EN FIEL ESTADO PVRIDAD
Je trouvay aussi du mesme en la chambre de Sa Majesté un arbre contenant les Généalogies des Roys de Oviedo, Léon, Castille, d'Aragon, Navarre et Portugal ; tous par ligne droicte et collatérale jusques à cestuy nostre présent roy, rédigé et recopilé par son chroniste Garibay, et par Sa Majesté approuvé
Cest arbre de généalogie en la forme qu'il y va miz le tiens pour fort autentique et véritable, car Sa Majesté mesme l'avoit ainsi approuvé (i).
Le 8 de septembre de ceste présente année 96, print le jeusne Prince à soy la signature des Royalles despesches, et ce par ordre et consentement de son Père, y mettant dessoubs : yo El Principe^ et plus bas signoit le secrétaire : Por mandado de Su Mag^ y Alte:(a en su nombre, et en ceste conformité signoit S. A. de là en avant touttes les despesches, céduUes et patentes que le Roy mesmes souloit despescher. La première signature que S. A. fist, fust d'une librance ou descharge de mille escus à payer par ceulx du conseil de haTjenda, qui sont les finances, au grand aulmonier du Roy pour les repartir aux pauvres, donnant à Dieu les prémices de ses actions.
Le 3 de novembre, sortoit Sa Majesté d'icy vers le Campillo, et s'y tenoit quelques trois sepmaines ; nous y estions tous fort mal logez, à cause que n'aguères
Anagrammes.
Généalogies des roys d*Espaingne.
Le prince obtient de Sa Majesté la signature des despesches.
Le prince signe uneceduUedeiooo escus pour les pauvres.
Sa Majesté part de Sainct Laurent vers Campillo.
(i) Nous avons jugé inutile de reproduire cet arbre, qui se développe sur 16 pages et n'offre rien de particulier.
L'autheur bastit maysonnette au Campillo.
ce lieu avoit esté du tout dépeuplé par ordre et commandement de Sa Majesté, qui ne voulut souffrir qu'il y eust aulcune communaulté depuis qu'il en eust prins la possession, rachaptant touttes les maysons et demeures des laboureurs, et aussi semblablement leurs terres, et les applica à son service ; mais estoient icelles maysons tant caduques et désolées qu'encores que tout fraischement réparées, impossible fust de les pouvoir inhabiter, s'il ne fust en grand hazard d'en tomber malade. Et comme il y avoit petit logis pour bien commodément loger un si grand nombre de serviteurs, et qu'à ceulx de mon office n'avoit esté signalée qu'une petite maysonnette bien près du palays, et icelle basse, humide et nullement bastante pour nous tous, me déterminay, à l'exemple et imitation de quelques autres, d'y en bastir une là tout près, attendu l'abondance des matériaulx qu'il y avoit sur la place et la commodité des manouvriers qui s'y alloient vagabons, restez des réparations d'icelles maysons et enclosure de ce terroir, l'ayant circonféré tout alentour avecq des grandes murailles faictes à la légière, sçavoir est pierre sur pierre, bien coUoquée sans de la chaux, ni autre massonnerie quelconque. Et estoient ceulx cy de leur nation Portugallois, gens laboureurs tous d'une mesme commarque, qui ont pour coustume, pendant que leurs bledz sont moissonnez, ou bien desja semmez et en croissance, de se transporter tous ensemble aux contrées plus circonvoysines de la à y gaingner quelque pièce de pain, car n'ont alors rien à faire en leurs maysons, et comme ils sont fort sobres et eschars, se sustentans de pain, eaue, et un peu du fruict tant seulement, ne laissent d'espargner et ramasser bien bonne somme, principale-
ment les maistres-ouvriers qui prennent à leur charge ^S9^
les mesmes ouvraiges du Roy, à un tel pris qu'ils peuvent accorder par ensemble. A un de ceuk cy enchargeay la besoingne de ma maysonnette, et le donnay (si bien me souvient) six reaulx par jour, y traveillant à sept ou huict hommes. L'hèritaige ne me cousta rien, car estoit le tout en bénéfice du mesme fond qui estoit de Sa Majesté, et sçachant que Sa Majesté en gousteroit (comme il avoit faict des aultres qui y avoient basty), encommenceay cest œuvre sans son préallable congé, mais comme rien ne luy peult demeurer celé, ne fallut qui luy en donna pan. Et comme il le sçeut, s'en souryoit et la première fois qu'il me veist me demanda s'il estoit vray ce qu'on luy avoit dict de moy, je dis qu'ouy et à ses mines ne peulx conjecturer aultre, sinon qu'il s'en estoit grandement resjouy : car en fin semble que cecy estoit une symbolisation avecq son humeur qui n'estoit inclinée à aultre qu'à la fabrique (comme les œuvres en ont bien tesmoingné), et comme toutte sympatie est naturellement aggréable aux hommes, s'inclina incontinent de m'en faire favoriser, et discourrans un petit sur la trace et plan de ma fabrique (encores que de peu de considération, car tel estoit son goust) et considérant qu'elle ne se pourroit achever sans grand coustage, me fist secourrir avecq tout le bois, doux, thuyles et autres matériaulx que j'avois de besoing, jusques à la mettre en parfection, et encores depuis, ne sçay par quelle occasion, commanda que le maistreouvrier qui n'avoit faict que haulser les quattre murailles et la mettre en sa quarrure, et les autres comme charpentiers et massons qui y besoingnarent depuis, fussent payez de l'argent de la fabrique du monastère de Sainct
Monasterios.
