DE LA CONFECTION D’UN PAYSAGE AU PASTEL
Du ciel.
Lorsque l’esquisse est terminée, celle des montagnes étant légèrement indiquée, les seconds et premiers plans arrêtés par un trait fait au crayon noir n° 5, on commence son ciel.
Pour cela, on place son dessin à plat sur une table, et l’on choisit les crayons qu’on doit employer. Si le ciel est bleu, on place d’abord une légère nuance jaune ou plutôt rougeâtre, vers la limite du ciel et des lointains, puis on pose les bleus, commençant par les plus clairs; cela se fait par un frottis assez considérable pour couvrir toute la surface du ciel, et en observant de passer toujours la dernière nuance sur une portion de celle qui l’a précédée.
C’est avec la paume de la main, et en frottant, que l’on mêle ces couleurs, qu’on les étend et qu’on les unit au point de représenter la voûte du ciel.
On procède de même pour un soleil couchant; on place les jaunes, les oranges, et des tons laqueux entre les derniers et les bleus, ce qui évite les nuances vertes, etc.
Le fond du ciel parfaitement réussi, on place le foncé "des nuages, puis la portion éclairée.
Des montagnes.
Après avoir réesquissé les montagnes par trait poli, fait avec un crayon-pastel, bleu violacé, l’exécution du ciel ayant fait disparaître le premier trait, on masse les montagnes avec des crayons bleus et des violâtres, mêlant le tout avec les doigts; on retravaille cette partie de
la peinture avec des crayons demi-durs, et l’on termine par les touches les plus fines, comme les plus délicates.
Des terrains.
Quand un terrain doit être d’une couleur rougeâtre ou grisâtre, il faut placer dessous une teinte de crayon n° 3, ou de ton brun ; mais si ce terrain devait être jaune, c est une nuance de sanguine, ou d’autre rouge qui doit lui servir de préparation.
Des arbres.
Il en est de même des arbres ; sous un fond vert froid, mettez de la couleur rouge ou jaune; sous un vert plus chaud, placez du crayon noir; sous un vert feuille-morte, des bruns chauds, etc., etc. Avec ces données, l’expérience fera le reste.
Des eaux.
La portion d’un fleuve, ou d’une étendue de la mer, qui s’approche de l’horizon, s’ébauche presque du ton qu’elle doit avoir ; mais, en se rapprochant de la base du tableau, on ajoute, pour le dessous du crayon noir, d’abord légèrement, puis vers le premier plan plus fortement, et, tout à fait près de nous, on mêle à ce noir du vert froid.
Si les eaux devaient laisser voir le fond, c’est-à-dire le terrain qu’elles recouvrent, il faudrait les ébaucher avec du rouge et du jaune, plus travailler le fond et ajouter l’eau légèrement, de même que cela se fait pouï les glacis à l’huile.
De remploi du grattoir.
Le grattoir peut être employé fructueusement pour réveiller un arbre qu’on a fait trop lourd et auquel la légèreté est nécessaire ; on gratte dans le vert et le noir par touches spirituelles, qui remettent le papier dans sa couleur primitive : souvent ce travail est suffisant, car le ton du papier figure bien le ciel ; d’autres fois il faut repiquer les endroits enlevés avec des tons bleus.
Des fleurs et des fruits.
Ce genre, qui donne les plus heureux résultats, n’est guère cultivé au pastel que par madame Stephen et mesdemoiselles Allain et Petit-Jean ; cependant M. Lécurieux a produit quelques belles études largement pastellées.
On procède, dans cette manifestation de l’art, pour un bouquet ou une réunion de fruits, comme pour la figure humaine et le paysage à la fois, c’est-à-dire que, pour le bien traiter, il faut réunir l’exactitude avec la facilité.
Le genre des fruits et des fleurs, étant pour les amateurs un des plus féconds en jouissances faciles, surtout pendant la belle saison de la campagne où les modèles qu’offre la nature ne donnent que l’embarras du choix, nous croyons qu’il ne sera pas superflu de nous étendre un peu sur ce sujet.
