‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit original (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · L'AMIE N'HERITE · texte numérisé non relu

L'AMIE N'HERITE

le voy que l'Amie on n' hérite Et qu'elle s'acquiert par travaulx ; Amour à elle nous incite, N'ayant qu'amour tous animaulx.

L'amie doibt en ceste manière Heureusement estre cherché, Et par diverse paine entière Renforcer plus l'amour trouvé.

Merveille amour faict sa façon, lectant son feu le plus de fois Totalement contre rayson, Entre travaulx comm' au verd bois.

^59' Aussi m'envoya les ensu3rvans verseletz, aussi mes-

langez de douze langues différentes, desquelles s'en sçavoit raysonnablement ayder, car les parloit et escrivoit aulcunement, hormis les Angloyse et Hongre, la nation desquelz il n'avoit guères hanté comme bien en avoit faict les autres, se déterminant chasque verselet en une des lettres du nom de Jean Lhermite, et la .substance d'iceulx en louange de ce nom de Joannes tant universel et commun par tout le monde, que pour estre aulcunement curieulx pour la diversité des langues, les ay bien voulu icy repeter.

Latin — Nomina mellifluo nunc cedite cuncta Joann I

Françoys — Jean est tel nom à cui pair il n*y a aultr £

Grec — Ioawrj<; eart ipiXos avBpojeojna aeovr A

Espaignol — Juan llamados ser los mas Reyes quisiero N

Italien — Giovanni sempre fu delli nomi il più be L

Aleman — Hans ist der irombste nahm un ter allen gewisc ... H Flameng — Jan heeft altyt gehadt boven allen namen de croon £

Zweede — Jenichs fro der stune Gudz nade a R

Pollacque — Jaj sawdy imiez bylnalepsy pierwy y poty M

Bohême — Jaczeck od Pana Boha imiem iest darowan I

Angloys — Joan you aier gentilnam by my facht and trach . . . T Hongre — Janus ouram iest korbafi lel (i) E

Il m'envoya aussi une mémoire de plusieurs secretz et

habilitez pour s'enpasser le temps, dont entre autres

furent les ensuyvans.

Habilitez pour Pour haulser de terre avec une seule paille ou estrain,

passer e temps. ^^ grand pot plain d'eau, encores qu'il fust de trois ou

quatre lots ; fault premièrement que le pot ait l'embouchure estroite, le col un peu long, et qu'il en soit ventru ; et alors faut prendre un estrain long et entier,

(i) Reproduit textuellement, de peur de déflorer par des corrections les beautés de ce polyglottisme par à-peu-près.

et le plyer en triangle et mestre les deux angles dedans 1591

le pot, mais qu'ils ne soient plus distantes que ledict pot ne soit large, et prenant en main les deux bouts dudict estrain qui demeureront hors dudict pot, sera fort aysé et bien asseuré le pouvoir haulser de terre, tout aussi hault que vouldrez.

Pour lyer quelqu'un avecq ung seul estrain ou foarre, Aultre. fault prendre uu estrain long et entier, et le mouiller un peu, afin qu'il devienne coriace, et lyer avecq icelluy les deux poulces les attachant à un clou fiché en la paroy aussi hault que possible sera, tellement qu'à paine la personne s'appuie avecq les piez contre terre, en ceste façon luy sera impossible s'en pouvoir défaire, ou délivrer.

Pour tyrer droict avecq un' arquebuze fault prendre Aultre. deux balles de plomb, et avec un cousteau les rasper un petit, ayant soing de ne toucher avecq la main icelle part, ni aussi la toucher avecq l'haleine, et les joindre ainsi ensemble l'une sur l'autre, les jectans dedans l'arquebuze et les y boutter fortemect dedans, tellement quelles y demeurent fort attachées ensemble, et par ce moyen se tirera merveilleusement droict. Et pour tyrer plusieuris fois dans un mesme trou, fault prendre une grande aisselle et la mettre en quelque jardin, cour, ou lieu ample et ouvert et depuis tyrer avecq un' arquebuze un coup, avecq balle de plomb des ordinaires un trou dedans ladicte aisselle, quoy faict, fault avoir à la main plusieurs autres balles fainctes, lesquelles se feront de quelque estoffe légère qui se desface incontinent, et se peindront de couleur de plomb, qui se fera le plus commodément avecq un lapis que les flamengs appellent potlooty et avecq ces dictes balles fainctes se tyrera tousjours

