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demaadée par des adniirateui*s du ministre de Waldbacb , et qu'elle avait été promise.
M £t, j'en suis sûr, reprit Rodolphe, Obei^ 9 lin sera assez modeste pour l'accepter..... » Changeant de sujet sans cesser de s'occuper du ministre I M. de Harr dit à M. Daniel : a II me » semble avoir entendu quelques paroles de T» M. Oberlin que des rigoristes pourraient trou- » ver entachées d*hérésie ; il me parait ne pas » croire à l'éternité des peines, et par consé*- » quent il admet un purgatoire. — Il est vrai, «répondit M. Legrand, la bonté de son ame » l'empêche de croire que Dieu punisse pour n l'éternité. 11 a composé une espèce de tableau » des demeures qu'il suppose exister au ciel, » et Ta coordonné avec les différentes parties du » temple de Jérusalem. Le consistoire a été un » instant alarmé de ces innovations; mais il n^a » pu changer l'opinion d'Oberlin et l'a renvoyé )) au Ban de la Roche , pensant au peu d'impor- » tance de l'hérésie du pasteur, comparée à ses » immenses bienfaits. Je ne dois pas oublier, D dit M. Legrand, de vous parler encore d'un » établissement de l'utilité la plus grande , qui » fut bientôt fondé aussi par M. Oberlin : c'est » une caisse de secours oii les habitans viennent » puiser dans leurs besoins imprévus. Us doi- » vent être exacts dans le remboursement, soii^
' » peine d'être privés > pendant un certain tems ,
M de la fiiculté d'emprunter de nouveau. M. Ober-
I » Un vit bientôt qu'il arrivait que^ malgré ac»
9 précautions , quelques sommes se perdaient n par l'insolvabilité absolue des débiteurs ; alors )) il forma un fonds d'amortissement pour parer à 1^ cet inconvénient. » M. Daniel parlait avec nu grand plaisir des bienfaits d'Oberlin y et celui que Rodolphe éprouvait k l'entendre n'était pas
I moindre que le sien. Plusieurs fois le nom
> d'Henri Oberlin avait été prononcé avecatten-^
drissement par M. Daniel $ ils étaient devenus amis le premier jour qu'ils se connurent. Ro^
( dolphe lui demanda quelques détails sur le jeune
fils d'Oberlin ^ dont plusieurs fois déjà il avait entendu déplorer la perte ^ et M. Daniel con^ tenta son désir ett lui parlant ainsi : « Henri % Oberlin avait montré de bonne heure uti goût
^ 1» piH>noncé pour l'étude ; quand son âge le per*
» mit> son père l'envoya à Strasbourg. Arrivé s dans cette ville , Henri visita les amis de sa » Emilie ; l'un d^euit lui parla des sacrifices que
^ » son instruction allait coûter à son père , acca'<-
i) blé déjà sous tant dé charges différentes. Aus^ » sitôt Henri renonça à l'avenir qu'il é'était plu « à eppérer; et, au lieu de eultiver les lettres et
^ »4es sciences, il se mit en apprentissage ohes
» Un tourneur. Dès que M» Oberlin apprit cet
( »o9 ) » excès tle délicatesse de son fils ^ il ne consentit
V point à en profiter et vonlnt que Henvi suivît
Y la Yocation à laquelle il se croyait appelé. n Henri travailla avec ardeur; mais plus tard la » conscription Tenleva à ses études chéries^ » Toujours résigné aux sacrifices, il partit pour » Tal^mée. Déjà il avait perdu son frère aine , » atteint d'une balle qui lui traversa le cœur; » mais ridée de la mort ne fit jamais chancelet* » son courage. Il avait des connaissances en » niédedine : M. Persil, à qui il futrecommandé, » le fit officier de santé. Dans ses voyages il passa » à Zurich , et il devint l'ami de Lavater. Phis n tard il retourna à son cher Ban de la Roche-; >> il y conçut un profinnd attachement pour une » jeune pensionnaire de son père ; mais dès obs^*- » tacles vinrent empêcher une union qui était D assortie, et qui sans doute eût fait sa félicité » et prolongé ses jours. Henri ne se permit pas » un murmure; mais la profonde douleur qui » remplit son oceur tourna alors tpuies ses pen« » sées vers l'éternité, et bientôt il ne trouva » plus de charmes qu'aux idées religieuses. U » fut quelque tems supérieur du séminaire pro«^ » testant de Saint-^uillaurâe à Strasbourg; en^ » suite il fut appelé à Riga , oii Téducation des 9 en&ns d'un seigneur russe lui fut confiée. Là » il connut l'auteur de f^alérie , la célèbre
ijk
( IIO )
» M"" de Krudener^ dont se moquent y sur la foi » de quelques personnes frivoles , tant de gens » qui ne^ connaissent d^elle que son nom. Au » bout de quelques années , Henri revint en » France pour ne plus en sortir. A son retour^ m sa santé nous parut altérée ; ses chagrins et ses V austérités^ qui allaient toujours croissant, ne \ » nous donnaient guère d'espoir de la voir se
» raffermir : mourir était le premier de ses dé- » sirs; mais en attendant l'instant fatal , il trait vaillait à son salut , selon les paroles de TÉeri- » ture, avec ardeur et tremblement. En 18149 il » reçut les ordres sacrés et revint ensuite aider )i son përe chéri dans ses travaux. Il était aimé n de tous les faabitans du Ban de la Roche , qui » espéraient le voir succéder à celui qui lui » avait donné le jour. En 1816, il remplit dans » le Midi une mission de la Société Biblique, et )i porta la parole évangélique au milieu des poi* » gnards des assassins. C'est dans le courant de n ce voyage que la sainte de mon ami se perdit vt sans espoir ; mais à mesure que ses forces di-- » minuaienty son zèle semblait augmenter. Il » revint au Ban de la Roche; et , quoique dévoré » par une fièvre lente , il visitait les pauvres et » parcourait nos montagnes dans ht neige ou au » milieu des brouillards. S'il y avait un incenu die^ il était sur les lieux le premier, et choi-
