argument areris sic in ipsa Sorbona, omnes socii te ridèrent, sicut Cailletam. Ad proposition, tu dicis quod Christus dixit ad Discipulos : Qui vos spernit, me spernit, et Paulus : Quod Ecclesia est columna et firmamentum veritatis, et hoc etiam est quod te destruit, et vastat tota tua argumenta : quia dicimus quod Apostoli non excesserint suam cornmissionem, sicut Papa? et falsi Episcopi vestri lupanaris, qui mentiuntur se successores eorum : et quod cum Ecclesia sit fundamentum veritatis, Papa cum suis non est Ecclesia, qui pugnat contra veritatem. Et ita tu vides quod pro una quœstione quœ erat, tu facis duas, sicut tu faciebas in Parlamento mille difficultates super cuspidem unius acus, et mille processus ex uno, ut sic venir et aqua ad molendinum. Sed est prœterea una bella ridentia quando interpretamini in 2. Reg, 1. per arcum

(1) Ceci confirme l'explication que M. de la Monnoye a donnée de l'origine de ce proverbe, tome 2, p. 66, de son nouveau Msnagiana, édition de Paris, 171 5.

(2) Chausses à la martingale : culottes dont le pont était placé par derrière. (Note du Traducteur.)

Épitre

gique, et ainsi vous voilà quitte du Chapitre 14.

Je m'en viens au quinzième Chapitre. Là, tout d'abord, vous suez sang et eau pour montrer que l'Écriture Sainte a besoin d'interprétation, ce que personne onc ne vous contesta : car, si nous disons que l'Écriture est claire, nous disons aussi pour qui elle est claire, à savoir pour ceux que le Père a illuminés de son Saint Esprit, sans lequel, comme dit Saint Paul, l'homme vivant ne comprend rien aux choses de Diïeu; et nous ajoutons : il faut que Dieu ouvre nos cœurs, comme il les a ouverts à ses disciples, pour nous donner l'intelligence des Écritures. Et sans cesse nous répétons que nous ne savons encore rien que partiellement, et en conséquence, bien que ne doutant pas des principaux articles, parce qu'ils sont assez évidents, nous sommes cependant disposés à apprendre, et à profiter des enseignements de ceux qui voudront nous instruire dans la Sainte Écriture, objet de nos constantes études. Donc, Monsieur le Ci-Devant Président, ils disent que vous faites comme à l'ordinaire : vous vous cassez la tête à prouver ce qui n'est nié de personne. Ensuite, cela même est contre vous, qui ne voulez pas que l'Écriture soit prèchée au peuple (comme le fit Esdras dont vous parlez), si

de Passavant

sancîam Scripturam. Diciint enim isti kœretici, quod semper subvenit Robino de suis fistulis, et ideo quia tu es unus bonus arcitenens de vitro, tu elegisti istum îocum Scripturœ , in quo fit mentio de arcu , quanvis non plus fiât ad proposition quam si canendo Missam, tu faceres totum (tu benê me intelligis) in caligis tuis ad martingalam. Profecto hœc est una mirabilis interpretatio Tropologica, et ita estis soluti de C api te 14.

Ego me venio ad decimum quintum : ubi primum tu multum sudas, in ostendendo quod sancta Scriptura indiget interpretatione, quod nullus unqUam tibi negavit : quiasicut dicimus Scripturam esse planant, ita etiam dicimus quibus sit plana : nempe iis quos Pater illuminavit sancîo suo Spiritu, sine quo nos clamamus cum beato Paulo, Hominem animantem non intelligere quae Dei sunt : et quod oportet ut Deus aperiat corda nobis, sicut Discipulis suis ad ïntelligendum Scripturas. Et semper dicimus quod non adhuc cognoscimus nisi ex parte, et ideo quanvis de prœcipuis articulis non dubitemus, quia sunt averti, tamen semper parati sumus ad discendum per eos qui voluerint nos docere per sanctam Scripturam , in qua quotidie laboramus ut possimus proficere. Et ideo. Domine Nuper-Prœsidens, dicunt quod tu

Épitre

ce n'est dans le Carême et TAvent : encore faut-il que ce soit selon l'esprit de Sorbonne, conformément aux articles de foi de l'Eglise Romaine Apostatique, auxquels doivent s'en rapporter les Laïques et quiconque n'est pas Théologien ; car ce serait grand scandale si tout le monde pouvait, par la Sainte Écriture, distinguer les loups des bergers ; et par la même raison, il ne faut pas dire sa Messe, ni ses heures, en Français, parce que le peuple verrait les mystères de notre sainte Mère Église : et ainsi tout le service de Dieu tomberait en ruine, tout le monde serait hérétique.

Mais, Monsieur le Ci-Devant Président, si, en vertu de cet argument, on vous retirait votre vin, parce que vous vous en grisez un peu trop souvent, quelle mine feriezvous, bon Dieu ! à peu près comme lorsqu'on vous signifia que vous ne mettriez plus le pied au Palais.

A ce propos, vous empruntez à Saint Jérôme une admirable allégorie sur ces paroles d'Ezéchiel : Nos pères ont mangé un fruit vert, et nos dents en ont été glacées. Cette opinion de Saint Jérôme ne se rapporte en rien au texte du prophète, et voilà, disent ces hérétiques, un exemple qui prouve bien la nécessité de soumettre les opinions des Docteurs au contrôle de l'Ecriture Sainte. Autrement, il n'est presque

de Passavant

facis more solito, quando tu tibi frangis caput ad probandum quod nemo negat.

Deinde quod hoc facit coyitra vos, qui non vultis ut prœdicetur populo sancta Scriptura (sicut fecit Esdras quem tu allegas) nisi in Qiiadragesima, et Adventu, ex spiritu Sorbonœ, et juxta articulos fidei Romance Apostaticœ Ecclesiœ, et quod sufficit Laicis et aliis qui non sunt Theologi, credere implicite, quia esset magnum scandalum si omnes sciïent ver sacram Scripturam cognoscere lupos a pastoribus : et ideo etiam non oportet dicere Missam suam Gallice,'~neque horas suas, quia populus vider et sécréta sancta? Mairis nostrœ Ecclesiœ : et ita totum setvitium Dei iret in ruinant : nam omnes essent hœretici. Sed, Domine Nuper-Prœsidens, si per hoc argumentum vobis auferretur vinum, quia tam sœpe vos inebriat, vos essetis tam attonitus, quam quando dictum fuit vobis ne amplius iretis ad Palatium.