Belle drève d'ormeaux.
Laurent, tellement que quasi le tout se fist sans mes despens, et m'y trouvay mélioré de demeure pour touttes et quantes fois qu'y debvions retourner. Laquelle maysonnette y est, et demeurera tant qu'elle dure soubs mon nom, encores que mes enfans (si Dieu m'en donne) n'en hériteront la seule maille ; elle est assise tout joinct la vielle mayson de mes compaingnions du costé de septentrion du Palays, dessoubs quelques arbres meuriers qu'il y a là tous près, sur le chemin de Guadarrama, et est une des meilleures qu'il en y a auclict villaîge, avecq estable et cheminée et toutte autre commodité. Sa Majesté s'y tenoit quelque peu de jours et comme pendant iceulx il y en avoit aulcuns beaux, clairs et serains, ne laissoit d'en sortir aulcune fois hors aux champs, dont entre aultres fuse une après-disnée promener vers un autre petit hameau qu'il y avoit là tout près, dict Monasterios, lequel avoit esté au Ducq ' de Maqueda, mais maintenant estoit de Sa Majesté, l'ayant eu dudict Ducq avecq ce bien du Campillo en contrechange de quelques autres villaiges qu'il l'avoir donné en Aragon, comme dict est, et y avoit une raysonnable mayson de playsance laquelle alors s'y réparoit, et avoit desja faict planter depuis le chasteau dudict Campillo jusques à ladicte mayson une très belle et très longue drève d'ormeaux, droicte comme une ligne, et le chemin uny comme la main, longue plus de trois quans de lieue, chose très admirable de veoir, et encores bien incroyable combien que ce plantaige et applanissement du chemin aura cousté ; car pour planter ces arbres en sa droicte ligne, aussi pour applanir la terre, l'a fallu fouir et en tyrer dehors plusieurs grosses pierres, qui sans les briser à force de bras en mille pièces n'avoit
moyen de s'en prévaloir, et croy qu'il y en a eu, qui ^59^
(pour les quitter) auront cousté plus de cincq cens escus, tellement qu'à ce compte aura cousté ceste drève une infinité d'argent. Sa Majesté alloit parmy la mayson et Tesglise, qui est là tout près, et trouva en icelle un vieu tapis que les grans seigneurs sont accoustumé de taire mettre sur les mulets de charge au temps qu'ils voyaigent, et ceulx cy appellent les Espaingnols repostero de armas. Auquel tapis estoient du mesme celles d'un chevallier de l'ordre, que Sa Majesté dict estre de la mayson de Melun, mais s'en doubtant, et très curieux de sçavoir semblables choses, et ne pouvant penser d'où ni comment ce repostero y seroit venu, n'ayant persone du lieu qui en peult avoir la souvenance, m'y envoya le lendemain à le recognoistre, et ne sçachant aussi de qui ces armes pourroient estre, sçavoir est : le champ d'azur, a un chevron d'or, au timbre une licorne, et le collier de l'ordre de la thoyson d'or alentour de l'escu, avecq une devise qui dict : POVR A JAMAIS, me commanda que je les eusse à tyrer dehors le mieulx que possible me seroit et m'enquester de son Roy d'armes, Nicolas Deschamps, alias de CampiSy de qui elles pourroient estre ; ce que je fis, et le tout par luy examiné me respondit l'ensuyvant : « Las armas del repostero viejo que esta en la yglesia de Monasterios, el quai v. m. (como me escrive) fue, por mandado de Su Mag** a reconoscer, y queda Su Mag** desseoso de saber cuyas son, por el blason y traça délias que v. m. me ha ymbiado, mediante el libro de la orden de Su Mag** que me ha mostrado Antonio Voto, su guardajoyas, he hallado que son de Messire Laurens de Gorevod, Baron Laurens de Corde Marnay, Gouverneur de Bresse, el quai reçibiô la
revod.