( tu )
nr sissait toujours le poste le plus dangereux. La » maladie qui le consumait dompta enfin toutes » ses forces^ et^ pour dérober à son père la vue » de ses souffrances , qu'il prévoyait devoir être » longues et eruelles , il se retira chez son frère, ^ pasteur àRothau, oii^ chaque jour, son mal n fit de nouveaux progrès. Quand Henri sentit » que la mort était proche^ il demanda à re-^ » tournera Waldbach. La voiture de mon père » fut envoyée pour le chercher; on l'y plaça » avec peine. M"* Oberlin, sa belle-sœur, le ï^ soutint d'un côté, Louise Schoepler de Tau-* » tre; et, toutes les dispositions étant prises » pour lui rendre ce court voyage le moins pé-» » nible possible, la voiture avança lentement ^ » précédée et suivie d'une grande partie de la » population, qui pleurait en marchant. Le len- » demain, commença son agonie; elle futdou^ » loureuse. Il s'écria plusieurs fois ; <( Est-^il
» donc si difficile de mourir! » Mon Henri
» conserva toute sa présence d'esprit jusqu'au >: dernier moment. Près de cet instant solennel^ » il appela son père , ses parens et ses amis , qui )) étaient présens ; il serra la main à chacun de » nous, et nous dit: «A revoir dans l'éternité! » TU Un moment après il poussa un soupir, et il )> expira après avoir prononcé d'une voix faible : (( De la mort à la vie! »
- En finissant oe douloureujK; pécii; M- ]>iinîe4
essuja des larmes qui s'étaieqt échappées^ et I retitirâ avec son hôte. Le bon pasteur venait
I d'arriver^ et recevait avec s^ection les marques
d'attachement de la famille groupée autour de lui. Le dîner fut bientôt servit Pendant le re-r
pis, la conversation fut souvent animée par une douce gaîté dont Oberlin donnait l'exemple; mais elle garda toujours une teinte iporale et religieuse* Pes gens du monde, qui, des salons de Paris I se seraient trouvés tran$portés $iu sein de la fiimille Legrand, auraient san^ doute trouvé bien ennuyeux et bien ridîeule un entretien oii là médisance ne trouvait point de place , et d'où les frivolités de la bonne compas Ipiie étaient exclues. Autrefois Rodolphe eûl pensé comme eux, mais aujourd'hui ses idpes étaient changées* Il croyait pourtant voir Qhex «es hôtes trop d'exaltation religieuse; maist eo \ Y réfléchissant,, il 'finit par changer d'idée.
r 11 Qui peut on effet, se disait^il , être parfait e^r
; * p ment convaiucu que Dieu , pour nous sauver
|. M de là condamnation éternelle , encourue par
i » nos vices et nos crimes , s*'est fait homu^e , a
» vécu au milieu des hommes, a souffei^ le
» supplice le plus douloureux et le plus infa^-
' w mant, et ne pas porter à Dieu cet aniour sans
» bornes , seule condition exigée par lu} pour
» un. ai inunense bienfait? Ah I ae disait-il , sk » cette croyance était profondément, inébran- » lablement gravée dans mon cœur, je n'aurais » de pensée que pour Dieu ^ tout ce qui n'est r> pas lui , ou ses ordres , ou ses bienfaits , .me » semblerait au-dessous de moi, et je n'aurais de- » vaut les yeux , dans le reste de mon existence n ici-bas , que le moment qui m'en débarrasse- » rail et m'ouvrirait le ti*ésor inépuisable ^es » joies éternelles... Oui, je serais exalté comine » mes hôtes, comme Oberlin, .et sans doute » beaucoup plus encore qu'ils ne le sont. Et » qui pourrait même sourire de cette exalta- » tion , quand on voit ses résultats? Jamai« » la philosophie, jamais l'amour seul.de la » vertu ne produira les miracles opérés .de— 1» puis cinquante ans au Ban de la Roche! Une » foi vive , profonde , en est seule, capable ! »
Un service funèbre rappela bientôt le ministre au temple, oii iVl. de Harr accompagna la famille Legrand. C'était une fenime que l'on portait à sa dernière demeure. Quand les priè-< res furent terminées et que le corps fut sus-r pendu sur le bord de la fosse, Oberlin prononça ces paroles : « Oii est maintenant celle » que vous pleurez? était-elle déjà m,ùre pour » être recueillie en paradis? Ah ! mettons-nous
» en sa* place ^ et que chacun de nous se fassfi
f>. cette demande k soi-même : Que serait-ee si ^ nous étions enlevés cqmme elle si soudaine- » Wient ? Vos affaires ffont- elles arrangées ? vos D iampea sont-elles allumées? vos pieds sont-ils » chaussés pour partir ? vos ceeurs sont-ils purs? « VBS fruits enfin sont-ils ceux de Jésus-Christ ? » Ah ! quelle frayeur nous prend k cet instant il solennel ! Eh quoi ! je meurs ! ma vie préparait toire peur Téteruité est finie! finie avant que 3» j'aie sérieusement pensé a me préparer! Je ne M suis ni régénéré, ni converti à Dieu; mon » ame est encore pleine des sentimens du n monde ! Ah! chers amis , ce n'est pas la faute n de notre Sauveur si nous nous laissons sur- » prendre ; combien ne nous exhorte-t-il pas à » nous tenir prêts? Veillei, dit-il, veillez, car » la mort viendra quand vous n'y penserez pas.» Rodolphe tressaillit k ces paroles , non qu'il eût déjà entièrement embrassé la religion qu'Ober- Kn avait fait briller k ses yeux; mais il. sentait qu'en ce moment, si la vie lui était ôtée, il pa^ serait k une autre existence chargé du poids de son injustice envers Élise, et sa résolution de réparer ses torts sans délai s'affermît encore dans son cœur.