Le pastel demande moins de soins et de précautions que la peinture à l’huile dont la palette exige beaucoup de propreté et une étude spéciale, du maniement et de l’emploi des couleurs qui se sèchent plus ou moins vite ; il est surtout expéditif, et l’éclat, la fraîcheur du coloris qu’on y peut obtenir semblent engager l’artiste
à la production et à fixer rapidement un souvenir passager.
■| Nous engageons donc le lecteur qui veut s’adonner à ce genre, à choisir ses modèles de fruits, de fleurs ou d’attributs parmi les plus beaux individus ou types, ainsi que parmi les objets les plus élégants ou agréables tant par la forme que par la couleur; il est également indispensable d’étudier les maîtres qui ont excellé dans chacun de ces genres.
La composition et l’arrangement des objets qu’on prend pour modèle dans les sujets de nature morte, ont une grande importance au point de vue du but décoratif qu’on se propose, soit pour orner une salle à manger, un cabinet de travail, un salon, un boudoir ou un vestibule. Il faut toujours proportionner l’intérêt du sujet à la place qu’il doit occuper comme tableau.
Il est évident que des sujets de fruits, d’animaux ou de fleurs feront toujours bonne figure dans une salle à manger ou un vestibule, tandis que des sujets à figures occuperont dans un salon ou une chambre à coucher une place beaucoup plus digne.
Les vues et paysages ont un intérêt bien réel sans doute en nous rappelant des pays éloignés auxquels nous aimons à nous reporter par la pensée ; mais les compositions à personnages expressifs ont naturellement un charme de plus : celui des attitudes et des gestes du corps humain qui vit et s’agite partout à nos côtés ; nous aimons surtout voir retracer par l’art du peintre et du statuaire les émotions de l’âme dont l’artiste de génie se fait le fidèle écho.
Genre nature morte.
Lorsqu’on veut composer un sujet de nature morte ou objets inanimés tels que vases, fruits, gibiers et fleurs,
etc., il faut en combiner l’arrangement avec goût et intelligence.
Ce genre de tableau exerce ohez l’artiste non seulement le talent d’imitation parfaite comme coloris, dessin et modelé, mais aussi son esprit en lui faisant trouver souvent quelques pensées allégoriques ingénieuses.
L’art de donner de l’intérêt aux objets devant lesquels nous passons souvent très indifférents, ne dépend que de la manière de les présenter aux yeux, accompagnés ou groupés de façon à éveiller la pensée du spectateur le plus froidement impassible.
Ce spectateur, qui ne pense à rien, veut cependant qu’on le charme, qu’on l’attire; il ne sait vous dire comment, car souvent il l’ignore, mais il cherche à se distraire des préoccupations parfois bien éloignées de celles de l’art. Un tableau, un objet d’art, une peinture quelquefois très vulgaire le charme et le séduit.
La tournure d’esprit des amateurs est très diverse, car les uns ne cesseront de s’extasier devant la parfaite imitation (trompe l’œil) d’un tableau composé d’œufs sur le plat, etc., d’huîtres en compagnie d'un couteau, d’une fourchette, d’une salière, d’une bouteille de vin et d’un verre à boire qui leur rappelleront quelques émotions d’estomac auxquelles ils sont parfaitement sensibles.
D’autres, au contraire, préféreront la représentation moins gastronomique de quelques beaux coquillages entremêlés de mousse et d’algues maritimes jetées sur un banc de rocher derrière lequel s’étend l’horizon infini de la mer, et au-dessus du tout un oiseau pêcheur cherchant, du bec sa vie parmi ces produits. La vérité pittoresquement rendue de ces objets qu’ils n'ont eu que rarement l’occasion d’admirer ailleurs qu’au Jardin des Plantes, les élève au-dessus du plaisir de déguster un déjeuner; ils commencent à se rappeler qu’il y a autre chose au monde que ce qu’on mange, puisqu’il y
a ce qu’on aime à voir. Des sensuels d’une autre façon s’approcheront volontiers d’une peinture de fruits et de fleurs, songeant aux parfums du printemps et aux richesses de couleur que chaque saison dépense pour nous si généreusement. Des luxueux aimeront à admirer ces beaux groupes d’objets de haut prix, ces vases, aiguières ou meubles et bijoux curieux, tels que l’inimitable talent de M. Desgoffe sait les produire sur la toile comme un véritable miroir.
