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AVANT-PROPOS

Y a-t-il une méthode spéciale pour peindre sru pastel ?

Ce genre de peinture qui est, sans contredit, l’un des plus séduisants pour les amateurs, bien qu’il soit par soi fragilité même, exposé à mille chances de destruction* est toutefois un des plus commodes à pratiquer, en raison aussi de sa rapidité d’exécution.

Si l’on préserve soigneusement de l’humidité et du contact de l’air, par un encadrement sous verre et à quelque distance du verre, une peinture exécutée au pastel, et qu’on la place à l’abri des rayons du soleil qui dévore certaines teintes, il est possible de lui assurer une très longue durée.

Les nombreux portraits anciens au pastel, conservés au Louvre dans la collection des dessins des maîtres, l’attestent par leur éclat, par leur fraîcheur de coloris.

Si l’on compare les œuvres des artistes modernes à celles des pastellistes anciens, en jetant un coup d’œil rétrospectif sur les œuvres des expositions de Beaux-Arts les plus récentes, c’est-à-dire depuis une dizaine d’années, on se convaincra que le genre de peinture appelé pastel se maintient en faveur pour les portraits toujours très nombreux. La suavité de coloris du pastel fait qu’on aime beaucoup ce mode flatteur d’interpréter les physionomies les plus désagréables et les plus antipathiques mêmes. Le procédé est donc éminemment rémunérati/ et

commercial au point de vue bourgeois. Il est pour les peintres de fruits, de légumes et de nature morte, ainsi que danimaux et de paysages, d’une pratique facile et expéditive, produisant beaucoup d’effet ; d’un utile emploi décoratif et meublant, qui ajoute encore à ces succès commerciaux. Mais les pastels de haute valeur artisti- que sont très rares de nos jours. Les praticiens sont nombreux et il faut chercher les maîtres parmi ceux qui ont tenté de relever le genre pastel au niveau de la peinture sérieuse. En tête de ces artistes éminents nous ne craignons pas d’inscrire le nom de M. Maréchal (de Metz) qui a fait de véritables tableaux au pastel dont la dimension même est celle de la peinture d’histoire et qui s’est fait un nom par ses compositions de vitraux et d© peintures monumentales. M. Maréchal a eu, du reste, des imitateurs et des élèves de vrai mérite.

L’attention publique s’est depuis longtemps fixée, à juste raison, sur les beaux pastels du peintre Giraud (Eugène), si spirituel, si vivant et si attrayant dans ses tableaux à sujets espagnols. Il a été le maître de dessin de S. A. I. madame la princesse Mathilde, qui fait aussi bien le pastel que l’aquarelle ! M. Gœdes qui excelle dans le portrait, a fait en ce genre de très bons élèves.

Le séduisant peintre, Philippe Rousseau, dont l’exécution de peinture à l’huile est si magistralement large et vraie, a fait quelques sujets de nature morte et d’animaux, traités si intelligemment et à grand effet qu’on ne saurait les oublier. Le peintre cynégétique, Jadin, donne depuis longtemps aux amateurs des modèles de sujets d’animaux exécutés dans la voie du grand art ; on se rappelle également avec plaisir des groupes militaires au pastel par feu Régamey. Madame Valentine de Goutades, duchesse de Chevreuse, a fait au pastel une belle copie de la Marie-Antoinette de madame Vigée Lebrun.

Chaplin, dans sa peinture à l’huile, a toute la fraîcheur du pastel dont il manie lui-même les crayons avec la

plus grande habileté. Madame Becq de Fouquières est une spirituelle pastelliste. Les paysagistes sont nombreux, qui excellent dans le pastel : Decamps en a fait de magnifiques, Cabat, Bouquet, etc. La liste des portrab Listes et des peintres de nature morte, de fruits et de (leurs serait trop nombreuse pour être citée ici (1).

Les artistes modernes qui ont continué à cultiver le pastel, qui se bornait jadis au portrait, sont parvenus à étendre et à perfectionner les couleurs et les procédés en les appliquant à tous les genres : au paysage, aux fleurs et fruits et au tableau à figures poussés jusqu’à la plus grande force de coloris de la peinture à l’huile. M. Maréchal, déjà cité, s’est fait remarquer aux expositions de beaux-arts par des œuvres égalant presque en vigueur la puissance de coloris du Titien. A la question qui figure en tête de ce chapitre, nous répondrons que, pour devenir bon peintre au pastel, il est indispensable d'avoir préalablement acquis une grande force en dessin. Une connaissance approfondie des procédés du dessin au conté, au crayon rouge, du dessin au trois crayons sur papier teinté rehaussé de blanc, ainsi que des procédés du crayonnage en tous genres et du maniement de l’estompe en général aideront puissamment à faciliter l’étude du pastel. On fera bien de tenter quelques bonnes copies d’après des pastels du Louvre, on choisira pour commencer un original le plus simple possible.

Les pastels de Prudhon, par exemple, offriront aux commençants des difficultés moins grandes que d’après d’autres maîtres. Les ombres bien qu’un peu sombres y étant traitées avec une grande largeur de masses. On passera ensuite avec avantage à la copie ou interpréta-

(1) A la liste des pastellistes célèbres, il convient d’ajouter les noms de : Faustin Latour, Groscïaude, Saintin, Barbarin, Fortuné Ferogio; ceux de mesdames Laurent Lepelletier, Eymard de Lanchâtres, H. Brown, etc.

tion au pastel d’après quelque belle tête peinte à l’huile de Rubens, où le coloris quelque peu accentué est plus varié, brillant et facile à saisir!

