‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit original (volume 2)Chapitre 1 sur 19 · GÉNÉALOGIE DE PIERRE LHERMITE · texte numérisé non relu

GÉNÉALOGIE DE PIERRE LHERMITE

elui qui publie aujourd'hui ces mémoires était prédestiné à la résurrection du nom de Lhermite. Depuis un demi siècle il a été, à plusieurs reprises, mis en contact avec ce nom légendaire et sollicité de faire quelque chose pour en augmenter la gloire. Qu'il lui soit permis de détacher ce fragment de ses souvenirs.

Il y a donc un peu plus de cinquante ans, à Bruxelles, au bout de la rue de Terre-Neuve, qui alors était le bout du monde, confinant à de vastes terrains déserts et à la campagne, se dressait un célèbre édifice bouquinistique connu sous le nom de Librairie Verbeyst, Quelques septuagénaires se rappelleront encore ce hangar, colossal entassement de quatre étages reliés entr'eux par des échelles de meunier, capharnaiim où saccumulaient, soit sur des rayons

mal rabotés, soit sur le plancher, en tas, en ballots, en sacs, des livres, des livres, toujours des livres de toute dimension, de toute valeur, de toute provenance. Là se réunissaient, dans une poudreuse promiscuité, des parties considérables de bibliothèques monastiques vendues sous Joseph II et sous la République, les in-albis ou fonds de magasin de l'imprimerie académique de Louvain, les débris des collections particulières dont le malheur des temps avait forcé les familles à se dépouiller, des éditions entières reprises à des libraires gênés, d'innombrables résidus de ventes, de rebutages, de mortuaires ; car tout livre sans toit ou sans position trouvait là un gîte et l'espoir d'un emploi.

Verbeyst était un des derniers représentants de cette race aujourd'hui disparue de la capitale, mais dont il existe encore quelques rejetons en province, de la race de nos vieux librairesantiquaires, si bien « pourtraicturés « jadis par de ReifFenberg, dans les Belges peints par eux-mêmes.

Dans sa jeunesse, il avait été, je crois, en relation avec les Bollandistes, ce qui lui avait donné une certaine teinture de savoir, sans en faire un savant, loin de là. Libraire, il connaissait les livres à force d'en avoir vu, et sa passion de l'accaparement le portait à en recueillir sans relâche. Son magasin jouissait d'une renommée européenne : c'était un arsenal où venaient puiser les grands bibliophiles du

temps, surtout les Anglais : parmi les manuscrits que nous avons, M. Piot et moi, rapportés de Cheltenham, un très grand nombre portent, de la main de Sir Thomas Phillipps, la mention : « acheté chez Verbeyss »» ainsi que le baronnet s'obstinait à écrire le nom du bibliopole.

A l'époque dont je parle, j'étais au collège, et je commençais à aimer les livres. Un jour, pendant les vacances, mon père me conduisit au capharnaiim de la rue de Terre-Neuve.

Il connaissait Verbeyst de vieille date : lorsqu'il se rencontrait de loin en loin avec lui, c'était entreux un échange de souvenirs datant de mon aïeul, de Tabbaye de Villers, de Waterloo, d'autres points du passé. Notre visite fut donc bien accueillie, Verbeyst était d'humeur communicative; ce qui ne lui convenait pas toujours d'être, comme je le constatai souvent plus tard.

Jusqu'alors, en fait de collection des livres, je n'avais vu que la bibliothèque de l'Établissement géographique de Vandermaelen et entrevu celle de la ville de Bruxelles dans une traversée rapide à travers les salles, sous la conduite de Goethals et de sa préhistorique robe de chambre. Je ne pus donc m'empêcher d'exprimer une naïve stupéfaction en présence du formidable amoncellement qui m'éblouissait les yeux. Verbeyst en fut légèrement attendri, sans doute, car il daigna s'occuper de moi, il fut charmant et empressé ; il me conduisit devant ses plus beaux articles, m'exhiba quelques hautes curio-

sites ; en un mot, il me. donna ma première leçon de bibliognosie.

Après avoir, pendant une heure, peut-être, savouré une foule de plats de ce menu pantagruélique, j'allais me retirer, quand Verbeyst m'arrêta en me présentant avec solennité, le sourire sur les lèvres, le morceau pour la bonne bouche, un asssez gros volume in-folio, lequel, ouvert et feuilleté, fit passer sous mes yeux un panorama de portraits à laquarelle, d armoiries sans nombre, de dessins divers.

Cest un manuscrit contenant Thistoire de Pierre l'Hermite et celle de ses nobles descendants. Il rentrait de la bibliothèque royale, nouvellement fondée ; il y avait été refusé par le conservateur, M. de Reiffenberg, sous prétexte que le prix demandé était trop élevé. Et le vieux bibliopole qui croyait presque faire un cadeau patriotique au nouvel établissement en ne demandant que quinze cents francs de ce trésor ! Car, pour lui, c'était un trésor d'érudition, un monument historique. Jamais à son avis on n'avait rien écrit de plus sérieux, de plus étonnant, de plus décisif.