Sed ad propositum, tu adfers unam mi~ rabilem allegoriam beati Hieronymi, super illud dictum E^echielis : Patres nostri uvam acerbam comederunt, et stupuerunt dentés nostri : quia hœc opinio Hieronymi non magis facit ad textum Prophetœ, quam nihil : ex quo exemplo isti hœretici dicunt, quod bene apparet quod opiniones Doctorum sunt examinandœ ad sacram Scri-

Épitre

pas d'hérésie qui ne puisse trouver fondement dans les livres des anciens Docteurs; et il est assez évident que ces anciens Docteurs ont corrompu, par leurs allégories, une infinité de passages de l'Écriture. Ainsi vous voyez bien que si votre Théologie était la benne, il n'y jurait absolument rien de certain dans l'Église : et d'ailleurs, les anciens Docteurs eux-mêmes disent et répètent qu'ils ne veulent pas qu'on les croie, à moins que leurs paroles ne s'accordent avec l'Ecriture Sainte ; ils avouent qu'étant hommes, ils ont pu se tromper. Augustin, par exemple, dans ses invections^ contre Januarius, confesse que dans les Écritures il y a plus de choses qu'il ignore que de choses qu'il sait. Mais si les Docteurs peuvent se tromper, et si le commun du peuple ne lit pas l'Écriture, sur quoi sera fondée votre Église, Monsieur le Mulo-Président ? sur de la glace d'une nuit, n'est-ce pas ?

Ces hérétiques disent aussi : Quand vous appelez Pierre le chef de l'Église, c'est par une mirifique amphibologie, ou prosopopée (laquelle des deux je n'en sais trop rien, car il y a si longtemps que je n'ai mis le nez dans la Grammaire, que je fais des solécismes tout comme vous). Donc, prétendent ces hérétiques, vous mettez le royaume du Pape sens dessus dessous ; car, tan-

pturam, quia sine hoc nulla est fere hœresis quœ non possit inveniri fundata in libris antiquorum Doctorum : et satis patet quod antiqui Doctores corruperunt infini t os iocos Scripturœ per suas allegorias. Quare tu bene vides, quod si valeret tua Theologia, nihil unquam esset certi in Ecclesia :

ideoque ipsi antiqui Doctores sœpe dicunt, quod nolunt ut credant sibi, nisi conveniant sua dicta cum sacra Scriptura : et fatentur quod potuerunt errare ut homines. Sicuî irascitur Augustinus Januario, confit eus quod in Scripturis multo plura nescit , quam sciât. Sed si errare possunt Doctores, et populus communis non legit Scripturam, ubi erit fundata tua Ecclesia, Domine Mulo-Prœsidens? nempe super glaciem unius noctis.

Dicunt etiam isti hœretici , quando tu vocas Petrum Ecclesiœ verticem, mirabiles amphibologias sive prosopopœias (nam tandiu est quod non siudui in Grammatica. quod ego facib solœcismos sicut tu). Dicunt ergo isti hœretici, quod tu ponis regnum Papœ super sub, quia loco ejus quod alii dicunt, quod Papa est fundamentum Ecclesiœ, quia scripium est : Tu es Petrus, et

Épitre

dis que, suivant d'autres, le Pape est le fondement de l'Eglise en vertu de ce qui est écrit : Tu es Pierre, et sur cette Pierre..., etc., vous, vous argumentez de Pierre au Pape, c'est-à-dire du serviteur de Dieu à l'Antéchrist ; et vous le mettez si haut que, s'il tombait (comme bientôt il tombera), il ne saurait manquer de se casser le cou. Mais c'était sans doute par allusion au Pape actuel, De Monte : quoique, dit-on, il n'ait guère souci de vous. Ah ! si vous aviez voulu, quelles mirobolantes allégories vous eussiez pu faire ! comme vous eussiez confondu tous les hérétiques avec cet admirable verset du Psalmiste : La montagne de Dieu est admirablement cornvacte : pourquoi soupçonnez-vous des coagulations de montagnes ? J'ai entendu dire qu'un Italien a écrit là-dessus des choses superbes! En somme, votre conclusion est mauvaise, et j'en atteste Clément lui-même, quelque doute qu'on ait de son identité, lorsqu'il affirme que c'est dans les Écritures, non ailleurs, qu'il faut prendre le sens de la vérité : autrement, prouvez-nous que le pectus du Pape et de sa séquelle, et l'Écriture Sainte, c'est tout un. Au fait, vous en avez une excellente preuve dans ce que disait (1) le Pape Clément au lit de mort : qu'il aurait bientôt la solution d'une question qu'il n'avait jamais

de Passavant

super hanc Petram, et ita est in fundo, tu argument aris a Petro ad Paparn, id est a servo Domini ad Antichristum : et ponis eum tam alte quod si caderet, sicut cadet breviter, non posset errare ad frangere sibi collum. Sed tu hoc fecisti, quia modernus Papa vocatur De Monte, quanvis dicant quod ipse non curât multum de te. Et si tu voluisses, tu habuisses hic mirabiles allegorias, et confudisses omnes hœreticos cum isto mirabiliversu Psalterii : Mirus Dei mons pinguis : ut quid suspicamini montes coagulatos? dequo ego audivi quod unus certus Italus fecit mirabilia : ergo tu maie concludis ad propositum. Et ipsemet Clemens, quem nesciunt qui fuerit, tam bene dicit c. Relatum. 38. dis tin. quando dicit quod ex ipsis Script uris s ensum veritatis capere oportet, nisi tu prius probaveris quod pectus Papa? et sociorum ejus sitSancta Scriptura. Pro quo probando tu habes unum magnum argumentum, in eo quod quando Papa Clemens mortuus est, dicebat quod haberet brevi resolutionem unius quœstionis quam nunquam potuerat resolvere : Utrum animse essent immortales. Et quid vultis amplius, male-

(i) Tiré peut-être de certain Commentaire sur les Articles des Docteurs de Paris, cité par Baleus dans la vie de Clément VII.