Origine et avantages du pastel.

Le mot pastel de l’italien pasta, qui veut dire pâte, s’applique à un genre de dessin ou peinture qui s’exécute avec des crayons de couleurs plus ou moins tendres ; sur papier de couleur d’un certain grain, sur papier dit pumicif ou enduit de ponce, sur bois préparé de même, sur peau de vélin épidermé par le frottement, de manière à être rendu cotonneux, ou même sur canevas, enduit d’une préparation en détrempe, etc., etc. Le travail en est fort agréable par la promptitude et la facilité des résultats, n’occasionnant aucune odeur, se prêtant à tous les genres indifféremment, et procurant aux amateurs les plus séduisants délassements.

On peint au pastel en écrasant les couleurs tendres et en les frottant avec le doigt comme on verra plus loin. Le seul inconvénient du pastel est d’exiger beaucoup de soin pour la conservation des ouvrages. Il faut, nous le répétons, les encadrer et les mettre sous verre pour les préserver du frottement et des altérations qu’y occasionnent la poussière, l’air et l’humidité; mais quelques précautions fort simples que nous indiquerons, suffiront pour leur assurer une fort longue durée.

En outre, il n’a pas, comme la peinture à l’huile, l’inconvénient de miroiter. Aucune manière de peindre ne se rapproche autant de la nature que le pastel. Les tons y sont vrais, brillants, pleins de fraîcheur, d’éclat et d’un velouté remarquable. Les tapisseries des Gobelins ont l’aspect mat et la fraîcheur du pastel.

A Paris on trouve des modèles tant qu’on en veut pour étudier tous les genres de peinture et de dessin ! c’est le vrai monde des artistes et des amateurs. Chacun sait cela. Mais il y a d© petites villes de provinces où l’on ne

trouve plus rien que les champs, les prairies, les blés, les bois, les belles fleurs et les beaux fruits. Là sont aussi de bien riches et innombrables modèles, qui en apprendront beaucoup plus aux amateurs bien doués. Mais il faudra que ces derniers soient assez inventifs pour se créer par eux-mêmes leurs procédés d’exécution.

La peinture à l’huile nous attache par des qualités énergiques et puissantes ; l’aquarelle nous charme par sa transparence et sa finesse; le pastel nous plaît par son éclat, par son velouté, qui semble enlevé à l’aile du papillon et n’être inventé que pour reproduire à nos yeux les riantes images des femmes et des fleurs.

Il convient à tous les genres. Pour les amateurs, le moyen du pastel est précieux dans la représentation des fruits et des fleurs d’après nature, il a tout l’éclat de lumière et toute la puissance et la chaleur de ton qui conviennent aux peintures de nature morte et d’attributs décoratifs. Les fruits et les fleurs groupés avec des gibiers, des armes et des draperiers accompagnant des accessoires, objets d’art ou de curiosité, offriront partout d’excellents sujets de tableau très utiles à exercer les jeunes artistes à la composition d’arrangements et au métier de l’imitation matérielle, tout en formant leur goût par le choix heureux des éléments qui doivent servir de modèles.

Nous insistons ici spécialement pour recommander ce genre modeste qui offre toujours moins de difficultés qu’aucun autre et, par conséquent, moins de déceptions et de sujets de découragement. L’outillage en est des plus simples, n’est nullement encombrant; et le travail peut être comnnncé, quitté et repris sans aucun inconvénient. Les couleurs en sont fragiles s’effaçant aisément par le frottement, toujours sèches par leur nature et à l’état pulvérulent; il faut éviter de les défraîchir par le contact d’un corps gras ou huileux, la moiteur de la main posée dessus, etc.

Méthode graduée et raisonnée.

Pour justifier ce titre, nous croyons pouvoir affirmer que l’étude du pastel sera considérablement simplifiée par les réflexions utiles qui naîtront infailliblement des promenades d’instruction attentives qu’on pourra faire dans la galerie des admirables pastels que possède le Louvre. Là il sera facile de bien se pénétrer de cette incontestable vérité que plus le tableau pastel se rapprochera de Limitation de la nature et plus il aura de perfection.

De plus, la peinture à l’huile étant le procédé d’art qui, par son exécution, imite le mieux le coloris et le modelé offerts par la nature; il n’y aura rien de mieux pour les amateurs qui veulent s’adonner au pastel, que de s’attacher à copier au pastel le plus fidèlement possible de bonnes peintures à l’huile.

On devra choisir les modèles parmi les sujets simples d’abord, et les moins difficiles, en commençant, si l’on veut par des natures mortes, des fruits, des fleurs, des vases céramiques ou en diverses matières opaques mattes ou transparentes, telles que des cristaux, etc.

Des paysages à fabriques pittoresques et finalement des têtes ou petits personnages, de sujets de genre dans le style le mieux écrit et le moins compliqué possible par les détails; et quand on se sentira suffisamment avancé dans l’art de bien copier, on attaquera l’étude, d’après nature, des sujets immobiles, tels que : attributs, vases, instruments, draperies, etc., dont on recherchera les arrangements les plus agréables. La figure viendra ensuite.

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