III
Le crédit de l’État, c'est la confiance donnée aux individus possesseurs de capitaux en France, en Europe, en Amérique, en Asie, partout, que l’État est un créancier honnête et sûr, qui ne fera jamais banqueroute d’un centime à personne , qui possède un capital infini et incalculable , et avec lequel il y a quelquefois beaucoup à gagner, jamais rien à perdre.
Cette confiance inspirée au monde vous ouvre la source sans fond du crédit public, en France et ailleurs.
Démocratisons le crédit public.
Vous tenez la clef de ce système déjà dans la main par les capitaux populaires que vous versent les caisses d’épargne. Le peuple a pris confiance dans la probité du peuple. L’emprunt est là autant que dans la caisse des banquiers européens. Chaque fois que vous aurez, comme en ce moment, des besoins de circonstances extraordinaires , proclamez l’emprunt, recevez les centimes, ne regardez pas à l’intérêt, revcrsez-le en travail; restaurez ainsi la propriété, étouffez le socialisme spoliateur sous l’aisance. L’impôt indirect accru par l’aisance vous compen- • sera promptement la perte sur l’intérêt. C’est l’amortissement, non par le rachat ou par conversion des renies, mauvais systèmes, petits systèmes, qui rendent les prêteurs défiants et exigeants; mais c’est l’amorlissemcnt de l’intérêt lui-même par l’accroissement indéfini du capital national. C’est le cercle
vicieux de la richesse publique. On est riche parce
qu’on emprunte, et on emprunte parce qu’on est
riche.
Si vous devez aujourd’hui deux cents millions sur un capital national qui vaut cent milliards, et que votre capital national, par votre bonne gestion du crédit et par votre multiplication du travail, vaille, dans dix ans, deux cents milliards, n’est-il pas vrai que votre dette aura diminué d’elle-même de moitié? Eh bien! doublez, triplez, décuplez encore la valeur croissante de ce capital national, vous ne serez pas encore dans la vérité. Dieu seul en connaît les bornes. Une dette bien servie et bien employée, n’est donc rien pour la république honnête. Je me trompe ; elle est une source de richesse , car elle constate et elle perpétue la faculté d’ emprunter.
Or, il faut emprunter dans les années difficiles cl dans les grandes circonstances. Y a-t-il années plus difficiles, y a-t-il circonstances plus grandes pour un peuple, que celles où une révolution le surprend et où il transforme son gouvernement?
Créez l’emprunt de la République; elle en vaut la peine. On dira dans cent ans dans l’histoire; La République, l’organisation de la démocratie, la préservation de la société menacée , la vie , le salaire, le travail du peuple ont coûté, en 1850, à la France, la création de cent millions de rentes constituées. Qui est-ce qui s’en souvient? Que valent aujourd’hui, en 1951, ces cent millions de renies? Qui sait? peutêtre l’impôt annuel de deux départements?
Voilà le crédit public ! Que craignez- vous avec ce multiplicateur du capital et cet amortisseur de la rente sous la main?
Vous êtes des enfants en économie; vous êtes des bornes en finances. C’est ici que le mot de Danton devrait être le mot du gouvernement et de l’Assemblée: Osez! La révolution financière est dans ce mot.