Naturellement, je feuilletai avec le respect le plus profond un livre que Verbeyst prisait à une telle valeur ; j'en lus de suite les premières pages. Malgré mon inexpérience d'alors en fait de constructions généalogiques, il me parut que les premières assises de ce monument familial étaient posées sur un sol très hasardeux. Je n'en

fis pas Tobservation au libraire ; je me contentai de partager son extase ; mais çn sortant du hangar, j'en dis quelques mots à mon père qui me tança un peu d'oser mettre en doute le savoir de l'illustre Verbeyst.

A quelque temps de là, pourtant, je parcours à l'Établissement géographique , le dernier Compte-rendu de la Commission d histoire et j'y trouve un long article de M. de Reiflfenberg dans lequel le manuscrit est analysé et réduit à près de zéro comme document. J'éprouvai une certaine satisfaction en constatant que ma jeune perspicacité se trouvait d'accord avec la science rassise d'un académicien de haut renom (i).

Le vieux bibliopole vint à mourir (2), laissant un fils, Jérôme, et deux filles : lune, épouse d'un M. Janssens qui avait été quelque peu dans la diplomatie, Tautre encore célibataire. Le fils et le gendre prirent en main l'exploitation du fief lîbrairial, charge assez lourde. Jérôme, tout en établissant le fort et le faible de la valeur vénale d'un bloc de papier noirci avec autant d'habileté que le faisait son père, Jérôme ne possédait ni l'imposante autorité ni la foi bouquinistique de celui-ci.

Quant au gendre, il ne manquait ni d'intelli-

(i) Comptes-rendus de la Commission royale d'histoire, i» S"* T. II.

(2) Jean Baptiste Verbeyst est mort le 24 Novembre 1849, àTâge

de 79 ans, 10 mois, 18 jours.

gence ni d'entregent. Pendant que Jérôme s'occupait de la vente en détail, méthode qui eut exigé un demi siècle pour écouler le stock gigantesque, M. Janssens essaya de recourir aux grands moyens pour réaliser, en une opération, le capital enfoui dans les montagnes de papier de son patrimoine. Celui-ci, en efiet, commençait à devenir de plus en plus improductif. Avec la mort du vieux, on ne sait pourquoi, avait cessé le pèlerinage des bibliophiles au hangar de la rue de Terre-Neuve ; il est vrai que Jérôme semblait avoir fait vœu de mutisme et que iancien apprenti diplomate n'était pas un oracle à consulter en matière de livres « vielz et anticques » .

Parmi les grands moyens dont il usa, comme je viens de le dire, il y en eut un, grâce auquel je fus de nouveau mis en présence du fameux manuscrit.

Mon père possédait, en commun avec un associé, un gros immeuble qui, pour le moment, était inoccupé. Un beau jour, on vint proposer aux deux copropriétaires réchange de cet immeuble contre le hangar de la rue Terre- Neuve, contenant et contenu, commerce et clientèle en sus. A la proposition se joignait un relevé, que j'ai encore sous les yeux, des richesses offertes, relevé splendide s'il en fût ! Je cite quelques articles : parmi les imprimés, 200 exemplaires en feuilles du Concile de Trente de Josse Leplat, à 200 fr. pièce ; une centaine

de Mémoires etc. de Paquot, à loo fr. ; looo ouvrages à loo fr. ; 100,000 à 1 fr. ; etc. Le tout arrivait à un chiffre dépassant assez bien le demi-million.

En tête de la liste spéciale des manuscrits rayonnait, dans son auréole de 2000 fr., la fameuse, l'inappréciable Histoire de Pierre Lhermite et de sa noble progéniture. La mention de ce livre, sur la valeur duquel nous savions à quoi nous en tenir, la fantastique hauteur du prix d'évaluation, augmentèrent les degrés de froid qu'avaient déjà jetés en nous l'estimation des livres imprimés. Sans hésiter, on résolut de décliner la proposition. Toutefois, sur les instances de l'intermédiaire qui agissait de très bonne foi, on fit une visite officielle au capharnalim déjà nommé. C'est alors que j'eus la chance heureuse de tenir encore une fois dans mes mains le trésor des trésors, le manuscrit de Lhermite.

Puis je le perdis de vue pendant quelque temps.

Il apparut de nouveau accompagné d'une longue note, habilement rédigée, dans une des ventes d'écoulement du fonds Verbeyst, chez le libraire Heussner. Il y fut adjugé à un assez étrange collectionneur de choses diverses, tableaux, parchemins, livres, etc., qui ne le conserva pas longtemps. Un jour, je ne sais pour quelle cause, il lui prit subitement l'idée de se faire zouave pontifical ; il céda en bloc

son petit musée, qui comptait quelques bonnes choses, à la maison d'Arenberg. Celle-ci retint quelques pièces et fit vendre le reste.

C'est alors qu'il passa dans les mains d'un savant et aimable bibliophile, membre de l'Académie d'archéologie, M. le Comte François van der Straten-Ponthoz, qui a bien voulu nous le confier pour en tirer de précieux renseignements.

NICOLAS DE CAMPIS. — DE PIERRE l'ermite des croisades a JEHAN LHERMITE, L'AUTEUR DU PASSETEMPS.

Le fameux manuscrit généalogique, que j ai sous les yeux, a été décrit par M. de Reiflfenberg, dans le Compte-rendu de la Commission d histoire, tome II (i838) p. 249.

