L. SCHOEPLER
Bien que le pasteur dut être en quelque sorte blasé sur les nobles et grandes actions qui lui étaient si familières , il n'en éprouvait pas moins d'admiration pour celles des autres, et ce ne fut pas sans émotion qu'il acheva la lecture de cette lettre. Quant à l'étranger , il écoutait le ministre dans une extase qui le tenait immobile ; il se croyait sous le charme de quelque féerie... 11 aurait été tenté de regarder ces détails comme inventés , si la simplicité et la candeur de celui qui les donnait ne lui eussent interdit le moindre doute, a Votre éton- » n'cment augmentera, continua Oberlin, quand
' En 1899, LouÎM Schoepler a reça le grand prix de vertu de M. de Monfhyon. Les cinq mille francs qiiVlle a tonchés ont été employas par ^Ue en actes de cbaritë.
t^nmm^mmmKKamerr» - ^- < . UW
» je vouH dirai que ma bonne Louise n'est pas » ici le seul exemple d'une vertu semblable. Je » viens de recevoir de la générosité de laSociété » Biblique de Londres un certain nombre de » saintes Écritures ; elles sont destinées , par » ceux qui me les adressent , à répandre la pa- » rôle divine parmi les femmes et k récompen* » séria bonne conduite^ le zële, la foi et la- » cbarité de quelques-unes... Je donnerai une )» de ces Bibles à une excellente femme nommée » Marie Schoepler^ qui demeure k Tune des ex-> » trémitésles plus élevées de cette paroiiBse^ oit » le froid est rigoureux comme h Pétersbourg et » le soh d'une stérilité désespérante. La pau- » vreté y est si grande que les pères de famille » se prêtent leurs habits quand iU approchent » de la sainte Cène. Marie est d'un caractère » distingué, d'une piété vive^ et, quoique pau«- » vre et souffrante , elle est 1» bienfaitrice , » la mère du village qu'elle habite et des ha*-. >i meaux voisins; elle tient une école gratuite , » oh tous les eufans de son sexe viennent s'in- » struire par ses leçons et son exemple. Sa seule » récompense ici-bas est dans la reconnaissance » de ses voisins et l'estime de son vieux pas- » teur^ mais quelle source de félicité lui est » ouverte dans le royaume de notre cher Sau- *î vcur ! .^. . Je donnerai une autre de ces Bibles.
x.à Catheriiiie .8oh«Â4eker , excellente veare^ M qui tient aiisai une école gratuite datiB sa ^:C0intau^ et que ses vertus rendent digne Il 4qs iplus gHe^nds éloges , q^i pourtant l'^éton^ V neraieiit beaucoup si elle se les Vo^fait ad^esv 9és...*é Une autre Bible 0st encore destinée*. • ». Pardon» dit-il ^n s'iater<*Qmpant., il «teait Ji> fatigant pour vous d^entendre la suite de DfQette énumérittion ; mais si vous véul^z .dietna nd^ni^.beures faire iinc promenade âtec m^ p tt aan^ ironë ensemble visiter une de d^ifemikies >^.reflf»e;ctables* » Rodolphe aecepta avec empr^A^no^ent la ^proposition /d'Obérlin , qui se retira dans sa bibliothèque jusqu'au moment i>ké.
.M« de.Harr, resté.aeul,. écrivit; et^ pour la prem^ foi» depuis loBg-tems , il n'épancha pokit dam^; an oèfrrespond^nQe sa misahtràpie et âon ^mertùme accoUtftmées. Il venait de fioir se» I^ttrea.| quand Louise lui aunonoa que M« le 9iilRstre laitendaiti HseleVa> et>fe.'Oonsidéi!ant a^cno le respect que sa vertu B^éritait » iLlasuivit jiisqu'àla bibliothèque « Ctt)erlin venait dé pmn- ^kre.deùx livres sur un itiyon; il èn^préaeata un à lîétrjuiger en le priant de l'acoeplèiven sou^e^ nir du :vfieux pasteur. .C'était un NoÛMcau Tes-^ t0meat>de la Société Biblique, a Ge divin livre^ 2^;à}OUta-»t--il^ a été mon guide , mon soutien ^.
» mon consolateur au milieu des.écueik, de»
») tentations et des douleurs de cette vie. Puis- » siez-vous y trouver tous les biens dont il a » été pour moi la source! » Rodolphe reçut avec reconnaissance le don de son hôte ; il ne comptait pas y rencontrer les mêmes secours , mais il se disait qu'à l'avenir^ dans l'abattement et dans la tristesse , il regarderait le présent du bon pasteur ^ et qu'au souvenir de toutes ses vertus il reprendrait courage et résignation. Ayant ensuite mis l'autre livre dans sa pocb^ , Oberlin sortit de la bibliothèque , et prit avec son hôte le chemin du village habité par la pieuse femme qu'il allait visiter.
La chaleur du jour avait encore peu diminué. Oberlin et Rodolphe marchaient en silence. Le premier le rompit bientôt en disant : <( Je dois vous parler de la personne cheik » laquelle nous nous rendons ; elle se nomme » Sophie Bernard '; des sa plus tendre jeunesse »*elle montra la bonté de son cœur, et quand » elle fut en âge de comprendre la parole » divine, la foi ne fit qu'accroître les senti- » mens de charité que sa jeune ame renfermait » déjà. A vingt ans , avec le consentement de
' Tout ce qu'on a placé dans la bouche d'Oberlin, dans cette Nouvelle a ^Ic prononce on écrit par lui , h peu près comme on l'a rapporté.
» ses parens , long-tems sollicité^ elle se char-- D gea de trois petits garçons » que leur père » maltraitait cruellement, quand ils luideman- » daient le pain qu'il ne pouvait leur donner.. » Peu après , elle sauva quatre enians catholi— » ques , qui sans elle seraient aussi morts de » misère. Alors se voyant chargée du "soin de h sept enfans , auxquels elle en ajouta bientôt M quelques autres , elle loua une maison et prit » une servante pour Taider; elle enti*etenait » toute la famille par le travail de ses mains et » par le peu d'argent qu'elle tii*ail de Tindus- % trie des plus âgés de ses enfans adoptifs aux- » quels elle apprenait entre autres choses à fi- 1» 1er du coton. Ainsi Sophie devint une béné- » diction pour le village qu'elle habitait. Il est )» impossible d'être plus industrieuse, plus pro- )» pre, plus frugale, plus portée a toute bonne M œuvre , plus douce , plus affectionnée , plus « égale d'humeur, plus édifiante par sa conduite » et sa conversation , plus gaie , plus résolue > M plus ferme dans les dangers que ne l'était So-* » phie.Cependantledémondumal anima contre >i elle quelques ennemis qui allèrent jusqu'à )» menacer de détruire sa vieille chaumière; » mais il plut a Dieu de la prendre en sa garde. » Un jeune homme d'une ame noble lui de- )> manda sa main j elle le refusa d'abord, mais
» il lui déclara qu'il n'aurait jamais d autre
» épouse qu'elle , quUl ne cesserait pas de lui <
)> adresser ses vœux, et que, dût-il attendre di^ <
» ans, il ne se découragerait pas. Voyant sa
» persévérance y elle lui dit qu'elle ne consen- i
» tirait jamais à se séparer de ses pauvres or-
» phelins ; alors il lui répondit : (( Qui prend la
» mère prend les enfans.» Après cette assurance ,
» elle ne résista plus , et les orphelins pour
» qui elle avait déjà tant fait furent soignés ,
» aimés par son mari comme par elle-'même.
w Depuis ,' ces bonnes gens ont encore adopté
» quelques autres malheureux enfans délaissés..
» Quoiqu'ils passent pour riches dans le vil-
n lage , leur revenu est si borné , leur charité
» si grande, que bien des fois ils ont de la peine,
» après avoir couvert leurs enfans adoptifs^ de
» se procurer pour eux-mêmes les vêtemens les
» plus indispensables.
