‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit originalChapitre 2 sur 58 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

'apparition de ce second volume a subi un assez long retard, sur les causes duquel nous tenons à édifier le lecteur.

Le premier volume avait paru, lorsque mourut M. Ch. Ruelens, Térudit et regretté conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique, qui lavait fait précéder d'une introduction magistrale, remplie de détails circonstanciés sur Jean Lhermite, sur sa famille, sur son ouvrage. M. Emile Ouverleaux reprit la tâche interrompue par la mort de M. Ruelens et entreprit la publication du deuxième volume, qu'il poursuivit jusqu'à la p. 208. Des raisons d'ordre privé l'empêchèrent de couronner l'œuvre qu il avait abordée avec toutes les ressources d'une érudition sûre et consciencieuse, et elle fut remise à des mains nouvelles qui ne recueillirent pas sans appréhension une succession qui s'était ouverte sous de si brillants auspices. Il restait peu de chose à ajouter à Tintroduction de M. Ruelens et ces additions sont en grande partie le fruit des recherches personnelles de M. Ouverleaux.

On a jugé qu'un ouvrage, où sont disséminés tant de petits faits variés et de noms de personnages plus ou moins en vue, ne pouvait se passer d'une table, qu'on s'est appliqué à faire aussi complète que possible.

On suit la trace du manuscrit de Lhermite jusqu'en 1826, qu'il fut acheté par sir Thomas Phillipps à la vente de Musschenbroeck. Nous ne savons pas si ce dernier amateur le tenait du libraire Collaert, de Bruxelles, qui, vers 181 5, l'annonçait dans un catalogue d'une collection de manuscrits qui devaient être vendus en détail s'il ne se trouvait pas d'acquéreur pour la totalité : il y portait le N'^ 14 et la notice collée sur la garde du Codex a été coupée dans ce même catalogue.

M. Ruelens a retracé la généalogie de Lhermite et donné quelques renseignements biographiques sur Jean jusqu'après son retour, en 1602, à Anvers, mais il n avait rien trouvé audelà de i6o5. M. Fernand Donnet a été plus heureux : dans son livre, nourri d'érudition et de faits, Pierre tHermite et la famille Lhermite d Anvers (Anvers, V^ De Backer, 1893, in-80), il a rassemblé un nombre considérable de docaments et de renseignements concernant cette famille, notamment sur Jean et son séjour à Anvers, ville que ce dernier quitta de nouveau vers 1617, pour retourner en Espagne, où il mourut cinq ans plus tard, en 1622. Cette dernière date nous est donnée par M. Hachez,

d'après les Généalogies de Laisné (manuscrit de la bibliothèque de Mons), dans une notice postérieure à celle de M. Donnet, intitulée : Séjours de Jehan Lhermite à Mons et au château de Bettissart, à Ormeignies, en i586 et 1602 (t. XXIV des Annales du Cercle archéologique de Mons, iSgS, pp. ii3-i38). Il va de soi que la fabuleuse descendance de Pierre Lhermite est, dans toutes ces études, réduite à sa juste valeur.

Nous avons eu la curiosité de rapprocher le Passetemps des deux relations de voyages écrites par Henri Cock (voir I 209, n.). Celle de 1584 na aucun rapport avec Tœuvre de Jean Lhermite ; l'autre, au contraire, nous a fourni de piquantes révélations. Il est à remarquer que Lhermite n'a touché qu'un mot en passant de son quasi compatriote (I 86), pour citer une description de T Espagne dont le manuscrit, resté inédit, paraît assez difficile à identifier avec ceux que possède la bibliothèque de Madrid et notamment le poème latin (M. 26) Hispania heroicè descripta. En disant (I 209, n.) que les deux relations sont presque textuellement semblables, M. Ruelens est resté fort en deçà de la vérité ; le texte de Lhermite est la traduction servile de celui de Cock pour tout le voyage de Madrid à Tarazona en 1592, cest à dire de la p. 126 à la p. 207 du vol. I ; seulement Cock, lettré un peu sceptique et soldat, ne ménage pas son franc-parler quand il s agit des jésuites en-