Le service était terminé; mais , avant de retourner k Waldbach, le bon ministi^e rassembla les garçons adultes de Fondai devant l'église.
Au milieu du cercle respectueux cpiiïê faisaient autour de lui , il les entretint de quelques nou* veaux procédés de culture » et finit en kut^ adressant cette exhortation paternelle :« IMfes ti chel^s enfans , appliquez-vous à apprendre des » choses honnêtes et utiles ; évites les paroles te oideusea; soy^s zélés pour les bonnes œuvres | I» ménagesB pour jouir du plaisir de faire dubien> u en commençant par vos parens dans le be«* » soin. AmasSez^^vous ainsi des trésors de béné- » diction pour le tems et la durée de TOtre ma^ » riage» Me recherchez pas la vue des jeunes s filles^ pour que vos yeux ne vous séduisent » pàs^ et ne vous rendent pas amoureux pour » votre malheur. C^est de la main^ de Dieu, vo* » tre père céleate , qu'il faut tâcher d'obtenir » voti*e épouse; en vous conduisant ainsi ^ vous » obtiendrez celle qu'il vous a destinée^ qu'il a » fait naître pour vous , et avec laquelle votre » féliiâté sera permanente dans les siëdes de * l'éternité; » Le ministre s'arrêta eh pronon-^ çani ces dei*niers mots , dans lesquels son hète ci*ut reeônnakre une des ei-oyances des hemu*^ t«tt^ secte qui passe pe<ur exaltée en AHema^^ne, oii elle donne l'exemple de la vertu et de la piété la phis féconde.
Cette journée^ que Rodolphe trouvait labo^ riei|s«^ pour OberHw, tandir que I»ÎHwém« i?e
lu considérait que comme un délassement dé ses fatigues ordinaires^ cette journée allait finir; le ministre proposa à M. de Harr de retourner à Waldbaeh , et tous deux se remirent en marche ^ après avoir pris congé de la famille Legrand. En remontant le vallon ^ Rodolphe prévint son hôte qu'aucune réflexion n'avait pu détruire l'impression qu'avait produite sur lui leur entrevue du matin. « Je pars demain ^ je » pars au point du jour, ajouta-t-it; heureux )» si Dieu , pour nie punir de mes coupables ir- » résolutions , n^a point creusé un abîme entre » la faute et la réparation. » Oberlin lui serra la main en silence , et bientôt ils se quitteront en pensant tristement à la séparation plua longue qui allait commencer le lendemain.
Rentré dans sa chambre , Rodolphe se plaça encore une fois à sa croisée , ouverte sur cette heureuse contrée k laquelle l'univers devrait ressembler. Il s'occupa tour à tour d'Élise, de la joie que son retour allait lui causer, de son fils f qu'il parait des grâces de sa mère , et de cette tendre et pure religion qui élevait Oberlin a une si grande hauteur au-dessus des autres hommes. Bientôt ce dernier objet l'absorba tout entier. Il passa en revue tout ce que le monde ifnet à la place d'un pur christianisme. A ces innombrables systèmes , à tant d'hypo-
i. «•7 ) thèses plus ou moins ingénieuses , il demanda le perfectionnement de Thomme, Tabnégation de soi-même t l'amour du prochain , la destiner tion de Tégoïsme ^ le mélange d'un mérite infini avec une humilité profonde ^ la résignation à l'injustice et au malheur^ des consolations puissantes dans, l'adversité, et enfin l'attente tranquille de la mort ; mais ce fut en vain > le mystère qui fait la foi du chrétien put seul lui présenter ces avantages réunis. Cette croyance seule avait à ses yeux toutes les conditions qu'une religion doit remplir pour être utile et précieuse au cœur de l'homme, dans toutes les circonstances de son voyage ici-bas , dans toutes les épreuves de son étonnante existence. Alors il ouvrit le livre qu'Oberlin lui avait donné , et le sermon de Jésus sur la montagne s'ofirit à ses yeux. Il ne le lut pas, il le dévora. Chaque phrase, chaque précepte lui causait une admiration qui faisait ruisseler les larmes sur son visage. Rempli de cette émotion profonde, il se prosterna, et prononça à la face des étoiles cette prière que le Fils de l'Homme enseigne à ses disciples : « Notre Père qui êtes aux deux, et » qui voyez partout jusqu'au fond des abîmes et » des cœurs, que votre nom soit sanctifié. Appre- » nes-moi à vous révérer, à vous adorer. Qu'à » chaque instant, en regardant dans mon cœur,
» je vous Y irùn\e avec vos bienfaits et votre )^^ majesté. Que voire "volonté soit faite sur la » terre comme dans les deux. Qu'à la Tue des 9 eorps célestes que votre ordre fait inarcher^ 1* mou cœur se soumette k tout ce qu'il vou»
» plaira de lui< imposer ! Donnez^nous notre pain "A quotidien. Accordez<-moi les biens qui me sont 1» utiles ici-baSy et surtout la nourriture de l'ame. H Pardonnez-^ous nos censés comme nous les ^ pardonnons à ceua? qui nous ont offensés. Otez » de mon cœur foute espèce de ressentiment :
» que mon ennemi soit mon frère; donnes à 1» mon cœur une étincelle de cet immense foyer n d'indulgence I qui n'est jamais épuisé cbezy TOUS > malgré nos fautes et nos crimes* Ne )» rums abandonnez point dans la tentation^ mais n déliçrez-^nous du mal... Dieu ! dorénavant n domiez-moi la connaissance des pièges aux* » quels j'ai été pris si souvent; et la force àe % les éviter; soutenez-moi dans ces momens ci» » la pente est si glissante* Délivrez-moi des idées » coupables auxquelles je m'abandonne par*-.