Mais la majorité du public intelligent ne se contentera pas de la simple représentation pour ainsi dire photographique d’objets inanimés pour leur prodiguer toute admiration, elle voudra quelque chose de plus; elle cherchera le côté poétique des choses matérielles ; elle s’extasiera plus volontiers devant les vieilles armures en désordre entremêlées de livres et de vieux parchemins, souvenirs des temps passés où l’imagination aime toujours à errer; elle interrogera, à sa manière, chaque détail d’une telle composition et le fera parler histoire, gloire et vicissitudes des choses humaines.
Le simple bouquet de fleurs bien fraîches, bien éclatantes et gaies de couleur, attirera immanquablement l’attention et captivera sans doute un grand nombre de personnes; mais si ce bouquet est jeté sur une musette à côté du traditionnel chapeau de berger, idéal de Bouchet, et qu’on fasse entrevoir dans une ombre mystérieuse un serpent se glissant parmi les rameaux, l’allégorie des dangers des plaisirs sensuels se présentera naturellement à l’esprit, et si le tableau est bien rendu, l’intérêt de la bonne exécution augmentera l’intérêt de la pensée. C’est à la réunion des qualités d’imitation parfaite et à l’heureuse interprétation d’une idée, que le peintre compositeur doit viser particulièrement. — Un tableau très bien exécuté plaira toujours si les lignes et la couleur en sont agréables ; si l’effet du clair-
obscur en est bien compris, et si l’auteur est parvenu, en groupant les objets, à leur donner un sens ou une expression morale de quelque portée.
Règles générales et remarques.
Si la composition qu’on veut entreprendre est destinée, par exemple, à des dessus de portes, les attributs d'instruments d’art, de science et d’industrie peuvent convenir pour décorer un cabinet de travail ou une bibliothèque. Pénétrez-vous toujours du principe de la convenance du sujet à sa destination.
Considérez la forme de votre cadre d’abord. Elle peut être ronde, ovale, ou carré long ou en demi-cercle, ou d’une forme composée de lignes mixtes (c’est-à-dire droites mêlées de courbes), afin d’harmoniser vos formes avec celles de votre encadrement.
Si la place que doit occuper le sujet est très haute, vous éviterez d’y introduire de trop petits détails.
Des fleurs traitées largement et à grands effets sans trop de fini, produisant à l’œil et à distance d’heureuses oppositions et taches de couleurs, seront à propos dans une salle à manger et même dans un salon comme dessus de portes, surtout en y entremêlant de beaux oiseaux à plumages riches tels que des perroquets dits Aras, etc.
Des fruits sortant de cornes d’abondance formant supports de chaque côté, des médaillons en camaïeux bleu clair ou gris varié, seront aussi toujours d’un bon effet. Les belles décorations de plafonds du palais de Versailles composées par Charles Lebrun offrent des dispositions de ce genre d’attributs très heureuses. Il ne sera pas moins utile d’étudier au Louvre ou dans les collecions de bonnes gravures, les suiets genre d’animaux,
fleurs, fruits, vases et attributs de Desportes, Oudry, Weenyx et Lepautre, qui donneront de bonnes idées d’arrangements et dispositions à imiter.
Il ne faut pas oublier pour la coloration des compositions décoratives, qu’elle doit toujours être en harmonie avec le ton de la décoration architecturale.
La beauté du coloris ne consiste pas toujours dans la grande multiplicité des teintes ou leur grande variété, de même que la richesse ne consiste pas à posséder beaucoup, mais à savoir user de ce qu’on a.
Un tableau est souvent d’une opulence suffisante de couleur avec peu : tout dépend de l'emploi de la palette, des oppositions et valeurs des tons qui, par leurs situations, l’étendue superficielle qu’ils occupent et leur circumpositions ou entourage, jouent un rôle analogue aux chiffres en arithmétique dont la valeur augmente ou diminue selon le rang qu’ils occupent.