vahissants, des dames galantes et des magistrats avaricieux; Lhermite,quia pris des airs d'homme de cour, atténue soigneusement ces boutades incongrues ; on en a un joli trait, entre autres, dans le passage suivant, relatif à Palencia ; à la p. 38 de la Jornada, Cock dit : « La » ville est administrée au nom du roi par un j» magistrat assisté de conseillers ou de jurés qui » gouvernent en accaparant tout pour eux aux » dépens du pauvre monde ; c'est d'ailleurs la y* coutume générale en Espagne ; ces magistrats ^ qui ont acheté leurs charges à beaux deniers, « pour satisfaire leur gloriole, ne cherchent qu'à » se rattraper petit à petit sur la chose publique, » jusqu'à ce qu'ils soient rentrés dans leurs '^ avances. » Lhermite n'a garde de tenir de pareils propos ; il y substitue cette platitude peu compromettante : « Le magistrat de cette ville » se conduit en la même façon qu'es autres de » ce royaume. » (I p. 164). Ailleurs il supprime simplement la phrase qui l'offusque.

Mais il y a plus singulier que tout cela, et c'est au Prologue de Cock que nous empruntons les prémisses d'une conjecture dont nous laissons au lecteur à tirer la conclusion. « J'ai -> dû, dit-il, refaire entièrement ma rédaction « sur les brouillons que j'en avois écrits au jour » le jour et que j'avois par bonheur conservés. « J'en avois bien fait une mise au net, mais elle »» a été égarée par des amis qui me l'avoient r empruntée et ne me l'ont jamais rendue. »

Cette copie perdue et le texte si bien utilisé par Lhermite feraient-ils deux? Il est permis d'en douter.

Celui-ci a d'ailleurs traité avec le même sansgêne Juan de Herrera, qui fut l'architecte de l'Escurial après la mort (iSôy) de Juan Bautista de Toledo.

Ceci nous fournit l'occasion d'entrer dans quelques particularités intéressantes au sujet de la description de l'Escurial. Les planches 7, 8, 9, 10 et 11, qui accompagnent notre volume, sont des reproductions de dessins à la plume copiés en réduction, par Jean Lhermite, sur des gravures de Pierre Perret. Ces dernières font partie d'un recueil de onze planches, exécutées d'après les dessins de Juan de Herrera. Celui-ci publia lui-même, en iSSg, à Madrid, une explication de ces onze planches, en un livret petit in-8°, intitulé : Sumario y brève declaracion delos disehos y estampas de la Fabrica de San Lorencio el Real del Escurial. Sacado a lu{ por Juan de Herrera, architecto gênerai de su Majestad, y Aposentador de su Real Palacio, En Madrid, por la viuda de Alonso Gomez..., aîio de 1589. C'est un des volumes les plus rares de la bibliographie espagnole.

Les légendes que nous donnons en regard des planches 8 et 9 sont des traductions, faites par Jehan Lhermite, des deux premières légendes qui se trouvent dans le livret de Juan de Herrera,

mais Jean Lhermite en a écourté plusieurs articles et en a ajouté quelques autres.

Signalons encore le Mémoire de Jean Lhermite sur les lames d'épées espagnoles (II 295 et s.) ; il renferme de précieuses indications et quelques marques diflFérentes de celles qu'on trouve dans les appendices du Benvenuto Cel- Uni de Eugène Plon, dans ÏArmeria real de JuBiNAL, dans les Guides de Demmin, etc.

Ajoutons que le premier des poèmes latins de Michel vander Haghen, imprimé ici p. 94, est gravé au bas d'une édition publiée en 1591 par Abraham Ortelius(-4^. Ortelius evulgabat i5g\) d'une des gravures de Pierre Perret, celle qui est intitulée Scénographie totius fabricœ 5. Laurentii in Escoriali et qui est reproduite, d'après le dessin de Jehan Lhermite, planche 7 de la présente publication. Il existe encore une édition postérieure de cette gravure, avec le même poème, sans la mention d'Ortelius, mais avec celle de C Visscher excudebat I. V.D.F.