9 fois^ car le mal vient à leur suite. mon » Dieu! accordez-moi ces bienfaits pour lesquels n 'Uion cœur vous implore ; car c'est à vous seul « le règne ^ la puissance et la gloire à jamais , » car vous seul êtes de tous les tems , vous seul I» ayez un rh^ûe infini , à vous^ seul appartient
f ng )
» une puissaiicc sans boi^&es, vous seul êtes » fMirfoit / vous seul avez la véritable gloire qui tt ne meurt pas avec les empires qui s'éoroulenf^^. » mais qui survit à tout, et, de siècle en siècle^ w se perpétue plus éclatante. » En se relevant y Rodolphe sentit un calme bienfkîsant qui pénétrait son ame , et s endormit enfin au milieu des plus douces pensées , qui présidèrent en-^ core à ses songes.
Le lendemain Taube a peine blanchissait le faîte de réglise de Waldbaeh ^ quand un char^ à-*banc s'arrêta à la porte du presbytère^ Aiissitôt M. de Harr quitta sa chambre, et entra dans* celle du ministre , qui était déjà debout depuis une heure : « Adieu , mon père , lui dit Rodol* » phe, je pars, je vais marcher à la lumière qu0 » Yom» ave2 fait briller à mes yeux.. Vous avez )» feit de morun homme tout nouveau. Puisse-» « je persévérer dans la route oit je viens d'en^ » trer ! Mais , hélas ! quand votre voix ne se fera? Tt plus entendre k mon oreille ^ quand votre )» doigt ne me signalera plus les éoueils qu'il )> faut éviter, je tremble de rentrer dans le ehe-^ » min que j'ai suivi jusqu'ici. Ma (bi a besoin V de s'aflFermir relie nr étonne encore. Je sens ^ que j'ai encore besoin de vos exhortations ^ de » vos entretiens, et surtout de vo^ exemples. y^ 1j€ Ban de la Roche me reverra , je l'espère^^
^ En attendant , mon père, pi*enez cet or^ cfccmt V vous faiteg un si noble usage. Laissez*moi r; concourir an bîen-^être de votre grande fà-> » mâle. VeuUles aussi faire remettre cQtte boutée w à la veuva du pauvre Israélite qui est nim*t » avant-hier à JPoudai. Je n'ai pas besoin de vou» » dire pourquoi je m'intéresse k elle. >y Le mi-' nistre promit à Rodolphe de remplir 9es intdn-^ tions f et le suivit jusqu'à la voiture qui l'attendait. Louise vint aussi lui adresser ses adieux « Il les serra tous deux dans ses bras . et s'élanea sur le char qui ^attendait. La rapidité de sa course l'eut bientôt dérobé aux regards d'Oberlin> et quand il l'eut perdu de vue^ il rentra en suppliant Dieu d'appeler tout-à-fait à lui le cœur de l'hôte qui le quittait.
Un peu plus de deux mois s'était écoulé depuis le départ de Rodolphe. Le. ministre de Waldbach était seul dans sa bibliothèque; il était vêtu d'un habit noir, et sa tête vénérable, que l'âge avait dépouillée, était couverte d^un honnet d'une éclatante blancheur* Ses regards erraient autour de lui sans pouvoir se fixer; il était dans cette position (que tout homme a connue) où l'on veut en vain arrêter ses idées vagabondes. Sa vue se porta tour à tour sur le soleil près de quitter le vallon, etsur les coteaux derrière lesquels il allait disparaître f puis bien*
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tôt, la. ramenant dans rintépieui* de son appartement, il la promena long- tems sur la phiiAe avec laquelle M. de Marnésia signa la transactien qui mettait 6n à un procès ruineux pour l^eBan de la ildcjie > sur les livres sacrés ouverts srur son bureau, sur un crâne étiqueté avec soin selon la doctrine de Gall, sur les nombreux minéraux reeueillia dans ses courses, sur le portrait de Lavater, sur les cartes et les dessins enluminés par ses jeunes paroissiens, et sur une lettre de M""' de Krudener. Enfin, revenu à lui par un effort de volonté , il avait rappelé son attention qui s'écartait, ouvert la Bible et élevé son ame k Dieu.
Tout-à-coup il est tiré de ses hautes rêveries par un bruit inaccoutumé; les pas de plusieurs personnes se font entendre; le bruit approche , sa porte s'ouvre, et Rodolphe de Harr se jette dans ses bras. Pendant quelques instans, son émotion Tem pêche de parler, mais enfin il retrouve la voix :*« Oui, c^est moi, mon père. Je » vous amène mon Élise, qui $ait que c'est à vos )> conseils qu'elle doit l'honneur et un époux » qui l'adore. »
. Une jeune femme, d'une beauté peu commune, donnant la main à un enfant comme ceux de TAlbane, montait en ce moment les degrés avec quelque hésitation. « La voici ! s'écria Ro-
( laa ) » dolphe; p€rmctte«-lui de Tjenip VDtis rendre » grâces^ » Oberlin s'avança au-^eyarït d'Êlifte : «Venez, ma fille^ lui dit-il; permette* a rami » de votre époux de vous donner aussi le baiser » de paix. » Élise fléchit un genou devant W ministre, qui la releva en l'embrassant. « Si vous^ » me devez quelque reconnaissance^ vous me t nia prouverez en faisant le bonheur de votre
' » époux. Et ce cher enfant, » ajonta^^t^il en atti-^
I i*Wtà lui le fils de Rodolphe, qui se cachait
derrière sa mère, « qu'il sache aussi que je f )i Taime tendrement. » Quand ce premier mo--
^ ment de surprise et d'émotion fut passé , Ober-
lin s'assit entre Élise et Rodolphe; et prenant
lé petit Oscar sur ses genoux , il demanda à son
ancien hôte de lui confier ce qui lui était arrivé
^, depuis son départ de Waldbach; Empressé de
satisfaire le vieillard, M* de Harr prit ainsi la parole i
« L'impatience que j'éprouvais de retrouver » mon Éiise me fit marcher avec la plus grande ) » vitesse. Le cinquième jour de mon voyage
\ » allait finir, quand j'aperçus les tours de Saint-^
^ » Etienne. Entré dans Vienne, j'ordonnai au
f » posjfciUon de me conduire chez les amis d'É-
^ n, lise« Mon image n'était point testée dans'
» leur mémoireté Je me nommais et tremblant . 9 de crainte, je leur demandai des nouvelles
» d'£lîse«.« Le eîel me lavait conservée* Je les n assurai que je venais dans Tintentioa de m'u* 9 nir à la fille de Samuel , et les suppliai de me n conduire aussitôt près d'elle. Mardochée ne » voulut point me mener chez sa jeune amie » sans avoir pris ses ordres, et force me fut de » remettre au lendemain matin le bonheur que » je m^étais promis pour le soir même. J'écrivis » une lettre , que je m'efforçai de faire courte , n afin de ne pas apporter de délai a la mission » dont se chargeait. Mardochée, et je me fis con*^ w duire à l'hôtel oii j'avais déjà logé à mon pre- » mier voyage en Autriche.