L’aquarelle et le pastel sont deux moyens très précieux à l’artiste pour étudier les côtés fugitifs de la nature. Le pastel surtout est commode pour prendre note d’après nature et presque instantanément des teintes si vives, si variées et si mobiles du ciel et des nuages qui changent de formes et d’aspect selon le vent et la marche du soleil.
Eugène Delacroix possédait au plus haut degré ce talent rare de trouver la note colorée, vivante, harmonieuse et juste, d’un effet de la nature qu’il voulait fixer dans sa mémoire; on remarquait à la vente des dessins et études laissés par lui une très grande quantité de pochades à l’aquarelle, au pastel, au crayon et à la plume qui témoignaient de l’infatigable ardeur de ce grand artiste, à étudier en toute occasion, le ciel, la terre, les animaux, les fleurs ; en un mot, tous les feuillets du grand livre de la nature qu’il cherchait toujours à comprendre. Le mouvement et la vie qui palpitent dans tous
ses ouvrages, même les plus incorrects, sont le résultat de son infatigable travail.
La passion de la vérité dans le mouvement et l’expression a été celle de sa vie tout entière qui reste en exemple à la jeunesse, et prouve une fois de plus que pour arriver à un talent si voisin du génie, il ne faut, comme le Poussin, rien négliger, et étudier tout dans la nature avec une incessante persévérance.
Conseils aux Amateurs.
L’amateur, en général, est d’une nature irréfléchie et froide. Abandonné à lui-même sans le secours d’un maître, il croit étudier parce qu’il couvre du papier et broche des copies d’aquarelles et de tableaux; mais en se bornant à un pareil travail, il avance peu ; car il serait bien embarrassé de répéter de mémoire les copies qui lui ont donné tant de peines, ce qui serait cependant le seul moyen de s’assurer s’il a compris ses modèles. Ne pouvant faire les études qu’on exige de la part d’un artiste, l’amateur doit se borner aux choses aisées et se contenter de parcourir un certain rayon d’une sphère modeste, mais qui n’en est pas moins du domaine de l’art; il y trouvera d’amant plus d’agrément et de profit qu’il sera moins ambitieux, et que les bons résultats lui seront faciles et nombreux.
Le croquis est une étude aussi indipensable à l’artiste qu’agréable à l’amateur. Pour l’artiste, elle est une nécessité en voyage pour fixer les souvenirs de ce qu’il n’a pas le temps d’étudier en détail et minutieusement. Faire un croquis, c’est résumer en dessin l’ensemble d’un objet naturel quelconque, par son caractère général. La caricature est un croquis exagéré d’un type humain caractérisé par certains traits saillants.
Il faut un grand esprit d’observation nour bien crû-
quer, et une extrême rapidité de coup d’œil et de main. C’est un talent spécial auquel certaines personnes, même artistes, ne peuvent jamais atteindre parce qu’elles ont dirigé toutes leurs facultés vers le fini et l’exécution patiemment mécanique. Cependant, en s’y exerçant de bonne heure, on en reconnaîtra les immenses avantages pour le développement de la mémoire, du goût et de la faculté d’observation.
Le choix des modèles doit être gradué pour être profitable; un mauvais modèle peut aussi servir de texte au maître contre les défauts à éviter.
Le goût peut s’exercer partout : l’esprit d’ordre y conduira sûrement. La symétrie, la régularité, la répétition qu’offre à l’œil la disposition bien ordonnée d’un mobilier (élégant ou non), sont des principes essentiels au beau et continuent à en développer le sentiment chez nous, tandis que le disparate, l’irrégularité, le pêle-mêle confus et qui semble l’effet du hasard, le détruisent dans son germe. C’est ce qui me fait dire que la mode du jour, qui réunit dans les salons de nos riches des meubles de toutes les époques et des objets d’art, souvent très lourds à côté d’autres très simples, détruit le goût public, et ne fait de telles habitations que de vastes magasins de curiosités.
La science de l’arrangement constitue le goût. Elle est instinctive chez certaines personnes, chez d’autres, elle est le résultat de l’étude et de la réflexion. Elle s’appuie sur l’ordre, la connaissance des formes et des proportions, et donne des règles à nos préférences.