Il porte pour titre : Généalogie ou descente de la noble et anchiene maison de Lhermite, recopilée, curieusement recerchée et extraicte de divers autheurs, papiers et documents par Nicolas de Campis, dict Bourgoigne, Roy d'armes de Sa Majesté Catholique Philippe II, Roy des Espaignes, etc. et successivement de son fils Philippe III et parachevée fan MDCII.

Une note, écrite de la main de notre Jean Lhermite, en marge de la dédicace, nous donne

la notice de de Campis. « Nicolas des Champs (se faisant nommer en Espagne de Campis) estoit natif de la ville de Maubeuge, au pays d'Haynnaut. Il s'employa dez sa jeunesse aux estudes, et quant et quant apprint aussi le traict du pinceau. Et estant venu en eage se mist au service du Cardinal de Granvelle, avec lequel s'en alla en Italie, et de là le suyvit jusques en Espaigne, où que son maistre (pour le gratifier en partie de ses bons services) luy fit avoir du Roy lestât de son Roy d'armes, et obtint le tiltre de Haynnault, depuis de Brabant et dernièrement de Bourgoigne. Au reste c'estoit un homme fort aggréable à un chascun pour son honneste et amiable conversation, et plusieurs belles et rares parties tant de sçavoir que du pinceau qui concurroient en sa personne, estant fort versé es histoires, par où il avait acquis une générale cognoissance des plus illustres et renommées familles de la Chrestienté. Il fut envoyé par ledict Roy au Païs-Bas, en i586, pour porter l'ordre de la Thoison d'or à plusieurs seigneurs du pays. Et à son retour fut employé par Sa Majesté en la superintendance de sa Royale sépulture pour l'ordonnance des armoyries. Il trespassa en Valladolid, le 9 du mois de May, l'an 1604 » (1).

Le livre est dédié « à Noble, généreux et vertueux Gentilhomme Messire Jehan Lhermite,

(i) M. de ReifFenberg, en faisant sienne cette petite notice, Ta transformée en langue française moderne.

Chevalier, Ayde Gentilhomme de la Chambre de feu de très haute mémoire Sa Majesté Catholique et présentement du Roy régnant, Philippe III, nostre souverain Prince, et leur pensionnaire ».

Cette dédicace est un modèle achevé des élucubrations de ce genre, elle est bien ronflante et bien longue ; malgré ces défauts, nous la transcrivons tout entière, parce que mieux que tout autre document, elle nous fait connaître lauteur du Passe temps et le caractérise.

Monsieur,

a L'homme qui est créé à la vraye similitude de Dieu, reluysant sur tout' autre créature, n'obscurcit plus icelle sa divine ressemblance par nuir autre tasche ni macule, que par l'ingratitude, vice tel, si vil et abject, qu'à Dieu mesme il desplaist et aux hommes il se rend du tout odieux et détestable. Pour n'encourir donques une telle note d'infamie, me suis avancé à vous dédier ce mien petit labeur, en estrainc et signe de vraye recognoissance des bienfaits, qu'en touttes mes occurences et compétences j'ay repceu de vostre débonnaireté et courtoisie, pendant l'espace de seize à dix sept ans que nous nous hantons et cognoissons en ceste Royale mayson.

L'an 159s, sur le commencement du mois de Novembre, Sa Majesté estant en sa Royale mayson de Plaisance au Pardo, deux petites lieues près de Madrid, elle me fist appeller pour luy faire rapport du progrès des statues de bronze qui se faysoyent soubs ma conduite et superintendence, tant de sa royale personne que de feuz l'Empereur, son seigneur et père, et des autres Princes et Princesses du sang Royal qui reposent et sont inhumez au monastère de Sainct Laurent le Royal, prez l'Escurial. Et lors vous me fistes l'honneur de me communiquer un certain très anchien escript, y appendant quatre seauls d'hommes de fief à la Comté de Hainnaut et Court à Mons, que Noble homme Martin Lhermite, Escuyer, seigneur de Bettissart, vostre cousin germain et chief d'armes de vostre maison.

vous avoit naguères auparavant envoyé dudict pays d'Haiunaut où il réside ; et avec ce plusieurs autres papiers et documens concernant la descente de vos prédécesseurs, dois ce grand personnage, noble et illustre seigneur, Pierre Lhermite, Gentilhomme François, natif d'Amiens en Picardie, premier autheur, moteur et concitateur de la guerre saincte, chief et capitaine général des premières trouppes des croisez qui passarent oultre mer environ l'an mil nonante cinq : tige et estocq de votre noble et anchienne maison, me requerrant que d'iceux papiers je vous voulusse tyrer et dresser un certain arbre de généalogie, clair, distinct et net et en la meilleure forme et le plus hastivement que faire me seroit possible. A quoy faire je me suis condescendu très volontiers pour deux respects, Tung : Que je sçavoye que Sa Majesté avoit autre fois prins playsir à ouyr lire lesdicts vieulx escripts, et mesmes (considéré leur scabrosité de laugaige resentant enthierement la rudesse du siècle d'alors) les faire translater en Espagnol, pour en gouster mietilx ; et l'aultre : Que d'une mesme voye et par mesme moyeu, je présupposoie vous pouvoir en partie recognoistre les infinies obligations que je vous doibs : et ensemble gratifier aussi audict seigneur de Bettisart, votre germain, gentilhomme non moings digne de tels ayeulx et progéniteurs que très délibéré et enthierement affectionné à telles guerres d'oultre mer, autant que je n'ay cogneu en Italie entre ceux de nostre nation, suyvre comme avanturier volontaire, les heureuses entreprinses de feu don Johan d'Austria journées de Lepanto Navarino et Thunis et veu revenir de Malte bien malade, huict mois après qu'il y avait séjourné, attendant le siège que le Turcq meuassoit y vouloir mectre, pour hyverner et se faire guérir à Naples. Sa maladie m'ayant causé le bien de ceste nostre cognoissance, et que Monseigneur le Vice-roy, mon bon seigneur et maistre, Cardinal de Granvelle, m'envoya à chacune fois le visiter de sa part, luy présenter son médecin et apothécaire avec aultres accomplissemens à moy enjoincts luy dire et faire, comme à ung de ses favorits et cavallier dont il faisoit cas et estime pour plusieurs qualités bonnes et de lettres et de valeur qu'en luy estoient.

