‹ Le passetemps de J. Lhermite, pub. d'après le manuscrit originalChapitre 43 sur 58 · Joanes en Toledo · texte numérisé non relu

Joanes en Toledo

Or comme la sepmaine sainae s'approchoit, nous

L'autheurencom- mismes le devant nommé seîgn' de Jonckhout et moy

paignie u * en chemin vers Nostre Dame de Guadalupe qui fust le

Jonckhout part vers ^ '^ ^

Nostre Dame de ^7- ^^ mars, à y tenir comme l'avions conclu paren-

Guadalupe. semble, nos dévotions d'icelle sayson, jouissans de la

modestie et saincteté d'icelluy lieu, laquelle trouvions

telle comme véritablement le bruict en est par tout le

monde. Je ne diray icy rien de son origine et antiquité

d'autant que par cy devant fol. 83. en ay faict aulcune

déduction ( i) Nous y trouvasmes l'illustr"* Gard* Nino, y

(i) Le passage auquel il est fait allusion n'a pas été reproduit dans notre édition : nous le donnons ici à titre d'éclaircissement :

tt Nostre Dame de Guadalupe est un monastère de S. Gerome assés cogneu entre les pellerins, à cause de sa grande dévotion, et miracles qui s'y voient tous les jours L'ymage de N.-D., laquelle fust envoyée au temps de Goths, par S^ Grégoire Papa, à S^ Leandro evesque de Seville, y est tenue en grand' estime, et vénération. On dist qu'au temps de l'invasion des Arrabes, elle fust guardée par les chrestiens avecq des autres reliques desoubz une cloche. Et que 600. ans après, au temps du roy don Alphonso XI. l'an 1260. elle fust retrouvée, et descouverte par un vachier, à l'occasion de quoy le roy don Juan le I. y fîst bastir ce monastère, lequel depuis s'y est si grandement enrichy de revenu, par les seules aulmosnes de gens devotieuses qui y frequentoient et y fréquentent encores, qu'en tout ce royaulme il n'y en a son semblable. Son assiete est es montaignes qu'ilz appellent Sierra morena, diocèse de Toledo. »

Guevara inquisidor mayor de la santa Inquisicion, qui s'y 1600

estoit aussi retiré pour y tenir ses pasques, et en sa

suyte plusieurs autres gentilzhommes, et gens de bien.

Il y a un fort beau et riche sanctuaire, qui est une

chapelle où se voyent beaucoup de belles et rares reliques Reliques.

de sainctz. Et est le grand autel où repose la saincte

ymage de Nostre Dame fort richement aorné, et y pend

devant ladicte ymage un grand nombre de très belles et

très riches lampes de fin argent, de grandissime valeur, Lampes d'argent 11 • j r •/r et une d'or massif

et entre icelles une, qui est toutte de un or massiff, . .

. , . 1 "^ grand pns et

laquelle y a offert le prince Gio. Andréa Doria, gênerai estimation.

des galères de Sa Majesté en la Mer Méditerranée valissant plus de 2000. escus, et celle que feu le roy y a faict présent que encores qu'elle ne soit que d'argent ne s y monstre pas des moindres. Le nouveau tableau d'autel que le dict feu roy y avoit ordonné estre faict, et pour icelluy effect donne grande somme d'argent comme se peult veoir au feuillet 253. verso n'y estoit pas encores (ci-dessus p. 129.) encomencé. Nous, nous y mismes en estât de grâce, et au partir de là nous y fismes enregistrer au livre de leur confrérie pour en estre participans des bons et pieux œuvres de leur religion, de quoy nous fust donné à chascun pour soy et les siens, scavoir est ceulx que voullions aussi estre comprins et participans de ce mesme soufFrage, une certaine bulle ou patente escrite en parchemin, dont la teneur s'ensuyt, signée de leur prieur et sellée du seau de leur monastère.

IN DEI NOMINE, AMEN. Fray Pedro de Sanctyago, Lettre patente de prior del monasterio de Nuestra Senora, Sancta Maria ^f confrene et parde Guadalupe, de la orden de nuestro padre San Hiero- spirituelles de Nosnimo. — A Juan Lhermite de la Camara de Su Mag"* y tre Dame de Gua- Margarita de Ranst, Margarita y Ana Lhermite, y Gil de ^"P^-

i6oo Merre, y Ana de Merre, salud en Nuestro Senor Jcsu

Christo y en su sancto servicio, Demandandolo la piadosa devocion que a este monasterio, e a nos V. Mercedes tienen, les otorgamos la hermandad que nos demandaron, y por la présente les damos y comunicamos panicipaçion en todos los benes espirituales, conviene a saber, missas, oraciones, vigilias, ayunos, disciplinas, ciliçios, y otras qualesquier asperezas que el dador de todos los bienes Jesu Christo Nuestro Senor diere a fazer, a todos los Religiosos deste dicho monasterio. En testimonio de loqual ymbiamos a V. Mercedes, esta carta firmada de nuestro nombre, y selleada con el sello de que al présente usamos, fecha en este monasterio de Nuestra Senora Santa Maria de Guadalupe a cinco de Avril de 1600. anos. (Elle estoit sellée dudict seau et signée) fray P*» de Sanctiago Prior de Guad*.