Épitre

pu résoudre, à savoir si les âmes étaient immortelles . Et que voulez- vous de plus, maudits hérétiques, sinon des fagots ? car Monsieur le Ci-Devant Président vous met là au pied du mur, et si bien que vous ne savez que lui répondre. Bref, la conclusion est affirmathe, et les chefs de l'Église ont évidemment reçu le don de l'Esprit pour l'édification du Corps, quelque pervers qu'ils soient d'ailleurs. Tels des loups entrés par la fenêtre, tels seront les Pasteurs; et le Saint Esprit sera attaché aux personnes et aux fonctions, suivant ce qui a été dit : La sagesse n'entrera pas dans une âme perverse.

Arrivons au Chapitre 17, où vous voulez prouver que l'interprétation de l'Écriture appartient au chef Romain. A cela il m'a été répondu article par article, et en quelque façon Sorbonniquement : Voici comme argumente Monsieur le Mulo-Président : Le Christ a promis à l'Église le Saint Esprit pour interpréter ses paroles ; donc l'interprétation appartient à l'Église. Accordé, ceci : mais nous ajoutons que l'interprétation n'appartient ni au Pape ni à sa séquelle, qui ne sont pas l'Église, parce qu'ils n'ont pas le Saint Esprit, et la preuve qu'ils n'ont pas le Saint Esprit, c'est que : II ne suffit pas, pour être le berger, d'entrer dans l'étable, il faut y entrer par

de Passavant

dicti hœretici, nisi fasciculos? Cum Dominas Nuper-Prcesidens adeo vos redigat ad cuneam, ut nesciatis quid respondere? Quod autem ita sit, patet per concîusionem affirmativam quam ponit, videlicet qnod concessum est Ecclesiœ ducibus charisma Spiritus ad corporis œdifxationem, etiam si alioqui maligni sint. Nam ita etiam lupi qui sunt ingressi per fenestram, erant pastores, et Spiritus sanctus erit alligatus personis et statibus, juxta ilïud : In animam malignam non intrabit sapientia.

Veniamus addecimum sextum Capitulum in quo tu vis probare quod interpretatio Scripturœ pertinet ad verticem Romanum :

cui responderunt mihi per articulos, et quasi Sorbonice, dicentes : Sic argumentatur Dominus l\Iulo-Prœsidens : Spiritus sanctus promittitur Ecclesiœ a Christo ad interpretandum quœ dixerat. Er go pertinet interpretatio ad Ecclesiam. Concedimus, et ideo dicimus, quod interpretatio non pertinet ad Papam et ejus asseclas, qui non sunt Ecclesia, quia non habent Spiritum sanctum : quod autem non habeant Spiritum sanctum, patet ex hoc. Non omnis qui intrat in stabulum est pastor, sed ille qui intravit per ostium : et ex ipsorum

Épitre

la porte. Puis il y a les fruits, auxquels le Christ veut que nous les reconnaissions. Et cela n'est pas difficile, car, quand on met leur doctrine à l'épreuve, suivant le mot de Saint Paul : Eprouve^ toutes choses, les enfants eux-mêmes aperçoivent des erreurs si monstrueuses, des impiétés si énormes, que le diable, tout le premier, en a honte pour eux.

Second argument de Monsieur le Ci- Devant Président pour démontrer le privilège du Pontife Romain : L'interprétation de la Loi appartenait au Grand Prêtre, qui fut le type du Pontife Romain ; ergo^ etc. La majeure est prouvée par le Deutéronomey chap. 17. On vous répond tout d'abord, Monsieur Pierre, que le Deutéronome ne dit pas cela : car, dans le passage cité, il n'est question que des procès civils et criminels, où l'on devait consulter, pour les points douteux, celui qui jugeait le peuple, ou les rois, de concert avec les sacrificateurs et les Lévites. Le rapprochement n'est donc pas exact. Mais sans insister làdessus, sans mettre en doute que ce fût principalement de la bouche du Grand Prêtre que dût partir l'explication de la Loi de Dieu, car le Grand Prêtre devait servir de lumière aux autres, ils disent cependant que vous concluez mal : parce que vous donnez comme vrai ce qui est faux, à

de Passavant

fructibuSj a quibus Chrîstus jubet ut nos cognoscamus eos. Patetetiam, quia quando probatur eorum doctrina, secundum dictum Pauli : Omnia probate, ipsimet pueri vidant crassissimos errores, et tam grossas impietates, quod diabolus ipse habet pudorem de ipsis.

Secundo sic argument atur DominusNunc- Abbas, ad probandum quod hoc pertinet ad Romanum prœsulem : Interpretatio legis pertinebat ad summum Sacerdotem, qui fuit typus Romani prœsulis. Ergo gluc.

Patet major ex Deut. ij. Primum respondent, Domine Petre, quod locus Deuteronomi non dicit hoc, quia ibi agitur de processibus civilibus et criminalibus , pro quorum dubietatibus oportebat considère eum qui judicabat populum, aut reges, una cum sacrificatoribus et Levitis. Hoc autem non facit ad proposition. Sed quia nolunt insister e in hoc (nam non dubitant quinprœcipue ex ore summi Sacerdotis debuerit proficisci expositio Legis Dei, qui debuit esse tanquam lampas cœterorum). tamen dicunt quod tu maie concludis : quia tu prœsupponis falsum, quando tu dicis quod is fuit figura prœsulis Romani. Nam author Èpistolœ ad Hebrœos non dicit eum fuisse figuram Romani Anti-

Épitre

savoir qu'il a servi de type au Pontife Romain. En effet, selon Fauteur de YÉpître aux Hébreux, il a été la figure, non de l'Antéchrist Romain, mais du Christ, qui est pour nous le seul et unique chef de l'Église Chrétienne. L'Église n'a pas deux sommets, comme votre mitre (si vous en avez une : en tout cas, vous en mourez d'envie). Ensuite, le mandat du Grand Prêtre était limité ; nous nions qu'il pût faire de nouvelles lois ou interpréter à sa guise : reproche si souvent adressé par le Christ aux Scribes et aux Pharisiens. Mais c'est ici que le jeu devient plaisant, quand vous dites qu'Esdras interprétait les Écritures : car Esdras n'était pas Grand Prêtre, et ainsi tombe toute votre comparaison. Mais peut-être avez-vous dit cela pour la Sorbonne , comparable assurément aux Scribes qui ont persécuté le Fils de Dieu : d'abord dans sa personne, puis aujourd'hui dans ses membres.

