‹ Le passé, le présent et l'avenir de la républiqueChapitre 47 sur 112 · IX · texte numérisé non relu

IX

Les choses en étaient là en Italie, quand le gouvernement temporaire du général Cavaignac se retira devant le gouvernement définitif du 10 décembre, cl devant la présidence constitutionnelle de Louis- Napoléon Bonaparte. L’Assemblée constituante siégeait encore, la question de Rome y fut traitée. Le Gouvernement était dans un immense embarras, car il ne trouvait plus les choses entières: l’Assemblée elle-même était aussi embarrassée et aussi combattue que le Gouvernement.

Il n’y avait plus à intervenir en Piémont. On avait manqué l’heure, laissé périmer le droit, périr la cause: on avait pris, de plus, des engagements avec l’Angleterre pour une intervention commune. On n’avait donc plus que l’un de ces trois partis à prendre :

Ou reconnaître la république romaine , et s’allier avec celle municipalité contre l’Europe;

Ou combattre avec l’Europe contre celte république municipale de Rome.

Ou, enfin, rester neutre, s’interdire toute intervention, toute immixtion armée dans les actes libres d’une ville indépendante en exigeant en même temps de l’Autriche et de l’Europe celte même neutralité, et en s’opposant à toute intervention armée des autres puissances à Rome.

Voilà les trois partis entre lesquels l’Assemblée et le gouvernement avaient à se prononcer.

Reconnaître la république romaine et s’allier offensivement et défensivement avec cette municipalité, c’est ce que demandait la Montagne.

Je le dis franchement, c’était fou, et, de plus, c’était une folie puérile. Il y a une proportion à garder, indiquée par le bon sens, entre la parité et la grandeur de deux puissances qui s’allient entre elles pour défendre ou conquérir des intérêts communs. Quelle proportion y avait-il entre l’immensité des intérêts que la France engageait et la petitesse des intérêts que la ville de Rome engageait dans une pareille alliance solidaire? Une municipalité contre un empire ! Cela fait pitié.

De plus, s’allier offensivement et défensivement avec la république romaine, au moment où le palais

du pontife de la catholicité venait d’être assailli à coups de feu et où les meurtriers de son ministre constitutionnel triomphaient impunis dans les rues de Rome, c’était, d’une part, déclarer la République française en complicité d’hostilité contre la catholicité tout entière; c’était flétrir la France en mettant la main de la France républicaine dans la main de ceux qui toléraient les assassins dans un Etat civilisé! Un cri d’indignation aurait soulevé l’honneur de notre révolution mésalliée.

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