‹ Le passé, le présent et l'avenir de la républiqueChapitre 83 sur 112 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Si.

Pourquoi, me direz-vous, ne pas en sortir à l’instant même? cl pourquoi ne proposez-vous pas demain à l’Assemblée nationale de rédiger la loi électorale hiérarchique et à deux degrés?

* Je vais vous le dire.

Vous voyez ma pensée, je la porte depuis vingt ans dans mon intelligence et sur mes lèvres. Elle n’esl pas douteuse. Je répète aujourd’hui ce que j’ai dit, et c’est en 1829 et en 1830: le peuple ne sera souverain, la démocratie ne sera organisée, la société du droit commun ne sera fondée que quand l’élection à plusieurs degrés sera instituée et exercée.

Mais je ne suis pas ici un philosophe , je suis un homme politique. Je liens compte des préjugés de mon pays. Je tiens compte du temps, surtout dans les affaires où l’habitude est une condition de succès. Le temps est l’élément de Dieu dans les choses humaines. On ne peut pas marcher sans lui. Il faut donc l’attendre quand il n’est pas arrivé encore. Le temps d’organiser définitivement et pour toujours l’élection à deux degrés dans la République n’esl pas venu. Le préjugé du peuple contre ce mode

d’exprimer sa souveraineté n’est pas mort. Le peuple croirait qu’on le trompe, qu’on le surprend, qu’on lui confisque la plus riche dépouille qu’il ait conquise sur le despotisme, sur la royauté, sur l’aristocratie. 11 se désaffeclionnerait de la République, il crierait à la déception, il s’agiterait pour celte ombre, et en s’agitant, il soulèverait de son sein ce qu’il y a de remuant au fond de tout clément populaire agité. Non -seulement l’organisation successive et régulière du suffrage universel y périrait ; mais le principe même du suffrage universel pourrait y périr. Il ne faut pas tenter prématurément et témérairement ces agitations. Il ne faut jamais rien arracher au peuple, il faut qu’il donne de luimême.

Dans cinq ou six ans, à une seconde délibération de la Constitution et de la loi électorale, un cri unanime demandera peut-être l’élection à deux degrés. Les vices du système confus et tumultueux actuel auront convaincu l’opinion elle-même.

Faut-il attendre jusque-là, cependant, pour corriger ce mode confus et tumultueux 1 ? — Non.

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