» XiC lendemain matin, mon përe, j'avais revu n mon JÉlise et mon fils ; j'avais goûté une de )» ces heures de félicité, qui nous dédommagent » de longues années de douleur , une de ces » ivresses qui consumeraient la vie en quel-** » ques jours si elles pouvaient se pi*olon^ M ger. Dès que ces premiers momens furent n passés, je jetai les yeux autour de moi, et « les regrets, je dirai même la honte, vinrent » me déchirer le cœur. Tout ce que j'aimais^ » cette Élise, qui méritait un empire , habitait )i une chambre étroite et presque démeublée;, » les objets de travail qui lui procuraient sa » subsistance et celle de mon fils étaient de^ 1» vaut mes regards , et me traçaient le tableau
» de l'exiâtence d'Élise depuis notre séparation. )» La somme considérable que je lui avais fait » remettre par Mardochée était intacte dans le » seul meuble qui se fermait dans la chambre. 9 Mon cœur était déchiré. Élise ne m'adressa » pas un reproche, elle chercha au contraire » à me réconcilier avec moi-même. Bientôt » elle connut toute mon existence depuis np- » tre séparation; elle sut toutes mes hésita- » tions 9 toutes mes tortures , et Falténition » de mes traits confirmait mes paroles ; enfin » elle sut par quelle faveur du ciel j'entrai » dans ce canton fortuné ^ je reçus l'hospita- 1» lité de son ministre ^ et comment sa vertu , » son exemple et ses conseils firent de moi » un homme tout nouveau. Élise , heureuse » autant que moi , désira cependant que no- » tre mariage n'eût lieu qu'un mois après » mon arrivée. Elle ne me dit pas qu'elle vqu* » lait ainsi épi*ouver la force et la constance ,de » ma résolution; mais je le devinai , et n'ayant » pas le droit de blâmer cette précaution , j'y D souscrivis sans murmurer. Je fus même obligé » de souffrir que , pendant ce mois qui me )) sembla un siècle ^ elle continuât à habiter son D humble asile. Enfin , convaincue de la sin- » cérité de ma tendresse et du. triomphe que » j'avais lemporté. sur mes préjugés ; sûre
» qu^aucun regret ne se mêlait à 'mon amour ^ » Élise devint mon épouse y et fut aussi heu- » reuse qu'elle pouvait l'être avec l'idée tou- 1» jours présente du malheiir de son përe su- » bissant une peine infamante.
» Un soir^ l'ami qui lui a,vàit été si fidèle >» demanda k la voir. « On assure, dit- il en >» entrant, qu'une joie trop forte peut causer de grands malheurs , c'est pour les éviter » que je viens prévenir M"* dé Harr qu'un » événement vient d'arriver qui lui causera une » vive émotion. — Mon père ! s'écria Élise. — ^ II est innocent, ajouta l'israélite. — Je lie sa- » vais, dit-elle. — Oui, mais seule vous le "» pensiez ; tandis qu'aujourd'hui son innocence » est juridiquement reconnue, et qu'il sort du » lieu d'opprobre oii il a trop long-tems gémi f » réhabilité par un jugement solennel.— Grand » Dieu !. s'écria Élise en tombant à genoux, je » te rends grâces! )> Ses larmes coulèrent par » torrens. Après les avoir quelque tems laissées » sillonner ses joues , elle demanda à Mardo*- » chée: a Quand le reverrai -je ce père chéri » de qui les ordres formels ont pu seuls me te- M nir éloignée ? OU est-il eu ce moment ? -^^ Il » s^est mis promptement en route pour Vienne ; )) il y arrivera bientôt, peut-être démain , peut- «être ce soir même. — Il eat ici, j'en suis
» sûre! s'écria Élise ; conduisez-*tnoî vers liii.D Y) En ce moment la porte s'ouvrit brusquement; » Samuel entra; sa fille courut a lui et tomba » dans les bras qu'il lui tendait. Immobile^ par- » tageant l'émotion de mon Élise ^ j^attendais » que les pi*emiers transports de joie du përe )i et de la- fille fussent paf^sés, pour adres- » ser la parole à Samuel, quand Élise, se dé- » gageant de ses bras , lui dit en baissant les * yeux : « Yoici M. de Harr. — Sous quel titre, i> demanda-t*il , monsieur )e bar6n de Harr » veut-il que je lui sois présenté? — Ajoutez, )> m'écriai-je, ati titre de bienfaiteur de ma » famille qui tous est dû déjà, celui de mon Tk père que mon co&ur se plaît a vous donner. » » Il me tendit la main , et à mon tour je le sei^ » rai dans mes bras. « Ah! mon père ^ continua )» Rodolphe en s'adressant a ObeHin> que les » préjugés de mon en^fance contre les juifk )i étaient alors loin de moi! »
» Notre cher petit Oscar venait d'entrer. A >> sa vue, un nuage passa sur le front dé Sa-^ » muel. Élise prit la main de son fils et se jeta ,D aux pieds de son père. Je ne crus pas indighe yi de moi de l'imiter en m'écriant : « C'est tiùîre » fils. Pardonnez<-mdi , je suis le seul coitpable ; » Élise devait croire que la promesse d'un hh^ » ron de Harr était sacrée. Satiiuël héàita queU