Troisième 'argument de Monsieur le Montigène : Saint Pierre (Actes des Apôtres, chap. i5) interprète les figures de l'Ancien Testament ; donc l'interprétation des Écritures appartient au Pontife Romain. A ceci vos adversaires répondent qu'ils nient la conséquence, absolument comme vous niez vos dettes à vos créanciers, et leurs acquits à vos débiteurs. Ils

de Passavant

christi, sed Christi, quem nos dicimus esse union et solum verticem Ecclesiœ Chrisfiance, quœ non habet duos vertices sicut vestra mitra : quant si non habetis, bene velletis habere. Et prœterea fuit limitata commissio sunimi Pontificis, quia negamus ipsum potuisse facere novas leges aut interpretari pro sua voluntate: quam etiam ob causant toties reprehendit Scribas et Pharîsœos Christus, Sed hic est bellus jocus, quod tu condemnas teipsum per sequentia, quando tu dicis quod Esd.ras interpretabatur Scripturas : nom ipse non fuit summus Sacerdos. et ita tu vastas totam tuam similitudinem . Sed fortassis tu hoc dixisti propter Sorbonam, quœ bene potest comparari Scribis qui persecuti sunt filium Dei : primum in persona ejus) deinde hodie in membris suis.

Tertio sic argumentatur Dominus Montigena : Petrus (Act., i5), interpr et atur figuras Veteris Testamenti, ergo pertinet ad Prœsidem Romanum interpretari S cri' pturas. Respondent isti quod negant consequentiam, sicut tu soles negare tua débita creditoribus tuis, et quictantias tuis debitoribus. Dicunt etiam quod si Rex Franciœ levaret unam taleam de stultis, tu bene

So

Épitre

disent encore : Si le Roi de France levait une taille sur les fous, vous en seriez bien compté pour cinquante, vous qui argumentez ainsi : que les Apôtres et autres Ministres de V Evangile nont jamais fait autre chose que d'interpréter les Écritures. On voit bien là que vous ne savez pas plus ce que vous dites que Triboulet (i).

Passons sur le reste, qui est de la même monnaie ; par exemple, quand vous parlez de deux fils, qui sont les deux Testaments, et de la prééminence que Pierre aurait eue sur Paul : cela ne fait rien à l'affaire, moins que rien ; et si c'était vrai, Paul aurait commis le plus grand des péchés mortels, lorsqu'il reprit Pierre. Car, suivant les Canons, le Pape conduirait-il à l'enfer de pleines charretées d'âmes, qu'il ne faudrait même pas lui dire : Pourquoi faitesvous cela ? De même , encore , dans son Épitre aux Éphésiens , où il décrit la Hiérarchie, Saint Paul eût commis la plus grande des hérésies en ne disant pas un mot du Pape, et en désignant Jésus-Christ comme unique fondement. Enfin, lorsqu'il écrivit aux Romains, n'eut-il pas l'immense tort de ne point saluer Monsieur le Pape? Item y il est manifestement hérétique, quand il compte parmi les colonnes Pierre, Jacques et Jean, et qu'il donne même le premier rang à Jacques : propo-

de Passavant

recipereris pro quinquaginta per œquivalens. quando tu argumentaris ita : quia omnes Àpostoli et ministri Evangelii nunquam aliud fecerint quam interpretari Scripturas : et ideo apparet quod tu non scis magis quid dicis quam Triboletus.

Transeant cœiera quœ sunt ejusdem monetœ. quando tu loqueris de duobus ftliis, qui sunt duo Testamenta, et quod Petro fuit major authoritas quam Paulo. quia illud est tantum ad propositum quantum nihil : et si hoc verum est. Paulus fecit unum mortalissimum peccatum quando reprehendit Peîrum : prœsertim. quia sicuti 'dicunt Canones, etiam si Papa duceret plenos currus animarum ad infernum, nemo illi débet dicere : Cur hoc facis? et etiam quando in Epistola ad Ephes. ubi narrât Hierarchiam. ipse fuit unus hœreticus maximus quando non fecit mentionem Papœ, sed non fecit riisi unum fundamenîum Jesum Christian. Et pariter quando scripsit ad Romanos, habuit magnant injuriam quod non salutavit Dominum Papam. Item est manifestas hœreticus. quando numéral inter columnas cum Petro. Jacobum et Joannem : et etiam dat pri-

(i) Triboulet, bouffon du Roi Louis XII. Voir le second chapitre des Contes de Bonaventure des Périers. £î la Note i î sur le ch. 36 du 3e livre de Rabelais.

Épitre

sition hérétique et impie. Voyez bien ce que vous pouvez répondre, Monsieur le Ci-devant Président, car, ma foi! je me trouve bien empêché à soutenir vos arguments.

Vrai est qu'après cela vous posez une restrictive, disant que cette interprétation appartient surtout au Concile Universel, parce quelle doit être certaine ; mais c'est ce que le Pape n'admettra jamais. En outre, ces mécréants vous le démontrent, à peine est-il deux Conciles qui ne soient contraires l'un à l'autre (sauf les anciens qui sont irréfragables, parce qu'ils n'ordonnent rien qui n'ait de fondement dans l'Écriture). Et qui plus est, le Pape s'en affranchit journellement : à telle enseigne que si les anciens Conciles avaient force de loi, vous n'auriez ni crosse ni mitre.

