II
Il n’y a donc pas de parti proprement nomme parti bonapartiste.
Voici ce qu’il y a : un long et glorieux éblouissement du nom de Napoléon dans l’œil du peuple , éblouissement honorable et compréhensible, une puissante popularité posthume pour ce nom qui a popularisé nos armes, éblouissement tel qu’au moment où on a dit au peuple: Choisissez un président pour votre République, le peuple n’a eu qu’un nom dans la bouche pour désigner, non un empereur, mais un citoyen d’un nom européen.
Voilà' le vrai.
Que quelques hommes arriérés d’années ou aveuglés de plagiats affectent de s’y tromper et qu’ils disent: le peuple s’est voté un maître, je le comprends, mais c’est l’illusion de leur mémoire pour l’empire qui les trompe. Non; le peuple s’est volé une gloire, une tradition imposante, un nom compté et redouté en Europe en tète de la République. Voilà la vérité.
1 § in.
I)u dénombrement sincère de tous ccs partis, que résulte-t-il à vos yeux? qu’il y en a trois ou quatre très-peu républicains et très anti-républicains, et un seul très-faible et très-divisé pour la République, et que, par conséquent, la République va s’écrouler
dans sa minorité imperceptible, et rendre la France à la lutte orageuse des dyuaslics ou aux convulsions de l’anarchie?
C’est ainsi que raisonneraient des enfants ou des géomètres.
Eh bien! ces enfants se tromperaient aux apparences, et ces géomètres se tromperaient aux calculs de majorité et de minorité. Ce ne sont pas les fortes majorités qui constituent et qui font durer les gour vernements libres comme les Républiques, c’est l’équilibre des partis. Un seul parti en immense majorité comme on vous le demande, fût-ce un parti de républicains, aurait bientôt anéanti la liberté et dévoré la République pour en faire une tyrannie à son usage. Plusieurs partis, au contraire, opposés les uns aux autres, antipathiques entre eux, inconciliables si vous les mettez seuls, face à face, mais pouvant se combiner avec d’autres partis et s’entendre avec eux sur un terrain commun pour disputer la place au parti adverse , forment une combinaison de forces, de volontés, de répugnance, d’alliances, de concours forcé éminemment favorable à la fondation et au maintien d’une république de liberté.
Le trône est une place vide au milieu de tous ces partis , qui peut-être ont une secrète envie de l’occuper, mais qui ont encore une plus grande horreur de le voir occuper par le parti contraire ; ainsi ils le gardent vacanf et renversé éternellement entre eux, de peur qu’il ne serve de siège au pouvoir de leurs adversaires. Tous amis de la monarchie, si vous voulez ; tous plus ennemis de la monarchie d’une autre
dynastie que la leur; tous ennemis delà République par goût, si vous voulez encore; tous amis de la République par nécessité , parce que la République exclut leurs ennemis du trône. Voilà la combinaison de 1848! voilà l’heureuse fortune de la démocratie! voilà l’équilibre qui a sauvé , qui sauve et qui sauvera longtemps la République, assez longtemps du moins pour qu’elle ait passé les premières années de son existence, qui sont les années de crise , de faiblesse et de convulsions pour les institutions qui se fondent comme pour les êtres qui essayent de vivre.