‹ Le passé à propos du présent; faisant suite à Mes mémoiresChapitre 3 sur 58 · DE 1835 A 1 836 DEUXIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

DE 1835 A 1 836 DEUXIÈME PÉRIODE

NALÉVT - lETERBEER - ■"• LOUISE BERTIN

Trois ouvrages importants apparaissent dans Tespace de deux années :

La Juive (1833);

Les Huguenots (1836);

La Esméralda.

Du 26 mars i82'7 au 23 février 1833, dans une période qui nous a précédé, en Tespace de huit années à peine, on constate un progrès réel obtenu dans les dernières années surtout. — Progrès qui s'est manifesté par l'apparition de Robert-le-Diable (1831), de la Juive (1835).

La Juive.— Cette partition, par laquelle s'ouvre la deuxième période, a placé M. Halévy au plus haut rang des compositeurs modernes.

— Centième représentation, le 3 juin 1840 ;

— Trois cent cinquantième, le 15 novembre 1872;

— Cinq centième, le 26 mai 1886.

f La Juive, peu appréciée d'abord, quoique favorablement accueillie.

» Aura-t-elle gagné à reparaître sous les auspices de Duprez ?

» Qui connaissait cette belle phrase du finale du prepoier acte : « ma fille chérie I » que Duprez chanta avec un

abandon {de mesure 1)^ une désinvolture de rythme admirable (qui transforma le mouvement de la marche solennelle en celui de marche funèbre I),

» Qui connaissait la prière du deuxième acte?... (Elle avait été supprimée par Nourrit, réservant l'effet pour le trio final.)

» N'avait-on pas négligé avant lui toute la partie bouffe (bouffonne!) dans le trio du même acte?

» Il est vrai de dire que la taille de Duprez lui donna du désavantage dans quelques-uns des effets de scène du rôle d'Eléazar. C'est un inconvénient dont on n^ peut accuser que Fauteur du poème, qui a conçu pour un ténor un rôle qui naturellement devait appartenir à une basse!., (de haute taille!) » (Théophile Gautier.)

La Esméralda. — Cet opéra est inscrit ici exceptionnellement (1). « On y remarque une grande abondance d'idées, un coloris heureusement dessiné et souvent une rare puissance d'expression. L'air des Cloches, qu'on a attribué à Berlioz, chanté et déclamé avec intelligence par Wassol-Quasimodo, est resté dans la mémoire des amateurs. » (F. Halévy.)

Robert-le- Diable f la Juive, les Huguenots, ces trois grands ouvrages dont le succès marque un très grand pas franchi par le progrès, indiquent une sorte d'arrêt, un repos, où le moment de la réflexion impose un coup d'œil rétrospectif, une comparaison en les rapprochant, les mettant côte à côte, avec les ouvrages importants que le répertoire a maintenus jusqu'à ce jour.

C'est en établissant une balance dans laquelle d'un côté (le droit) nous placerons les trois derniers ouvrages représentés, de l'autre côté (le gauche) les ouvrages antérieurs, que nous formerons le point de comparaison.

(1) La Esméralda, 4 actes (V. Hugo, M*'» Louise Bertin), 14 novembre

La Muette (18!28), Robert-le-Diable (1831),

GnUlaume-Tell (1829), La Juive (1835),

Gustave JII (1833). Les Huguenots (1836).

Nous avons omis du côté gauche de la balance, deux grands ouvrages de la période antérieure comme étant des traductions, des adaptations à la scène française. Ces deux opéras sont le Siège de Corinthe et Moïse, Ils eurent une influence sur leur époque.

« Le grand mouvement musical produit par les œuvres de Rossini atteignit et agita l'Opéra. Tout y fut changé. Le répertoire allait être renouvelé. Un style nouveau allait s'emparer du théâtre et reléguer dans le silence des bibliothèques des partitions célèbres, ouvertes depuis un demi-siècle sur les pupitres de Torchestre. » (F. Halévy.)

Le 9 octobre 1826, l'Opéra donna la première représentation du Siège de Corinthe, Rossini continuait d'ajourner le grand ouvrage composé exprès pour la scène française, après lequel on soupirait. En attendant, et pour tromper la faim impatiente des dilettanti, il leur offrait son Maometto secondo^ avec des paroles françaises ajustées sur les morceaux de la partition primitive » (1). (Théodore Muret. )

(' Le 26 mars 1827, ce fut le tour de Moïse. »

« L'Opéra entra largement et activement dans la voie qui venait d'être ouverte; Rossini arrangea pour la scène française son Mo'ise; il ajouta pour cette transformation de nouvelles richesses aux richesses anciennes. Un premier acte tout entier, de charmants airs de danse, le finale à Teffet puissant, irrésistible, que tout le monde connaît, et il fit de Moïse une des plus belles œuvres musicales qui existent. » (F. Halévy).

(1) Rossini sgonta à la partition d'importants morceaux, entre autres la scène magnifique de la bénédiction des drapeaux. (F. H.)

Maintenant, remontons au plateau du côté gauche de la balance.

— Le 28 février 1828, c'était la Muette de Portid, d'Auber.