En acceptant doncques la charge et revenant sur ce à ma mayson, donnant relasche à mes œuvres journalières, comme les nuictées estoient longues, n'y entremis aulcun interval de temps que ne

l'employay sérieusement en la curieuse recherche et feuilletage de vosdits papiers, et signament le susdit très anchien escrit en forme de généalogie contenant les vies, meurs, conditions et finissemens de vos prédécesseurs, dont ay trouvé la diligence si très grande de ceux qui l'ont recueilly, que, ou ils ont eu ung historiographe exprès, et grand observateur de toutes leurs vaillantes actions, ou les hérauts d'armes du temps passé estoyent plus curieux à réduyre par escript les faicts et gestes des chevalliers et gentilshommes, qu'ils ne font pour le présent ; aussi ils étaient salariez bien et largement et estimez et honorez de la noblesse plus que ne sont pour le jourdhui, au moings en ce climat où nous sommes. Et la noblesse d'autre part s'inclinoii de beaucoup plus à la cause causante qui est la vertu, qu'elle ne faict à ceste heure, comme vosdits papiers de vos prédécesseurs le monstreut bien. Dont en ay trouvé les vertus d'iceux tant rares et comme descendues du ciel, que vous puis bien asseurer qu'il y en a en diverses provinces du monde qui s'estiment beaucoup, et n'en sçauroient tant monstrer que vous faictes. Le même m'en a confirmé les jours passez le seigneur don Juan de Idiaques, ministre grave de Sa Majesté, que cognoissez, qui me dit et asseura que Sa Majesté mesme parlant de vostre descente (laquelle naguères luy avoîs communiquée et dont en avoie prins très curieuse inspection) luy avoit dit que plusieurs des plus grans seigneurs de sa court ne sçauroient jamais produire si longue et anchienne déduction, ni à beaucoup près que vous en avez faict. Dont je dis derechef et vous en congratule que vous estes heureux d'avoir rencontré quelques ungs de vos devanciers si bons observateurs de leurs vaillants faicts et gestes, que telle gloire, lustre et splendeur à vous et aux vostres en soit demeuré et à eux en perpétuité le guerdon du ciel, et icy bas entre les humains une mémoire immortelle, ce qui n'advient pas à beaucoup d'autres, mais à Dieu seul se doibt il attribuer, qui n'aura voulu permectre que si bonnes et sainctes œuvres fussent cachées, ains fort manifestées à tous ceux qui viendront après eulx.

Je vous ay doncques hastivement, et passé longtemps dressé et envoyé le susdit arbre que m'aviez demandé, l'ayant mis et réduict en une méthode particulière mienne, sans aucune imitation d'autruy, pour ce que je suis amy de faciliter les choses de sorte que tous les

puissent entendre, vous y estes le seiziesme en degré sans aulcune discontinuation, comme le tout se pourra veoir par le mesme arbre cy après enserré. Et maintenant non content de ce, en acquit de mon debvoir, et pour n'estre tauxé d'ingratitude, comme cy devant ay protesté, vous ay bien voulu dresser ceste présente Généalogie, laquelle j'ay recopilée et curieusement recherchée de voz dits papiers et des registres et notes de noblesse que nous, hérauts et roys d'armes, tenons chez nous, ageancée et décorée de plusieurs armoiries ; et oultre ce, le tout enrichy et illustré par discours d'histoire (vray appuy de vérité), n'y ayant rien forgé sur l'enclume de mon cerveau, ains en tout suivy le vray et droit fil de voz escripts et documens, et les mesmes passages des graves autheurs que j'y allègue

Ce vous est, Monsieur, un vray et parfaict miroir de vertu, laquelle on voit aussi reflamboyer en vous, ne pouvant nyer que ne soyez de la mesme race, vous ayant Sa Majesté méritoirement décoré du tiltre de chevallier, vous donnant de sa propre main, les trois coups d'honneur, en présence de plusieurs grans seigneurs, ducqs, princes et gentilshommes de sa chambre et court : et oultre ce, pour plus gran lustre et splendeur de ceulx de vostre maison, concédé de porter diadème au lieu de borrelet que voz prédécesseurs soloient porter; et à vous en particulier pour cymier ou tymbre, un griffon d'or naissant dudict diadème, griffant en sa griffe droicte une clef d'or, attachée à son col avec un cordon du mesme: qui sont les marques .et inseignes de voz bons et loyaux services d'ayde-gentilhomme qu'avez esté si longues années des chambres (portant la clef d'icelles) successivement de père et filz, les deux plus grands roys et monarches du monde, sçavoir est de Sa Majesté régnante, et auparavant de feu son bon seigneur et père.