159Ï après le premier coup donné de celle de plomb (laquelle

aura faict le trou dans ladicte aisselle), présupposé que touttes cesdictes balles fainctes se defFeront incontinent en l'air, sans en faire aucun eflfect par où se pourra hardiment arguer et estriver que chasque coup qu'on aura tyré aura donné dedans le mesme trou, puis qu'on n'en trouvera nul autre en ladicte aisselle, ni aulcune marque alentour d'icelle ; mais fault bien prendre guarde que ces faulses balles n'en soyent descouvertes qui plus servira, jucmiditatis gratia^ que pour aultre chose. L'on peut aussi oindre l'embouchure du canon avecq un peu d'escume de limason, et la balle se brisera incontinent en sortant de l'arquebuse sans passer plus oultre. Aussi peult on tyrer chargeant l'arquebuze avecq de l'eau tant seulement, et sur icelle la balle sans y mestre aulcune pouldre, qui semble bien estrange. Il fault serrer la lumière de l'arquebuze, laquelle estant bien serrée, la charger avecque de l'eau pure et nette, et depuis la balle dessus bien serrée, de sorte que l'air ne peult entrer ni sortir, et après y boutter le feu dessoubz, tant que ladicte eau s'en vienne naturellement à bouillir, quoy faict deschargera l'arquebuze la susdicte balle, avecq telle force et violence que s'il y avoit une porte devant la transpasseroit toutte, chose bien apparente, mais touttesfois point conseillable de s'y addonner par trop, à cause du dangier qui y pourroit advenir, si ce n'est en des grandes pièces d'artillerie par lesquelles ' se pourra veoir l'expérience de loing, et non de près. L'on en faict aussi des balles creuses ou trouées, y mettant dedans un peu d'eau forte ou de celle de vie ou de mercure, lesquelles en touschant quelque chose hors de l'arquebuze, s'en fondent incontinent.

Des semblables curieusitez m'en donna une infinité que, pour conclure, diray encores icy Tensuyvante, qui est pout coupper avecq un cousteau la superficie d'une pièce de monnoye. Il fault prendre une pièce d'argent de huict, quatre, ou deux Réaulx la pièce, et la mettre sur deux doux un peu distans l'ung de l'autre, qui à cest eflfect se ficheront dedans la paroy, et mettre sur ladicte pièce de monnoye du soulfre pulvérisé, autant qu'on pourra, y mettant le feu dedans jusques à se consumer tout; quoy faict, réitirer le mesme y adjoustant certaine pouldre faicte de briques ou de tuiles entremeslée ensemble, la moictié de l'un et de l'autre, et y boutter aussi le feu dedans jusques à se consumer le tout. Et lors sera facil et bien aysé d'en coupper l'escorse ou la superficie avecq un cousteau, laquelle s'y trouvera à demi quictée ou fendue de la mesme pièce, et encores que l'on en quite la superficie, demeurerace néant moins la marque de l'effigie, ou des armes (qu'il y avoit auparavant) en l'une pièce (sçavoir est celle qu'appelions l'escorce ou superficie) et en l'autre (qui sera la principale qui en demeure), s'en pouvant servir de ceste industrie es occasions de plus grande importance, quand on se trouvasse quelque part enserré ou emprisonné, pour s'en sortir librement, quitant par ce mesme moyen les testes des doux des portes ou des serrures qui nous en fissent l'obstacle de sortir.

Le jour de la Tous-sainctz passé, partoit derechef Sa Majesté comme de coustume vers le Pardo, auquel venu, m'y feist grâce et mercède d'un secours de 200 ducatz, une fois, pour m'en ayder à nostre retour à Madrid qu'eulx appellent aytida de costa, qui fust la première que j'avois encores receu, durant que j'avois esté en

Aultre.

Le Roy part de l'Escurial vers le Pardo et de là vers Madrid.

Ayde de coste.

1592 son Royal service. Nous partismes de là sur le commen-

cement de Décembre vers le susdict Madrid, et le 3 de Febvrier 92, partist de là pour le Pays-Bas un mien Guillaume de cousin Guillaume Van Ranst, licencié es loix, qui avoit Ranst part d Es- çg^udié en Alcala quelque deux ou trois ans en théologie

paigne vers les

Pays-Bas. avecq subside de 130 ducatz par an que Sa Majesté luy

avoit consigné pour son estude, et outre ce, et avant s'en partir, Tavoit pourveu de 300 florins par an de pension sa vie durante sur Tabbaye de Vicoingne au pays de Haynault. Et dès lors commençoit on à parler du voyaige de Taraçona que Sa Majesté en brief debvoit faire, pour y aller appayser les mutineries et rebellions des Royaumes d'Aragon, Cathalone et Valence, qui n'aguères s'estoient révoltez sur certains diflFérens de leurs privilèges. Et alors me fist derechef Sa Majesté Ayde de costa. mercède d'autres 200 ducatz d'Ayde de coste pour aussi