( «^7 ) n ques inatans; enfin il nous releva avec ten- » dresse y il prit notre fils dans ses bras, et, n après lui avoir prodigué ses caresses , il nous » dit : (( Mes enfans, oublions le passe. » Quels» que tems après le père d'ÉHse nous quitta » pour se rendre à Stockholm , oii l'appelaient » ses affaires , et surtout le désir d'y voir son )i honneur reconnu, et, quelques jours après » son départ, nous quittâmes aussi Vienne » pour venir, au Ban de la Roche, rendre grâces V k l'auteur de notre félicité. « L'auteur de votre » félicite j interrompit le ministre , est Dieu » seul: mes enfans, que vos remercîmens s'a- » dressent à lui. Âh ! pnissé-je bientôt vous >» voir tous deux reconnaître et adorer avec » moi s^ puissance et sa bonté ! »
De crainte de gêner le bon pasteur, Rodolphe , malgré ses instances pour le consei'ver au presbytère, s'était logé dans la petite auberge de Waldbach tenue par une nièce de Sophie Bernard. Mais chaque jour Élise et lui passaient plusieurs heures avec Oberlin. Souvent M. de Harr l'accompagnait dans ses courses fécondes en bonnes œuvres. La longueur du chemin disparaissait pour lui sous le charme de la conversation du ministre. Rarement leur entretien se terminait sans revenir sur la religion. Ce sujet intéressait vivement Rodolphe ; il souhaitait
avec ardeur cette foi vivifiante qui animait Obcrlin; mais souvent le raisonnement venait ébranler quelque colonne de l'édifice nouveau de sa croyance ^ et il s'écroulait alors jusque sur ses fondations. Un orgueil déguisé ^ une longue habitude d'incrédulité^ s'opposaient encore parfois a une conviction qui était si près de s'établir dans son cœur. Oberlin venait à son secoui^ ; il lui citait les hommes de génie que la religion avait touchés , tels que Newton , Racine, Fénélon^ Cuvier, remplis d'une foi vive et profonde. Ensuite il combattait les objections qui de loin en loin se montraient encore à la raison de son jeune ami^ et finissait par les renverser. La persuasion, la grâce découlaient de ses lèvres, et Rodolphe, en l'écoutant, le croyait quelquefois un de ces prophètes chargés d'une mission divine. Élise , heureuse par son père, par son fils et par son époux, respirait avec délices l'air pur du Ban de la Roche. Avec charme elle suivait Rodolphe sur les monts et dans les vallées de ce séjour pittoresque , et dans cette paisible contrée elle eût volontiers passé ses jours.
Chez le bon ministre, dans la famille Le^grand, elle entendait parler souvent de religion ; elle voyait chez eux une croysmce iné-* branlable, qui les consolait dans le malheur, et doublait leur joie dans la félicité ; une foi qui
(»«9> l«s portait à s'oublier pour ne s'occupi^r que du bien^ôtré des autres. Il était impossible qu'en écoutant tant de pieuse» paroles , eu voyant tant de bonnes actions , elle ne réfléchit pas^ quelquefois sur le. mérite d'une religiop qui pouvait produire de pareils résultats. Plusieurs fois elle s'était approchée d'Obcrlin dans le des-tein de lui parler de son désir de connaître sa croyance; mais sa timidité avait arrêté les paroles prêtes à sortir de sa bouche. Enfin , un jour qu'elle se trouva seule avec lui , elle s'enhardit , et lui dit avec émotion : « Mon père , » si je ne craignais de vous dérober des mo- » mens si précieux pour ce canton, je vous » prierais de m'expliquer la différence qui » existe entre ma religion et la vôtre. — Je puis, T» ma chère fille , Ini dit le ministre , vous ré*- » pondre en peu de mots : Nous croyons que le » Sauveur que vous attendez toujours est arrivé » il y a plus de dix- huit siècles. » Élise fut étonnée d'apprendre le peu de chemin qu'elle avait à faire pour être de la religion de son époux et des êtres vertueux qui l'entouraient. Mais elle ne pouvait faire ce chemin d'elle-même, elle pria le pasteur de lui accorder quelques momens d'entretien ; Oberlin consentit avec joie à sa demande. Après quelques conférences sûr ce sujet. Élise ne put résister a cette éloquence du cœur,
à. cette voix douoe et persuasive, à cette enthousiasme religieux qui distinguait le ministre de Waldbach, et quelques jours après, elle aborda son époux en Jui disant : « Aujourd'hui tout esf » commun entre nous : je suis chrétienne, w
Cependant la nouvelle du mariage du baron de Harr s'était répandue à Stockholm; on en parla un jour au roi , en croyant Tamuser aux dépens de Rodolphe; mais le courtisan qui Fa-^ vait reicontée en y ajoutant quelques circonstances de son invention, faites pour rendre cet hymen ridiicule , fut fort étonné d'entendre le prince s'exprimer ainsi : « M, de Harr. s'est » conduit en honnête homme ; qu'on lui écrive » que ^'approuve son mariage , et que je serais » bien aise qu'il revint en Suède , où j'utilij) serais ses talens au profit de son pays. »• On sut par l'intendant de Rodolphe le lieu qu'il habitait ,. et Ton s'empressa. de lui écrire ce qui s'était passé au palais.