» Eh bien ! monsieur de Harr, dit le ministre, » pensez-vous toujours aussi mal du genre hu- »main? — Je suis ici^ répondit l'étranger, » dans une contrée enchantée , ou les hommes » sont tous comme ils ont dû être dans cet âge « d'or que nous vantent les vieux poètes.— Non, » dit le pasteur, il y a ici des méchans comme n ailleurs. Cependant, grâce au ciel , ils sont i) rares; puis ils sont connus et fuis par le reste
A) des habitaos. Mais, croyez-moi^ ajouta-t-il^ )i YOU8 trouyeriez aussi , loin de ces monta-- H |;nes I des êtres vertueux , si vous preniez la >^peine de les chercher. — Peut-être , dit Ro- D dolphe f mais un vaste royaume ne présenten rait pas autant de bonnes actions que vous et n vos heureux paroissiens pouvez en offrir. — n Ne parlons pas de moi., dit Oberlin , je fidis » |>eu , et moins peut-être que mon deyok* ne » l'exigerait. Quant à la charité d'un grand nom- » bre 4e tnes simples voisins , j avoue qu'elle » fait honte à là plupart des riches du monde*. • » Mais peut-être est-il plus difficile à ceuX'H^i » de se priver d'un peu de leur superflu qu'aux >; autres de sacrifier leur nécessaire... Souvent » on lient plus à ce qui platt qu'a ce qui n'est » qu'utile. D'aUleurs les iii&titutions de la plu- » part des grands états et leur forme Ae goa- » vernement ne sont pas favorables au déveiop- » pement des vertus que vous vous étonnez de » rencontrer Ici. Dans les états constitutitm- » n^s qu'on croit les mieux gouvernés , vous H voyez parfois la cotTUptton ouvertement em^ » ployée, et quand bien même eHe :ne serait » pas l'auxiliaire des gouvernans, les regards de » ceux-ci ne peuvent pénétrer partout. Ils a'en » rapportent à une armée d'agens subahemes , p animés pour la plupart par l'ambition ou la
>) Cupidité, et qài né s'iiitéi*essënt en rien au peri> fectîônnéliieiit de Fespèce humaine. Souvent » étissi ceux qui sont chaînés de faire entendre n la parole d*'én haut la font servir, en la déna-*- >) lurant^ à leur soif de pouvoir et de domina- » tiou , et ne montrent ent-mêmes que vice et » diëàimulation ^ au lieu des vertus dont ils de- >) iraient donner Texemple. Dans un cercle bor- M né , au contraire , dans un lieu comme celui- >9 ci^ séparé en quelque sorte du reste dit monde, i) Un ministre aniimé dé Tamour du bien peut w tout Vdîr, tout connaître, et rendre l'homme B meilleur, ai Jésus-Christ bénit ses efforts, car M rien ne réussit sans son concours. Oui, c'est » son saint exemple, Tamour qu'il inspire, Tes* » poir qu*îl présente , qui est la source de tout ))*bien, la consolation de toute douleur! Hcu- » reux qui Fa connu et adoré dès sa plus tendre » enfance !... » Icirétranger soupira... Il se fit un moment de silence , qu'il rompit en disant : « J'ai entendu des dévots accuser dans leur oiv » gueil , et déclarer maudits tous ceux qui ne^ }> possédaient pas cette foi dont iU tiraient va-*. » iîité. N'étaîent-ils pas injustes ? Dépcnd-îl de^ » nous de croire, si notre raison n'est pas satis-^ » 'laite r Croirons-nous, parce que nous nous ài^ » rons : je veux croire? J'ai toujours pensé ^ jft contintia-l-fl, qu'àla vue des grands spec^
» tacles que présentent les cieux, du mécanisme j» étonnant des êtres organisés, de toutes les » merveilles enfin qu'étale la nature, tout M homme né avec tous ses sens , et doué d'un » jugement sain^ne pouvait douter qu'un esprit I» supérieur n'eût formé l'univers. Puis, en pen- » sant à l'homme y que cet être souverainement » intelligent a placé, non-seulement à la tête de » la création, mais encore a élevé si haut au-des* » sus des autres êtres animés, je me dis qu'il est » probable que sa destinée n'estpas la même que » la leur, puisqu'il leur ressemble si peu. Cette » probabilité devient pour moi une certitude, >i quand je réfléchis que je ne puis admettre i, » entre leur sort et le mien, aucune identité , » sans faire du Dieu tout-puissant un démon » cruel. Oui , si Thomme ne commence pas une » nouvelle vie en terminant celle-ci ; si cet es- » prit , qui a conçu le système du monde et ar* n raché la foudre aux cieux , s'anéantit avec le » corps qu'il anima , l'être que Dieu a fait le >» plus parfait des êtres en est aussi le plus » misérable. L'animal, en effet, qui rampe à » nos pieds, suit dans sa courte durée l'instinct » qui le dirige ; il connaît peu les maladies du >) corps , il ignore celle de l'ame ; la vie de l'in-s » dividu est celle de toute l'espèce. L'homme, >} au contraire, doué d'intelligence et de vo^
( 45 ) » lonté, choisit le sentier qu'il veut suivre^ au » lieu de se traîner dans la route forcée que » Vinstinct ouvre aux animaux. La société lui » présente mille voies semées de fleurs et de » dangers : elle place devant ses pas mille ten* M tatîonsy elle fait naître mille passions dans son » cœur, et l'homme, en marchant dans ces rou- » tes difficiles, ténébreuses, décevantes, voit sur » lui fondre une foule de maux que sa jeunesse » n'avait pas devinés; il se voit accablé de toutes » les souffrances du corps et de toutes celles de » Tanie, et, quand il est frappé de mort, il a plus » gémi à lui seul que tout le reste des créatures » à la fois. Ah ! si cette existence désordonnée et » douloureuse était la seule à laquelle l'honime » dût prétendre , qui en voudrait , et qui ne » serait en droit d'accabler d^imprécations Tim- •» placable ennemi qui lui ferait ce don funeste? » Oui , s'il en était ainsi , il y aurait défaut d'in- » telligence et de bonté dans l'Etre tout-puis- » sant , ce qui est impossible et absurde. Ainsi » le raisonnement s'unit au désir de mon cœur, » pour m'assurer d'un sort différent de celui des » animaux , enfin d'une autre vie. Maintenant » cette seconde existence admise, puis-je pen- » ser qu'elle soit la même pour tous les hommes? » Puis-je croire que le bon et le méchant y » trouvent la même destinée? que Tibère y soit
(4fi)
» avec Mure-An rèle,Walverde ayefc Oberlin..? La » v«rfUy 8'il e& était ainsi, ne serait qu'uive iimaiserie» qu'un vaip so^ge, tanflÎA qu'une 4» voix qui retentit dans la cœur du criminel , » qu'une voix que rien ne peut étouffer» nt- » teste qu'elle est une réalité. Cette yoi^, qu'on >i nomme conacienee , est une émanation de la i>Divtnité; c'est un fisinid qu'elle allume d^ns M notre JEiœe , et qui nous montl'eeomoàent n^us » pouvons lui ressembler. Or, oU il y n vertu et » crime tl doit y avoir châttm^»»t et réoonw » pense. Maintenant y de ces hautes régions »' du déisme , de cette religion naturelle , M si nous voulons admettre une des religions » diverses qui formulent les prièreadea bomnie», » quelle clarté peut nous conduire? Chacune a » ses livres saints; mais que voy^ii$-*fioua idt^ns » toutes ces écritures dites inspirée^ ? PjsirilQUI; la a nibéme moriale , partout des dogoiies diffé^^ens. » Ne devons**nous pqgs croire que cette pnpmière » partie est la seule divine , et que le reste* eat M le fruit de l'invention des hommes?
»— rJevous plains^ dit Oberlin, de n'être il chrétien que par le baptême que voua avee » i^cn, mais je ne vous condamne pas; car, ainsi >y que vous le dites, il ne dépend p^s de nous de » croine. Je pense que, dans l'état d'abatteuient » eii votre ame se trouve, vous n'êtes pas dÂSf-
^WV
(47) >> posé à rejeter sans examen eetté foi , la plud » grande consolatrice des malheureux. Ëli bien ! M causons tranquillement sur ce sujet; cher-- M chons à nous éclairer. Vous l'avez dit (et tout ni homme usant de ses sens et de sa raison lé fi dira comme vous) : vous êtes convaincu de n Texistence d'un être souverainement intediu gent , puissant et bon , et de la nouvelle vie j» qu'il nous ouvre h la fin de celle-ci. Vous m'ac* n corderez aussi que nous sommes tous corrom- » pus ; que le meilleur de nous est sans cesse » assailli de «mauvaises pensées , qui trop sou- N vent le portent k mal faire ; que ce flambeau M de là conscience, qui ne s^éteint jamais dans^ » iiotre ame, s'y trouve presque toujours voilé » par les passions, et que, par conséquent, nous n méiîtons le châtiment réservé par la justice » de Dieu a ceux qui enfreignent ses lois. Mais A ce Dieu que nous ne pouvons concevoir sans n le douer d'une bonté infinie, peut-il se corn- » plaire dans les tourmens qu'il inflige ? Non , » il est miséricordieux en même tems qu'il est H juste ; il voudrait nous voir approcher de sa » perfection et mériter ses récompenses. S'il » nous condamne au malheur , que devient M sa mi^rieorde? mais aussi, s'il nous pardonne » purement et simplement, que devient sa jusn lîce? L'histoire (j^emprunte cet exemple d'un
( 48 ) M écrivain anglais) nous parle d'un roi qui fit
» une loi contre l'adultère. Cette loi condain-
}) nait a perdre les yeux celui qui s^en rendait
» coupable. Le fils unique de ce roi est le pre-
M mier convaincu de ce crime après la promul-
» gation de la loi. Que fera le prince? S*il pu-
» nity il fait le malheur d'un fils chéri; s'il fait
M grâce , il enfreint la loi qu'il a portée , et de
» plus^ il ne corrige pas le prince. Que fera*t-il?
» Il saui*a concilier la justice , la miséricorde et
» l'amendement de son fils. Il se chargera de la
1) moitié du supplice; il se fera arracher un œil,
» en conservera un k son enfant, et^ k moins que
» ce fils ne soit entièrement dénaturé , il tou-*
» chera son cœur, et le remplira du repentir de sa
» faute et de l'amour de son père ! Eh bien ! Dieu
» est notre père, nous sommes des fils coupables
» que ses lois doivent punir. Pouvons-nous
» maintenant, sans nous écarter de l'idée que
» nous nous sommes faite de lui, concevoir qu'il
» emploie un autre moyen de concilier sa mi-
» séricorde et sa justice que celui mis en usage
)) par le bon roi que nous venons de. citer? Non.
» Mais Dieu ne fera pas les choses a demi ; il se
» chargera tout-a-fait de nos fautes ; lui-même
» souffrira le supplice que nous avons mérité ,
» et nous sauvera tout en satisfaisant sa justice.
