LIVRE PREMIER
Il faut donc, quand on s’appelle république, définir dans sa constitution de quelle république on veut parler.
La République française de 1848 est une république démocratique, c’est-à-dire une république qui ne reconnaît ni tyrannie héréditaire d’un petit nombre de gouvernants, ni aristocratie investie du privilège de gouverner seule, ni fédération de départements ou de provinces se gouvernant chacun à sa manière, ni castes supérieures ou inférieures en autorité à d’autres castes, ni noblesse, théocratie, sacerdoce ou église possédant, à l’exclusion d’autres classes, le gouvernement; mais cette nature de république ne reconnaît pour souveraineté que la volonté de la démocratie ou du peuple. Or, il a été bien expliqué par tous que par ce mol peuple ou par ce mot démocratie, on n’entend pas le renversement de la tyrannie et du privilège , mais l’abolition de tout privilège et de toute tyrannie; on n’enlënd pas arracher le monopole du gouvernement à la partie riche, éclairée, aisée, propriétaire, lettrée de la nation, pour le donner, par un autre privilège qui serait encore plus abusif, car il serait plus contre nature, à la partie pauvre, laborieuse, sans loisir, sans indépendance, sans instruction générale et sans responsabilité d’intérêt et de lumière de la multitude; ce serait remplacer une iniquité par une autre iniquité, et, de plus, ce serait tenter l’impossible , car la multitude sans loisir, sans instruction, sans indépendance et sans lumières générales, ne garderait pas trois mois la tyrannie qu’on lui aurait remise.
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