« Une admirable partition, un mouvement dramatique qui sortait des habitudes solennelles et compassées de l'Académie royale de musique ; une mise en scène pittoresque où la vérité, le réalisme, comme on dirait maintenant, avait le bonheur de se rencontrer avec la poésie ; des danses ravissantes et marquées de la vive empreinte du cachet local ; un ensemble inondé de chaleur et de lumière, qui transportait le spectateur en face du Vésuve, au bord des flots bleus de la Méditerranée, et lui faisait faire le voyage de Naples sans sortir de Paris, tout se réunissait dans la Muette pour enchanter le public ». (T. Muret.)

Centième représentation, le 23 avril 4830.

Reprise avec Duprez en 1837.

Quatre cent cinquantième représentation, le 15 février 1869.

— Le 3 août 1829, Guillaume-Tell^ de Rossini, apparut. « Ouvrage composé exprès pour la scène française «.(T. M.)

Centième représentation, le 17 septembre 1834.

Reprise le 17 avril 1837, pour le début de Gilbert-Duprez.

Cinq centième représentation, le 10 février 1868.

« Lorsque Guillaume-Tell^ la grande œuvre de Rossini, fut créée, à Paris, en 1829, le succès fut loin de répondre à Tattente de Tillustre maître. Pour une cause ou pour une autre, Guillaume -Tell fut peu apprécié du public (la scène de la conjuration était platement écrite ; elle fut refaite entièrement par Armand Marrast, alors secrétaire du financier Aguado, chez qui Rossini composa son chef-d'œuvre (G. Ch.) ; dès la seconde ou la troisième représentation. Nourrit, interprète du rôle d'Arnold, supprima son grand air : « Asile héréditaire », et : « Suivez-moi »... Peu à peu, on était arrivé à n'en jouer que des fragments comme lever de rideau, si bien qu'un jour Duponchel rencontrant Rossini sur le boulevard et lui annonçait qu'on donnait le soir le second acte de

son opéra avec un ballet, dansé par M"® Fitz-James : « Vraiment, fit le maestro, avec le sourire railleur qu'on lui connaissait, vraiment! tout çàl... » (G. Duprez).

D'après le souvenir de Girard, c'est d'une autre expression dont se servit le maestro pour répondre à Duponchel au sujet du deuxième acte de Guillaume : « En entier? » flt^il, ce qui allait mieux à sa nature que l'expression rapportée par Duprez.

Quelques années plus tard (1837), on donnait alors ce même Guillaume-Tell, réduit en trois actes . Le succès de Duprez était dans tout son éclat. Rossini rencontrant Girard, l'interrogea : « Eh bien I Monsieur Girard, chante-t-on toujours aussi lentement à l'Opéra? » et marquant delà main

les temps delà mesure : « Amis amis.... secondez

ma vengeance ».

— PlvrS.., maintenant! cher maître.

— Vraiment! mais alors (se méprenant sur le sens donné au mot plus) : « Serait-on revenu à mon mouvement ? »

— Et Girard de chanter à son tour, en exagérant encore

la lenteur : « A — mis A — mis se— condez

» ma vengean — ce. »

Sur ce, Rossini lui tourna les talons. »

L'orchestre qui interpréta Guillaume-Tell et donna une sérénade à Rossini, le 4 août 18S9, était dirigé par Valentino.

Reprises nombreuses : 1®' juin 1831, réduit en trois actes; 17 avril 1837, pour le début de Gilbert-Duprez. — La centième représentation a été donnée le 17 septembre 1834, et la cinq centième le 10 février 1868. Après cette cinq centième, les symphonistes de l'Opéra allèrent donner une sérénade à Rossini.

— Le 27 février 1833, Gustave III, d'Auber.

« Le plus énergique des opéras d'Auber (?) )i> (6. Chouquet) (1).

Centième représentation, le 4 janvier 1837.

(1) A notre ayis, c*est le plus expressif; celui où il y a autant de sentiment que de cœur.

Examinons le côté gauche de la balance .

Les deux opéras d'Auber, la Muette et Gustave III, joints à ceux qui ont précédé : le Dieu et la Bayadére^ le Philtre, le Serment, etc., sont éminemment de l'école française, dont Fauteur est Tun des chefs. On pourrait même ajouter aujourd'hui qu'ils sont essentiellement parisiens.

Guillaume-Tell est non d'un Italien naturalisé Français, mais d'un Italien devenu Français. Il appartient de tous points à l'école française.

La Muette est le chef-d'œuvre d'Auber; Guillaume-Tell es le chef-d'œuvre français de Rossini.

Ces deux ouvrapjes sont la réunion de tous les progrès accomplis à cette époque et réalisés par le génie qui les distingue.

Le côté droit de la balance contient deux ouvrages : Robert et les Huguenots, d'un auteur étranger, Meyerbeer. Ils ont été, eux aussi, composés exprès pour la scène française. Us sont donc les produits des progrès accomplis en France et en Allemagne, à cette époque, et réalisés par le génie dramatique qui les a appropriés à la scène française. Ils sont d'une école nouvelle : mélange de l'école française et de l'école allemande — pour Robert, mais non pour les Huguenots qui sont de l'école allemande francisée.

Quant à la Juive, elle caractérise V « école nouvelle française » : un composé de tous progrès accomplis des écoles française et allemande.

D'après cet exposé, on peut mettre en parallèle les deux périodes antérieures que nous venons de désigner, afin d'établir différents points de comparaison. Aussi seront-elles souvent citées dans le cours de cet ouvrage.

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