m'en prévaloir, m'appercevant du nécessaire pour ce futur

Don du Prince voyaige. Et me donna Son Altèze du ser"* Prince un

un jo y courtaut. f^^^ ^^^^ p^^j^ courtaut de son escuyrie, qui n'aguères

luy avoit esté présenté par quelque grand personnaige, pour m'en ayder aussi en ce voyaige qui alors pour moy, en respect du peu de service que luy avoy faict, n'estoit chose de petite faveur et estime.

Le voyage de Nous sortions derechef de Madrid, mardy le 12 de Taraçona. ^^y y^^ susdict de 92, vers le Pardo et de là à Sainct

Laurent comme de coustume, où n'estions sitost arrivez que le susdict voyaige ne fust aussi tost publié, et quand et quand mis en exécution. Et après y avoir tenu sa dévotion le jour de la Saincte Pentecouste, s'y entrenant encores jusques après la feste du Sainct Sacrement, partismes de là peu à peu par le Campillo, une lieue, Guadarrama encores une autre, Ceracedilla, pied de la

montaingne, lieue et demie, où que prismes giste. Le lendemain à repaistre, à la Fuenfrida, qui est une mayson seule que Sa Majesté y a au plus hault de ladicte montaigne à mi-chemin, laquelle prend son nom de ceste mayson, ou bien la mayson de la montaigne, Tappellant communément le port de la Fuenfria. Continuant de là chemin vers une sienne mayson de playsance appellée Balsayn, située en une vallée au commencement du bois de Segovia, à deux petites lieuettes près de ladicte ville, s'y séjournant quelques peu de jours pour ce temps pendant donner loysir à ceulx de sa suyte, qui furent les gentilshommes de sa bouche et mayson, sa guarde des Archers de corps et les autres deux des hellebardiers AUemans et Espaignols qui luy vindrent rattaindre le mesme jour de son entrée en ladicte ville de Segovia. Ceste mayson est fort belle et playsante, tant pour sa belle situation que magnifique structure, faicte à la façon de celles de nostre pays, avecq tours, tourreites, chapiteaux et thoiz tous couverts de belles ardoyses, espacieuses chambres, galleries, courts et jardins, y passant tout tenant un petit ruysseau tout plain de fort bonnes et savoureuses truittes, et est le bois tout plain de pins fort haultz et espacieulx, sur lesquels on veoit en abondance sauteller de l'un à l'outre une infinité des petitz animaulx qu'appelions Boquez ou Escurieux, et eulx en leur vulgair ardas, o ardillas^ saultans par moyen d'une longue et large queue qu'elles ont (dont s'en servent comme d'une voyle) d'un pin à aultre, encores que de 20 ou 30 pies de distance, se maintenant du fruict desdicts pins, et s'y multiplians en grande abondance, d'aultant qu'il n'est permis à personne de les tuer, y ayant à cest effect une guarde de boys avecq ses sergeans qui

Balsa3m, Royale mayson de playsance.

Segovia.

Masquerade Encamisade.

ou

y sont continuellement, prennant soing desdictes bestelettes et aussi semblablement des cerfs, sangliers, lapins et toute autre chasse qu'il y en a une grande superfluiié. Il y avoit touschant le gouvernement de la mayson, un concherge, qui d'ordinaire ' (comme en touttes autres raaysons du Roy) sont de nostre nation flamengue^ s'appellant cestuy-cy Jaques Van Papenhoven, frère au premier barbier du Roy, Jehan de la Huerta alias Papenhoven, natifz de Louvain, marié à une honneste femme aussi âamengue, âlle d'un sien prédécesseur en office. En ccste mayson fust née la Ser"»* Infante Ysabeau Claire Eugénie, lundy le 12 d'aougst, passée la mi-nuit environ les douze heures et trois quarts, l'an 1566, et nous y fust monstre la chambre et propre lieu auquel ceste nativité se tist.

