XII
Combattre et immoler, avec l’Europe, la république romaine, cela ne se pouvait pas davantage sans violer toute logique et toute vérité de situation; les deux principes de la République française s’y opposaient. Les gouvernements peuvent faire impunément bien des fautes, la faiblesse humaine les pardonne; mais, sous peine de mort, ils ne doivent jamais faire de contre-sens, car les gouvernements vivent de vérité. Les révolutions doivent modérer leurs principes, mais 'elles ne doivent jamais les fausser.
§ xm.
Qu’est-ce que la République de 1848? C’est une continuation gouvernementale et une application régulière des principes reconnus vrais, bons et sains de la Révolution française.
Quels sont deux des principes fondamentaux de la Révolution?
1° L’indépendance el l’inviolabilité de la volonté des peuples dans l’exercice de leur souveraineté et dans leurs modilications de gouvernement chez eux.
2" La liberté complète des consciences en matière religieuse, l’émancipation de la conscience des peuples de toute tyrannie de la puissance civile en matière de foi.
Ces deux principes, pour lesquels la Révolution française avait soulevé le monde, n’avaient jamais, depuis, été répudiés par elle. Ils étaient encore les deux principes fondamentaux, les deux causes, les deux raisons d’être de la République de 1848. Personne ne le niera, c’est l’évidence.
§ xiv.
Or, que faisait la République française de 1848 en allant combattre sans provocation, sans contiguïté el sans droit la République romaine par la main de nos soldats? Elle marchait à la fois contre ces deux principes.
Contre le libre exercice de la souveraineté des peuples, el contre leur droit de modifier -à leur gré leur gouvernement.
Contre l’émancipation de la conscience des liens ou des chaînes du pouvoir civil.
Elle punissait les Romains d’avoir voulu user à Rome du droit de changer de gouvernement, droit dont nous venions d’user pour la septième fois à Paris en un demi-siècle.
Elle condamnait les Romains à rester à jamais , pour le bon plaisir el pour la commodité de la ca-
tholioité, serfs de conscience, ilotes à perpétuité d’un pouvoir où la conscience et le gouvernement sont dans une seule main !
C’est-àdire que la République française marchait à Rome contre elle-même, et que la guerre qu’elle allait intenter à ce peuple faible, imprudent, coupable peut-être, mais libre, n’était pas seulement un contre-sens , mais une apostasie en action de tous ses principes. Tous les dogmes delà révolution et de la philosophie française, depuis un siècle, se soulevaient contre une si flagrante inconséquence.
§ xv.
• Restait le troisième parti: une neutralité scrupuleuse, ferme et prudente. Respecter la transformation libre d’un peuple, ce peuple ne fut-il qu’une ombre sur un sépulcre; ne pas s’allier, ne pas intervenir, et ne permettre à aucun prix l’intervention aux autres puissances.
Attendre ainsi une de ces deux choses: ou que l’ébullition de Rome s’affaissât de soi-même, si elle n’était qu’un accès de démagogie, ou que la révolution romaine se régularisât, et traitât d’elle-mème avec le pontifical catholique à des conditions agréées par tous les deux. Et, en attendant, offrir agile, inviolabilité personnelle, respect et dignité, non au souverain d’un peuple, mais au pontife de la catholicité. C’est le parti que je conseillai, dans la discussion, à l’Assemblée constituante et au gouvernement. Ces conseils parurent consentis même par la partie raisonnable cl politique de la Montagne. Le ministère parut vouloir s’y tenir.