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SITUATION DE LA RÉPUBLIQUE A L’INTÉRIEUR

DES PRINCIPAUX PARTIS QUI EXISTENT EN FRANCE, ET DES DANGERS QUE CES PARTIS PEUVENT FAIRE COURIR AU PAYS

Si-

Nous venons de parler du parli socialiste; nous avons démontré qu’il fallait déplorer l’existence de ce parli, mais qu’il ne fallait nullement le craindre. Il retarde la reprise du travail et le débordement des capitaux sur le sol et dans les industries; c’est un mal surtout pour le peuple qui vil de travail et qui absorbe les capitaux en salaires pour les rendre aux capitalistes en produit , comme le sable absorbe les eaux du débordement du Nil pour les

Tendre en moissons à l’Egypte. Mais l’imagination publique, rassurée sur l’impuissance radicale des socialistes, reprendra bientôt son élasticité; la sécurité et le besoin d’intérêts et de jouissances feront refluer les capitaux effrayés et inactifs; avec les capitaux, le travail et l’aisance du peuple renaîtront. C’est une affaire de jours et de mois: le temps guérit.

Nous avons vu également que le parti terroriste existe réellement et toujours dans une nation, parce que la tyrannie, l’ambition forcenée, la violence et le crime font malheureusement et toujours partie dépravée des éléments de la nature humaine. Nous avons démontré que ce parti de la violence et du crime, qui ne s’est révélé que par quelques assauts désordonnés contre l’Assemblée constituante, par les tentatives avortées du drapeau rouge du 16 avril , du 15 mai et du 23 juin et par quelques vociférations sanguinaires et réprouvées dans les clubs, était un tel contre-sens à la République de 1848, que l’unanimité de la France se lèverait contre ce parti, et qu’il serait noyé dans sa première goutte de sang. La France, républicaine ou non républicaine, n’a aucun entraînement à voir guillotiner ou à se laisser guillotiner par une terreur de fantaisie et pour flatter les souvenirs de quelques parodisles de Danton et de quelques promeneurs de drapeau rouge. C’est du crime, et de plus c’est du crime posthume, une vieillerie exhumée du répertoire de Marat ! Quand le crime est devenu une absurdité chez un peuple spirituel comme le peuple français, il n’y a plus rien à demander à Dieu. Ce n’est pas tout d’être odieux,

il faut encore être ridicule Un échafaud élevé au milieu de la France aujourd’hui serait un ridicule sanglant.

§ il.

Ne parlons donc pas de ces deux partis qui ne sont pas des partis, mais des fantaisies de l’oisiveté de quelques clubs. Parlons des grands partis sérieux qui composent la masse du pays, et qui ont leur place jet leur rôle dans la vaste scène de la République.

de ne fais que vous les nommer et je vous les peins d’un trait.

C’est le parti républicain, divisé d’abord en deux fractions, quelquefois séparées, souvent réunies, et que le moindre danger de la République à laquelle ils sont également attachés réunira toujours. Ce parti se compose non-seulement des anciens républicains actifs, militants, conspirateurs de cœur, d’idée ou de mains sous la monarchie pour la cause démocratie que; non-seulement du peuple immense privé de sa part de souveraineté élective dans l’ancienne charte dynastique et qui a embrassé avec passion et avec orgueil l’institution républicaine du suffrage universel comme on embrasse un droit personnel, un litre d’honneur et de citoyen, de noblesse civique retrouvée dans les débris d’un monopole et d’un trône renversé; mais ce parti se compose encore maintenant de tous les hommes de dix-huit à trente ans élevés dans l’aspiration libérale des progrès illimités à faire accomplir au temps par l’élargissement et par l’élasticité des institutions démocratiques;

De tous ceux qui consolideraient philosophiquement la démocratie organisée en France comme le dernier mot de la révolution française et du siècle, comme le mot du destin si mal interprété et si mal raturé par Napoléon et par l’empire , ce dernier cl court essai des monarchies héroïques.

De tous ceux qui sentaient l’esprit d’avenir , le souffle de Dieu dans les hommes, captif, gêné, opprimé dans l’immuabilitc des liens de dynastie , de cour, d’église liée au trône ou de parlement lié aux intérêts d’une seule caste;

De tous ceux qui ont lu les^ choses antiques ou même les récits de nos temps dramatiques du dernier siècle , et qui, en déplorant les convulsions et les crimes d’une révolution qui commence et qui déborde , ont eu l’imagination remuée néanmoins par la grandeur des courages , des éloquences, des dévouements, des patriotismes , et ont senti que de si grands commencements ne devaient pas aboutir au despotisme d’un homme ou d’une fraction de peuple, mais à la constitution finale , régulière et universelle d’une paisible et glorieuse démocratie ;

De tout ce qui est juste, impressionnable, sensible dans tous les rangs de la nation;

De tout ce qui a des ailes au cœur pour voler au bien, au beau et au grand;

De tout ce qui a le feu sacré de l’espérance et de l’amélioration indéfinie dans l’aine;