Le prieur nous y avoit faict un fort bon acceuil, et nous y fist incontinent loger là tout prés chez une fort honneste et vertueuse matrone vefve, qui nous reçeut fort courtoysement et nous y fist apporter chasque jour par les garsons du séminaire tout ce qu'avions besoing de pain^ vin, chair, et poisson pour nous, et nos varlets, et ne fust esté pour le susdict cardinal qui tenoit tout le quartier des hostes occupé, nous y eust logé dedans Situation de la comme de coustume. La mayson, est fort grande et mayson et vi e e ^^piç^ ^^ occupe quasi la plus grande part de Tencloz

de la ville, ce qui se veoit fort ayséement quand l'on descend vers icelle, s'abbayssaoi des montaingnes dont elle est de touttes parts environnée. Elle appertient au monastère et en a le prieur la souveraineté, ce monastère est furny de toutte sorte de gens de mestier nécessaire à l'usaige de leur vie, et y habitent tous dedans, et en ont

Bon acceuil que ce prieur fait aux pellerins.

du fort grand revenu plus que nul autre de leur ordre, et habit, qui est celluy de S' Hierome. Hz y nourrissent de jeunes garsons qui y estudient fort bien, et en sortent avec le temps de fort doctes et scavans hommes. La sepmaine saincte parachevée nous mismes derechef en chemin vers Toledo, prenant la mesme route qu'estions venuz, ce lieu est situé en une vallée, et environné comme dict est, de grandes et hautes montaingnes, où il y a une grande infinité d'arbres qu'ilz appellent Alcornoque. L'escorce desquels est le vray liège duquel nous portons chez nous nos souliers d'hyver, qui est fort playsant à veoir, scavoir : comment que cela y croist, l'une escorce sur l'autre, et avec tel ordre de nature qu^en quitant la première y vient incontinent un' aultre, et si en cas que l'on ne quite pas icelle à son temps et sayson, y vient un' aultre qui la pousse dehors et ne vient alors icelle à estre de aulcun prouffit, l'arbre est hault et estend tort ses rameaux et en est d'assez belle et playsante veûe. Les villes et bourgs appeliez la Puente del Obispo, Talavera et ÇeboUa sont les plus eminens que trouvions en ce chemin lequel est fort beau, et uny, partout, si ce n'est depuis le monastère jusques au Puente del Obispo durant toutte la montaingne qui est fort pénible et aspre en aulcuns endroicts et de six grosses lieues de durée, et y en a en tout jusques à Toledo environ 34. lieues. Arrivez qu'estions audict Toledo trouvions Sa Majesté sur son partement vers Aseca pour s'en retourner tout bellement vers la court. Nous le suyvismes jusques audict lieu, et de là partismes tout droict vers Madrid, où arrivez, se retira un chascun chez soy, pour le lendemain s'addonner du tout à sts particuHers affaires, suyvant quoy feiz incontinent mes diligences envers le Marquis

Puenie del Obispo, Talavera, CeboUa.

Sa Majesté part vers Aseca.

i6oo L'autheur poursuyt ses propres af!aires.

Il obtint assignation de sa pension sur la rente royale de la Soye de Granade.

Sa Majesté part vers Valladolid et y demeure tout Testé et sur Thyver retourne à Madrid.

Le deslogement de la court vers Val- Ijidolid fut publié.

de Poza luy présentant la despesche que le duc de Lerma m'avoit donnée touchant les mill ducats de pension que cy devant ay dict afin d'en faire despecher la cedulle que le roy mesme de sa propre main debvoit signer pour en vertu d'icelle m'en estre donné un privilège en forme accoustumée de son assignation. Lequel me fust despesche quelques moys après, ci comme le 17. d'aougst de ceste mesme année, escript en parchemin et scellé du seau de Sa Majesté sur la recepte d'une des royalles rentes de son domaine qui fust celle de la Soye au royaume de Granade, et fust icelle assignation fort bonne, car ne m'en avoit cousté petit travail et seing, parce que le royal patrimoine estoit par tout fort chargé, et en cecy avois consumé plus de cinc, ou six moys, tant y a, que le tout se doibt tenir pour bien employé, commençant à prendre son cours doiz la date de la susdicte royalle cedulle qui fust le 19. d'apvril passé. Sa Majesté estoit party de Madrid vers Valladolid en compaingnie de la royne sur le commencement de ceste année, et courroit desia le bruict que toutte la court s'y debvoit transporter, non sans cause de grand' altération aux cœurs des hommes, pour la grande descommodité qu'en gênerai recepvoit un chascun. Quant à moy ne m*occupay en autre qu'en penser sur ma retraicte donnant ordre à mes petits affaires et pour ce seul effect m'estoys demeure chez-moy audict Madrid, y attendant le retour de Sa Majesté qui fust sur l'arriére sayson, pour s'y hyverner en son royal palays et à ce que Ton dict, s'en retourner derechef à la primavere et de faict, amener quand et soy tous les consaulx et l'entier train, et appendance de la court. Le printemps venu, fust incontinent publié, le partemçnt de Sa Majesté vers le dict lieu, et