159^ orden en el capitule i8, y primero que la tuvo la
Mag** Emperial de Carlos V, de gloriosa memoria, que fue en la yglesia de S** Gudula en su villa de Bruselas, en él anno de 15 16, por el mes de octubre. De dezir agora, como y quando si ha traydo el decho Repostero a estas partes, paresceme ser mas de conjectura que de sciencia, y lo que mas camino puede llevar séria, que quando el hermano del Duque de Saboya, que esta enterrado en S. Jheroninio de Madrid, estuvo en esta corte el decho cavallero ubiesse venido ô por su ayo, ô para hazerle compania, quanto mas siendo natural de aquella provincia. Las armas de la casa de Melun, aquien Su Mag"* attrybuya esta, son de azul, a siete besans de oro 3.3.1. y el chef de la mismo. » Jusques icy est le discours dudict Roy d'armes, lequel communiqué à Sa Majesté, en demeura très satisfaict, et comme De Nicolas de cedict Nicolas des Champs estoit homme très curieulx Campis, Roy d ar- ^^ f^^^^ j^ blason des armes et en tout aultre chose qui
mes de Sa Majesté - . , . . , . . .
dict Brabant. ^"^^ "^ ^^ protession, aussi que longtemps avions traicté
amitié par ensemble, et qu'aussi du mesme sçavoit que j'estois très désireulx de tousjours apprendre, et que Tescu des susdictes armes que luy avoys envoyé n'avoit esté par moy bien formé, ni depeinct selon l'art et science de ceste profession, me fist Tamitié de m'envoyer instruction et manière de former un escu bien proportionné, dont luy en remerciay.
Le 14 de novembre présent mois, un jour fort clair Sa Majesté monte et serain, print envie à Sa Majesté de monter au plus
en coche au plus j^^^j^ j^^ montaignes de là tout près, ausquelles en trois hault des montai- .., . . . r • 1 • j
gnes d'alentour du différens endroicts avoit faict planter trois grandes et Campillo. haultes croix, et encores que l'accès en estoit très aspre,
avoit commandé quelques jours auparavant que l'on y
eust à dresser le chemin en telle sorte que bien ayséement Ton y peult monter en coche ; quoi faict, y monta ce jourd'huy là avecq Ses Altèzes, dames, gentilshommes et tout leur train, et y fust assiz au plus hault d'icelles tout tenant icelle croix et y firent collation tout à leur ayse, descouvrans de là la plus belle campaingne du monde, et en spécial tout le terroir y circonvoysin, qui fust celluy du monastère de Sainct Laurent, la Fresnera, Campillo y Monasterios, et ne se peult ymaginer combien perfaictement se descouvroit toute la fabrique dudict Sainct Laurent, ni plus ni moins comme si Ton eust veue en paincture. Geste croix, comme aussi les autres, estoit faicte de bois couverte de lames de fer, pour se conserver des pluyes, dedans lesquelles lames je gravoys mon nom avecq la pointe d'un poinçon que j'avoy sur mon espée et la date du jour, mois et Fan en ceste forme : i 5yy96, qui veult dire 1596 le 14* jour de Tunziesme mois; qui est celluy de novembre. Quoy faict nous abayssions tous vers ledict Campillo, et quelques peu de jours après, sortions de là vers le Pardo, où arrivasmes le 20 ensuyvant, où le 25 depuis arriva le Marquis de Dénia, qui avoit esté envoyé pour viceroy de Valence, comme cy devant a esté dict, et fust très bien receu de TAltèze du Prince, de qui il estoit très bien voulu, comme aussi du mesme d'un chascun, car estoit seigneur fort débonnaire envers tous, et en particulier sçavoit merveilleusement bien chérir ceulx ausquels ce prince regardoit de fort bon œil. Et en apporta à plusieurs d'iceulx aulcuns présens dont n'estoys des oubliez, car m'apporta une fort bonne pièce de certaine toyle qui vient de la Barbarie, qui se dict Alborno:^, fort propre contre la pluye, et estoit icelle toutte blanche
Sa Majesté part du Campillo et arrive au Pardo, et le marquis de Dénia y arrive.
L'autheur reçoit un présent du marquis de Dénia.
'59^ de quatre ou cinq aulnes de long, laquelle je feiz teindre
de couleur bleuastre et en fiz faire un walendran pour
m'en servir de chemin, dont me trouvay bien content
et honoré.
Sa Majesté part Sa Majesté s'y détint quelques jours jusques après
vers a n . celluy de la Sainct Andrieu passé, et partist de là le
3 décembre 96 vers Madrid.