LIVRE PREMIER
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de leur épée , ceux-là de leur atelier ou de leur sillon; ceux-ci montant, ceux-là descendant pour remonter à leur tour la roue de la fortune et de la propriété, tous citoyens néanmoins à litre égal, c’està-dire à litre de membre de la famille nationale, de créature de Dieu, de frère de l’homme; tous honorés au même degré s’ils en sont dignes, quelle que soit la part, grosse ou petite, de l’héritage commun, que la naissance, l’hérédité, le travail, le succès ou le revers, la faveur, la bénédiction ou la rigueur de la Providence leur assignent ; tous soumis, sous des conditions d’existence nécessairement diverses, à une loi uniforme et sans partialité pour aucun ; mosaïque immense de familles, de professions, de propriétés, d’aisances, de repos, d’efforts, de loisirs, de travail, de bien-être, de besoins assistés, dont l’ensemble compose un peuple. Leur volonté interrogée légalement dans chaque individu raisonnable et moral compose la moyenne sincère de la souveraineté et de la volonté de tous. Voilà la démocratie, voilà la république démocratique , c’est-à-dire l’unité du peuple, au lieu de la séparation privilégiée des classes, l’universalité du gouvernement, au lieu du privilège du gouvernement en haut, qu’on appelle aristocratie, ou du privilège du gouvernement en bas, qu’on appelle démagogie. Nous n’avons voulu ni de l’un ni de l’autre. L’aristocratie humilie les peuples avancés ; la démagogie les tue, les démembre et les dévore. La république démocratique ne reconnaît ni aristocratie ni démagogie ; elle ne veut pas deux peuples, ni trois peuples, ni dix peuples dans la nation, elle n’en veut qu 'un.
LtVRE PRE.HtEfr.
Mais si elle est démocratique, n’est-elle pas aussi sociale au fond, c’est-à-dire ne tend-elle pas par son institution même, qui est l’universalisation et la souveraineté entre toutes les classes , à l’amélioration des conditions sociales et de la situation réciproque de toutes les existences dans le cadre de la société générale ?
Expliquons-nous î
Sans aucun doute, toute révolution politique est nécessairement sociale aussi par certains côtés. Car pourquoi fait-on une révolution politique, si ce n’est pour conquérir au bénéfice général des idées ou des intérêts légitimes de l’humanité certains progrès ou certaines améliorations dans l’ame, dans l’intelligence, dans la dignité, dans la liberté, dans l’égalité, dans l’ordre , dans la répartition plus équitable et plus avantageuse à la fois à tous, des charges et des profits de la société? Il n’y a que les tribuns, les ambitieux ou les tyrans qui font des révolutions pour eux-mêmes. Quand Clodius troublait Rome, ameutait le peuple , brûlait la maison de Cicéron., c’était pour être consul ; quand César détruisait par ses adulations à la populace et par la main des soldats la constitution de la république, c’était pour n’avoir point de rival en puissance et en popularité ; quand Bonaparte, au lieu de se' dévouer à la liberté, de la soutenir cl de la réformer au 18 brumaire, prenait la dictature à Saint-Cloud , à la pointe des ba~