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cy (i) sejournasmes quelque trois au quatre mois, sans qu'il y eust chose de mémoire, Sa Majesté y tomba malade, et à paine ne se peult refaire, tant persécuté se trouvoit-il de ses gouttes, et comme de5-ia tout vieu, et par trop de débilité de ce mal, print en luy autant de puissance que de soy mesme, luy vindrent aucunes ouvertures aux doigts de la main droicte par lesquelles sortoit un matière dure et blanchastre comme une espèce de la croye, que les médecins disent être le vray humeur de la goutte, et ayant longuement esté malade au lict de ce mal et se trouvant aulcunement mieulx, sortoit d'icy le 2. de May 97. vers le Pardo, et de là au Campillo, où nous fallut arrester quelque jours à cause d'une recheute qu'il y eust de sondict mal, et sur la fin dudict mois, passimes oultre vers le monastère de Sainct Laurent, auquel n'estions quasi venu, que bientost après il ne retomba derechef au lict malade, tellement que faysions nostre compte qu'en beaucoup de temps après, ne sortirions de là, quoy présupposé, et me voyant destitué de toutte bonne conversation, pour le parciment de la court d'aulcuns

Sa Majesté part

vers le Pardo et au

Campillo et de là

vers Sainct Laurent.

(i) A Madrid.

Description de la fabrique du monastère de Sainct Laurent le Royal pre2 de TEscurial.

Premier motif du Roy pour avoir faict ceste fabrique.

mes amys gentilz hommes de nostre patrie, et que ne sçavoys que faire pour m'en passer le temps (bien est vray que ne desistoys de mon service ordinaife, et particulièrement d'assister en la chambre du jeusne prince qui m'y appelloit souvent, tant pour la continuation de la langue fraoçoyse, comme pour y toucher les violes et chanter la musique, que desia long temps avions continué, et en quoy se delectoit grandement, et les touchoit si dextrenient que nul autre des nostres le surpassoit), m'avisay que feroys bien de coucher un peu par escrit le remas des choses rares et curieuses que j'avoys faict les ans passez de la tant admirable, sumptueuse et superbe fabrique de ce monastère, et de laquelle par cy devant avoys promis d'en dire merveilles, dont le subiect en seroit bien tel, mais point secondé de ma tendre et stérile plume ; enfin recopilant le peu que j'ay sceu obtenir des uns et des autres et aussi ce qu'oculairement y ay veu et annoté, donneray peult estre aulcune satisfaction au curieux lecteur, — Frère Martin de Villanueva, ung des plus reverens pères de ce monastère, comme aussi frère Juseppe de Siguença, hommes doctes, scavans et fort curieulx des choses mémorables, me donnarent lumière d'aulcunes y advenues doiz le commencement de ceste fabrique, et avant qu'y fuz arrivé, qui fust doiz l'an 88., lors qu'y trouvay tout cest edefice érigé et quasi de tout parachevé, et parce que l'on parle différemment touchant le premier motif que Sa Majesté pourroit avoir eu d'y édifier ceste machine, m'enquestay en premier lieu fort curieusement quelle pourroit avoir esté la vraye cause, laquelle m'asseurarent (selon Sa Majesté mesme les leur avoit autrefois confirmé) n'avoit esté autre que la seule obligation que sa

dicte Majesté avoit de satisfaire à la dernière volunté de ^597

feu son père, de très haulte mémoire Charles le V., qui après avoir faict en luy le transport de tous ses biens, estatz et royaulmes, et se retiré au monastère de Sainct Jherome de Juste, auquel sien cobdicile, qu'après son trespas son filz auroit à dresser pour luy et sa femme rimperatrice, une sépulture telle, et en tel lieu comme bon luy sembleroit, le luy laissant tout enthierement à son choix, tellement que pour s'acquiter de cestuy sien debvoir, et pour la décence de deux si grans personnaiges ses progeniteurs, se détermina d'en faire un monastère pour leur enterrement et jointement pour le sien, ses femmes, enfans, frères, sœurs et tous autres apparantéz de son royal sang, et qu'icelluy seroit de Tordre de Sainct Jherome, soubz l'invocation du bienheureux et glorieux Sainct Laurent martyr, auquel déz longtemps auparavant avoit porté très singulière dévotion, pour certaine victoire obtenue un jour de sa festivité, et après que long temps et partout l'on eust cherché lieu propre et commode pour l'édifier, fust prins diffinitîve resolution que ce monastère se feroit tout tenant un petit village dict Escurial, de la jurisdiction et diocèse Escurial petit vilde Segove, au pied de la montaingne, qui divise la ^ * vielle Castille de la neufve, tant pour l'abondance de tous materiaulx, qui s'y trouvoîent en la place, que pour l'abondance d'eau et la bonne température d'air qu'il y avoit pour la conservation de la santé des hommes et en especial le temps d'esté, et estant cecy ainsi miz en resolution, ne fallut que d'y en donner le commencement. Qiioy suivant, partist Sa Majesté de Madrid, le 20. de Mars 1562., vers un monastère dict de Gisando, aussi de la mesme ordre, auquel se détint quelques peu

