‹ Le pasteur d'hommesChapitre 10 sur 15 · PAST."I!H d' HO. VI Mb: s · texte numérisé non relu

PAST."I!H d' HO. VI Mb: s

i.ina ; les parties s'étaient organisées dans la pièce voisine, et les trois musiciens qui rorinaient l'orcheslre faisaient entendre un pn'Iude de valse lorsque Jorg enti'a.

— Ail ! venez, monsieur Kauffman, s'écria Wrangel ; la fête est donnée au pape de votre Église, et vous en avez, par conséquent, votre part.

— Pardon, dit Jorg ; les ashvériens marchent, monsieur le conseiller, mais ils ne dansent pas.

— Pourquoi donc, mon cher apôtre? reprit Frédéric en riant ; David a bien dansé devant l'arche d'alliance.

— L'avez-vous ici? demanda brusquement Kaufman. Montrez-moi le symbole d'union entre le ciel et la terre, et, à l'exemple de David, j'exprimerai ma joie ; mais, pour le moment, je ne vois que trois musiciens gris, en attendant qu'ils soient ivres, qui vous mettent en mouvement ou vous arrêtent à volonté comme des marionnettes dont on lient les fils.

— Oh! excellent! s'écria Wrangel. Entendez- vous

cela, chers amis, et vous, mesdames? On nous compare

à des marionnettes qui dansent pour le plaisir des

bonnes d'enfants et des portières... Mais, en tout cas,

la parade n'est pas coniplètr> . mon cher apôtre ; je

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veux bien être Hanswurst, et vous serez, si vous voulez, le commissaire... Mais il faut, de plus, le diable; le diable est de rigueur ; il nous manque le diable.

• — 11 y est, dit Jorg avec un sérieux que ne purent, ébranler les éclats de rire de Frédéric ; il y est, monsieur le conseiller, non pas à découvert comme dans le drame qui amusait votre enfance , mais caché , sournois, hypocrite et baissant la voix. Je pourrai même vous dire au besoin ce qu'il fait.

— Vrai ! interrompit Wrangel, qui riait toujours ; eh bien, pardieu! je serais flatté de savoir...

— Il travaille à séduire une femme, reprit Kaufman , dont l'œil s'était fixé sur Frédéric.

— Ah bah !

— Il est de votre taille : il porte un habit comme le vôtre, et tout à l'heure il a pris le livre qui est là.

— Cette Bible ?

— Oui, le livre saint, qui sert à une correspondance coupable.

— Comment savez-vous ?

— J'étais tout à l'heure dans le jardin, près de cette fenêtre, et le rideau entr'ouvert m'a permis de tout voir. C'était vous!

— Moi?

— Vous avez pris cette Bible, vous l'avez ouverte pour y cacher une lettre.

— Comment ?

— Silence ! voici Rudolphe !

" Mais cette précaution tardive était inutile, le pasteur avait tout entendu. Il demeura d'abord cloué à sa place en entendant les paroles de Jorg bourdonner à ses oreilles sans pouvoir s'en rendre compte ; mais bientôt la lumière se lit dans son esprit; de vagues soupçons y roulaient depuis le matin comme d'orageuses nuées; ce fut un éclair qui les enllamma. Cependant il hésitait encore, son esprit ne pouvait accepter cette explication horrible. Il regardait autour de lui, effaré et incertain, comme s'il eut cherché la preuve de ce qu'il devait croire. Dans ce moment, madame Dalchid, qui allait de groupe en groupe distribuer des compliments pour en recevoir, et qui essayait au passage, devant chaque mi- *roir, ses regards et ses soarir js, se trouva devant lui ; il tressaillit, un doute traversa sa pensée : si c'était elle!

La femme de Tex-banquier ne lui laissa pas le temps de discuter la vraisemblance de sa supposition.

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— Eh bien , qu'avez-vous donc, cher coiishi? dit-elle en appuyant une main sur le bras de Rudolphe avec une câlinerie caressante; vous restez là tout rêveur !... Songez vous par hasard au discours que vous devez adresser tout à l'heure à vos disciples ?

— Ah! pardieu! je l'avais oublié, dit Frédéric en s'approchant ; c'est ce soir qu'a lieu la réunion... Si nous y allions tous I

— Oui ! oui ! crièrent plusieurs voix.

— 11 y aura foule, ce sera amusant, fit observer Dorothée.

— Et nous danserons en revenant, ajouta Wrangel.

— Mais sur quoi Rudolphe doit-il prêcher? demanda deLeuthold.

— C'est juste! Quel est votre sujet, mon cher précurseur ? s'écria Frédéric.

Ruçlolphe le regarda.

— Mon sujet? répéta-t-il d'une voix tremblante d'émotion ; vous voulez le connaître?... Ce sera la trahison de Judas.

Tout le monde parut surpris.

— Oui, reprit le pasteur, dont le regard se promenait autour de lui , j'appellerai la malédiction de Dieu

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et des hommes, non-seulement sur le lâche qui vend son maître pour trente pièces d'argent, mais sur tous leslutlas dont la perlidie triomphe: sur celui qui se glisse au foyer domestique comme le serpent dans le paradis terrestre, et qui fait cueillir à la femme séduite ce fruit défendu de l'honneur. Je le montrerai, le sourire sur les lèvres, la main tendue vers l'ami qu'il trompe, portant son infamie comme une couronne, et, pour prononcer .sur lui l'anathème, je n'aurai qu'à répéter les paroles mêmes du livre saint...

Il courut à la Bible déposée sur le guéridon et voulut l'ouvrir; mais le fermoir résista.

— Prenez garde! vous allez tout briser! s'écria Dorothée.

— La clef! demanda Rudolphe précipitamment.

— Ma cousine doit l'avoir.

— Ainsi, c'est à elle?

Il se retourna vers Lina.

— La clef, madame? répéta-t-il hors de lui.

Mais Lina, avertie par un geste de Raphaël, avait tout compris et ne pouvait répondre.

— Vous refusez ? s'écria le pasteur.

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Et, entrouvrant le livre avec violence, il fit sauter le fermoir de vermeil.

La lettre de Raphaël s'échappa des feuilles brusquement séparées et vint tomber à ses pieds.

Il y eut un mouvement général. Stankar et le comte pâlirent; Kaufman fit un geste de stupéfaction ; Lina, qui s'était levée d'un élan, se laissa retomber sur le fauteuil.

Millier regarda un instant la lettre, comme il eût fait d'une vipère roulée à ses pieds ; puis , la relevant :

— Tu avais bien vu, Jorg! dit-il avec un cri. C'était pour' elle... Ah! je saurai donc enfin la vérité!

Il brisa le cachet d'une main crispée : il déploya le papier et voulut lire; mais le major l'arrêta.

— Vous ignorez qui a écrit cette lettre, dit-il, à qui elle est adressée ; vous n'avez pas le droit de la lire.

— Laissez, interrompit le pasteur.

Stankar avança brusquefnent la main et la lui arracha. Mùller poussa un cri.

— Malheureux! bégaya-t-il les deux bras levés.

— Oubliez- vous qu'on nous regarde? dit le forestier tranquillement.

Riidnlphe recala éperdu ; Stankar s'approcha du poêle et jeta la lettre dans les flammes.

Au même instant, l'horlof^e sonna huit heures, et Jorg posant la main sur l'épaule de Jean lui dit gravement :

— Les ahsvériens nous attendent à l'église du Wort.

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