» Aloi*s ce sacrifice devra allumer dans nos cœurs
» un amour infini pour son auteur^ et reiMpli> M nos âmes d'un repentir sincère. Nious le répé^ » ténsy telle n^esl^elle pas la maïiiëï'e dont Dieu » àùit agir, suivant le cafactère que chacun de iiiikom lui donne datas sa conscience et d'après » la religion hatilreil^?E1i bien ! quand on Wôus. » dbnn^ comme positive, comme ayant eu lieu, » cette action que nous devons attribuer à DleU^ D pour être conséqueiis avec nous-méines, nous ») kl révoquerions eh doute? Âh ! si Ton nous an^^ » nonçâit le christianisme comme ayant étà » présenté aux homUies d'unie autre terre > noua » y croirions sans peine ; nous trouverions su*^ ») blime ce sacrifie^ offert pour les racfaetel^. » M^ais nous refusons d'y croire (bien qu'il sottla » conséquence du caractère que Dieu a gravé de » lùi-métne dans Tame de chaque mortelj , parce » qu'en y croyant, nous sommes forcés, sous >) peine de l'ingratitude la plus noire , d'être »'repentans de nos fautes, et pleins d'amour et » dé reconnaissance péiM* TEtre suprême qui » nous a aimés au point de prendre la forme » humaine, et sous le nom de son fils, de son en- » voyé , du Christ enfin., de présenter sa propre » tête au châtiment que nous avons mérité de » sa justice ! Quel dogme religieux est plus fait n pour toucher le cœur des hommes!.,.. Dieu » né peut souffrir, diront quelques personnes ,
If son sacrifice e&t peu de chose pour lui... Maïs
» Dieu tout^puissant a; pu se faire homme ,
», adopter toutes les souffrances humaines ^ **'
» et mourir pour délivrer tous les homâi^s ,
)) comipe ces héros de Tantiquité / qui se sont
>} dléyouéspour sauver leui*s concitoyens*. «Avez^-
M vous bien lu ces livres qui nous annoncent ^e '
» louchant sacrifice , ces livres nommés Évan- !
» giles^ c'est-k-dire bonnes nouvelles? Si vous
» les avez Jus, voufi ne Tavez peut-être pas fait
)> avec l'iiltention de vous instruire ; vous vous
» sereai peut-être plus attaché à critiquer qu'à
» J)ien comprendre. Âh ! si vous relisez ce Tes-r
>>tament ou témoignage qne je viens^de vous
» offrir, avec un esprit calme, avec impartialité,
» et en mettant de côté tout orgueil, vousy trou- ^
» verez à chaque page une naïveté de style, une
» pureté de morale , une rigidité de principes,
» une majesté, une clémence infinie, qui seules
» suffiront pour vous les faire juger inspirés. !
1» Jésus a montré au monde le modèle de » la perfection. Quel homme pourrait s'impo- » ser une pareille vie , et , s'il le pouvait, vers v quel but pourrait-il tendre? Comme Dieju, » Jésus-Christ est le n^c/^/a^ u/^rà du sublime...; » comme homme, il est au dernier degré du » ridicule... La folie seule pourrait faire subir » la mort k un homme pour soutenir qu'il est
)i fils de Dieu y Dieu Iui<*méme... Mais^ dans ce n cas de folie > les discours ^ les . actions de cet 9» boinme manifesteraient cette aliénation ^ tan- » dis qu'au contraire , le plus impie est forcé » d'admirer la sagesse de la vie et des paroles de » Jésus-Christ. Mais^ dira-t-on, il espérait par^ » venir à une royauté que la mort, Tempécha » d'obteuir. . «Voyons s'il peut en être ainsi : celui » qui veut s'emparer du pouvoir He prend-il pas » d^antres auxiliaires que quelques pauvres pé-^ » cheùrs ? Ne répand-il pas l'argent pour se faire » des partisans ? méprise-t-il les richesses? » quiconque veut le suivre doit-il tout abandon- » lier? L'ambitieux ne flatte-^-il pas la multitude » et les gens qui ont de l'influence? reproche- » t-il à chacun (au pauvre comme au riche) sa » ndéchanccté et son hypocrisie? Celui qui veut » le trône , quand il connaît qu'on va venir ten- » le^erpour le faire roi y se retire^t^il sur la mon-^ » tagne? Celui qui veut être roi, enfin, dit-il » que son royaume n'est pas de ce monde, » et se laissant conduire en prison, ordonne-t-il )» à s€s compagnons de remettre dans le four- » reau l'épée qui peut le délivrer? Ah! qu'elle » est doucela conviction que Dieu nous a aflTran- » chis d'un châtiment mérité , qu'il s'est char** ^ gé lui-même des peines que rious avons en- » courues, et que, pour un si immense bienfait/
(Sa)
> il né nous demande que^'étre convaincus de h ce que: nous lui devons , d'en être reconnais-
• sans t de Taimer de toute notre ame, de lui 9 montrer enfin la 'réalité de clatte gratitude el » de cet amour par le repentir de nos nkbu- >i vaises actions ^ et par nos efforts pour mar«r « cheràravenir, sans broncher dans le aeatier n du devoir ! Ab I mon jeune ami , ne tardez pas » a èùvrir vos yeux à la lumière.: qb n'est pas s coupable quand on ne croit pas après un niûr « ex^ame^ &it avec sincérité; maïs on .est cm^ » minel de ne pas chercher a s'instruire sur un » siljet d'une telle importance. Non , mon cher » : monsieur de Harr, vous ne savez pas combien » de preuves morales, combien de voix inté**» » riçitres viennent renforcer votre ck*oyancr>
* quand une fois vdus avez commencé à confes«* » ser Jésus-Christ. Il semble, qu'à mesure que » vous' faites un pas vers le Seigneur, il en Xaisse » dix pour veiiir à vous. » L'accent de convie* ti<te avec lequel Oberlin prononça ces paroles fit sur Rodolphe une imprension profonde ; il ne: répondit rien^ mais il dit en lui-même : « Certes^ si Jésus-Christ ne fut qu'un homme,. ^ sa vie fut celle du plus pur, du plus veHueux » et du plus grand de tous. Il fut inspiré par » Dieu, s'il ne fut pas Dieu lui-mémê. Etre )r inspiré par Dieu , n'est-ce pas être envoyé, dci
■ NJPI
n Dieu , en qiidqtte »orte fils de Dieu , et Qherlia )» »e trompe-4-ii en additint celui qu'il appelle 1» ;^^r» cher. SoM^eur? Ah ! s'il s^égare, quelle yé-' » rite vaut eetfte erreur^ qui le rend presque ^- )».yiii luirQiémel Heureux qui peut ae trw^per » teomme Oberiin ! »
L'étrauger était tmubé dans une. rêyerie que c»r0yai$ devmr respeeter sou hôte , quaud-des eris d<e joie viiirent Ten fisire sortir. U iey^ )a téte^ et vit ^o^ourir une tp^upe 4'eufans. Ils entourèrent bj^entôt. lé pasteur, qui. leur p^rla avec JboQté et leur donna plusieurs estampes eoloriées. La maiscm de Sophie était alors à peu de distance ^ell^e était proprement reerépie, et des fleurs en ornaient les croisées. Spr phie vint à leur rencontre, et dès les pre^ miers mots qu'elle eut prouoi^cés. M* de Harr s'aperçut qu'elle méritait les éloges que lui avait donnés le ministre. Okerlin lui adressa plusieurs questions sur son maçi, sur ses, enfans adoptifs ; elle y répondit avec ais^i^ce quoique avec respect,' et dans les termes les mieux choisis. Ensuite elle plaça si^r une table éblouis-* santé de propreté , du lait, du beurre frais et 4fai miel. Tandis que, pour ne pas l'attriste^, Rodolphe et son hôte goûtaient aux rafraichissemens quelle leur avait offerts, Sophie se tenait debout devant le bon ministre ; il Ten-
(5^0 ^gea il s'asseoir^ et tir&nt de sa poclie la Bible qu'il avait apportée, il la lui présenta en disant : ce Ma cbëre fille , je vous ai vue, depuis que je » vous connais , travailler avec ardeur et per^ » sévérance au royaume du Seigneur ; je sais » que vous en trouvez le prix dans votre cœur, >> eii règne le contentement pour le présent et >) respérânce pour lavenir; aussi n'est-ce pa» yy comme récompensé que |e vous présente ce K divin livre ; je vous l'offre comme une niar-* » que dé l'estime et de l'attachement que vous » porte votre vieux pasteur. Acceptez- 1«, ajouta- » t-il, et continuez à ouvrir de jeunes cœurs » aux lumières qu'il renferme. » Les yeux de Sophie se remplirent de larmes; ellie* prit le Kvre, le- pressa sur ses lèvres, et la joie la plus vive brilla sur son visage . Rodolphe eût échangé volontiers ses riches domaines contre la chaumière de la bonne Sophie , s'il a^ait pu échanger en même tems son ame abattue et souffrante contre son cœur pur et satisfait... Le ministre ayant une autre visite à faire dans le même village , pria son hôte de l'attendre quelques in*stans, et Rodolphe, resté près de Sophie, apprit tfe nouveaux bienfaits d'Oberlin, entendit †nouveaux détails intéressans , qu'il n'avait* pas rçcueilliis du vieillard deWaldbach, parce qu'ils étaient de cette nature délicate que le cœur
d^une femme; sait presque seul apprétdrer et renk^ dre. La ^sonversation de Sophie plaisait ii^ni^ ment à Rodolphe'^ et il vit presqa'aveo re^pret rentrer le ministre, sujet d'un entref|ien qui ftiigmentait sa vénération pouf^Iui.