Vous rapportez aussi un compliment adressé par Jérôme à Damase. On vous répond en deux mots : voyez comme Jé- < rôme a été bon prophète, lui qui assurait que l'Église Romaine serait toujours inviolée, et que l'hérésie n'aurait jamais de prise sur elle. Est-ce que Novatus n'était pas de l'Église Romaine ? est-ce que nombre de Papes n'ont pas été hérétiques, comme aujourd'hui encore? et n'est-ce pas le Pape que l'Apocalypse touche du doigt, lorsqu'elle dit que la bête siège sur sept collines?

de Passavant

mum locum Jacobo, quœ propositio est hœretica et impia. Aspicite bene quid respondeas, Domine Nuper-Prœsidens : nom fidem meam, ego me invenio bene impeclitum in sustinendis tuis argumentis. Bene verum est, quod postea tu ponts unam restrictivam, dicens quod hoc pertinet imprimis ad Concilium Universelle, quia débet esse una expositio certa : sed Papa nunquam hoc conftebitur. Et insuper ostendunt isti maledicti , quod vix sunt duo Concilia (exceptis illis antiquis quœ sunt irrefragabilia, quia nihil ordinant quod non habeat fundamentum in Scriptura ) quœ non sunt sibi contraria. Et quod plus est, de quibus non dispenset quotidie Papa : adeo quod si vetera Concilia valerent, tu non haberes neque crossam neque mitram.

Tu adfers etiam unam adulationem Hieronymi ad Damasium, ad quod respondent breviter, ut tu videas quomodo dixerit verum Hieronymus , quando dicit quod Romana Ecclesia fueritsemper inviolata :

et quod manebit sine ulla hœreticorum insultatione prœvalente : viso quod Novatus fuit de Ecclesia Romana, et multi Papœ f uer unt lier et ici, si eut etiam hodie : adeo quod Apocalypsis tangit eum ad digitum, quando dicit quod bestia sedet super septem montes.

1 84 Épitre

Ensuite, vous parlez des interprétations des Docteurs, mais vous ne voulez pas qu'elles aillent de pair, comme legs et fidéicommis ; vous les soumettez à l'Esprit de Monsieur le Pape, id est du Diable. Or, nous l'avons déjà dit, personne ne conteste que l'interprétation des Écritures n'appartienne à ceux qui ont le don de prophétie. Seulement, reste à savoir qui a l'Esprit de Dieu, et qui a l'Esprit de mensonge, lequel se transfigure en Ange de lumière. Pour cela, nous ne suivons pas votre règle, car vous ne voulez qu'une chose : attribuer au Loup Romain et aux siens le droit de décider. Nous, au contraire, nous voulons faire décider l'interprétation de l'Écriture par l'Écriture ellemême, et nous tenons pour diabolique tout ce qui ne concorde pas avec cette règle. Et par exemple, nous vous arrêtons court à cette proposition : que les Docteurs, par leur éloquence et la pureté de leur vie, ont mérité la lumière des Saintes Écritures. Cette doctrine, disons-nous, est fausse, et nous le prouvons en la contrôlant par l'Écriture, laquelle démontre que vous êtes un faux prophète, comme Balaam : encore surpassez-vous Balaam en ceci, que lui et son ânesse faisaient deux, tandis que vous et voîre mulet, vous êtes une seule et même bête d'Auvergne. En

de Passavant

Postea tu ponts interpretationes Doctorum, sed tu vis quod non ambulent pari passa, sicut legata et fideicommissa. sed quod habeant de spiritu Domini Papœ diaboli. Sed de Mo nemo dubitat, sicut dictum est. quin debeant interpretari Scripiurœ per eos qui habent donum prophetiœ. Sed ad videndum quis habeat Spiritum Deû et quis habeat spiritum mendacii. qui se transfigurât in Angelum lucis. nos non sequimur tuam regulam .quia tu non vis aliud nisi ut probet Romanus Lupus cum suis : nos vero volumus ut probetur etiam ipsa interpretatio Scripturœ per ipsammet Scripturam, et tenemus pro diabolicis omnia quœ non concordant cum ista régula. Et pro exemplo, nos temet accipimus. quia quando dicis quod Doctores maxima orationis instantia et vitœ puritate promeruerunt sacrarum lumen Scripiurarum. nos dicimus quod ista dcctrina est falsa : et hoc probamus examinando eam ad Scripturam. quœ ostendit quod tu es Pseudo- Propheta sicut Balaam : quem etiam tu saperas in hoc, quod ille et asina sua erant duo, ta vero et malus tuus estis unum animal de Alvernia. Nam Scriptura te dementitur de isto articulo , quando ipsa vocat dona Spiritus sancti. gratiam : quia gratia non erit gratia, si tu prœsupponas meritum, sive de congruo, sivede condigno :

Épitre

effet, l'Écriture vous dément sur ce point, lorsqu'elle appelle un don la grâce de l'Esprit Saint : car la grâce ne sera pas la grâce, si vous présupposez le mérite, soit congru, soit condigne : l'un et l'autre, certes, très-incongru et très-indigne d'être mentionné dans l'Église de Dieu, qui sait bien que le Saint Esprit est donné gratis, par une faveur que Dieu nous fait en considération de son Fils, et sans aucun mérite de notre part. De même, lorsque vous criez comme un aveugle qui a perdu son bâton, alias quand vous brayez comme un mulet dans la cour du Palais, ces hérétiques affirment que vous ne savez contre qui vous en avez, puisque personne ne nie la nécessité des Docteurs ; mais tout le monde vous crie, et jusqu'aux enfants mêmes : N'est pas Docteur quiconque se prétend Docteur : ce n'est pas assez d'avoir un bonnet en forme de pâté à la sauce chaude (i), et la tête comme celle d'un chou cabus. Non, mais celui-là est bon Docteur, qui donne des interprétations conformes aux Écritures, et tendant non à la gloire du Pape, mais à celle de Dieu : quand même il ne serait ni un Sinapivore, comme notre Maître de Govea; ni un faux témoin, mis au ban des carrefours, comme notre maître Maillard avec sa face rayonnante de l'Esprit de bouteille ; ni un

de Passavant

quorum utrunque est incongruissimitm , et incondi gnissimum quod resonet in Ec~ clesia Dei, quœ scit quod Spiritus sanctus non datur nisi gratis, et quia ita placet Deo propter Filium suum, sine ullo merito nostro. Qxiamobrem etiam quando tu te exclamas sicut unus cœcus qui amisit suum baculum, alias quando tu midis sicut unus mulus in curia Palatii : isti hœretici dicunt quod tu nescis contra quem tu habeas. quia nemo negat debere esse Doctores : sed omnes homines, imo etiam pueri clamant, dicentes : Qiiod non est Doctor quicunque se dicit Doctorem, et habet unum pileum sicut unum pastillum ad calidum salsamentum, et caput sicut caput brassicœ capitatœ, d'un chou cabus Gallice : sed quod is est bonus' Doctor, qui dat interpretationem conforment Scripturis, et tendent em ad gloriam non Papa?, sed Dei, etiamsi non sit Sinapivorus, sicut Magister noster de Govea : ne-

