CHAPITRE VII
J’ai dit aussi le crédit des particuliers. Je m’explique.
Qu’est-ce que le crédit des particuliers? Daignez étudier la réponse.
Le crédit entre particuliers est une monnaie que les citoyens frappent réciproquement les uns sur les autres.
Cette monnaie frappée ainsi par les citoyens les uns sur les autres, et marquée à l’effigie de leur nom ou de leur signature,’ multiplie entre eux le signe monétaire, ou l’instrument d’échange, dans une proportion aussi énorme cl aussi incalculable què si le balancier des hôtels de monnaie de toute la République frappaient jour et nuit des millions d’or et d’argent.
Je vais vous le prouver.
J’ai confiance en vous et vous avez confiance en moi. Nous allons l’un chez l’autre. Vous me dites: donnez-moi un morceau de papier sur lequel vous
écrirez que dans six mois ou dans un an vous me payerez mille ou cent mille francs. Je vous écris ces mots sur ce morceau de papier. Vous le contre-signez vous-même, vous l’emportez, vous le donnez à un tiers, qui vous remet contre cette monnaie de confiance, soit une monnaie de métal, qui sert à détailler celte grosse monnaie de papier, soit des denrées en échange pour vos nécessités, pour vos entreprises, pour vos industries. "Voilà ce que j'appelle une monnaie réciproque que les particuliers frappent les uns sur les autres. Voilà le crédit entre particuliers.
Vous comprenez que celle monnaie ou celle richesse n’a d’autres limites que la confiance réciproque que les citoyens s’inspirent mutuellement.
Or , qui est-ce qui fonde cette confiance réciproque entre les citoyens , et qui cst-cc qui crée ainsi cette incalculable richesse du crédit entre particuliers ?
Deux choses:
La probité.
La sécurité dans le pays.
La probité consiste , dans les affaires , à tenir avec fidélité et avec ponctualité ses engagements ; par conséquent à ne prendre , envers son voisin ou son prêteur , que les engagements qu’on peut tenir. C’est là le rôle de la conscience dans les affaires.
On a dil que l’exactilude était la politesse des rois. On peut dire que la ponctualité est la conscience des affaires.
Il y avait autrefois un honneur chevaleresque des gentilshommes qui consistait à ne jamais marchander sa vie contre son devoir. Il y a aujourd’hui un honneur de tous les citoyens , qui consiste à ne jamais marchander sa fortune contre sa signature. Cet honneur, c’est tout simplement l’honnêteté publique.
L'honnêteté , c’est le crédit. Plus ce sentiment s’accroîtra dans les masses par l’instruction, par le désir légitime de la considération mutuelle , par l’exercice plus fréquent de ce jugement réciproque que nous portons les uns sur les autres, dans une démocratie qui rapproche tout le monde par le sentiment religieux surtout, que la liberté des cultes vivifie et multiplie toujours, plus le crédit entre particuliers deviendra une ressource immense pour la République.
Chose merveilleuse! un peuple laborieux est plus riche de sa conscience que de ses éeus!
Croissez en conscience, vous croîtrez en richesse !
Tous les systèmes que le communisme et le socialisme vous prêchent depuis dix ans manquent de conscience ; car tous ces systèmes menacent les existences acquises, grandes ou petites, de trouble, de dépossession, d’expropriation, de spoliation, d’arbitraire odieux dans une soil-disanl distribution nouvelle de la richesse ou de la propriété. Voilà pour-
quoi les seuls mois de communisme el de socialisme, la seule énonciation de ces systèmes ou de ces rêves, a ruine momentanément le crédit de l’Étal et le crédit entre les citoyens.
On a cru voir disparaître la conscience du monde.
Le crédit, qui n’est que la conscience, a disparu avec le sentiment de l’honnêteté.