1597 de jours y tenant ses sainctes pasques, et en partant de

là, arriva au susdict lieu de TEscurial, le 28. dudict mois, y amenant quand et soy trois religieux du mesme couvent, l'un pour vicaire appelle fray Juan de Colmenar, et les autres deux pour y estre employez en des autres charges, y appellant aussi du mesme un autre révérend père de la mesme ordre, professe en la ville de Zamora, dict fray Juan de Huete, pour y estre le prieur, lequel pour estre alors maladieux n'y peult venir jusques au premier jour de Mars de l'année suyvante, et semble que Sa Majesté avoit choysy et y faict appeller ces deux pères religieux pour estre (outre leur bonne, saincte et exemplaire vie) raysonnablement bien versez au faict de l'architecture, ayans (à ce que Ton Tavoit informé) faict et basty en leurs, maisons et monastères, aulcuns bons quartiers de logis concernant la commodité et service de leur vie monastique et que, partant, seroit fort convenable d'y avoir semblables gens à la main, pour tyrer d'eulx l'esclaircissement des doubtes qui s'y pourroient offrir. Il y fist aussi appeller pour ce mesme effect certain religieux lay du monastère de la Sisla, préz de Toledo, appelle fray Antonio de Villacastin, pour y servir la place de superintendent de toutte la fabrique, ayant commandement sur tous solliciteurs, massons, ouvriers et guarde-munition, qu'eulx appellent obrero mayor, ô el principal sobrestante de toda la fabrica^ lequel y arriva pour le commencement du mois de Juing de la mesm' année, et n'y eust jamais autre depuis que la première pierre y fust mise, jusques à la dernière. Or, estant doncques Sa Majesté arrivé audict villaige de l'Escurial, et après avoir donné plusieurs tours sur le mesme lieu, destiné pour cest edefice, et le recognoissant

bien propre pour tel, donna incontinent Tordre qu'il ^597

convenoit pour y faire apporter tous les apprests nécessaires, tellement que sur la fin du mois d'abvril de Tan 62., y furent les chaufours, le lieu nettoyé de Therbe, buyssons, petitz arbrisseaux et autres ordures que le terroir produict, et y avoit dessus en grande abondance et icelluy par après recloz et borné avecq des grans palys, marquant par iceulx le circuyt que ceste fabrique (selon le plant qu'il y avoit) auroit à faire. Le premier architecte de cest œuvre fust un certain Juan Bautista de Toledo, natif de la mesme cité, par le concept et deseing duquel s'est encommencée et parachevée ceste fabrique, mais s'en mourut bientost ; en la place duquel fust surrogué un aultre appelle Juan de Herrera, qui y changea tant seulement aulcunes chosettes. Le susdict père vicaire et autres religieux, qui depuis y advindrent de plusieurs differens convens de Tordre, s'y accommoi darent ce temps pendant en une des maysons dudict

villaige, en laquelle se detindrent neuf ans jusqu'à ce que leur demeure audict monastère en hault, fust desia j en bon terme auquel se transportoient tous, delaissans

I leurdicte mayson à Thospital qui pour le présent y

' est encores. Tous lesdicts apprests faicts, les fosséz

ouverts pour y jecter les fundcmens, beaucoup de materiaulx y apportez, et grande provision faicte de toutte sorte des instrumens nécessaires à ceste fabrique, et enfin y convoquez tous les meilleurs maestres massons, charpentiers et tous autres semblables de touttes les contrées -du monde, et après s'avoir consummé en tout cecy plus d'un an enthier, fust mise la première pierre Première pierre le 23. d'Apvril 1363., le jour de Sainct Jorge, au fonda- ^^^' ment du frontispice du refectoir des moysnes, vers le

costé du midy, justement desoubz romitant de la table où s'assisent les prieurs de ce monastère, et est icelle quarrée et escritte dessus en trois parties, par lettres latines ou gotiques, en premier lieu, l'imploration du divin secours et ayde, secondement le nom du fondateur et l'an de son commencement, et tiercement, celluy de l'architecte, avecq le jour, le mois, qu'icelle 5- fust mise et plantée.

La deuxiesme pierre mise avecq cérémonies en présence de Sa Majesté et plusieurs seigneurs de sa court.

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