(1) Dans 1" Histoire Ecclésiastique de Bèze, tom. 1. pag. 693, l'Evêque de Valence Jean de Monluc, étant au Colloque de Poissy, s'y plaint à Bèze de ce que les Sorbonnistes, entreprenant sur son autorité épiscopale, avaient, dit-il, à l'ombre d'un pâté à la sauce chaude, condamné un sien livre, par lui fait pour son Clergé. La bérette de Docteur avait la figure d'une tourte de Wtfwie : qui est ce qu'autrefois, je pense, on appelait un pâté à la sauce chaude. Du reste Olivier Maillard, Serai. i3. et suiv. de l'Avent, emploie souvent, à l'exemple des Ecrivains de la basse Latinité, le mot pastillus dans la signification d'un pâté.

1 88 Épitre

enragé colérique, comme notre Maître Picard; ni un bon âne, ni un finaud en matière de gros bénéfices. Et là-dessus ils disent bien comme vous, quand vous avouez que ces docteurs sont souvent fort loin d'être du même avis ; et même, ajoutent-ils, il n'y a pas d'opinion dont le pour et le contre ne se puisse trouver dans les Docteurs. Aussi n'aviez-vous que faire d'invoquer cette sotte interprétation de Cassiodore sur le mot de Daniel : Beaucoup passeront,- ni cette non moins sotte allégorie de Grégoire dans sa Lettre pastorale, où il altère ce passage : Ils ont dépecé Galaad pour reculer leurs limites : car, à propos de ce passage et de plusieurs autres, on po.urrait bien dire à Grégoire : Voilà une queue qui n'appartient pas à ce veau. Enfin, ils vous conseillent de prendre pour vous tout ce que vous dites contre eux, parce que c'est vous qui condamnez les bonnes maximes des Pères et les corrompez de votre mieux : ceci est suffisamment prouvé dans les livres que vos adversaires ont semés par le monde. Bien mieux, vous corrompez aussi la Sainte Ecriture, lorsque, pour démontrer qu'il faut fuir les hérétiques, vous citez ce passage : Tu seras saint avec le saint, qui est absolument étranger à la question.

Voilà donc pour le premier de ces livres

de Passavant 189

que testis perjurus , et excommiinicatus per compita, sicut Magister noster Maillardus cum sua facie radiante ex Spiritu lagenœ : neque unus rabidus cholericus, sicut Magister noster Picardus : neque unus bonus asinus, neque unus finis in materiis beneficialissimis. Et super hoc bene sunt tecum, quod tu fateris quod inter istos doctores est sœpe magna differentia : et etiam hoc addunt* quod bene apparet in hoc quod nulla est opinio, cujus pro, et contra non possit invenir i in Doctoribus. Et ideo non erai nécessitas ut tu adduceres stultam interpretationem Cassiodori super ilio Danielis 12 : Multi transibunt : et stultam allegoriam Gregorii in pastorali. qua ipse corrupit locum illum : Secuerunt Galaad ad dilatandum terminum suum : quia bene posset dici Gregorio de hoc îoco et aliis pluribus, quod hœc cauda non est hujus vituli. Et dicunt etiam, quod vos ac~ cipiatis pro vobis ipsis omnia qua? dicitis contra eos, quia vos estis qui condemnatis bona dicta Patrum,et corrumpitis ea quantum potestis : sicut fecerunt apparere in libris quibus est plenus îotus mundus, sicut etiam corrumpitis sanctam Scripturam .

quando ad probandum quod fugiendi sunt hasreiici, tu adducis illum locum : Cum sancto sanctus eris, qui nihil pertinet ad proposition.

190 Épitre

écrits par vous contre les Pseudo-Évangélistes.

Maintenant, je parlerai aussi du second, parce qu'il est court. Mais si court qu'il soit, m'a-t-on dit, il est démesurément long en fadaises. Comme toujours, vous y voulez prouver ce que personne ne nie, à savoir gu'il a existé certaines coutumes dans l'Église : à ce sujet, vous avez consulté vos Concordances, au mot Coutume (est-ce bien le mot ? je n'en sais rien, et je m'en soucie fort peu). Et tout d'abord vous citez Saint Luc, chap. ier, disant que Zacharie observa la coutume du Sacerdoce.

Sur quoi Ton vous répond, Monsieur le Mulo-Président, que vous avez mal lu le Le'vitique, chap. 16, et ce qui est prescrit dans le Temple touchant les fonctions des Prêtres; autrement, vous n'eussiez jamais dit que cette coutume, dont parle Saint Luc, n'était pas écrite, ou bien vous auriez plaidé le faux, et à bon escient : c'est du reste ce qui vous est arrivé plus d'une fois, et notamment au préjudice de ce brave homme à qui vous aviez laissé votre vin à vendre, lors d'un voyage que vous fîtes en Auvergne.

Même observation pour ce passage que vous citez de Y Epitre aux Corinthiens, chap. ier, vers. 12 : là, en effet, c'est d'une

de Passavant

Et ita ad primum librum tuum, factum adversus pseudo-Evangelistas .

Ego etiam addam secundiim, quia brevis est : super quo dicunt isti in principio, quod quanvis pauca verba habeat, habet tamen in se longissimas fatuitates : quia tu vis probare quod nemo negat, scilicet quod fuerunt aliquœ consuetudines in Ecclesia, et quod pro hoc probando tu respexisti Concordantias tuas, in verbo Consuetudo (nescio an sit verbum vel adverbium , et ego non euro). Et primo loco tu adfers Lucœ 1. ubi dicit Zachariam observasse Sacerdotii consuetudinern. Super quo, Domine Naper-Prœsidens , dicunt, quod si tu bene legisses Leviticum cap. 16. et quœ ordinata sunt in Templo de vicibus Sacerdotum, tu niinquam dixisses istam consuetudinern de qua dicit Lucas, non fuisse scriptam, nisi fortassis tu voluisses ne g are contra conscientiam quod est verum, sicut tu semel inter alia fecisti illi cui reliqueras vendendum tuum vinum , quando tu semel ivisti in Alverniam.