Et l'antiquité de voz armoyries que portez de sinople au dizain, ou patenostre d'or, enfilé et houppe du mesme, mis en chevron, accompaigné de trois quintefeuilles d'argent percées, deux en chef, et l'autre en poincte, se preuve assez souffisament, (oultre plusieurs autres documens qu'en avez; par l'auihorité d'icelle vieille médaille de que Sa Majesté vous a faict présent ; laquelle il eut entre les médailles et antiquailles de feu Jacome de Trezzo, Milanois (un des premiers ingeniaires et sculpteurs de son temps et grand amateur d'antiquailles), où est escript Numus per^ritiorum, avec ces mesmes armoyries au

chef de Jérusalem, comme les portoit jadis Monseigneur illustrissime et reverendissime Albert Lhermite, patriarche de Jérusalem, Tan 1206, dont la vraye pourtraicture et aussi l'inscription d'un costé et d'autre se voit en son lieu cy après, traictant particulièrement de la vie dudia Albert. Oultre ce, aussi par les vers ensuyvans que j'ay trouvé parmy mes escrips, jadis dédiez par un mien prédécesseur, héraut, dit aussi Bourgoigne, à Messire Jehan de Vergy, seigneur de Fouvans et Vignorry, chevallier de l'Ordre de la Toison d'or, créé par le bon duc Philippe l'an 1433, disant :

Sieur de Fouvans, si désirez d'entendre D'où que procèdent tant des armes divers Que nous voyons parmy la France espars, De cesie escript, brief le polrez comprendre.

Des Huns, Normans et nations semblables Sont les torreaux, ours, sangliers, loups, renards, De cheux d'Afrique et d'Inde liopards.

Griffons, lions et dragons espantables.

Lors que noz roys maniarent le sceptre Romain, noz pères paindrent as escussons Aigles, merlettes, alerions, faulcons Et ce que d'eulx en armes l'on peu mectre.

Mais noz ayeulx soubs Clovis, roy de France, Prindrent des fleurs, comme roses et lis.

Et quintefeuilles, œillets, pavots, soulcys Ou bien d'un arbre, quelque fruict ou branche.

Tesmoing les lis d'or, d'argent, azurées, Gueulles. verds, sables et les fleurs de Vergy, Loigny, Lhermite, Seningen, et Flany, Lesquels tenons pour anchiennes lignées.

Et peu après les croix ont prins essence, Saultoirs et cors, bendes, pals, chefs, chevrons, Fasses, mollettes, hermines, vairs, poissons, • Bcsans, torteaux, l'eschequier, et l'emmanche.

Car les maisnez, ne se soucians mie Porter les armes de leurs antécesscurs,

Seul s'amusoient conserver les couleurs

Et tout le rcst forgeoient à fantasie.

Jusques à ce que ce sainet personnage

Louis neufîesiïie octroyât à ses filz,

Avec brisure, Tescu des fleurs de lis,

Ce que depuis est demeuré en usage.

Et servira tous cecy d'esguillon et pouss' avant à ceux qui en seront de la famille, de ne dénigrer ni obscurcir, par vices ou mauvaises meurs, les généreux faicts de leurs progéniteurs. Je vous ay encores oultre ce dédié ces deux anagrammes: LAMY RETIEN ou TIEN LA MIRE, qui contiennent les lettres de votre nom et surnom, saulf que la lettre H. n'y a sceu avoir lieu ; dont en choisissant le meilleur vous vous en pourrez servir quelque fois de signature au lieu de votre nom en quelque cas secret, et où ne vouldrez estre cogneu, comme je le fais souvent par le mien, qui est SPE DISCOLA VIN- CAM, usant de ceste mienne privauté avec mes plus familiers et intimes amys. Prenez le doncques en gré, et m'aymez comme je vous ayme. Priant le bon Dieu vous avoir. Monsieur, en sa saincte guarde et protection.

De Valladolid, ce 20 du mois de febvrier Tan 1602.

Votre bien humble et bien affectionné

serviteur et amy

Nicolas de Campis

dict BOURGOIGNE.

Après cette dédicace monumentale, l'auteur entre en matière ; il part de Tan logS, de la première croisade, « laquelle fut entreprinse à l'instigation de Pierre Lhermite, gentilhomme picard ». Celui-ci est lauteur de la race d'où descend en ligne directe Jehan, l'auteur des Mémoires que nous publions.