L’étude du dessin est la base de cette science qui est infinie dans ses applications et dans ses résultats.
Tout le monde sait cueillir des fleurs dans un jardin,* mais il faut beaucoup de goût pour les grouper en bouquet; un domestique pourra balayer un appartement, mais ne saura pas l’arranger comme la maîtresse de maison qui cherche tous les moyens d’en faire ressortir
les objets. Beaucoup de gens aiment à faire des collections, achètent des estampes, des aquarelles ou des dessins; mais fort peu savent leur donner la valeur qui ressort d’un arrangement bien entendu. Il y a partout des albums, c’est la manie de nos salons, mais combien peu en compte-t-on d’intéressants et qui méritent d’être regardés deux fois?
Pastels demi-durs.
Les crayons brisés et usés seront rebroyés avec addition de craie et de lait, ou de gomme adragante, pour en faire des pastels demi-durs.
Du pastel frotté.
Toutes les indications que nous venons d'offrir aux amateurs de la peinture au pastel se rapportent seulement au pastel empâté ; mais il est une autre sorte de pastel qu’on appelle le pastel frotté, et qui se prépare ainsi :
Après avoir soigneusement dessiné avec du crayon rouge ou noir, ou avec la mine de plomb, le motif qu’on veut reproduire (ainsi, supposons une tête), il faut en accuser les ombres avec une estompe et de la sauce Conté, puis on écrase le pastel dont on doit se servir, et, soit avec un petit tampon de coton, soit à l’aide d’une brosse carrée en soie, on frotte légèrement de manière à faire la teinte.
Après quoi l’on revient sur ce premier travail avec des pastels demi-durs, qui servent à accentuer les narines, les yeux, la bouche, les cheveux, les sourcils; enfin, en revenant, avec quelques hachures légèrement accentuées, pour lesquelles on se sert de pastels demi-durs, on donne de la fermeté au ton et au dessin, et l’on ter-
mine par un pointillé qui complète l’œuvre eu lui apportant le fini nécessaire à sa perfection.
Nous avons admiré des effets charmants obtenus pa* ce procédé si simple, dans lequel excellent M. Guët et madame de Léomenil, et que Steuben a traité d’une manière supérieure.
Nous avons quelquefois employé ce moyen au sujet de dessins au fusain fixé, ce qui procure des effets piquants et pittoresques.
Les plus jolis produits du fusain fixé et rehaussé de pastel que nous ayons vus, étaient de M. Ferroggio; cet habile artiste sait tirer un grand parti de la couleur du papier, par rapporta l’effet qu’il veut produire.
Le meilleur papier pour le pastel frotté et légèrement hachuré, est le papier vélin, d’une nuance claire. Quant tux estompes, on se sert de celles en liège, en papier gris et de moelle du sureau.
Nous ne pousserons pas plus loin les notions qu’il faut appliquer longtemps et souvent, afin de se familiariser avec elles, et surtout de les compléter par l’expérience.
Si cet aperçu, quoique fort limité, peut être de quelque utilité, nous aurons atteint le but proposé, et si l’œuvre est faible, tenez compte de la difficulté du sujet; jugez l’intention, c’est elle qui devra nous absoudre.
Expériences de fixage. — Transformation du pastel en peinture à l’huile. — Application à la peinture des stores.
On a fait des essais très nombreux de pastel sur toutes sortes de surfaces, d’étoffes et matières diverses.
Un célèbre graveur, M. Andrew, avait inventé une peinture qu’il intitulait : Yaqua-p stel.
Ce procédé était praticab au moyen de crayons
tendres de toutes couleurs et graduations préparés au miel. Il a écrit sur ce sujet une brochure intéressante. Il avait choisi comme subjectile l'étoffe appelée madapolam.
Il avait opéré sur drap, — avec résultats médiocres, — il déconseillait le velours mais il recommandait le revers du satin comme favorable ; la percale dépourvue de pluches était favorable et d’un bon emploi, il y donnait une préparation préalable au moyen d’un encollage fait d’amidon et de farine de riz par moitié avec de l’eau à consistance de l’emploi des blanchisseuses. On donnait à chaud la première couche sur la percale tendue sur une plaque de zinc, dans un stirator, on laissait sécher et on donnait encore deux couches à froid, ayant le soin de bien laisser sécher avant de passer de la première couche à la seconde et à la troisième.
