‹ Le pastel, simplifié et perfectionné (volume 2)Chapitre 5 sur 6 · DE EA CONFECTION D'UN PAYSAGE AU FASTEE · texte numérisé non relu

DE EA CONFECTION D'UN PAYSAGE AU FASTEE

Dii cSeB.

Lorsque l’esquisse est terminée, celle des montagnes étant légèrement indiquée, les seconds et premiers plans arrêtés par un trait fait au crayon noir n^S, on commence son ciel.

Pour cela, on })lace son dessin à plat sur une table, et l’on choisit les crayons qu’on doit employer. Si le ciel est bleu, on place d’abord une légère nuance, jaune ou plutôt rougeâtre, vers la limite du ciel et des lointains, puis on pose les bleus, commençant par les plus clairs; cela se fait par un frotté, assez considérable pour recouvrir toute la surface du ciel, et en observant de passer toujours la dernière nuance sur une portion de celle qui l’a précédée.

C’est avec la paume de la main, et en frottant, que l’on mêle ces couleurs, qu’on les étend et qu’on les unit au point de représenter la voûte du ciel.

On procède de même pour un soleil couchant; on place les jaunes, les oranges, et des tons laqueux entre les derniers et les bleus, ce qui évite les nuances vertes, etc.

Le fond du ciel parfaitement réussi, on place le foncé des nuages, puis la portion éclairée.

Des moutagnes.

Après avoir réesquissé les montagnes par trait poli, fait avec un crayon-pastel, bleuviolacé, l’exécution du ciel ayant fait disparaître le premier trait, on masse les montagnes avec des crayons bleus et des violâtres, mêlant le tout avec les doigts ; on retravaille cette partie de la peinture avec des crayons demi-durs, et l’on termine par les touches les plus fines, comme les plus délicates.

Des terrains.

Quand un terrain doit être d’une couleur rougeâtre ou grisâtre, il faut placer dessous une teinte de crayon noir n“ 3, ou de ton brun; mais si ce terrain devait être jaune, c’est une nuance de sanguine, ou d’autre rouge qui doit lui servir de préparation.

Des arbres.

Il en est de même des arbres ; sous un fond vert-froid, mettez de la couleur rouge ou jaune; sous un vert plus chaud, placez du crayon noir; sous un vert feuille-morte, des

bruns chauds, etc., etc. Avec ces données, l’expérience fera le reste,

De«i eaux.

La portion d’un fleuve, ou d’une étendue de la mer, qui s’approche de l’horizon, s’ébauche presque du ton qu’elle doit avoir ; mais, en se rapprochant de la base du tableau , on ajoute, pour le dessous du crayon noir, d’abord légèrement, puis vers le premier plan plus fortement, et, tout à fait près de nous, on mêle à ce noir du vert froid.

Si les eaux devaient laisser voir le fond, c’esL à-dire le terrain qu’elles recouvrent, il faudrait les ébaucher avec du rouge et du jaune, puis travailler le fond et ajouter l’eau, légèrement, de même que cela se fait pour les glacis à l’huile.

De l’emploi du g;rattoir.

Le grattoir peut être employé fructueusement pour réveiller un arbre qu’on a fait trop lourd et auquel la légèreté est nécessaire ; on gratte donc le vert et le noir par touches spirituelles, qui remettent le papier dans sa couleur primitive ; souvent ce travail est suffisant, car le ton du papier figure bien le ciel ;

d’autres fois il faut repiquer les endroits enlevés avec des tons bleus.

Des fleurs et des fruits.

Ce genre, qui donne les plus heureux résultats, n’est guère cultivé au pastel que par madame Stephen et mesdemoiselles Allain et Petit-Jean ; cependant M. Lécurieux a produit quelques belles études largement pastellées.

On procède, dans cette manifestation de l’art, pour un bouquet ou une réunion de fruits, comme pour la figure humaine et le paysage tout à la fois, c’est-à-dire que, pour le bien traiter, il faut réunir l’exactitude avec la facilité.

De la frag^ilité du pastel et s’il faut le flxer.

Quoi qu’on en ait dit sur la fragilité du pastel, ses couleurs ne s’évaporent pas davantage que celles des autres genres de pein ture; et, sans compter tant de charmants portraits existants chez les particuliers et dont la fraîcheur et l’éclat remontent à plus d’un siècle, les pastels du Louvre sont là pour nous dire que le temps ne les flétrit pas lorsqu’on les entoure des soins nécessaires à leur conservation.