Usant d'une certaine érudition et d'une habileté incontestable, Deschamps fait l'historique de la croisade et surtout des hauts faits de Pierre,

qui, loin d'être le pauvre ermite légendaire, est qualifié ici de « Capitaine général de 54,000 hommes, Ambassadeur pour les Princes Chrestiens vers Corbaguth, Prince Persien, et Viceroy ou Gouverneur de Jérusalem ». Pendant son expédition en Orient, il s'empressa aussi d'acquérir « en ceste conqueste » une augmentation d'armes, en introduisant un » patenostre d'or » dans son écusson, en témoignage de l'invention qu'il avait faite du chapelet.

Avant son départ pour la Terre Sainte, Pierre avait épousé Béatrix de Roissy, dont il eut un fils, lequel, arrivé à l'âge d'homme, le rejoignit en Palestine, où il devint seigneur de Haab et Casembelle. Celui-ci eut trois fils : Baudouin, Eustache et Tancrède. Par Eustache se continue une lignée où les chevaliers fantastiques abondent pour atteindre, vers le i5« siècle, à une succession de Lhermites plus acceptables et se terminer par celui qui laissa ces Mémoires.

« Il est peu de généalogies, dit avec raison de ReifFenberg, qui soient dressées d'une manière aussi complète et qu'on ait tâché de rallier plus étroitement à l'histoire ».

Il serait oiseux de la résumer entièrement ici. Après la mort de Deschamps, un Simon Lhermite, cousin germain de notre Jehan, la reprend, la résume, y attache des documents divers et des branches collatérales. On peut se borner à dresser le petit arbre suivant qui plonge ses racines dans le xv« siècle, profondeur déjà respectable.

Messire Estienne Lhermite, Chev»" Seign. de la Fage, trépassé 1441.

Dame Catherine de la Croix, trépassée Tan 1448.

Symon Lhermite, seigneur de la Fage,

+ 1462. — Dame Helaine de Jaurieu

dite Watripont H- 1S05.

Martin Lhermite, Seig^* de Bettissart (i) 10 Marie de Maulde, 20 Catherine de Haz, 30 Isabeau de Merre.

De sa première femme, il eut une fille Marie, qui épousa Jehan de la Croix, châtelain de Leuze et un fils Simon qui continua les seigneurs de Bettissart. (Voir plus loin A.)

De sa troisième femme il eut :

Damoiselle Heylwich Lhermite qui épousa

Jehan de Virtal, seig^ de Termerre-lez-

Deynze, et

Thomas Lhermite qui épousa Marguerite Van Ranst, fille de Guillaume, seigneur de Borcht.

Ils eurent quatre enfants :

10 Messire Jehan Lhermite, Chevalier, (l'auteur de ces Mémoires). 20 Délie Marguerite Lhermite, qui épousa Gilles de Merre, Chevalier, jo Délie Anne Lhermite, qui épousa Charles de Merre. 40 Thomas, qui mourut jeune.

(i) Bettissart est «un village de la Comté de Haynaut, au district de la Chastellenie d'Ath, tenu en toute seigneurie de justice, haute, moyenne et basse, de la Pairie de Chiévres». Martin avait acquis

— xvin —

Simon Lhermite (A) seigneur de Bettissart, épousa Damoiselle Jenne de Spiytere, dite de Rosselaer, dame de Wachenem et de Laere.

Ils eurent huit enfants ;

lo Martin Lhermite, seig^ de Bettissart, ép. Marie de la Motte.

Ils eurent 7 enfants.

20 DcUc Isabeau Lhermite.

30 Nicolas Lhermite.

40 Deilc Jenne Lhermite.

$• D«iïe Anne Lhermite,

60 Ferry ou Frédéric Lhermite, qui ép. Anne van Bombergen. 70 DeUc Marie Lhermite.

80 Symon Lhermite.

De cette courte généalogie il résuite, en somme, que l'auteur de ce Passetemps appartenait à une famille fort présentable. Son père et son oncle semblent avoir été des hommes d'un certain mérite : ce qu'il nous en dit au commencement de ses mémoires est confirmé par leur biographie dans le recueil généalogique. Voici celle de Thomas, le père :

n Thomas Lhermite, fils de Martin, Seigneur de Bettissart et de demoiselle Isabeau de Merre, fust en sa jeunesse nourry et eslevé au quartier de Haynnaut, entre ses parents paternels. Et y fust fort bien instruit è& bonnes lettres, tant qu'il fut envoyé hanter le pays et fréquenter les Universitez de la France où, continuant le cours de

cette terre et l'avait fort augmentée. On voit dans le volume un dessin du château et de ses dépendances ; c'était un bien assez important, entouré d'eau. Plus tard, les bâtiments furent transformés en une ferme qui existe encore aujourd'hui.

ses études, print le degré de Licentié es loix. Et de là retournant au pays, print sa résidence en la ville d'Anvers auprès sa damoiselle mère, où il ne fut guères qu'il ne fust mis au magistrat de icelle ville,

» Il s allia à damoiselle Marguerite van Ranst, fille Guillaume, seigneur de Borcht et damoiselle Marguerite Vledincx. Et icelluy Guillaume estoit fils Messire Jehan van Ranst, chevalier, seigneur de Mortzel, Cantecroy, Edeghem et du dit Borcht, chambellan de très haute mémoire Maximilien d'Austrice, Empereur et Marcgrave d'Anvers. De laquelle il eut quatre enfants.

