DU SUFFRAGE UNIVERSEL INDIRECT, OU DE L'ÉLECTION X DEUX DEGRÉS
Voici ses avantages.
Ici on ne manquera pas de dire que je me déments une centième fois de plus, bien que depuis vingt ans
que j’écris ou que je parle aux tribunes, je n’aie pas dans le Moniteur un seul mol qui en démente un autre; mais les préjugés ne lisent pas le Moniteur. fl est bien plus simple de lire les pamphlets. Cependant, comme la matière est grave, et que je dois justifier de ma réflexion en la traitant, je vais montrer par cette citation que ma pensée en 1830, sur le suffrage universel et l’élection à un ou à deux degrés, était identiquement ma pensée de 1848 et de 1850.
Voici ce que je disais en 1830 sur ce sujet :
« L’élection! il n’y a de vérité dans le pouvoir « social ou représentatif qu’autant qu’il y a vérité « dans l’élection, et il n’y a de vérité dans l’élection « qu’autant qu’elle est universelle; cependant si vous « donnez l’élection à des classes qui ne la compren- « nent pas, ou qui ne peuvent l’exercer avec indé- « pendance, vous la donnez fictive, c’est-à-dire, vous « la refusez réellement.
« Que vous la fassiez parler à deux tribunes ou « à une seule, peu importe, votre représentation « nationale , nécessairement une , devra représen- « lcr tout à la fois le mouvement et la stabilité « sociale; la haute, la moyenne et la petite pro- « priété; l’intérêt d’action et l’intérêt de repos. « Elle doit les représenter dans leur réalité, dans « leur proportion, dans leur combinaison sincères. « Il n’y a pour atteindre celle rigoureuse vérité , « celte rigoureuse justice, qu’un moyen, l’élection « proportionnelle. Tant que vous n’arriverez pas « à celle réalisation facile, la France ne marchera ni
« ne sc reposera; elle s’agitera sans avancer, elle « tombera, elle se relèvera pour tomber encore. L’c- « leclion proportionnelle et universelle , c’est-à-dire * une élection qui, partant des degrés les plus infé- « rieurs du droit de cité et de la propriété, seuls « moyens de constater l’existence; le droit et l’inté- « rèl du citoyen, s’élèvera jusqu’aux plus élevés, cl « fera donner à chacun l’expression réelle de son * « importance politique par un vole, dans la mesure « vraie et dans la proportion exacte de son exis- « lence sociale. Vérité parfaite, justice "rigoureuse ,
« démocratie complète, et cependant aristocratie de « fait reconnue aussi : l’élection à plusieurs degrés ré- « soud seule ce problème. Toutes les unités politi- « ques y ont leur élection, s’élevant, s’épurant, s’é- « clairanl successivement jusqu’à l’élection suprême,
« produit exact des forces, des lumières et des intc- « rets du pays et du temps. Il y a une objection à « ce système: le pays y répugne aujourd’hui. »
Nous en sommes encore là ; voilà pourquoi je ne demande pas le suffrage à deux degrés.
On voit donc que dès 1830, sous la monarchie comme sous la République, je déclarais deux choses, dont l’une était aussi hardie alors que l’autre est hardie aujourd’hui.
La première: que le suffrage universel était le droit de la souveraineté du peuple, ou de la souveraineté de l’opinion, ou de la souveraineté delà raison nationale. C’est la même chose.
La seconde: que le suffrage universel ne serait fondé et que la démocratie, dont il est le signe, ne
Dit
serait définitivement organisée, soit en monarchie, soit en république , que par le suffrage à plusieurs degrés.