‹ Le passé, le présent et l'avenir de la républiqueChapitre 100 sur 112 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Celte condition d’une certaine durée de domicile avant, d’une certaine probabilité de domicile après, touche cl ramène à la question du vole au chef-lieu, ou du vote au canton, ou du vole par circonscriptions de communes, ou, enfin, du vote à la commune.

§ l'- Un seul mot sur cette question. Il est évident qu’elle fait partie très-importante de l’organisation du suffrage universel; car si vous conférez au peuple un droit dans votre Constitution, mais que vous placiez ce droit à une si grande distance de la main du peuple qu’il lui soit impossible ou difficile d’y atteindre, vous vous jouez du peuple : votre Constitution est une dérision.

C’est ce qui avait lieu dans le système actuel du scrutin de liste, avant qu’on eût accordé la faculté insuffisante de voter par trois ou quatre sections de canton; mais c’est ce qui a lieu encore pour les campagnes et surtout pour les campagnes où les villages sont rares et les populations espacées.

L’adoption du système que je présente supprime une partie de ces inconvénients, puisque ce système groupe cinquante mille aines ou quinze mille électeurs seulement autour du centre électoral. Cependant il en laisserait subsister beaucoup encore, si la loi future ne s’occupait pas de rapprocher l’ urne du scrutin de la main de l’électeur. Elle doit pour cela consacrer le principe du vole dans la commune, en admettant seulement des exceptions pour les communes trop peu nombreuses et trop peu responsables pour garantir la bonne exécution du vole.

Toutes les raisons ou plutôt tous les sophismes qui ont été produits contre le vole à la commune sont de la même nature posthume que les raisons et les prétextes produits pendant tant d’années contre l’élection à deux degrés. Ces raisons étaient bonnes quand il s’agissait d’exclure la masse et la volonté du peuple du suffrage, et de concentrer toute l’influence électorale dans la main d’une seule classe moyenne, gouvernant d’un geste un simulacre d’élection.

Il était bon alors de dépayser l’électeur de son milieu habituel, de son sol, de son clocher, de son village, de sa maison, de ses proches, pour l’enrôler au chef-lieu seul , déclassé , abandonné de ses influences naturelles sous l’inspiration et sous la domination absolue de quelques meneurs de chefslieux.

Quand la restauration voulut créer le double vote pour aristocratiser loul-à-fait l’élection, elle fit bien plus, elle institua le vote au chef-lieu de département; on venait de quarante lieues apporter son bulletin à l’urne, on retournait à quarante lieues retrouver son domicile. Qui pouvait faire impunément ainsi ces quatre-vingts lieues, si ce n’étaient les riches, les oisifs, les heureux de la terre? Ce qui était logique à la restauration voulant refaire une aristocratie, ce qui était logique au gouvernement de juillet voulant concentrer le gouvernement dans une oligarchie de classe intermédiaire, est absurde sous la République, qui doit vouloir organiser une démocratie, ou qui doit disparaître!

C’esl le peuple cnlier que la République doit convoquer aujourd’hui au suffrage. Vous devez aller trouver le peuple où il est, c’est-à-dire dans ses ateliers, dans ses champs, dans ses églises, dans ses chaumières, dans ses hameaux, dans ses communes.

Ce n’est pas au peuple de venir chercher son droit, c’est au droit d’aller chercher le peuple.

Autrement, -vous n’aurez pas le peuple, vous aurez son ombre, vous aurez son écume, vous aurez sa partie flottante et déclassée, sa démagogie, enlin, ou bien vous n’aurez que son aristocratie locale.

Des deux côtés, danger.

Ébullition de la démocratie s’évaporant elle-même dans ses excès, ou suppression de la démocratie pour préparer une explosion de démagogie nouvelle. Le vote éloigné du peuple amène inévitablement un de ces deux résultats.

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