Oberlin proposa à Rodolphe dé i*etoumer à- Waldbach; ils quittèrent Sophie^ TexempW du canton , et reprirent le chemin qui les avait conduits chez elle. Tous deux marchaient en silence par le ciel le pins pur et la chaleur la plus douce. L'étranger regardait Oberlin avec res-« pect. Que dis-je? il lui vouait une espèce de eiiite^ety près de lui, avec Tair embaumé des fleui*s de la prairie; il lui semblait respirer un parftim de vertu. Le ministre, en mar<^hant, jetait autour de lui des regards satisfaits. Sans doute il se rappelait le tems. 'oii ces lieux ^ pour la première fois , oiTrirent a ses regards leur triste pauvreté; et leur aspect, si différent aujourd'hui , remplissait son ame d'une pureet douce joie. Oberlin prit enfin la parole : ^ Telle vous venez de voir Sophie, telle vous n la ti*ouveriez, quel que fût Tinstani; qui vous » présentât devant elle. A sa vue vous n'avez pu *» conserver l'idée que le bonheur n'existe nulle • » part. — Ahl reprit Rodolphe, je conviens v> qu'on le rencontre au Ban de la Roche •, mais » pailout ailleurs les l^ommes Tignorcnt, et
i^jnème en sont iodign^s. «^ Non, moa jeuni»
r^mif reprit le pasteur; mais i«cu8M> ajbnt»^ yiJbnl, la fiusiliarité de muBê expréséio&s.; tous n ceux ^t aeufireht'soQt m^ amis, et vous m'a* «* ves inspiré, des M^tiniseBS qui ajoutent à ee » droit qtte tdus \ei aalheureux ont sûr mbn n bœor. s I/ëtran^^ entendit ees paroles avee attondriaseinént; il en remercia le ▼ieîUardV qui Qontuma.: « Non, le tionheur i^'est pas re*^ )!- légué dans le seuLBaa de la Roche; il est danà » toute ame ' humble et satistdte d'elle-même*
V «r-* Mais, reprit Rodolphe , qui peut rendre » notre ame satisfaite ?--*-La vertu et iapiété, dit n le ministre, ou, à défaut de vertu, un repmtikr
V v^itable : Tame est satisfaite quand elle s'est M ahreuvée des larmes sincères du deroier,. oif » cfUieUe a qu le courage de faire à la première » le^ sacrîficeè les plus pénibles. Lia. douée eon*r » fibnée, la ^e pure qu'on éprouvealors, peuvent «h dobQter uijteidé^ de cette félicité éternelle qui )^ Bi^n^ s^f;tei>d,. -^ Mais, interrompit vivement 1» r^ti^tlger, le devoir nous est-il toujours clai-î. ^i^rement tracé? Les sacrifices qu'il nous faut n faire .3onMIs tou|ours bien apparens ? Ne som^- » mes-nous pas, quelquefois placés de manière» )^ à fie choisir qu^entre deux &utës? Les usages, Mi le» pr^ugé^ de la société dont on fait pwtie »; nç dewai]t4ei^trij^ pas à être resçjeqté8> qiiand
9 l^r violation peut voto tenàté là fable è( M yoUs attirer Je. mépris de cette société?^— Jà-^ % Ddai»^ dit te thinistre , s'ils sont en oppdsitîoli n ây ec ee que demande de vou^ la vertu , dont ^ la'r^ionsé est toujours claire pour celui qui » rinterroig;e frahcbement. -*^ Mon përe , répH- » qua rétranger (votre bienveillance ine dicte » cette ei( pression )> j'éprouve un impérieux » besoin de vous ouvrir mon ame ; quel guidé » plus éclairé peut m'âider à sortir du labyrin- ^ Ihe 6ii ni*6nt jeté mes passions! — Vous pén- » $e^ trop favorablement an pau^^re petit Fritz, » 4it Obèrlin ^ mais si son jugement est au-des- II.S0US de ridée que vous vous en faitt^, vous » ne pouvez vous exagérer l'intérêt que vous H' lui inspirez^ et le scrupule qu'il nicttra dans •> lies ayi^ qu'il pourra vous donner. » Au mo« mQ^t oit ceà mots s^achevaient^ le ministre et son hôte entraient à Wuldbach.
En arrivant au presbytère, ils trouvèrent là bonne Louise qui venait au-devant d*«ux; d'^un tçn triste elle annonça a son maître qu'un juiF^ qui depuis long-tems fréquentait^ le Ban de lu* Roche en colportant diverses marchandises > ve* naît de iiMurir subitement k Fauberge de Foûdai, ou il était venu vers le milieu du jour pour^ recouvrer le paiement des dettes contractée»
eii^yers lui par uu certain nombre d'habiiàn&
auxquels il avait coutume d'aocoi*der du cré-> dit. Le pasteur parut vireméiit affligé de cette nouvelle. « Peut-être, dit-il , ce n'est » qu'une attaque dont on peut le faire revenir; » cours, ina chère Louise , ajouta t-il , me cber- >) cher mes instrum.ens - de chirurgie, yy Puis, s'adressant a Rodolphe : « Pardon de vous quit- » ter au moment oii vous vouliez m'ouvrir voti*e I) cœur; demain matin ^ dans ma bibliothèque ,. » je serai prêt a vous entendre et avons donner » mes conseils comme à un fils chéri. » Louise étant redescendue et ayant remis au pasteur les objets qu'il attendait, il s'éloigna aussi rapidement que son âge le permettait. M. de Harr renti*a dans la chambre oii il avait passé la nuit, et, s'asseyant près de la croisée^ sur laquelle le soleil couchant réfléchissait ses derniers rayons,, il plongea dans le passé et rassembla ses souvenirs pour les présenter avec ordre au ministre^ , qu'il regardait comme la parfaite image de la
Divinité. Dans sa rêverie, si féconde en émotions diverses, il était troublé de tems en tems par l'idée du juif mourant dont il venait d'entendre \ parler.
t Enfin, quand la nuit eut pris entière pos*-
^ session du vallon, Rodolphe se leva et redés-
I cendit dans la salle basse , pour savëiv si son
I hôte était rentré. 11 trouva Louise qui causait.
tout en s'occùpàht des soins du ménage^ avec t
vn villageois qui revenait de Foudai • Il avait appris à la bonne ménagère qu'à son arrivée le i ministre avait saigné lui-même le malheureux î juif, mais, que sa peiné avait été inutile. La vie, qu'il n'avait crue que suspendue^ avait entièrement quitté risraéBte, « Ce pays paraît fatal aux » juifs, ajouta celui qui veiiait de donner ces dé- >» tails. )) Â ces mots Rodolphe tressaillit ; mais il se remit par degrés de cette émotion, tandis que le villageois continuait ainsi : « Il y a quel- » ques années qu'un juif a été assassiné sur les » hauteurs du Ban de la Roche. — Ce crime » affligea vivement M. Oberlin , interrompit » Louise, i — Oui , répondit celui qui lui » parlait; mais il ne s'est pas borné a des re- ^ » grets; il a payé de ses deniers, et pendant » long-tems, une pension a la veuve du pauvre » israélite ; et celte femme étonnée de sa génépi rosité , lu ayant fait demander à qw)i elle » devait tant de marques de bonté , le pasteur » répondit que , dans l'ancienne alliance , on » tâchait d'enlever la malédiction qui frappait » un lieu souillé d'un meurtre, par des prières » et des sacrifices ; et que, dans la nouvelle, il ne » se croyait pas dispensé d'intercéder pour sa % » paroisse oii le crime avait été commis, en » offrant des dons expiatoires à la veuve indi-
M gente. » Quelques iostans s^étaient à. péiité écqulés après ee récit y qu'on vit rentrer lé hù^
I mini&tre. La «ueiir baignait son front, et la las-*
fitude qu'il éprouvait le fit presque tomber d|it|s le .fauteuil que Louise lui présentait , tomi en faisant entendre eneore quelques doux re-proches ., et quelques craintes sur les fiiti^guea auxquelles il se livrait.. Il la rassura avec bonté ^t la pria de servir. Pendant le souper , le mi-* nistre paHa avec intérêt du malheur qui avait rendu. sa course à Fondai nécessaire. Ce sujet amena Rodolphe à faire à son hôte quelques questions auxquelles il répondit à peu près en ces termes : ii Je suis né à Strasbourg, mon » jeune ami ^ dix ans environ uvant le milieu » du siècle dernier, Maînère et so^ mari étaient )» les meilleurs «des parens... Tous deux étaient n distingués par leur instioiction et leurà talens. » Mon père , professeur au gymnase de Strà»- » bourg, était estimé et respecté de tout le n monde : ainsi que ma mère , il était d'une n gi^ande rigidité de principes, d'une pureté de » mœurs remarquable, et de la piété la plus vive I» et la plus sincère; ils surent, par leurs précep- H tes et surtout par ]eui*s exemples , donner^à )> leurs sept enfatis ce qui . vaut mieux que la V richesse , c'est-à-dire une bonne éducation et » l'amour de la vertu vivifié' par cette foi pro-
^ fonde. Au grand âge oii je suis parvenu^ je ne » me rappelle pas sans émotion ces douces ann nées de ma jeifnesse , ces soirées de famille , ic 011 le plus grand plaisir pour nos pareiis était % de se trouver au milieu de nous. Autour d'une 1 grande table ^ nous travaillions , nous dessin nions ^ tandis que mon père ou ma mère nous » faisait quelque lecture agréable et utile en n même tems. Quand mes études furent tèrp minées , j'entrai, en qualité de précepteur de 9 ses enfans ^ chez un habile chirurgien de 9 Strasbourg; c'es|: de lui que je tiens les faibles )» connaissances que j'ai acquises en chirurgie 9 et en médecine: je ne voyais pas encore^ en n les cultivant y à quoi elles me serviraient w un jour; mais je pensais qu'on né peut pas 9 rassembler trop de moyens d'être utile h ses » semblables.