— Cü

Ainsi, le soleil qui dévore l’aquarelle n’a pas plus de respect pour le pastel dont il ronge les couleurs. L’humidité lui est aussi nuisible au moins que le soleil, car lorsqu’elle ne détériore pas entièrement les tons, elle les change, les ternit, et répand çà et là des taches livides qui en changent totalement l’aspect.

Beaucoup de gens ont cherché et cherchent encore le meilleur moyen de fixer le pastel; nous avouons que cette recherche ne nous sourit guère, et qu’un pastel fixé par une substance gommeuse, ou par tout autre procédé qui peut avoir l’apparence du vernis, nous semble un contre-sens, presque une profanation. Irez-vous enlever son duvet à la pêche, et sur la joue d’une fraîche jeune fille? mettrez-vous un enduit qui détruise le velouté dont la nature l’a revêtue? Non certainement; et bien alors comment pouvez-vous désirer trouver une préparation qui enlève au pastel sa plus charmante imitation de la nature, c’est-à-dire son velouté, son flou, son vaporeux , ce duvet soyeux et léger qui nous charme et nous plaît dans le pastel, parce qu’il nous transmet l’une des qualités les plus attrayantes de la jeunesse et de la beauté ?

On ne doit donc pas fixer le pastel ; il suffit de le préserver de la poussière, en le faisant mettre sous verre ; on observera que le pastel ne doit pas toucher à la glace qui le recouvre, car la poussière colorée qui s’en détacherait ternirait sa transparence en même temps que la peinture s’en trouverait détériorée.

De petites tringles de bois, placées dans la feuillure du cadre, suffiront pour empêcher tout accident pareil.

Le derrière de votre pastel une fois placé dans son cadre devra être recouvert d’un carton qui le préservera de tout choc ou contact qui pourrait crever le papier. Une feuille collée sur le tout empêchera la poussière de pénétrer dans l’intérieur. 11 sera utile, si l’on veut, d’y appliquer du papier d’étain collé à la colle de pâte, en glissant dans la colle de pâte un peu d’eau qui aura tenu du tabac en infusion, car il naît souvent par la chaleur des insectes imperceptibles dans la farine de la colle, qui peuvent détériorer le pastel.

Ba pastel frotté.

Toutes les indications que nous venons d’offrir aux amateurs de la peinture au pastel se

rappoi leat seulement au pastel empâté ; mais il est une autre sorte de pastel qu’on appelle le pastel frotté, et qui se prépare ainsi :

Après avoir soigneusement dessiné avec du crayon rouge ou noir, ou avec la mine de plomb le motif qu’on veut reproduire (ainsi, supposons une tête), il faut en accuser les ombres avec une estompe et de la sauce Conté, puis on écrase le pastel dont on doit se servir, et, soit avec un petit tampon de coton, soit à l’aide d’une brosse carrée en soie, on frotte légèrement de manière à faire la teinte.

Après quoi l’on revient sur ce premier travail avec des pastels demi-durs, qui servent à accentuer les narines, les yeux, la bouche, les cheveux, les sourcils; enfin, en revenant, avec quelques hachures légèrement accentuées, pour lesquelles on se sert de pastels demi-durs, on donne de la fermeté au ton et au dessin, et l’on termine par un pointillé qui complète l’œuvre en lui apportant le fini nécessaire à sa perfection.

Nous avons admiré des effets charmants obtenus par ce procédé si simple, dans lequel excellent M. Guët et madame de Léo-

menii, et que Steuben a traité d’une manière supérieure.

Nous avons quelquefois employé ce moyen au sujet de dessins au fusain fixés, ce qui procure des effets piquants et pittoresques.

Les plus jolis produits du fusain, fixé et rehaussé de pastel que nous avons vus, étaient de M. Ferroggio; cet habile artiste sait tirer un grand parti de la couleur du papier, par rapport à l’effet qu’il veut produire.

Le meilleur papier pour le pastel frotté et légèrement hachuré, est le papier vélin, d’une nuance claire. Quant aux estompes, on se sert de celles en liège, en papier gris et de moelle de sureau.

Nous ne pousserons pas plus loin les notions qu’il faut appliquer longtemps et souvent, afin de se familiariser avec elle, et surtout de les compléter par l’expérience.

Si cet aperçu, quoique fort limité, peut être de quelque utilité, nous aurons atteint le but proposé, et si l’œuvre est faible, tenez compte de la difficulté du sujet ; jugez l’intention , c’est elle seule qui devra nous absoudre.

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