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LA GUERRE FUTURE

distance, couvrir de 180000 balles un espace d'un kilomètre carré (une balle pour un carré de 5 mètres de côté). A trois kilomètres de distance six batteries d'artillerie rendent en une minute intenable un espace d'un kilomètre carré. Rien ne peut rester debout dans cet ouragan qui se déchaîne.

La poudre sans fumée fait que les tireurs sont invisibles. On se trouvera subitement encerclé par un feu meurtrier, sans voir un seul ennemi.

Aussi, en une demi-heure ou môme moins, une armée peut-elle être totalement anéantie.

Qui donc serait capable de prévoir dans leurs multiples effets les transformations que les nouvelles découvertes industrielles vont amener dans la conduite des batailles? Les bicyclettes, les automobiles, la télégraphie sans fil, les ballons dirigeables, les machines aériennes, les bateaux sous-marins, surtout la poudre sans fumée, voilà autant d'inconnus qui décideront du combat. Bien téméraire qui prétendrait en calculer les effets!

Une guerre nouvelle, une bataille nouvelle, c'est un effrayant saut dans les ténèbres.

Et puis ces armées ne seront plus des armées en miniature comme celles de 1859 et même de 1870. Ce seront des armées colosses : deux millions d'hommes de chaque côté. Au cas où, comme cela est à supposer, l'intelligence et la bravoure seront égales de part et d'autre, entre Français et Allemands, qui sait s'il n'y aura pas 500.000 morts dans une seule bataille, au bout de quelques heures de combat ?

Mais la lutte sur les champs de bataille, si obscure qu'elle soit dans son issue, et malgré toutes les émouvantes et imprévoyables péripéties qui vont se dérouler, n'est qu'une des faces du grand problème qui se posera

le jour où l'armée allemande et l'armée française (cinq millions d'hommes) se trouveront en présence.

Le jour de la mobilisation tous les hommes valides de 20 à 45 ans partiront. Toutes les voies de transport seront réquisitionnées, et employées à la mobilisation môme, ainsi qu'au ravitaillement, en vivres et en munitions, de cette immense masse d'hommes. Chevaux et chemins de fer ne pourront plus être adaptés à aucun service civil. La vie civile sera suspendue.

Pourtant il restera des femmes, des enfants, des vieillards, toute une population qui aura besoin de se nourrir. Or comment se nourrir?

S'il y a interruption des communications maritimes, comme dans le cas d'une guerre européenne générale, c'est la famine à bref délai.

Mais, même sans complications navales, le problème de l'alimentation n'en sera pas moins redoutable : car tous les transports deviendront extrêmement difficiles. Alors comment vivront les civils? Sans doute à prix d'or on pourra toujours se procurer quelques vivres. Mais il faudra être bien riche pour avoir du pain.

Comment feront les femmes du peuple ? En temps de paix, c'est à grand'peine si elles peuvent vivre avec le salaire du mari. Mais alors le mari sera absent, et la dépense de la vie aura triplé. Donc elles mourront de faim, à moins que l'État ne se charge de les faire vivre.

Déjà il avait à pourvoir à l'alimentation de deux millions de soldats. Voilà maintenant cinq à six millions d'indigents (femmes, enfants, vieillards) dont il va avoir la charge !

Toutes ces difficultés pourraient sans doute être vaincues, si le trésor était inépuisable. Mais il n'est pas inépuisable. Si énorme qu'on suppose la réserve métallique, elle sera bien vite consommée.

On peut supposer que la mobilisation complète

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