Dicunt etiam quod tu facis pariter quando tu allegas locum de Corinth. 1. 12, quia est ibi authentica scripta consuetudo.

IÇ)2

Epitre

coutume écrite et authentique que parle Saint Paul. Mais il faut être sot comme vous Têtes pour supposer que, quand nous parlons de l'Évangile , nous ne parlons pas des Epitres de Saint Paul : si Saint Paul vivait, il vous ferait bien voir que sa doctrine est identique à l'Évangile, et il parlerait bien à votre barrette. Ainsi vous ne comprenez pas ce qu'est la coutume, du moment que vous la restreignez à la loi non écrite, tandis qu'elle s'étend à toute manière de faire, écrite ou non : c'est assez clair d'après ce qui a été dit plus haut, et les écoliers eux-mêmes le savent, sans avoir jamais étudié le Droit Canon. Quant aux cérémonies du Baptême, voici, Monsieur le Ci-devant Président, comment ils argumentent : si ces coutumes sont immuables, pourquoi ont-elles été changées (car le lait et le miel ne jouent plus de rôle dans le Baptême) ? si au contraire elles sont muables, pourquoi n'écoutez-vous pas les raisons qui nous les ont fait changer ? pourquoi criez-vous comme des sourds que nous méprisons les coutumes des Pères ? Mais, comme ils disent, nous tirerions plus tôt un pet d'un âne mort, qu'une bonne raison de ce Mulo-Président.

Et ainsi finit leur réponse à votre deuxième livre. Car, pour ce qui est du second Chapitre de ce livre, il est tout entier et

ig3

de qua loquitur Pau lus. Sed tu es anus stultus , qui putas quando loquimur de Evangelio, quod non loquimur de Epistolis Pauli : quod si viveret -Paulus, ipse bene tibi ostenderet, quod sua doctrina est Evangelium, et alloqueretur bene tuam barretam. Et ita tu non intelligis quid sit consuetudo, quando tu non extendis nisi ad legem non scriptam : quia extenditur ad omnem modum faciendi, sive sit scriptus, sive non, ut patet per supradicta : et puer i scholœ sciunt, qui nunquam studuerunt in jure canonico. Sed quod spectat ad ceremonias Baptismi, ipsi dicunt sic. Domine Nuper-Prœsidens, nos sic arguimus : Si istœ consuetudines sunt immutabiles, cur sunt mutaiœ ? nam non solet prœgustari lactis et mellis concordia in Baptismo : sin autem mutabiles, cur non auditis causas propter quas mutaverimus, et non facitis nisi clamare, nos contemnere Patrum consuetudines? Sed dicunt isti : Citius traheremus unum crepitum ex uno asino mortuo, quam unam bonam rationem ab isto Mulo-Prœsidente.

Et ita finit responsum ad vestrum secundum librum. Nam secundum Capitulum illius (sic dicunt hœretici) est totum

Épitre

directement contre vous : un fait qui n'échappe à personne, c'est que partout les coutumes de l'Église ont subi des changements considérables; soit que la différence des temps Fait exigé, comme vous le dites expressément et formellement au chapitre 3 du livre suivant (oubliant qu'un menteur doit se rappeler ses paroles) ; soit que les suggestions du Diable aient prévalu auprès du Pape et des siens, par un juste effet de la volonté divine, sur l'autorité de TÉcriture : comme, par exemple, lorsque le Pape a supprimé la distribution du calice, contrairement à la parole de Dieu et à la coutume de l'Église, que vous ne pouvez nier à moins de vouloir être effrontés comme putains que vous êtes.

Moi aussi, Monsieur le Ci-devant-Président, je terminerai ici ce rapport que je vous adresse, non sans être bien ennuyé pour deux raisons. La première, c'est qu'il m'ait fallu de toute nécessité vous dire tant de choses désagréables ; et la seconde, qu'il m'ait été impossible de décamper plus tôt.

Mais quant au premier point, qu'il vous souvienne de ce que je vous ai dit en partant. Il eût mieux valu, je le savais bien, ne pas éveiller le chat qui dort. Vous n'avez pas voulu m'en croire, et vous m'avez

de Passavant iqd

eîiam e directe contra vos, quia nemo est qui non videat consuetudines Ecclesiœ ex magna parte miltatàs nbique : partim quia sic oportuit propter mutata tempora. sicut vos expresse et formaliter dicitis. cap. 3. lib. sequentis, immemor quod mendax débet esse memor suorum dictorum : partim per suggestionem diaboli, qui prœvaluit etiam authoritati Scriptural per justum judicium Dei apud Papam et suos. ut quando sustulit distribut ionem calicis contra verbum Dei. et consuetudinem Ecclesiœ. quant non potestis negare, nisi velitis esse effrontés sicut meretrices quod estis.

Ego quoque volo hic facere finem primi hujus tractatus. quem ego vobis direxi.

Domine Nuper-Prœsidens. bene fastiditus de duabus rébus. Primum quod fuit necessitatis dicere vobis tanta quœ non feretis patienter : deinde quod ego non poteram citius expedire me.