que toutte la court le debvoit suyvre et Sa Majesté se j6oo

mist incontinent en chemin, et le suyvirent bientost après, tous ses consaulx tellement que la ville en demeura du tout dépeuplée, et n'y demeura que la ser™*^ impératrice avec SCS domestiques, et pour sa totale consolation le baron de KhevenhuUer, ambassadeur de l'empereur son filz, qui ne laissa de l'aller veoir journellement et duquel Sa Majesté impériale recepvoit grand soûlas et contentement. Je me preparay aussi de m'en partir en suyte de Sa Majesté pour y parachever mes ultérieures affaires et de là me mettre en chemin vers ma patrie et L'autheur suyt le

pour ce faire me falloit du tout rompre mesnaige car n'y ^°y ^^ P^*^°^ ^^^^ 1 1 . j, .,1, , à ses amis à Madrid,

avoit plus nul espoir d en retourner. J allay aussi prendre

l'adieu à tous mes bons amyz et cognuz, et entre aultres,

au seigneur Francisco de Idiaquez, secrétaire d'estat de

Sa Majesté aux affaires de l'Italie, homme fort sçavant,

et bien versé es bonnes lettres, curieux tout au possible,

et grand amateur de ceux de nostre nation, et se delec-

toit surtout de la langue françoyse laquelle il parloit

raysonnablement bien, mais quand est de la lecture, n'y

avoit personne qui l'excedoit car il en lisoit beaucoup,

et à ce qu'il dict, estoit assez bien pourveu de livres,

et luy en feiz présent d'aulcuns, lesquelz il reçeut de

fort bénigne volunté et m'en sceut le bon gré. Et traic-

tant plus outre en familiaire devise luy feiz offre de luy

monstrer ce mien présent Passe-temps ce qu'il accepta

très voluntiers, et m'en fist grande instance, tellement

que n'en pouvoys faire le refuz, et ainsi estoys forcé

l'envoyer quérir tout à l'heure, comme de faict je l'ac-

complys, il s'en delectoit grandement et m'en donnoit

louange.

Et passant outre à mon partement, et après m'avoir

i6oo L'iutheur prend congé de llmpératrice.

Il part de Madrid.

Pierre de Ranst enterré en Peglise de S« Juste en Madrid (ci -dessus p.

Son epitaphe.

jecté aux pies de la ser*"* impératrice, qui me reçeut fort benignement et m'avoir imparty de sou accoustumiere bonté et grâce, m'accompaingnant de ses lettres de faveur et recommandation de ma personne envers la ser"* infante Nostre Souveraine dame et princesse, qui furent escrites par son commandement de la propre main de sa fille Tinfante dona Margareta, religieuse au monastère de las Descaiças où ladicte impératrice demeuroit me paruy de Madrid le 26. dudict moys de mars, prennant tout droict mon chemin vers Valladolid. Et encores avant m'en partir en mémoire et recognoissance de la mutuelle amitié qu'avoys eu en vie avecq le devant nommé Pierre de Ranst comme en plusieurs endroicts l'ay référé qui n'agueres y estoit trespassé, luy surprenant le mal en S* Laurent le royal prés TEscurial, comme dict est au feuillet 257. et de là fust transporté en une lictiere audict Madrid chez un sien amy dict Gerart Paris, au logis duquel il mourut, et fust enterré en la paroiche de S' Juste, devant le grand autel y feiz mettre, et dresser par adveu, et consentement de sa vefve damoyselle Françoyse de Baudequin, un fort beau tableau de TAssumption de Nostre Dame peinct à l'huyle, lequel à cest effect luy en avoys faict présent, et en feiz mettre au pied d'icelluy Tepitaphe ensuyvant :

Petro a Ranst Brabanto, Philippo II. Régi catholico multos annos à cubiculis, et sus camarae in Brabantia calculorum magistro :

post octennium in Hispaniam reverso, morteque inopinata. Prid. Kal. Septemb. Anno M.D.XCVIII. sublato. — Francisca à Baudequin ejus uxor hanc imaginem mœsta.

Tout cecy faict, et prins congé (comme dict est) de 1600

toas, me miz en chemin vers Valladolid, le susdict

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