Nous partismes d'icy vers Segovia, Dimtnche le 7 de Juing, sur le soir, où Sa Majesté entra de nuict sans y estre receu en publicq jusques à entrer assez coyement en son royal palaySj et alloyent Sa Majesté et l'Infante en coche et le Prince à cheval, et après y rentrez, y furent faictz icelle nuict beaucoup de feux d'allegrie. Aussi les gentilshommes principaulx de la ville y firent une fort belle encamisade à leur façon de faire, à sçavoir en équipage de Morisques fort richement accoustrez, montez à la Ginette, un chascun un flambeau en main, courrant de deux en deux force carrières et les achevans avecq un exécrable cry, selon l'usaige d'iceulx Barbares, et pour faire leur sortie en bon ordre, se mirent tous en carracol, galoppant parmy icelle place du palays, chose assez belle et digne d'estre veue. Et cecy achevé, qui seroit desja bien tard, se retirarent Sa Majesté et Altèzes h leur repos, jusques au lendemain 8 ensuyvant.

qu'ils s'abbayssoient à veoir la nouvelle mayson de monnoye dont par après en diray quelque chose. Le 10 y fust ordonné par le magistrat une feste de torreaux, assez ordinaire en ces Royaumes, où il y avoit aulcuns gentilshommes à cheval parmy la place, avecq leurs lancettes au poing pour y faire quelque tour de galant homme et une infinité de monde à pied, courant après ces torreaux, lesquels pour n'estre de bonne grâce, ni y avoir eu succès extravagant digne de mémoire, me déporteray ceste fois de le particulariser d'avantaige. Le meilleur et plus digne qu'il y avoit de veoir estpient les eschaufaux, ou théâtres qu'il y avoit tout alentour de la place, si plains et bien fourniz de Dames, Gentilshommes et gens de toutte autre sorte, qu'impossible nous sembloit d'en pouvoir ramasser tant des gens ensemble. Le jour ensuyvant, feste de Sainct Bemabé, furent Sa Majesté et ses Altèzes oyr messe à la grande église et de là retournoient incontinent à leur palays.

Segovia est une ville fort ancienne, cognue au temps de Romains, appellée Sicobia. L'église Cathédrale est du temps des Empereurs Constantin et du Roy Wamba des Goths, laquelle pendant que les Catholiques y ont régné, à esté tousjours par eulx conservée, et est ceste ville l'une des i8 qui ont voiz es assemblées des Estatz du Royaume, qu'ils appellent Cortès. Sa situation est en une haulteur descouverte du costé de midy ; de celluy de levant y passe un ruysseau appelle Eresma, qui prend sa source depuis la montaigne de la Fuenfria, un peu plus hault que la susdicte Royale mayson^ en bas du rivaige duquel il y a une fort belle freschure de drèves de plusieurs sortes d'arbres, pour-

Jeu de torreaux.

Description de Segovia.

Eresma fl.

Mayson de monnoyé neufve qui se gouverne par des moulins à eaue.

Eglise Cathed.

menade de la noblesse, et aulcuns beaux monastères d'hommes et de femmes ; et si y a il en ce rivaige aulcuns moulins à en mouldre du grain, aussi à y faire du papier et à y batre le drap et autres semblables choses dont la ville en faict sa principale trafique. La nouvelle mayson de la monnoye y est aussi qui se gouverne toutte par eau, à sçavoir en forme de moulins, ou roues par lesquelles la monnoye, tant d'or, d'argent que du billon, s'y forge avec la plus grande facilité du monde. Invention fort estrange, envoyée à Sa Majesté par l'Archiducq Ferdinand, Comte de Tyrol, &■, où il y a un superintendant et plusieurs autres officiers et mainouvriers, la plus part d'eulx tous allemans, y envoyez semblablement dudict Archiducq, chose certes digne de veoir, y ayant encores, outre ce, une aultre vielle mayson de monnoye dedans la ville en laquelle la monnoye se bat et se forge à coups de marteaux, comme autrement on en souloit faire. La susdicte église cathédrale est située guères loing du grand marché, haulte, profonde et de fort belle ouvraige, et icelluy fort coustageux, mais point encores parachevée pour le peu de rente qu'en a la fabrique, et si n'est elle encores ordinaire, si ce n'est l'aulmosne que tous les ans, en un jour à ce signalé, contribuent à cest effect les plus notables de la ville et les confréries d'icelle ; avecq quoy, on la va parachevant peu à peu, laquelle estant parachevée en sa perfection, sera une des plus belles et mieulx troussées de toutte l'Espaigne, dont la tour en est aussi fort belle, haulte et de fort agréable veue. L'évesque de cest évesché a de Rente environ 16 mille ducatz par an. Il y a un doyen, archidoyens de Segovia, Cuellar et Sepulveda, lieux resortans soubz leur juris-

diction, archiprestre, prieur, maistre d'escole et chantre, qui sont touttes dignitez principales et membres du chapitre, et oultre ce, 32 chanoynes et chapellains qu'ils appellent Racioneros, Icy est enterré le président Cobarubias, évesque qui fust de ceste église, grand jurisconsulte. L'épitaphe duquel est l'ensuyvant : Dlustrissimus D. D. Didacus Cobarubias a Leyva, Prseses Hispaniarum sub Philippo II, huius sanctae ecclesiae Segobiensis episcopus, hic situs est. Obyt quinto Kalendas octobris anno Domini 1577, setatis suae 66.