ti Je sortis au bout de quelques années de chez )9 M. Zizenhaben^ qui est demeuré jusqu'à sa ^ mort un de mes meilleurs amis , et l'un des » protecteurs les plus zélés du Ban de là Roche. » Alors , maître de lemploi de mon tems^ je le >} donnai presque tout entier à Tétudc desscien- » ce$ et des hommes. Pénétré de la vocation )) qui m'appelait à devenir ministre du Seigneur, » je m'occupai avec ardeur a me rendre le moins » indigne possible d'un posté si important à mes'
If yeax. Un soir, M. Stuber vint me surprendre » dans la chambre élevée que j'occupais. Il » m'apprit qu'il venait d'accepter une cure à » Strasbourg y et qu'il cherchait un ministre » pour le remplacer à Waldbacfa^ et continuer » les améliorations qu'il avait intl'oduites dan s » ce sauvage canton... Tout en parlant, il ob« » serva que la lampe qui m'éclairait était placée » sous un poêlon oii se trouvait quelque chose » qui allait entrer en ébuUition ; ii s'interrompit, }) et me demanda si je faisais quelque cxpé- » rience de chimie. Je lui répondis que c'était
\ » mon souper qui se préparait. Il voulut savoir
» en quoi il consistait; et en apprenant qu'il » était composé d'eau, de pain et de sel, il me » prit la main avec vivacité et s'écria : n Vous
: » êtes l'homme qu'il me faut ! c'est vous qui
» serez pasteur à Waldbach ! Je venais
» d'être nommé depuis peu k une place d'au- » mônier dans un régiment. Toutefois , je lui » fis beaucoup de questions sur la pauvre pa^ » roisse qu'il quittait; et quand il eut déroulé ) h mes yeux le tableau de toutes les misëres » auxquelles cette contrée était en proie, je sai^ » sis à mon tour la main de M. Stuber en m'é- » criant : « Je serai ministre de Waldbach ! »
)) De quelle émotion , ô mon jeune ami > » mon cœur fut agité, quand, pour la première
» fois> je mis le pied sur ce territoire désolé ! » Je vis sur-le-champ toute la responsabilité » dont j'allais me charger; et me prosternant » devant Dieu , je lui demandai du courage, de » la persévérance, et le suppliai de bénir mes )) efforts. Il y a plus de cinquante ans que j'ai » quitté Strasbourg , mes parens , mes ami)s ; » pour me consacrer à cette pauvre paroisse ;'et » dans cette longue carrière, je n^ai pas eu une » minute de repentir du parti que j'ai pris. Ici, )} j'ai été utile; ici, j'ai eu moins de tentations » qu'ailleurs ; ici, je n'ai pas vu de près les'nom- » breuses révolutions de la France, et mes re- » gards n'ont point été affligés des excès et des » crimes qui les ont souvent accompagnées. Qtie )) le nom de Dieu soit béni! —Eh quoi! de- » manda Rodolphe, l'hydre de la ferreui* n'a- » t-elle point montré à Waldbach une de ses D têtes hideuses?... — Nous n'avions , répliqua )) le ministre , presque aucune communication » avec le dehors; et ma pauvre paroisse n'offrant » aucune dépouille à recueillir , les proconsuls » et leurs agens, plus méchans et plus avides )} qu'eux-mêmes, n'y pénétrèrent jamais. Les » ordres cependant d'un gouvernement sangui- » naire parvenaient à Waldbach ; mais leur exé* » cution étant confiée aux autorités locales , » leur faisait perdre beaucoup de leur rigueur
■ (64) V» ^u de leur ridicule. Ma paraisse , souvent , n est devenue mènie un IWù d asile pour des t ' ji proscrits y et mon presbyfëré en a saûvié plu-*
» sieurs. Un joiïr, je me le rappelfe , j'avais à » peine eu le téms de cacher dans mon alcôve un i> infortuné condamné à perdre la tète, quand les » gendal*mes quills poursuivaient entrèrent dans *» ma lïiaison* J'allai au devant d'eux. Je les con- M 'duisis partout ; et quand je leur ouvris la porte » de ma cshieimbre^ je leur dis : ce C'est ici mou » appartement ; je suis lé seul criminel quil'Ha- » bite. » Dieu les arrêta sur le seuil ; ils se reti-* » rèrent en rougissant , et en m'adressant des » excuses ; et dès qu'ils furent éloignes, je cou*- » rus délivrer mon prisonnier encore tout pal- » pitant de crainte.
tt Durant un an , le culte dé Dieu fut interdit » dans nos montagnes. Mais le club où je me » mêlais avec mes paroissiens, qui ne m'avaient » ôténi leur respect ni leur confiance / devint » le lieu de mes exhorta tionà, et fut le seul sans » doute en France èii retentit le nom de Jésus^ » Christ... Enfin ces jours de folie sanguinaire » passèrent pour jamais ; mon modeste temple n fut rouvert, et depuis ce tenis , rien ne vint » plus m'arrachera mes devoirs, ni empêcher » les progrès de la civilisation de la nouvelle n .patrie que j'avais adoptée. »
. Louise étiaht eiUicèe eii^e moment /Obcrlill se retira , en rapjpdant à' son hôte que lé tendemain matin de b6nn« heure iïrattendi^aitilans sa bibliothèque^ Rodolphe remonta k son ap-^ parlement, mias avec des senti n»ens bien différens de ceux' qui l'agitaient la veille. Au lieu des regards sombres et mélancoliques qu'il avait jetés alors autour de lui , ses yeux se portaient avec plaisir sur les murs de ce paisible et saiiit asile. Il croyait voir encore les traits animés et vénérables d'Oberlin ; il lui sembjait entendre sa conversation, oîi, à côté d'une si grande simplicité, brillaient des éclairs d'une éloquence religieuse, brûlante et persuasive. 11 pensa quelque tcms à la grande question qui l'avait îc plus occupé durant sa promenade avec le minis-^ tre, et se répéta chacune des preuves morales qu'il lui avait présentées de la divinité de Jésus- Christ. Ilnepouvait encorese Taire une idée bien précise de la croyance qu'il devait adopter; car tantôt l'enthousiasme échauffant son cœur, lui faisait accueillir tout ce qu'Oberlîn accueillait, et tantôt sa raison venait , avec sa main glacée ^ effacer les preuves qui l'avaient frappé. Enfin le repos vint calmer ses esprits agités, et iJ s'endormit après avoir prononcé cette courte prière : « mon Dieu! ô toi dont Tadoration » comble Tame d'Oberlin de mille douceurs ,
Jitfais-Tiioi copnattre^ de toi et de te»,dei$ehi&, » ce qu'il est nécessaire à ta gloire . et à inaii h^wn 9 heur que j'en connaisse; achève d'arraeber dé » mes yeux le voile que le.plùs.saint âe teâmir* » nistres a déjà soulevé! » 1^
Le réveil du jour précéda celui de Roddlpke.
Une lumière «vive édairait sa chamhre ^ et leà oiseaux chantaient giaiment sur les arbres que le pasteur avait plantés^ lorsquil s'éveilla. Dch. pi|is lo^g-tems un sommeil aussi long et aussi calme n'était venu rafraîchir àcAi.sftng. Il.^â^ leva promptement , et bi^itôt il fut en préacnce. du ministre qui l'attendait. Apjcès quelque»
phrases d'u#«^ge qui , pour tous deux , . rèprcrr naient toute leur vérité , Rodolphe commença ainsi la confidence qu'il avait promise » acte hôte. . . • . ',
a Le nom assez illustre que mon père tenait » de ses fincétres , et les taleus qu'il unissait si » cet avantage,! lui méritèrent d'assez bonne » heure la confiance de son souvëi^ain. Péjsi n élevé a un poste honorable , sçn mariage ayec » ma mère l'avait porté à l'apogée du bonheur 9 qui lui était destiné. Il en jouit quelques au* n nées, après lesquelles son épouse mourut efl » donnant le jour à ma sœur. Les deux enfans >> qu'elle laissait ne pouvaient encore sentir la )> perte qu'ils fai^aient^ mais ]e tems vint bien^
AméÈM
» tôtlelir en montrer toute la candeur. Ma ir aœiii* àTail trois ans et j'en avais huit ^ quand ».iiioD përl^ amena dàm son hôtel une notivelle % épouse; les vertus dé ma mère n'avaient » pas toutes brillé au flambeaii de ce second »• fayménée. Bientôt après ée nouveau làériage, » le roi confia à mon pèl-e ufae affaire délicate cheE rétranger«. Son absence devait être » courte, mais les .circonslances là prolongerént. La manière doàt M* dé Harr s'acquitta V de cette mission lui en attira, de plus im<r 9> portantes , et durant plusieurs, années il ne » fit à Stockholm que des séjours de peu de » durée. Peiidantson éloignement, ma sœur et 11. moi lieus étions l'objet de la haine de notre bélle-ihère. Moïna> douce et soumise, pleu- » rait en silcBce, tandis que moi^ pétulant et « hardi , je montrais k la femnie de mon père n toute l'aversion qu'elle m'inspirait. Aussi les n. punitions ne ma manquaient^ elles pas de là part ». d'un gouverneur qui lui était tout dévoué, » et qui connaissait toute l'influenéc qu'elle y> exerçait sur son mari. Dans les apparitions » que M; de Harr faisait ches lui, j'eus plu- •. sieurs fois le courage ^e me plaihdre ; mais, » trompé par une femme pour qui sa tendresse > Taveuglait ^ il repoussait mes plaintes et m!en » i^uiiisÀait sévèrement. Je venais d'atteindre
» ma treizième année^ j'étais sur ]e point de fuir » la maison paternelle^ où j'étais l'enfant le plus » malheureux y lorsque M'"'' de Harr tomba ma-^ i^ lade au sortir d'une fête. Mon père, qui allait » partir pour la France , obtint de rester ii D Stockholm jusqu'à son rétablissement; mais » ' sa guérison ne devait pas avoir lieu, et peu de » jours suffirent pour la conduire au tombeau » que son imprudence avait creusé. Accablé 9 sous le poids dé la perte qu'il venait de faire , )» mon père fit craindre pour ses propres jours; » mais enfin , sortant de la stupeur oii cet évé-* » nement l'avait jeté , il chercha quelque sou-^ D lagement à sa peine en s'occupant de ses en-^ « fans. Toutes lés langues que la crainte avait » eùchaînées si long-téms parlèrent a la fois; 9> Mon père sut combien ma sœur et moi nous n avions été malheureux; il donna pour gouver* » nante à Mbïna une dame respectable , que la )) fortune avait traitée avec rigueur; il chassa >> mon précepteur, et voulut s'occuper lui* » «même du fils qu'il avait si long-tems négligé. py Alors y par une sorte de compensation , je fus ^traité avec une indulgence sans bornes, qui >i me devint aussi nuisible, au moins , que la Y' ngueur dont j'avais été si long-tems l'objet, n» Le tems de me rendre k l'irnivel^sité arriva; '9> inon père m'y envoya, en me donnant dix fois
» plus d'argent que mes besoins- ne le dëtnan- » daient. Cet or qui m'était prodigué, m^acheta » tous les plaisirs qu'on peut acheter, et avec )) eux les peines et les regrets qui en sont in* >» séparables. Pendant la vie de ma belle-mëre 1^ j'avais connu bien des chagrins , mais j'igno-^ » rais juscpi'oii peut aller la bassesse des hom^ M» Mies , et jusqu'où les femmes peuvent porter «.la dissimulation. Dans les deux années que* » dura mon séjour a l'université, tout me fut » dévoilé k cet égard; j'appns à connaître le » peu de valeur de tout ce que l'on vante icir n bas , et j'en sortis méprisant mes semblables )i et honteux de moi-même. Au moment oU je » retournai chez mon père , éclata la révolution » qui exclut aujourd'hui du trône le dernier »' descendant des Gustave. M. de Harr faillit de^. » venir la victime de sa fidélité. 11 avait été àt- Db. taiché à son prince ; on en fit un conspirateur. » J'eus encore , à cette époque , de trop fré- )) quentes occasions d'observer la lâcheté et la n méchanceté des hommes. Durant sa faveur » passée , la protection de mon père avait été » souvent sollicitée; il avait accueilli toutes les, ») demandes raisonnables. Quand il fut malheu- » reux y il vit se déchaîner contre lui tous ceux » qu'il n'avait pas obligés, et tous ceux aux-^r.