Élise et son époux étaient près du bon pasteur , qfiiand arriva au Ban de. la Roche la lettrq' qui transmettait le désir et les paroleis du roi, Pès que. Rodolphe Teut parcourue, il s'écria : « TSoix, je pe quitterai pas ce coin d^ » terre fortuné pour Stockholm et la cour*..
}} Cei serait changer de galté de cœur une mer » tranquille contre qp océan agité. N'est-ce
» pa»v n>on Élise ? 'ajoute-^t^-il , nou» resterons
M à Waldbiich..è n<»us nous bâtirons uneehau»-
» mièreprès de nptre vénérable ami, et nous ^
;) continuerons a perfectionner nôtre ame par
D rinlluence de . ses paroles et de ses exem^- «
D pies; » Mon jeune ami, dit alors- Oberlin ,
d'une voix altérée par une vive émotion : ce J'ai
}) rarement été plus induit en tentation qUe
» dans cet instant; que Dieu m accorde la
I) grice d y résister ! Quoi I vous voules vous
» fixer ptès de moi I Quoi I je pourrais jouir de
i) la douceur de votre société pendant le peu » de l^tiïB qu'il plaira au ciel de me lasser dans i) ce monde I .Quoi p mon cber Ban de la Roche » vous compterait au nombre de ses habitans et » recevrait vos bienfaits... Quoi! tous ces avan-
» tages me sont offerts, et je dois les repous-
» ser ! — Oui, mon fils ,I)ieu me le commande,
» il veut que je vous retrace vos devoirs. Le ciel
» a voulu que l'homme vécût dans l'état de
» société pour lui dotinerToccasion de déployer •
M l'activité et le génie dont il l'a doué, et de
n montrer ses vices qu'il punit f et ses vertus
» quUl récompensé. Pour maintenir cet état d'as*
n Bociation^ Dieu a rais dans notre cœurPamour
» de notre pays ; tout homme a ressenti cet
M amour ; on n'est pas long-tems exilé des lieux
» ou l'on a vu le jour sans lès regretter... Les
^ peuples dont Fétat social est le plus in- » complet sont soumis à cette loi : Tlndien >} soupire pour ses savanes , le Nègre pour ses 9i sables brûlans ^ le Tartare pour ses steppes* ^ Le nom de patrie n'est pas un mot vide de j) sens. Je le répète, le lien qui nous attache k 3f notre pajfs est un de ceux que la main de » Dieu a serrés elle-même ; nous serions cou- M pables de . le rompre. Il nous est ordonné » d'aimer notre prochain , de lui faire du bien; » mais c'est en commençant par nos frères , nos » concitoyens. Ma vieille mémoire me rap- » pelle quelques vers de Dubelloy. J'ai beau- » coup aimé les vers, mesenfans: ceux-ci achè- >; veront de vous expliquer toute ma pensée à » cet égards
Je hais ces cœurs glaces et morts pour lenr pays , Qui , voyant ses malheurs dans une paix profonde , S'honorent du grand nom de citoyens du monde ; JP'eignent dans tout climat d^aimer Phumanite' , Pour ne la point servir dans leur propre cite'.
D'une voix émue, Oberlin ajouta : a Votre at- » tachement pour moi , la reconnaissance que » vous croyez me devoir, influencent votre dé"^ D termination. Mais songez que je suis bien 1» vieux, que bientôt, sans doute, Dieu me rap- 9 pellera à lui ; que ferez-vous dans cette con- » trée sans votre vieil ami?... Croyez-moi^ vous
» éprouveriez bientôt da regret du parti que
» vous auriez pris««. Au lieu d'un établissement '
» dans ce canton^ faites-y, quand vous le pourrez, "( \
» quelques voyages. Je vous en prie ; car moi- 4
» même je ne pourrais , sans la force qui vient
» d'en haut ^ m'accoutumer à l'idée de ne plus ';
» vous revoir. N'approuvez-vous pas ce que je
» dis • mon enfant ? » demanda*t-il à Élise.
Élise en soupirant avoua qu'elle pensait comme
lui. Le ministre pressa si vivement Rodolphe,
qu'il en obtint la promesse de partir prochaine*
ment pour la Suède.