Icy trouvay Don Antonio del Valle (frère de Conrart qui m'avoit esté condisciple d'escole soubz maistre Anthoine Helius, natifz d'Anvers, encores que d'extraction paternelle espaignole)^ qui y résidoit jouyssant du fruict et revenu d'une sienne chapellainie que ses prédécesseurs y avoient tundée en la chapelle de Sainct Colome en ladicte église, valissante au pied de mille escus par an, gentilhomme de fort bonne conversation et qui nous y fist à tous beaucoup de caresse et amitié. Toutte la ville est repartie en 23 paroiches, et si y a il unze monastères d'hommes et sept de femmes, de diverses ordres et habitz entre lesquelz sont renommez en saincteté et dévotion celluy du Parral, dé Tordre de Sainct Jérôme, embas du susdict rivaige, et y joinct celluy de Saincta Cruz, de l'ordre de Sainct Dominique où ledict Sainct a vescu et fréquenté en vie, et où nous fust monstre de soubz terre, en une petite vossure, le lieu de sa pénitence dont les taschettes de son sang (vrayes marques de sa saincte vie) s'y voyent encores en grandissime révérence es mesmes paroys dudict lieu. Et aussi le monastère de Sainct Anton le Royal, qui est de nonnains de l'ordre de Saincte Clare, lieux fort

Sépulture.

Don Antonio dej VaUe.

XXIII parroiches.

XI monastères.

1592 dévotz pour les grandes reliques qu'il y a partout, et

fort playsants pour les jardinaiges et freschures de leur

Hospitaux III. situation. Il y a aussi trois hospitaulx principaulx, avecq

leur corps d'église en laquelle repose le Sainci Sacrement, outre encores plusieurs autres. Touchant le

Magistrat. magistrat : ont pour chef leur Corregidor que nous

appelions Bourgmaistre, y mis de par Sa Majesté, lequel est chef de leur assemblée qui consiste en plusieurs Regidores y jurados, que nous disons eschevins et jurez, selon Tusaige qui s'observe par toute l'Espaigne, lesquelz sont à vie, pourveuz par Sa Majesté, soit par don, achapt ou vente. La mayson de leur assemblée n'est guères de considération, encores qu'au mellieur du grand marché. Le Palays Royal, qu'eulx appellent cl

PalaysRoya dîct Alcd^ar Real, est assiz au costé de septentrion de ladicte

^^^^' ville, au plus hault d'icelle, environné tout alentour des

fossez très profundz, y entrant par un pont du costé de la ville, lequel pour estre faict de bois et pour la longueur du temps à demy pourry ; aussi pour le grand poix et traveil souffert le temps que Sa Majesté y estoit, une heure ou deux après Sa Majesté, ses Altèzes et Le pont s'enfonce, ceulx de sa suyte sortyz, s'enfonça tout en un instant

sans qu'âme vivante y tomba, un cas assez fortuit et de très bonne fortune pour tous ceulx qui peu auparavant y avoient passé. Ce palays funda le Roy Don Enrique el quarto et Sa Majesté moderne Ta réédifié fort richement et y faict de fort belles pièces, sales et autres commoditez pour y loger leurs personnes, dont n'estoit encores le tout parachevé Le tout couvert d'ardoyses, avecq plusieurs belles tours, le frontispice à l'antique, avecq un petit terreplein dessus la porte, auquel y avoir aulcunes belles pièces d'artillerie de canons renforcez

et de toute autre sorte. Et un jour que Sa Majesté et Altèzes y moqtoient, firent descharger toutes les pièces, chose inopinée et assez nouvelle pour ceulx de la ville qui à paine ne sçavoient ce qu'estoit coup d'artillerie, et fist aussi mestre un blancq hors' de h ville après lequel se tyrarent trois ou quatre coups, mais nulluy y donna dedans, ni à beaucoup près, faulte des canoniers, qui ne s'estoient guères exercité en çest art. Il y a en ce palays une sale grande, ample et haulte qu'ils appellent la Royalle, pour y estre miz tout alentour à l'haulteur de douze ou quatorze pies, tous les Roys de Castille comme cy après s'ensuyt.

Page 1