Sed quod ad primum. vobis subveniat quod ego dixi vobis discedendo, quia bene sciebam quod fuisset melius de non excitare catum qui dormit : sed noluistis me credere. et misisiis me in hanc patriam

Épitre

envoyé dans ce pays-ci, au risque d'accidents très-graves et très-probables : moi, je vous ai obéi, né voulant faire pour vous moins que vous ne faites vous-même pour le Pape, pour qui vous vous damnez, dans l'espérance d'avoir un chapeau, ou au moins un évêctïe avec votre abbaye. Donc, Monsieur le Ci-devant Président, veuillez ne point, passer votre colère sur moi, mais enfoncez bien votre capuchon, et voyez bien comment vous ferez la barbe à ces hérétiques. Ne vous prenez pas trop en grippe ; continuez à boire du meilleur. Et comme vous ne savez pas le Latin, je vous conseille, à vous comme à d'autres, d'envoyer chercher notre Maître Joachim Perion, Bénédictin de Cormery, qui leur rivera bien leur clou, comme il l'a déjà fait à Mélanchthon. A la vérité, quand ils parlent de lui ils disent qu'il ressemble à de l'airain sonnant, selont le mot de Saint Paul, et qu'il est aussi grand âne en Théologie que vous êtes, vous, un mulet d'Auvergne ; et je me doute bien qu'il aura bientôt son compte, tout comme vous.

J'ai autre chose à vous écrire : je m'y mettrai demain, et vous l'enverrai au plus tôt, car je m'ennuie bien de ne pas voir votre Ci-devant Présidence. Ce n'est pas que ces hérétiques ne soient gais quand ils veulent : mais il faut toujours parler de Dieu,

de Passavant

cum magno et evidenti periculo, et ego vobis obedivi, quia ego vellem ctiam pro vobis facere tantum, quantum vos pro Papa, id est damnare teipsum pro Mo, pro habere unumpileum, vel ad minus episcopatum cum vestra abbatia. Itaque igitur ne recalcitretis choleram vestram super me. Domine Nuper-Prœsidens, sed ponite vestrum birrum bene profunde, et inspicite bene quomodo faciatis barbam istis hœreticis : et non fastidite vos nimis, sed semper bibite de meliori. Et quia non potestis loqui Latinum, ego vobis consulo ut vos etiam, sicut aîii, mandetis quœrere Magistrum nostrum Joachimum Perionium* Benedict.Cormœriacenum, qui bene rivabit ipsis sunm clavum, sicut jam fecit Melanclithoni :

quamvis quum hic loquuntur de <?o, dicunt quod est sicut ces sonans, quomodo dicit Paulus, et quod est etiam œque magnus asinus in Theologia, ac tu es mulus de tua patria. Et ego me dubito quod brevi habebit solutionem suam, sicut tu.

Ego cras me ponam ad reliquum, quod ego mittam ad te quam ci tins, quia bene me fastidio. quod ego non video vestram Nuper-Prœsidentiam : quanvis isti hœrctici sunt satis lœti quando volunt, sed oportet semper loqui de Deo. et non sunt hic

Épitre

et puis il n'y a pas ici de commères (vous m'entendez bien), nous sommes tous hommes. Aussi ne tarderai-je pas à revenir, et, en attendant, je vous prie de vouloir bien faire mes compliments à tous les camarades, et à Madame Marguerite, et à Madame Jeanne, et à Madame de la cotte violette ( i), et aux onze mille Vierges qui sont autour de votre abbaye, dans les Saussaies, et à Monsieur Poncet (2), et à votre compère Le Coq, le préposé au bûcher (3), et à votre autre compère (que j'aurais dû nommer le premier), Monsieur le général des Mathurins. S'il se fâche de ce que je l'ai mis le dernier, dites-lui que tout pareillement celui qui chante lagrand'Messe va le dernier en procession. Je me recommande à votre grâce, et vous recommande vous-même au Dieu de pitié qui est sur votre buffet (4), et à tous les saints et

(1) Donzelles du voisinage, et apparemment de la connaissance de M. l'Abbé.

(2) Le Libraire Poncet le Preux, éditeur des ouvrages de Lizet.

(3) Lignarius, dans le style de Passavant, est un Officier de la Maison et Collège de Navarre, appelé par Launoi Rei Lignariœ prœfectus. La fonction de cet Officier, qui, du temps de l'Abbé Lizet, était dîme famille de Le Coq (Galli), est de pourvoir de bois la Maison, pour le chauffage de la salle commune, depuis le premier de Novembre jusqu'aux Fêtes de Pâques, que les Docteurs peuvent s'y chauffer une demi-heure

commatres (tu bene me intelligis) et nos omnes sumus homines. Qiiare etiam ego redibo quanto ocyus potero, et preeor ut tu me recommendes bene omnibus sociis, et Dominée Margaritœ , et Dominez Joannœ, et Dominée de la cotte violette, et undecim mil H bus Vir ginum. qua? sunt circa Abbatiaux tuam, in Salicetis, et Domino Poucet o, et compatri tuo Lignario galli. et compatri tuo fquem primum nominare debui) Domino gêner ali Mathurinorum :

qui si irascetur quia posui ipsum ultimum, die eiquod etiam qui canit magnam Missam vadit ultimus in processione. Recommendo me tuœ gratiœ. et te recommendo Deopietatis qui est super tuum bufetum, et omnibus

et non plus, immédiatement après le repas. Voyez Launoi, Hist. du Collège de Navarre, page 23 7, le Sommaire du chapitre, et le chapitre même, pag. 240 et 241.

(4) Olivier Maillard, Serm. i3 de l'Avent: Et vos Domini Religiosi, qui habetis buffetos et cuppas : eritisne damnati ? De ces paroles, qui vraisemblablement sont fondées sur quelque chose du Droit Canonique, il résulte que l'Abbé Lizet ne devait pas avoir ce buffet que lui reproche Passavant, et que moins encore devait-on y voir certain grand verre qui, ne pouvant se vider qu'il n'en coûtât au buveur plus ou moins de larmes bachiques, est apparemment ce qu'on insinue ici que Lizet appelait en vrai profane le Dieu de pitié de son buffet. La complainte imprimée à la suite . du Passavant dans quelques éditions, et notamment dans •celle de 1 584, établit puissamment cette conjecture.

saintes, sanctis et sanctabus, du paradis. Soyez sain et sacrilège, je veux dire sain et allègre, dans tous les siècles des siècles. Evoè, amen. Sur ce, encore une bombe pour ces coquins d'hérétiques, et puis bonsoir. De Genève.

de Passavant

sanctis et sanctabus paradysi. Esto sanus et sacrilegus, sain et alègre Gallice. per omnia secula seculorum. Evovae, Amen.

Et ecce unum bombum pro istis hœreticis, et postea finem. Gebennœ.

Page 1