Élise n'avait pas hésité à seconder les efforts du pasteur ; et cependant combien elle eût préféré au séjour de son pays et aux pompes de la coiir le Ban de la Roche et ses simples plaisirs ! . . . Elle tremblait à l'idée d'habiter la ^
Suède, oii elle s^attendait à se voir l'objet d'une curiosité malighe et générale; mais Rodolphe, pensait-eUe , finirait sans doute par trouver les journées bien longues dans ces montagnes , où <^
nul emploi , mille ambition ne donnerait car- '
rière à l'i^ctivité d'esprit que sa mélancolie f '
avait arrêtée naguère , mais n'avait pas détruite. « (
Son nom , son rang , ses biens , étaient pour |
lui à Stockholm une source abondante de considération , et ses avantages se trouveraient au
9«n âe ]a Roche perdus^ non seulement pour Wi i mais èni^oré pour soA filsl '
Enfin, le jour de la sépkràtiolK srrivft. Dès qu'il parut, OberHn réunit ses hôtes dans la aallè QÙ le dei^tiiér repas qu'^il allait leur offrir était préparé ^ar lès soini^ de la bonne Louise. Lé chagrin de se quitter tenait tous les yeux baissés. Lé déjeuner â'aohé Va silencieusement. Bès qu'il fut tcfmiihc, un simple char-^à-banc du pay% s'àrrâta à la porté du presbytère. Rodolphe avait laissé sa voiture et ses gens à Strasbourg; il n'avait pas voulu que l'aspect du luxé vint souiller, pour ainsi dire, le Ban delà Roche. Avant de sortir de cette maison , asile de paix et de vertu , M v de Harr et son Élise embrassé^ veàt là bonne Louise , ^^i, elle aussi, les vit |iàrtii* avec chagrih. Ensiiite ils^ s approohëren| d'Obèrlin et lui demandërettt sa béûédioiion. Le vieux ministre découvrit aloi^ sa tète véné** fable , et ^ d'une voix tremblante d'émotion , il ^écrra : u Cher Sauveur, daigne protéger et bé*«n nir ces jeunes gens; appelle à toi de plus en >) plus ces coeurs que tu as déjà touchés; faia ))'qiie chaque Jour, plus convaincus de ta jus^^ A'tice, de ta puissaiice et de ta bonté , ils metit tent en t6i toute leur confiance et leur amour» i^ que leur vie soit pure et que leur fin soit
plus loin. ÂIqfs Oberlin s^arrêta ; il serra de ; nouveau, les jeunes époux dans ses bras et s'é^
\ cria : a Adieu donc ! mes enfans ; pensez quel-
» quefois au vieux Fritz de Waldbacliy et don-r » nez-lui de vos nouvelles; chaque jour ses
* » prières s'élèveront vers le ciel pour faire des- ) i> cendre sur vous ses dons les plus purs. Adieu ! »
Rodolphe et Élise voulaient parler^ mais leur ' bouche contractée ne pouvait . articuler une
' parole; ils ne savaient que pleurer. Enfin,
s arrachant à ces douloureux adieux, ils s*élan- I cèrent sur la voiture, oii leur fils était déjà
^ monté, et s'éloignèrent rapidement. Oberlin
\ resta quelque tems immobile oii ils l'avaient
laissé ; mais sa vue fatiguée par tant de travaux
et troublée par les larmes ne lui permettant , plus d'apercevoir ses cfaers voyageurs, il poussa
un profond soupir et s'en retourna lentement
• au presbytère en disant : « Que la volonté de
Dieu soit faite !»
; Charles-^Jean : reçut le baron de Harr avec
distinction; il se fit présenter Élise, et Taci cueil flatteur qu'elle en reçut suffit à la cour et
) à la ville pour qu'on lui montrât, une consi*
I ^^ dération que ses nobles sentimens seuls lui mé-
ritaient si bien. Samuel ayant joui quelque tems de la vue des honneurs qu'on rendait à sa fille, quitta de nouveau Stockholm pour se
( -37) rendre k Francfort, oîi il avait long-tems sejouraé avant son malheur, et où bientôt il contracta un nouveau mariage. Il avait pardonné k lamour d'Élise et a la faute qui en avait été la suite ; il ne montra pas la même indulg^ence pour le changement de religion de sa fille, et quand il quitta Stockholm, ce fut avec le proj^ de n'y jamais revenir.
Rodolphe , honoré de la confiance du roi et d^ Testime de ses concitoyens, aimant son Élise comme aux plus beaux jours de sa passion, et voyant croître sous ses yeux les grâces et ]es qualités de son fils, Rodolphe était aussi heu** reux qu il peut être donné k l'homme de Tétine ici-bas. Il partageait son temsenti^ les fonctions que le roi lui avait confiées et les domaines qu'il tenait de ses përes. Aidé de son Élise, il s'occupait du bien-être des villageois qui habitaient sur ses terres; et^ dans les environs de Ja capitale de la Suède, il avait transporté une partie des institutions du Ban de la Roche. Partout le souvenir d'Oberlin le suivait et lui donnait le désir d'approcher de sa vertu; aucune de ses leçons n'avait manqué de porter ses fruits dans son ame, et sa eorrespondance avec le saint ministre aidait encore a la puissance de ce souvenir. Cependant, au bout de quelque tems, les lettres de Waldbach devinrent plus
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rares; bientôt une main étrangère les écrivit. Rodolphe fut alarmé; il ne put résister au désir d'aller revoir son vieil aini. Il proposa le voyage d'Alsace à Élise, qui y consentit sur-le-champ. Un jour du commencement de l'automne de 1826, M, de Harr, sa femme et son fils arrivèrent à Waldbach. Le tems était sombre; la tristesse était peinte sur tous les visages. Un triste pressentiment frappa les voyageurs. Ils se présentèrent au presbytère en tremblant; un inconnu l'habitait. L'ange qui, sous la forme humaine, avait doté ce canton de la fertilité et du bonheur, venait de dépouiller son enveloppe terrestre, et, déployant ses ailes d'or, il avait regagné les régions éthérées \
* La mort (rObciTin a répandu une tristesse profonde dans le Ban de la Koche et même dans les environs. A son convoi ont assiste, avec douleur et recueillement, près de quatre mille personnes , an nombre desquelles on comptait plusieurs prêtres catholiques. C^est dans le cimetière de Foudai que repose le bon pasteur. Une pierre rectangulaire recouvre ses restes; on y a grave son nom, et au-dessous on a ajoute : <i II fut » soixante ans le père de ce canton.» En suivant le contour de la pierre, on y lit encore ces paroles de la Bible : k La mémoire du juste sera en » bcne'diction. » Si le ministre actuel de Waldbach n'^avait pas succède .'I Obcrlin, son e'ioge serait dans toutes les bouches ; mais, après lui , qui peut-on louer ? M, Rauscher dont nous pailons a épouse la filïe du bon pasteur, efi'ijui on se plait h retrouver des traits et des qualités de son père.
^OTÀ. On poMt consulter, pour les détails qui manqueraient ici, la P^ic
d'Obctiùif recueil d'aune lu aie de documeiis sur ic bou [la^teur, lussctnblcs par M. Sltwber en un groa volume iu-S" ; el ta Promenades yilsticiennes y mince volume in-8**.