» Jehan Lhermite fut né le 18 febvrier i56o et estoient les parains Symon Lhermite, escuier, seigneur de Bettissart et Martin van Ranst, oncle paternel et maternel, et sa marraine damoiselle Marie de Merre, veufve feu Gillis van Brueseghem.

» Ledit Thomas fut assez bien parchonné et partagé de patrimoine, dont en devint en pleine jouyssance par le trespas de sa ditte dame mère. Et lors se sentant assez bien accommodé et avec moyen de pouvoir suyvre son estât et vivre privément, se déporta totalement des charges de la République, s'addonnant du tout à ses estats et deduycts de la chasse.

» Il eust une fort belle mayson de plaisance à Wyneghem, à deux petites lieues d'Anvers, qui fut bien une des plus belles qu'il n y avoit pour lors alentour de la ditte ville, grande, ample,

toutte bassicolée en eaue avec jardins de playsance et d arbres à fruict, dune structure royalle et admirable, en laquelle se tenoit le plus souvent jusque en l'an iSyg, que Alexandre Farnèse, duc de Parme et de Playsance, alors gouverneur, Capitaine Lieutenant Général du Pays-Bas pour le Roy y vint loger, et la jugeant forte et préjudiciable (si lennemy la vint à surprendre et fortifier davantage) au pays, à son département de là y feist boutter le feu et la rédigea en cendres, n'y demeurant que les murailles, qui fut une perte bien grande ; par où et plusieurs aultres malheurs survenans à ce pauvre pays, joint ce que tant en sa personne propre qu'en perte des biens il avoit souffert et enduré pour le service de Dieu, de son Roy et de sa patrie durant ce temps turbulent, et mesurément par la privation de l'exercice de la Religion et foy catholique dont il en estoit fort zéleux, se mélancolisa extrêmement et finablement il vint à achever ses jours le 2 de juing i58o, et fut enterré au grand chœur monsieur Saint-Jacques en la ditte ville d'Anvers soubs le mesme tombeau avec feu son frère Symon, seigneur de Bettissart. »

Cette analyse et ces extraits de la Généalogie font voir que celle-ci et le Passetemps se rattachent intimement l'un à l'autre. Le premier de ces livres nous dit la race glorieuse à laquelle notre Jehan croyait appartenir, très sincèrement, à laquelle il appartenait peut-être — car tout est

possible en fait de généalogie, — la seconde explique Thomme tel qu'il apparaît dans ses mémoires, doué d'une suffisance naïve, basée sur cette conviction intime qu'il a de devoir marcher sur les traces de ses illustres aïeux, en laissant, lui aussi, un renom : celui de gentilhomme dévoué à son Roi et d'historien loyal et véridique.

JENNE LHERMITE. — LES PATENTES DE NOBLESSE DE lÔSy.

Le deuxième « contact » que j'eus avec le nom de Lhermite eut lieu en 1887, lorsque je rédigeais l'article Le mariage des frères Rubens inséré au Bulletin- Rubens, Tome III, 145-188. Un certain docteur en médecine d'Anvers, Guillaume Verwilt, faisait depuis longtemps une cour assidue, en vue de mariage, à Marie de Moy, une des filles d'Henry de Moy, secrétaire de la ville. Le personnage était de conduite assez légère ; aussi n'obtenait-il, à ce qu'il semble, qu'un accueil peu empressé et dut-il recourir à de continuels subterfuges pour se remettre, soit avec la famille de Moy, soit avec la jeune fille. Cela dura quelques années, de 1604 à 1608. Parmi ces subterfuges, il eu est un qui pourrait être traité d'original, s'il ne fallait,

— XJUI —

avant cela, lui appliquer une qualification plus sévère. La jeune fille avait demeuré à Mons, chez les thermite de Bétissart et s'y était liée avec Mademoiselle Jenne Lhermite, avec qui, de retour à Anvers, elle entretint une correspondance. Or, à l'aide d'une servante de Jenne, Verwilt s'était procuré une lettre qui l'avait instruit de tout ce qui se passait entre les deux amies. L'idée lui vint alors de contrefaire l'écriture de cette lettre pour faire tenir à Mademoiselle de Moy un petit cœur dor, orné de devises, soi-disant envoyé par Mademoiselle Jenne. Comment ce cœur devait-il servir ses intérêts ? Cela ne ressort pas clairement des lettres qu'il écrivit à ce sujet à son ami Jacques de Bie, le graveur, qui devait l'aider dans cette folle équipée. Celle-ci n'eut pas lieu ; j'ignore pour quelle raison. Ces petites affaires se passaient à la fin de l'année 1606.

Bientôt après, Verwilt trouva, dans Philippe Rubens, un sérieux compétiteur à la main de Mademoiselle de Moy ; il essaya de divers moyens pour le désarçonner, mais en vain.

L'arrivée à Anvers de Pierre Paul Rubens, revenant d'Italie en décembre 1608, précipita les événements. Le 26 mars 1609, Philippe Rubens épousa l'amie de Jenne Lhermite et le 3 octobre suivant, Pierre-Paul s'unit à Isabelle Brant, fille de Claire, la sœur ainée de Marie de Moy.