On pouvait alors employer les crayons comme tous les pastels, mais en ayant soin de mouiller d’eau le panneau et de ne travailler que dans le mouillé. Un outillage spécial permettait d’étaler les couleurs au moyen d’une espèce de couteau plat à lame coudée, formant une sorte de truelle pour étaler et enfoncer dans le canevas le crayon d’abord écrasé grossièrement ; des estompes que chacun était libre de se façonner en liège de différentes formes, en biseau, en cône, en bec de flûte ou en touches plates et arrondies d’une façon ingénieuse remplaçaient le doigt pour fondre et polir le travail.
Le liquide à fixer consistait simplement dans de la colle de Flandre dissoute dans l’eau par moitié, s’appliquant derrière le dessin, à chaud par derrière d’abord, puis après avoir laissé sécher cette première fixation à chaud, on en appliquait une couche par-devant avec un large pinceau doux. Cette couche, une fois sèche, à son tour fixait parfaitement la peinture restée mate.
Si l’on voulait lui donner l’aspect d’une peinture à l’huile, il suffisait d’y donner une couche de vernis à
tableaux mêlée d’essence de térébenthine par moitié.
Ii était facile d’ajouter ensuite des glacis à l’huile par superposition de couleurs transparentes et de revernir de nouveau le tout. Ce procédé fournissait aux amateurs le moyen d’exécuter sur du calicot des stores en exécutant les sujets avec des peintures de pastels transparents.
A l’homme de loisir.
A l’amateur chercheur opiniâtre, nous dirons brièvement que :
La persévérance, l’esprit d’investigation, le bon vouloir et le désir de bien faire, sont des guides assurés pour faire des progrès !
Le champ d’étude des beaux-arts comparés à la nature, est ouvert à toutes les intelligences.
Parcourez attentivement les galeries de peinture des maîtres, vous vous convaincrez rapidement qu’il y a autant de manières d’imiter la nature qu’il y a d’individus. Il faut étudier tous les maîtres sans partialité, et sans chercher à se placer à la suite d’aucun. Vous verrez en effet, que tandis que certain peintre s’est attaché à étudier la nature dans ses plus petits détails, cet autre n’ a visé qu’à rendre les effets pittoresques et la grande tournure des choses ou des personnes. Tel maître n’a représenté que des actions et des faits historiques en s’étudiant au groupement scénique et aux mouvements expressifs des personnages et des têtes, sans rechercher la grande pureté et exactitude des formes, ni une très grande vérité de coloris ; tel autre s’est contenté de représenter fidèlement des sujets d’une banalité des plus vulgaires, tels qu’ils se présentaient à ses yeux, sans en choisir de plus dignes de ses pinceaux. Les uns ont puisé leurs inspirations dans la poésie, les autres dans le réalisme le plus ordinaire.
Paul Véronèse disperse à profusion la lumière dans ses grandes toiles. Le Poussin dans son merveilleux tableau du déloge, vous pénètre d’une sainte terreur par les teintes lugubres du ciel et des eaux qui menacent d’engloutir les hommes et les animaux. Rembrandt s’enveloppe souvent dans un clair-obscur profond et mystérieux. Rubens, lumineux et éclatant, nous montre partout la vie et le mouvement. Ses fortes femmes, pleines de santé et de jeunesse, ne ressemblent ni à celles du Titien, ni à celles de Raphaël ; chaque artiste a peint les femmes comme il les voyait autour de lui dans chaque pays, brunes ou blondes, gaies ou mélancoliques, démontrant ainsi l’universalité du beau dans la forme ou dans la couleur, et prouvant ainsi que le beau est partout où il y a à admirer.