(70) 1^ quels il avait rendu servies s'en éloigaèr^nt » de peur de se oampromettre.
» Depuis quelques mois pous étions retirés à
V Copenhague i lorsqu'un soir un juif, que j'a- ¥ vais aperçu quelquefois ehez M. de Harr, vint » ^hii 46<nan46r uii entretien secret. Quand il se N fut retiré y mon père entra dans le salon oii
Y je me trouvais avec ma sœur. La joie brillait 1^ sur son visage; il nous apprit que, par Ton tre« }^ mise de Samuel ^ c'était le npra du juif au- ^ quel il avait eu jadi^ Toccasion d'être utile) y % la vérité avait été connue à Stockholm, et que D nous pouvions y retourner. Mon përe ajouta )» que, pour reconnaître un pareil service , il ^ avait offert à Samuel une somme considéra*p ble, mais que celui-ci, quoique pauvre, )» avait refuté ce présent en lui demandant, pour 4P unique récompense, de vouloir bien se char- » g^. pendant quelque tems de sa fille unique, » qtii ne pouvait l'accompagner dans un long •» voyage qu'il allait entreprendre. Mon pèi^ , p heureux de trouver un moyen de lui itempir y gner sa reconnaissance , se chargea avec plfiir >> hw de la jeune Élise, qui venait d'atteindre >^sa S£Âïième annéci et la confia aux soins de la » gouvernante respectable qu'il avait donnée a )> ma sceur. De retour à Stockholm, M* de
)) 0i»rr , 4oat rinnoeencQ avuit été repoQttue> n grâce à Samuel qui avait donné la preuve » <)u'un autre é.tait coupable (les complot» qu'on n lui avait attribué» ^ M. de Harr, dis-ije^ rentra ^ lûentôt duns les dignités qu'il possédait nar- 9 guère. Alors revint se presser fiutour de lui » rfs^saim des lâches qui l'avaient abandonné ou )» p^^r»^cuté; il les accueillit avec indulgence > » mais moif moins bon que lui^ je leur mon^ i> trai en toute occasion le profond mépris que » m'inspirait leur iniame conduite.
i> ira vaille du jour oii la fille de Samuel de- » vait entrer dans Thôtel de Harr , je partis pour » le régiment ou je venais d'être nommé offi* » cier. Je ne vous parlerai pas de la manière » dont je passai encore deux ans loin de Stoc- » kbolm ; îls s'écoulèrent , aux études près , » comme le tems de l'université ^ et ne firent » qu'augmenter ma mauvaise opinion du genre n humain» Ma sœur^ mariée depuis peu, vint it habiter la ville oii j'étais en garnison. Dès la a> première fois que je la revis , j'aperçus sur n son frant des traces ,de chagrin ; elle voulut » m'^i^ cacher la cause , mais bientôt, cédant à 9 mes pressantes sollicitations, elle m'apprit » qu'elle était loin d'avoir trouvé le bonheur D dans l'hymen qu'on lui avait fait contracter. » Son épouK était dur, impérieux, et n'avait
» pour elle aucun deg é^rds qu'elle méritait si » bien. Affligé de cette confidence , irrité dé la » conduite de mon beau*frère , je voulus Tac^ » câbler de reproches; mais Moïna me fit pro- V inettrede renfermer ma colère , et de ne rieti » dire à son mari dont le caractère était fort im- «j pétueux. Malgré ses pi*ièresy je me sentais cha- » que jour moins maître d'étouffer mon refssenn timenty et sans doute il aurait alors éclaté ^ si n mon régiment n'eût reçu Tordre dé se rendre » à Stockholm.
n I>e retour à l'hôtel dé Harr , j'y trouvai la » fille de Samuel , la jeune Élise , confiée aux n soins de la gouvernante qui , après le ma- » riage de ma sœur> était chargée de conduire » la maison de mon père. J'avais été iînbu dès » l'enfanee de préjugés contre les juifs ; leut* » nom, leur vue, me causaient du dégoût ; sans H me rendre aucun compte de ces impressions^ » je ne voyais pas dans un juif un homme » comme un autre , et dans Fespëce d'horreur » <|u'ilsni'inspiraîent se mêlaient des idées con** » fuses y au milieu desquelles se rencontrait 1» quelquefois une sorte de crainte fantastique. » Sans doute cette dernière impression était n due a leur caractère de physionomie si mar-* » que y a leur bouche d'oii semble vouloir sor- )i tir a chaque instfint le Re^fenge de Shylock,
( 73 ) » ^ à leur œil noir etpèrçanly oit à travers iiBc » feinte humilité s'échappent des regards d'itne » haine implacable ponr tout ce. qui n est point » de leur nation. Ce ne fut donc pas 'sans une 0» espèce de répugnance que je jetai les yeux » sur Élise quand mon père mé la présenta.
» Mais que cette impression fut de courte du* » rée ! Dans la vie dissipée que j'avais menée » jusqu'alors, j'avais vu des femmes qui atti- >A raient l'admiration universelle , mais rien de » semblable à Elise n'avait frappé mes yeux.
» Nulle part je n'avais vu cette taille élevée, » parikite; ce teint, qui, participant de la blan- » cheur naturelle aux Suédoises, retenait pour^ » tant lin peu de la teinte animée de ses ancé^ » très iduméens ; ces traits nobles , ces yeux » noirs pleins de feu et de dignité , ce nez lé- 1» gèrement aquilin si bien proportionné , et » cette bouche charmante , dont les coins un )» peu baissés donnaient quelquefois à la fille » de Samuel une légère apparence de dédain , » qui semblait naturelle dans une personne aussi )r supérieure aux autres femmes. Mais pardon » si j'entre avec vous dans de pareils détails ; » qu'il vous sujBîse d'apprendre que, dès ce mo- » ment, l'amour pénétra dans mon cœur, qui » ne l'avait pas connu jusqu'alors. Cet amour » devint bientôt une passion violente dont les
(74) 1» iDOi»reineh8 impétueux me fireut une -eaûs- » tence tonte nouvelle. J'oubliai m religion , MM naissanoç^ sa pauvreté; je ne vis que son » admirable beauté et ses qualités précieuses , m que relevaient encore les taleps que mon père » lui avait &it acquérir. Élise possédait parfai- » tement le sentiment de sa positiop à mon > égard , aussi se refusait^elle à tous les efforts )i que je faisais pour établir entre nous quelque
» familiarité Une année déjà s'était écou-
a lée sans que j'eusse pu pénétrer les sentimens » d'Êlise à mon égard , quand des bruits de » guerre firent donner à mon régiment Tordre » de quitter Stockholm. J'étais près d'Élise » quand on m'en porta la nouvelle : je la vis » pâlir f et bien qu^elle se remit promptenvent » de son émotion, sa réserve' ne me trbn^pa »«plu8y j'étais siir d'être aimé^ et quoique jo tt ne susse encore que faire de celte certitude^ » je fus an comble du bonheur de l'avoir ac- )> quise.
