Un reliquaire en forme d'un petit oratoire guarny
de velour carmoysy, auquel y a 35. reliques fort petites, i^97
dont la plus grande sera de la grandeur d'une noix,
laquelle est mise au mitant de touttes les autres, et est
de sainct Félix evesque et martyr, et les autres sont de
sainct Hierome, sainct Martin evesque, saincte Marthe,
sainct Dominique, sainct Christophre, sainct Ygnéz, sainct
Thomas de Aquine, saincte Cataline de Sena, sainct
Lucas, sainct Augustin, sainct Joseph, saincte Cancatrice,
sainct Ambroyse, saincte Marie Cleophe, de Taccoustre-
ment de Nostre Dame, sainct Marcq, saincte Anne,
sainct Pierre, sainct Grégoire pape, saincte Apoloine,
saina Laurent, sainct Alexe, saincte Barbe, sainct Carpo-
foro, sainct Benoit abbé, sainct Maurice, sainct Prorgnosa,
sainct Jean Baptiste, sainct Cath*, des saincts Innocens,
sainct Paul. Et envoya ce reliquaire Gerart, archevesque
de Liège (i).
Toutes ces susdictes reliques reposent es deux reliquaires desdicts deux autelz collatéraux de Mostre Dame ei de sainct Hierome, y mises en fort belle ordre comme dict est. Et oultre icelles y avoit encores une grandissime quantité des autres, qui se rassembloient peu à peu en une petite chambrette, jusques à ce qu'il y eust assez pour en dresser de nouveau quelques autres deux reli- * Ces deux reliquaires*, lesquelz se feront au dessus des susdicts. Et quairesysontfaicts,
et les ay vcu lors
comme il y arriva certain religieux de l'ordre de sainct ^^^ dernière
Benoit qui y apporta une bien grande provision, car avoit ment à Espaigne, esté (seulement député pour cest effect) hors d'Espaingne 1'*° ^^°^traversant par tout le monde plus de douze ans, et en particulier pour aller en recherche de la teste de sainct
(i) Gérard de Groesbeck, évêque (et non pas archevêque) de Liège de 1563 à 1580.
Relique fort rare d'un des Innocens.
Laurent, qui (à ce qu'on dict) repose en une abbaye au pays de Juliers dicte Mumchglabbach (i), et ne la peult avoir pour certains obstacles qu'il y eust, mais rapporta d'icelles contrées de fort belles et rares pièces. Semble que ces deux nouveaux reliquaires se mettront bientost en exécution. Il y apporta entr' autres un petit enfans des Innocens tout entier, avecq sa chemisette et les cicatrices des playes bien parfaictes, et remarquables en son corps, et tous les petits membres si parfaicts comme s'il ne fust mort que dez le jour passé, une relique fort rare et admirable de veoir. Et peux bien dire, si ces deux reliquaires se mettent en parfection, que ce seront les deux meilleures pièces qui se verront au monde.
Belles peintures. Il y a par tout le restant de Teglise des fort beaux
et excellens tableaux et peintures de fort bons et vaillans
(i) Mumchglabbach (sic). La petite ville de Gladbach, parfois appelée Mûnchen-Gladbach ou Mônchen-Gladbach, dans le duché de Juliers, est maintenant un chef-lieu de cercle dans la régence de Dusseldorf ; elle est située à 24 kilomètres à l'ouest de cette ville. Il y avait à Gladbach une abbaye de bénédictins, dont le trésor, qui passait pour un des plus considérables du pays, possédait le chef de saint Laurent. Philippe II, ayant fait bâtir TEscurial en Thonneur de ce saint, fit d'inimaginables efforts pour avoir ce chef et en doter le monastère qu'il avait fondé. On lira avec intérêt dans le (second) Voyage îiiteraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de St-Maur [Edmond Martène etUrsin Durand], Paris, 1724, in-40, pp. 207-221, le récit détaillé de tous les mouvements qu'il se donna pour l'obtenir. « Jamais place de guerre », écrivent les deux bénédictins (pp. 207- 208), « ne luy a coûté tant d'inquiétude, et jamais il n'a donné tant » d'assauts pour prendre une forteresse, qu'il en donna aux religieux » de Gladbach pour en devenir maître. » Les poursuites de Philippe II et de ses successeurs durèrent près de soixante ans, de 1570 à 1628; mais l'abbé et les religieux de Gladbach résistèrent à. tous les efforts qui furent tentés dans le but d'obtenir la relique si ardemment convoitée.
peintres, nommément les douze apostres faictz de la main du devant nommé Juan Fernandez el Mudo, qui sont très beaux et très excellens. Il y a quatre grandes orgues de fort admirable grandeur, art et belle structure, ayant plus de 40. differens registres, et sont telles que je pense qu'au monde il n'y en a leurs semblables, car quand touttes quatre sont accordées ensemble, et qu'on les touche en un mesme temps (comme bien souvent il advient, scavoir est aux principales festes), semble que toutte l'église s'enfonce de la grande harmonie qu'elles donnent, oultre encores quatre aultres petits positifz, et entr' iceulx un très beau et très riche, tout d'argent, qui n'est que pour le jour du sainct sacrement pour le toucher, allant parmy le cloistre en procession, et ce aux quatre coings des pans, quand le sainct sacrement s'y arreste devant quatre aultelz qu'il y a là aux quatre coings, fort richement y dressez et aornéz. Item, beaucoup des belles croix, chandeliers, lampes d'argent et autres minutez servant au cuit divin, de grande valeur et estime.
Il y a là tout préz, une très belle et très riche pièce, qui est la sacristie, qui par autre nom se peult appeller la guarderobbe, ou garde-joyaulx du ciel, pour le grand tresoir et richesse d'ornemens d'église que l'on y veoit. Geste pièce est à vossure toutte peinte à destrampe, aornée de plusieurs belles peintures de celles du Pays Bas, desquelles Sa Majesté a eu déz longtemps grande provision, et ce sont des meilleures que me souvient avoir veu en ma vie. Les layes ou armaires où se guardent ces ornamens, sont très belles et très curieuses, lesquelz ornamens sont les plus beaux, riches, et en plus grand nombre que jamais l'on peult avoir veu ensemble.