Étudiez les différences et les ressemblances qui exis® tent entre les chefs-d’œuvre des arts, entre les talents si divers, et vous établirez ainsi, d’après vos impressions personnelles, un classement des plus instructifs. C’est ainsi que chacun de nous doit se former dans la critique, et se pénétrer des caractères distinctifs des différentes écoles. Ne soyez jamais exclusifs : beaucoup d’artistes se sont perdus en n’adoptant qu’une seule manière. « Il vaut mieux monter dans la voiture qui conduit le maître, que de monter derrière en livrée de laquais, » disait Carie Yernet à son jeune fils Horace. Nous laisserons au lecteur bienveillant le soin de réfléchir sur ces quelques lignes de simples conseils. Les traités enseignent quelques procédés mécaniques dont l’élève se servira avec plus ou moins de zèle et de succès ; or le dernier mot n’est jamais dit, il est toujours possible de trouver le mieux en cherchant soi-même. Chacun peut donc devenir collaborateur d’un progrès quelconque.
La pêche est un bien beau fruit, plaisant à l’œil par son vêtement velouté, son coloris bien nuancé qui semble fait pour être imité au pastel ; en outre, la pêche
est douce au toucher, attire vers elle par son parfum séi duisant; sa saveur flatte le palais, et si l’on n’y avait pas ' goûté, on ignorerait ses qualités séduisantes.
Contemplez donc les beaux pastels des maîtres. Leur charme est évidemment très grand et inexplicable ; ouvrez une jolie boîte de pastels bien dégradés de couleurs bien vives, n’aurez-vous pas le désir d’en connaître l’emploi?
Le désir n’aura-t-il pas excité en vous l’espérance de réussir. L’espérance n’a-t-elle pas une grande part dans notre bonheur ? Avouez-le.
Les premiers essais intelligemment dirigés vous enseigneront la patience, la plus utile des vertus. Commencez par les exercices les plus simples, copiez même des tapisseries à fleurs où les couleurs et leurs nuances sont carrément écrites et comme plaquées en manière de mosaïques (pour l’effet décoratif qu’elles doivent produire), vous les fondrez ensuite moelleusement au doigt les unes dans les autres, et vous obtiendrez déjà un aspect de travail beaucoup plus achevé. Il vous est également facile de vous procurer des échantillons de fleurs en papier peint chez de bons fabricants.
Après ces premiers essais, nous vous engageons à tenter l’essai des fleurs d’après nature. Il est moins difficile d’obtenir ainsi des résultats agréables qui exercent l’œil à déchiffrer les mélanges d’après des modèles décoratifs bien accentués. On passe ensuite aux essais de figures dont les couleurs étant moins variées et éclatantes demandent plus de perspicacité et d’exercice de l’œil et une connaissance beaucoup plus approfondie du dessin.
Nous recommandons aux élèves de s’exercer beaucoup à dessiner géométriquement; car il y a de la géométrie dans tout.
Copier à l’estompe sur papier blanc les trois corps ronds et même les solides à surfaces planes est la meil-
leure étude de clair-obscur qu’on puisse faire pour se rendre compte des jeux de la lumière et de l’ombre.
Si on sait faire tourner une boule, un cône ou un cylindre, si on sait dégrader les plans et surfaces d’un cube, d’une pyramide ou d’un prisme quelconque, on sera en possession des meilleurs éléments scientifiques du modelé par le dessin.
Exercez-vous aussi à copier des corps transparents et demi-transparents, des cristaux et des vases.
Cette vérité est trop évidente pour être contestée.
Tout est mesure et proportions dans les arts du dessin au point de vue de l’exécution, en peinture, en sculpture et en architecture.
Pratique expérimentale.
Il y a une foule d’essais comparatifs à faire pour se familiariser avec le maniement du pastel.
On peut s’exercer avantageusement à l’échantillonnage des mélanges de teintes sur des bandes de verre dépoli, sur des surfaces de papier rude, sur des papiers pumicifs, sur papier verré, ou émeri de divers degrés de finesse, sur du coutil, du taffetas et des toiles encollées.
On s’assurera ainsi expérimentalement des moyens matériels qu’on pourra adopter et choisir pour l’exécution de tel ou tel sujet.
C’est ainsi que l’intelligence des procédés essayés guidera l’artiste dans le choix judicieux des matériaux à mettre en œuvre pour la meilleure exécution de son travail.