» Cependant l'ordre donné à mon régiment » le ramena dans la ville qu'habitait ma sœur. » Chaque jour qui s'était écoulé depuis notre n séparation avait aggravé son malheur. Elle » yersa ses peines dans mon sein, et avec elles n y entra le plus yif ressentiment contre M l'homme qui les causait. Jusqu'ici elle avait
(75) V opposé la douceur d'un ange aux cruels trai<^ » temens de sou époux ^ je lui conseillai d>es- » sayer de Ténergfie et même de la colère. A )» force de rexhorter, je lui donnai le courage » qui lui manquait pour suivre mes av^s. Mpn » beau-frère , étonné d'un pareil changement^ » ne manqua pas dé me l'attribuer , et la haine » qu^il me rendait déjà si généreusement ne » eonni^t plus de bornes. Un soir il m'aborda a i> la sortie duspeotacle, et devant plusieurs de n mes camarades me fit une de ces insultes qui )> ne se lavent que dans le sang. Mes amis et » les siens nous accompagnèrent sur les rem*^ » parts f et bientôt mon épée tix)uva le cœur » de l'époux de Moïna , qui tomba sans vie à » mes pieds» 11 avait cherché son sort; cepen*- » dant n^e voix secrète me cria qu'il aurait du 1» n)ourir d'une autre main. Moïna d'abord Tut » au désespoir de cette catastrophe , mais la »> tranquillité dont elle jouit après de si fré- » quens et de si terribles orages finit par la » réconcilier avQC son sort, r— Vous aves été 9 bien coupable, dit Qberlin. -f— Mais, reprit » >M. de Harr, que poùvais-je faire en cette » occasion? pouvais-je^en endurant une oflfense >i si publique, me déshonorer à tous les yeux ? » -*-r Aux yeux des fous et des méohans , qui » sont encore des fous , reprit lé ministre ;
» vous avez craint ropinion 4a monde, «t vous » avez méprisé celle de Dieu* Mais conti- » nuez ; vous sentez la justesse de mes pat«oles> » et le repentir y j'espère, n*a pas attendu ce » jour pour prendre possession de votre cœur; » continuez. » Rodolphe reprit ainsi: a Laguerre » qui avait semblé imminente n'eut pas lieu; » et quelques mois s'étaient à peine écoulés » depuis mon départ de Stockholm , que déjà » j'étais revenu dans cette capitale. Je revis » Élise, et je remarquai aussi facilement le ^ plaisir que lui causait mon retour que j'avais w naguère observé le chagrin qu'elle avait res*- 1» senti en me voyant partir. Depuis ce jour-, » je recherchai toutes les occasions de voir, )> d'entretenir celle que j'aimais... Vous ne se^ » rez donc point étonné d'apprendre que , vain- 1^ queur enfin de sa retenue , j'obtins, le plus D doux des aveux.
, » Le tems s'écoulait, et chaque jour nous ap- » portait quelque secrète entrevue. Une fois,, n dans mon délire , je me jetai aux genoux D d'ÉHse et la suppliai d'être a moi. Je la » priais , la conjurais d'écouter mes désirs avec n cette véhémence , cette force de volonté que » rien ne m'avait appris à dompter; mais elle » me repoussa en me disant : L'hymen seul » peut me donner à vous, et M. de Harr jamais
(77) » ne souffrira notre union.-^^ËUe se fera malgré «lui, m'écriai*je ^ nous fuirons ensemble..^ » Ici elle m'interrompit^ et d'un ton rempli 1^ d'une dignité qu'aucune femme n^avait encore » montrée a mes yeux , elle me rappela mes » devoirs, la tendresse de mon pcre, et, passant » en revue tout ce qu'elle lui devait elle-même, » elle donnait cours à sa reconnaissance et à. sa )> vénération pour lui , quand un bruit inâccou-* » tumé retentit dans l'hôtel ; Élise en tressaillit , » et je m'élançai hors de l'appartement pour en » savoir la cause. .. Hélas ! que devins-je , en* » apprenant que , pour me punir, sans doute^ » du peu de respect que j'avais mônti^ pour le » père le plus tendre , le ciel venait de me l'en-^ w lever en le frappant d'une apoplexie fou-** )» droyante ? Je ne vous parlerai pas de la dou- » leur que j'éprouvai *, elle fut profonde et )> sincère. Pendant quelque tems , je ne pus » m'occuper que de cette perte cruelle ; mais » l'amour ne souffre pas un oubli trop pro-* » longé : il me rapprocha d'Élise , et comme » elle pleurait avec moi , je crus encore, près )i d'elle , ne m'occuper que de mon malheur.
» J'étais devenu maître absolu de mes ac-** » lions; les titres et la fortune de M. de Harit » étaient à moi : j'offris tout à Élise, en la sup<*
A pôrbiit an buste de mon pèi*e ; elle faillit 10 écrasée par sa chute, le n^osais appeler du se^ » cours ; je la relevai, lui fis respirer des sels, la 1» serrai dans mes bras et la baignai de mes lar- «mes; enfin , elle revint à elle. En ouvrant les » yeux, elle aperçut encore le malheureux jour- » naly et faillit retomber dans révanbuissement n d'oii elle sortait à peine. Chère ÉHse^ ne savez- 9 vous pas, luidis^je , combien ces papiers sont » remplis d'impostures? Ne vous abandonnes » pas à la violence d'un chagrin qui na point » peut-être de véritable cause. — Mon père est » innocent, s'écria Elise avec force , cet^iticle » ne contient qu'un infâme mensonge. — Oui , » repris*-je , j'en suis convaincu ; nous obtien- T» drons bientôt la certitude que ces lignes in-* 9 femalès ont été insérées par quelque ennemi » de votre père. Peu à peu , Élise parut repren- » dre quelque calme;^ je la quittai plus tranquille n que je ne l'avais espéré. Je sortis de l'hôtel, je • courus voir si dans les autres gazettes qu'on n recevait à Stockholm se trouverait la funeste » nouvelle. Hélas ! elle était partout. Je ren-» » trais en proie au plus violent chagrin , quand » un de mes gens me remit une lettre ; elle 19 'était d'Élise et ses larmes l'avaient mouillée. «K. Voici ce qu'elle contenait : « Rodolphe, vous » ne me reverrez plus ; l'opioion, qui déjà devait
» ToUs éloigneir de moi ^ nous sépai^e^ entière^ » nient fnrjoard'biii. IVfdn père est innoceht> je u lé répète; mats 'le monde ne le oroira pas ', » puisijue la justice humaine le condamne ; » noire union est rompue. ¥ous faisiez déjà- un » effort assez grand en bravant le jpréj.ugé géné- » rai contre ma malheureuse nation ; il rous » faudrait une ame d&uéed'^ne force plus qu hu- )' mame pour vainere le nouvel obstacle qui » s'élève entre nôùs.'Nous sommes séparés pour » jamais I n'est-ce pas Rodolphe , nolts le som- ^ » mes ? Je sors d^une maison oit ma jeunesse a ^ trouvé bonheur et protection, et pour laquelle » ma présence aujourd'hui deviendrait une » âouillure ; je suis pauvre, maisje sui$ jeunie ; » j'ai du courage et quelques taleiis, je trouve- » rai des moyens d'existence, Vouis ignorerez ma » retraite jusqu'au jour où l'innocence de mon » pauvre père sera reconnue ; alors, sans doute; >» vous aurez oublié la malheureuse Élise. »
M Je n'essaierai pas de vous peindre l'excèsdë » ma souffrance , après la disparition de celle » que j'aimais et que j'aime encore de toutes les » puissances de mon cœur... Je n'avais le cou- >» rage ili de la perdre ni de la posséder. Mes n jours s'écoulaient dans une agitation qui de^ )» venait à chaque instant plus insupportable.
)) Si, un moment , le sommeil fermait mes
(to)
nyéuKy des rév«t affreux venaient me touiv » menter , H me montrer tour à tour Élise V avec tous ses charmes, me suivant à Tautel, 9 «et son malheureux père marqué , sur ré«> » chafaud, du sceau de Tinfamie. Absorbé tout » entier par le chagrin qui me consumait, je «quittai le service, et j'allais abandonner la » ^Suède , quand je reçus une lettre datée de » Vienne. Je reconnus la main d'ÊUse, et rom* » pis le cachet avec une émotion que vous com- » prendrez sans peine. « Rodolphe, disait-«Ue, w ma faute a été grande en m'abandonnant à vos » piH>messes et à votre amour. Le ciel> pour » achever de me punir, vient de me rendre » mère sans me permettre d'être épouse. Vous » avez des droits sur votre fils, je le sais; et, »• quand il n'aura plus besoin du secours d'une » mère, je vous le confierai, si vous l'exigez... » J'aurai pi^is,ju$que-^là, l'habitude des sacrin fices. Si vous désirez des nouvelles de votre » enfant , adressez-vous à Mardocbée Lévi, ami )x de mon père et de sa fille infortunée; il de^ » meure en cette ville ^ près de la porte de Ga<u rinthie. 11 répondra à vos questions , à l'ex- » ception de celles qui auraient pour but de » déccmvrir la retraite de celle qui vous écrit n aujourd'hui , qui vous aimera toujours , et ne » vous re verra jamais. »
» Liesoîr même dn^our qi|i remit cette lettre NI entre mei» mains me ¥Ît aur la route d'Antri^ n che» Arrivé dans sa capitdkî , je ccmrtt» à Ta-^ » drosse quTlise m'avait inditjutée. L'ami dont » elle me parlait était an paurire isvaélite^ trop » semblable^ ainsi que^sa famille, à> éeu'x qui y autrefois m'avaient causé tant de dégoût. Je
V demandai la demeui^e d'Élise, mais elle aira«| )i défendu de me la découvrir :. Mardoctuée re- D fusa de me l'apprendre. Je fis de longs et vains » efbrts pour changer sa détermination: je sup^ » pliai 9 je menaçai , J'ofiris de l'or... il semUa » hésiter.. ««Venez-vous décidé à épouser Élise?