De toute cette classe de lettrés, d’artistes, d’artisans , de prolétaires de l'intelligence ou de prolétaires de la main, à qui la République a dit: « Vous

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« n’étiez que des travailleurs*, vous serez des tra- « vailleurs encore , mais vous serez de plus des « citoyens! L’association nationale ne se partegeail « qu’en deux ou trois cent mille actions politiques « qu’on appelait les cartes d’électeurs! Vous n’en « aviez point, en voilà une; prenez votre coupon « de souveraineté ; la République est votre pro- « priélé comme à nous! »

Si vous faites l’addition de tous les éléments du parti républicain actif, et si vous y ajoutez les femmes , dont l’imagination généreuse et passionnée devance l’avenir , grandit les horizons et aime les témérités de l’esprit humain , vous compterez des millions d’ames qui tiennent à la République comme on lient à une idée , à un système , à un droit , à un intérêt, à une espérance, à un miracle, à une religion.

Et n’oubliez pas que ces éléments républicains de l’opinion sont ceux où il y a le plus de sève, le plus de mouvement, le plus de feu, le plus de puissance, d’activité, de dévouement et de propagation; c’est le cœur, c’est tout ce qui est chaud dans la nation. Ce cœur est à la République; il n’y a pas besoin de presser ses battements pour cette cause, il n’y a qu’à le contenir.

Le second des grands partis qui ont un grand rôle à jouer dans nos affaires , c’est le parti légitimiste.

Ce parti n’est paê précisément un parti , c’est plutôt une époque de noire histoire , une époque passée , mais toujours vivante , qui tient sa place , qui assiste, qui regarde , qui blâme ou qui applaudit aux gouvernements venus après lui sur la scène de la France; il proteste de temps en temps pour empêcher la prescription de son droit, qu’il croit divin et imprescriptible , et enfin il se mêle quand il lui plaît aux événements, pour les incliner de tout son poids vers ses idées.

Il ne faut pas vous imaginer que ce parti légitimiste, parce qu’il est trop faible et trop suspect à la démocratie pour lever son drapeau et pour y rallier une armée, ne soit pas assez important comme influence pour être compté cl pour que l’on compte avec lui sous la République. Ce serait une grande erreur.

C’est un parti qui n’a pas de personnel, si vous voulez, pour son armée d'opinion, mais qui a un matériel immense dans le pays. C’est le parti de la terre, du sol, de la grande propriété, et même aujourd’hui des grandes industries, comme les forges, les usines , les canaux , les mines , les bouilles ; il lient par là des masses considérables de clients dans le peuple, non sous la dépendance, mais sous le vent de ses opinions. Le suffrage universel , quand il saura s’en servir, sera pour lui un levier puissant, jusqu’ici brisé dans scs mains, et que la République lui a rendu généreusement et sans arrière-pensée. C’est le droit commun! qu’il s’en serve! Le droit commun n’a peur de personne , hommes ou partis.

De plus, c’est un parti charitable, qui jouit au lieu d’animasser , qui donne au lieu de rogner sur le pain du peuple, qui a la prodigalité noble des vieilles existences, qui a pour vassaux tous les malheureux: le patronage des misères est toujours immense dans une nation industrielle.

De plus, ce parti, par une communauté de chute en 89 et de détrônemenl, est lié forcément avec le parti du clergé; le clergé est le ministre de ses bonnes œuvres; il habite avec lui dans les campagnes; le château donne le village autant qu’il le peut au 1 curé, comme gardien du respect et des mœurs; le curé rend le village au château comme gardien des vieilles traditions et de l'ancien culte. Tout ce qui est légitimiste est religieux, d’attitude au moins; une partie de ce qui est religieux a une propension au légilimisme. Il y a là deux puissances inaperçues dans les villes, mais qui retracent vivement dans les campagnes l’ancien pacte , tout romanesque aujourd’hui, du trône et de l’autel.

Enfin, ce parti a des salons , et les premiers salons de l'Europe: il a des journaux, et il peut les multiplier , sans s’obérer , sous toutes les formes gratuites; il a des écrivains distingués; il a le luxe des arts, les élégances et les modes de l’esprit; il a l’aristocratie des noms , des souvenirs , des manières, de la langue, qu’aucune révolution ne peut ni enlever ni donner , et le peuple est très-aristocrate au fond, très-impressionnable au nom, témoin le président de la République, nommé d’enthousiasme comme le plus grand aristocrate de gloire de

nos jours; colin , le parti légitimiste , s’il n’est pas assez fort pour faire jamais un gouvernement à lui senl, est assez fort pour empêcher toujours un gouvernement de bien exister et de durer longtemps malgré lui, témoin Napoléon et Louis-Philippe , qui ne seraient jamais tombés s’ils avaient eu les légitimistes avec eux! Le premier disait: « Que ne suis-je « mon petit-fils? » c’est-à-dire, que ne suis-je légitimé par le temps! Le second disait: « Il me man- « que quelque chose, » c’est-à-dire un droit légitime au trône. La République n’a point de pareil souhait ou de pareille confession à faire au parti légitimiste, et elle peut, quand il lui plaît, retirer à elle son propre gouvernement.

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