Curieux de savoir quelle était cette Jenne Lhermite qui venait se mêler ainsi, quoique très

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indirectement, à la vie et ^ux relations des Rubens, je me rappelai le manuscrit dont je viens de traiter et regrettai de ne pas l'avoir sous les yeux. Mais j'eus recours aux grandes sources généalogiques de la Bibliothèque royale, et c'est alors que je mis la main, dans le fonds Goethals, sur une pièce dont un autre texte avait été déjà signalé par M. de Reiflenberg, (Bulletin de r Académie royale, Tome IV, i838. page 474.)

D'après celui de la Bibliothèque royale, copié d'un document existant aux Archives du Royaume, il conste qu^ le 19 novembre 1657, Jacques Lhermite, écuyer et maître de la Chambre des Comptes, à Bruxelles, obtint de Philippe IV, des lettres de chevalerie. Il est dit dans l'octroi que Jacques et son père Antoine, président du grand conseil de Malines, avaient pour père « de frèche mémoire feu Denis Lhermite, lequel en l'an 1 5g4, sentant les gens de l'armée navale de feu le Roy Philippe II mutinés, et retiré du port de Dunquerque avec ses navires de guerre, se seroit hazardé à les aller trouver par le commandement de feu l'archiduc Ernest et du comte de Fuentes pour tascher de les appaiser, en quoi il se seroit si dextrement employé, qu'après diverses conférences tenues avec eulx, il les auroit rangez en leur debvoir, par l'accord fait et conclu avec les dits mutinés, au grand

(i) M. Marchal a publié dans les Bulletins de l'Académie une longue notice sur ce Denis Lhermite et l'affaire de Dunkerque.

danger de sa vie en s'obligeant en son privé de leur fournir, ainsi qu'il aurait fait, la somme de Soo.ooo florins, combien que ce ne fust toutefois que la moitié de celle qu'ils prétendirent leur estre due, et ce sur la seule promesse dudit archiduc de la luy faire rembourser à l'arrivée des deniers d'Espaigne.... que de plus il auroit en diverses occasions au moyen de ses intelligences, non seulement procuré la relaxation d'un grand nombre d'officiers et soldats espaignols et autres subjets prisonniers en Hollande en les assistant des choses nécessaires pour leur aliment et rançon, mais aussi le royal service par des avis secrets et très importants qu'il auroit donné au dit Roy à grands frais de despens durant sa vie. Puis pour les services rendus par ses fils Jacques et Anthoine « joinct que passé là plusieurs siècles, ceulx de la mesme famille auroient esté successivement constitués en charges et dignités relevées, tant ecclésiastiques que séculières, notamment Pierre Lhermite, auteur de l'entreprise de la conqueste de la Terre saincte et conducteur des premières troupes chrétiennes qui, en l'an logS, passèrent outre mer à la dite conqueste ; Pierre Lhermite, gouverneur d'Antioche, Tancrède Lhermite, chevalier de l'ordre des Templiers, décédé l'an 1191 ; Haimeric Lhermite, patriarche d'Antioche, Albert Lhermite, évêque de Bethléem et patriarche de Jérusalem, l'an 1206 ; Guy Lhermite, son frère, chevalier de l'ordre de Saint-Jean et fondateur

de la cité d'Emile, en Chypre ; Renaut Lhermite, chevalier au service du ducq de Bourgogne, Tan 1295 ; Bauduin Lhermite audit service, Tan i3oo et Athis Lhermite, au même service l'an 1402 ; Louis Lhermite, maistre d'hostel de la duchesse de Bourgogne, Tan 1404; Jean Lhermite, eschanson du Ducq de Bourgogne, l'an 1412 et Cannart Lhermite, chevalier et chambellan dudit Ducq, l'an 1437. Pour ces causes... nous avons icelluy Jacques Lhermite faict et créé chevalier, etc. »

Les patentes analysées par M. de ReiflFenberg sont des patentes « de reconnaissance, confirmation et réhabilitation de noblesse, en tant que de besoin, « accordées par Philippe IV à Jacques et Anthoine Lhermite, accompagnées d'un crayon généalogique qui semble avoir été construit au moyen du manuscrit de De Campis. Les deux pièces concordent jusqu'à Tristan Lhermite, époux de dame Marie de Guesclin, qui fut tué à la bataille de Mons eh Puelle, l'an 1304. Celui-ci eut deux fils, Antoine d'où descend la branche des Lhermite de La Fage et de Bétissart, et Jacques, d'où proviennent les Lhermite de Chaumont, et les deux chevaliers Jacques et Antoine susdits. Dans la généalogie dressée par De Campis, la branche à laquelle appartenaient les impétrants n'est relevée que jusqu'à Denis Lhermite, seigneur de Chaumont, qui joua un rôle sous Charles VI, vers 1414.

C'est donc à eux qu'est due la suite du crayon

annexé à leurs patentes de noblesse. Ils étaient donc cousins au i5"^® degré avec Jehan Lhermite, lauteur du Passetemps.

Les documents relatifs à la branche des Lhermite Chaumont ne mayant point renseigné Tétat civil de cette Jennedont je me préoccupais, j'ai dû attendre la communication du travail de de De Campis pour y voir qu elle était probablement la fille de Martin Lhermite de Bétissart, fils de Simon, et par conséquent, petite cousine de notre Jehan.

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