V me demanda- t^il enfin « » Je balançai : dès^ » lors sa résistance devint inflexible. N'en pôu-* n vant rien o|pktenir> je fia moi-même et penn ds^nt loQg-tems dea recherches inutiles pour » déc;Quv|*ir Élise. Tçut en poursuivant sa trace, )x je ine demandais souvent : Que ferai^je si je » la trouve?... Je ne pouvais me faire une ré« » ponse précise et constante à cette question ^ » mais j'avaî§ besoin •de la revoir. Tantôt je » pensais devoir épouser Éliâe> et tantât je )» me croyaia forcé de respecter le nosa de 9 mon père et les droits de la haute classe )> à laquelle j'appartenais. Enfin, après mille » combats douloureux ^ je ne pus parvenir à » fixer mes irrésolutions , ni k retrouver la fille
» de Samuel. Alors j^abandotfnai Vienne. Je lais- » sai à Mardochée une somme considérable pour » Élise; je lui indiquai la direction que je » comptais suivre dans mon voyage , et je re^ » partis le désespoir dans le cœur... A Municfa, » je reçus encore une lettre de celle que j'avais » si long-tems cherchée; elle me remerciait » des nouvelles preuves d'intérêt que je venais D de lui donner. Elle ajoutait qu'elle avait fait » placer dans une banque la somme que j'avais » laissée pour elle à Mardochée ; qu'elle n'y tou- » eherait qu'en cas d'une absolue nécessité y et » seulement pour les besoins de mon fils... Elle » n'ajoutait ni tendresse ni reproche à ce peu » de mots. Dès lors^ mécontent de tout le » monde , et plus encore de.moi-méme, je m'a- » bandonnai à toute la tristesse qui m'acca- » blait. Pour pouvoir supporter l'existence qui n m'était k charge^ je fuyais les hommes, et re- » cherchant les pays qui me présentaient les D beautés de la nature les plus sauvages , je » portais mes pas au hasard sur leurs hauteur^ » les moins fréquentées , dans leurs gorges les » plus profondes. C'est ainsi que, guidé sans » sans doute par le ciel , j'ai pénétré dans ces » montagnes. »
La voix émue de Rodolphe cessa de se faire entendre : «c Mon jeune ami, dit le pasteur,
». votre récit m'a touché ; que dél^ireK-voiis de » .moi après .cette confidence ? est-ce un con- » seil? — Oui^ drt l'étranger, c'est un conseil; 3) c'est le moyen de sortir de rabattement où je .».suis plongé ; c'est la vie ou la mort; — Écou- » tez-moi donc , reprit Oberlin, et croyez^ en » me prêtant votre. attention, que c'est un père » affectionné qui vous parle. Dans votre jeunesse, ». vous n'avez rencontré , dites-vous , que fans- » seté, bassesse et perfidie ; mais vous êtes-vous ». donnéla peinede chercher des cœui*3 vertueux? » Non, si je vous ai bien entendu. Vous vous^tes » livré à tous ceux que votre fortune amenait » près de vous, sans penser que l'or est un aî^ » ,mant qui n'attire que les ordures. Vous uavez » vu non plus que de mauvais ménages qui, à » bon droit , vous ont paru un enfer anticipé : » il en existe de pareils ^ je l'avoue , et trop sans » doute; mais ils ne sont pa& la règle, ils ne ».sQnt que de trop fréquentes exceptions.
». Croyez-moi , mon ami: celui qui , en se ma- » riant , ne fait pas une affaire d'argent ; celui ». qui a des preuves des vertus solides et des » qualités sociales de celle qu'il recherche; celui «qui trouve un amour désintéressé dans celle » qu'il épouse; celui enfin qui se sent un grand » fond d'indulgence, celui-là peut se marier » sans crainte. Ak! tout le monde, dan&ce can-
« ton f vous dirm qu'on peut être heureux dans » le mariage; on vous en donnera des exemples « nombreux , en commençant par vous citer le )». ulien» Hélas ! j'ai perdu depuis de longues an- « nées la compagne que Dieu m^avait donnée.
n M'en voir séparé était le seul malheur que je 9 redoutasse yéritableknent. Je disais chaque n jour: « Mon Dieu, enlève->moi tous^ les biens » terrestres^ nourris-moi de fruits sauvages; » mais }aisse*-moi la femme adorée que tii as *» unie à mon sorti « Hélas! Dieu , pour mieux » éprouver ma foi, ma ravi le bien qui m'était D le plus précieux. Cette épouse chérie était le » soutien de mon courage, de ma persévérance; V ses conseils , toujours sages , éclairés , étaient » mea guides..* quedis-je? ils le sont encore! » Souvent je la vois y je rinterroge, et sa réponse >» sait se faire entendre à nion ame. Nos liens ne n sont pas entièrement brisés..* et bientôt ils » seront serrés de nouveau, et pour l'éternité I » Le visage du ministre brillait en prononçant ces mots d'une céleste espérance. Rodolphe, éiùu profondément^ observait ces traits rayonnansde pureté et d^espoir, et son ame s'échauf-fait . au foyer qui brûlait près de lui. Oberlin continua : « Pardon de ce rétour sur. moi-même, » qui m a éloigné un peu du sujet qiii' nous oc- )> cupait. J'espère voùâ avoir coiivdincu qu'il
)» existe de bons ménages. Si vous pensez msin<^ 9 tenant x[ue le mariage est un état heureux n pour quelques-uns^ tolérable pour beaucoup , » vous. ne devez plus vous en effi*ayer s'il de-* » vient. nécessaire d'y secourir. C'est cette né-^ » cessité qu'il convient d'examiner : pour y » parvenir^ souffres quelques questions : Élise 9 était-elle vertueuse avant la faiblesse que vous » ave^ partagée avec elle? en avez«*>vous la côn^ )i victi6n?.*-^J'en ai la coaviclion la plus en«<- >> tière^ répondit Rodolphe, ety malgi^ eelte » faiblesse^ je suis certain que son ame est tou'^ » jours pure.-^L'aimezrvou&enc<;»%?Âutantque » jami^s.. -r Ëtes^vous convainouque son. union » avec vous ferait sa félicité?-*-^ J'en ai Ja certi- » fcude^ ai elle ne croyait pas pourtant que je lui 9 fisse un saii^rifice.--*D'aprës vjOs assertions y le » d^yoir vous ordônne.de répouser, si quelque v/obstoote vraiment légitime ne.vient s^'y oppo-^ » /ler. Voyons ai ceux qui se. montrent présentent )» .pQ caractiire. La religion d'£lifie> différente de » la ; votre >, paraît s'offrir d'aboiti pour vouséloi-»* n gne.r. d'elle ; mais doit-elle vous en séparer? » JU^s. Juifs y qui fornoaieiit jadis/le peuple de » Pieii^ furent, coupables , il est vrai, d'avoir » inécoiMPLU Jésus-Christ 9 d'avoir nié la lumière D qui frappait leurs yeux; mais ceux qui véeu-^ n rent ensuite » élevés pai* leurs pères a ne pas
> >4in^Ui)0 Ja. diviâité. duiSaiiveur^ ne sont pas i^.oriinioels. quand ila la mécoilnaisseiit ^ et, » j'en 3uis sûTi Dien^ avant l'instant fatal, se ina«* D nifeste. a ieurs regpards pour, les sauver* Je »: pense;que^ pour tout honimeanimé d'unB piété » Vijéritable/ et: tolérante par. conséquent y lare- H ligion tte sei*a pas regardéecomme un obstacle )i. réel à votre union avec Élise. Le nom de juif, tti.haï, méprisé par les préjugés , n'arrêtera pas » non. plus un homme qui , par ses lumières^ et n ^on éducation , . doit être au-dessus d'eux* » Quant au dégoût involontaire que voud inspi- H.rent les juifs, il ne s- est point étendu à Élise , » a qui. les soins de votre père ont donné les »'m«eui*s des. chrétiens; car amour et dégoût 9. sont deux choses qui s'excluent. Abordons ». enfin Tobstacle qui semble insurmontable : y^. une sentence judiciaire frappe le père de i> celle que. vous aimez ; et votre mariage vous » rendra l'objet de la plaisanterie et du ridi- » cule. Oui, mais parmi les gens qui comptent y^ l'accom plissement des devoirs pour peu de rt. chose , ou ches ceux qui ne connaîtront pas n les détails de votre extraordinaii*e position. n Est-ce. donc là un bien grand malheur? Met-^ )> tez en comparaison les résultats de votre )» abandon : Élise peut-être , après avoir noblevment repoussé vos dons, languit en ce mo-
» Ijnen.t ^n proie/^ Is^ dùul^ur et $iu bésoii^^ Vous » frémisse;^ I vous entendiezJa.yoiK de la justice ^ j^'Crte 4aj|& VQtr^ cœur :^ .<( Tu dois u|i: n^in ». à: ton fi][s iiMstoq^nt; tes pro«il)ease9 à Élise n'é*» »; taiefil point coiiditipunelles ; ,tiX i^anques à ta ». parole^ àJ'hôiineur^ eu neje^ aecomplîs^nt » pas«>» JNlon> vous uq balaiicez .plus, qntiie; de » tels devoirs et la crainte dea saFcasnfKs d'un » iponde frivole! Ces vains propos^ cîroyez- » moi> auront bientôt cessé., tandis que le re*- » mords vous poursuivra sans relâche. O^i, j'en y> suis certain , vous ne balancez p}us;^vous £e- » rez justice à Élke > que vos s^rmensont déjà 9 rendue: votre épouse , çt vous ne, fernûierq;^ » pointrVoreille à votre fils, qui yous demanda » une caresse paternelle. Ah l eroyez^moi , la sa- » tisfaqtion.que vous ressentirez d'avoir faitvo- » tre devoir vous donnei*a un bonheur que. l^ë » vertus d'Èlise et les grlices. de votre enfant » augmenteront tous les jours; et vous r^;i*et- » terez dé uavoir pas joui plus tôt . de. tant de y> félicité. » Rodolphe, entraîné par ces paroles » pit>iioncées avec feu , frappé .par. quelques « considérations qui n'avaient jamais paru si n clairement à ses yeux , et maîtrisé surtout par » Tautorité qu'exerçait sur lui la vertu du min nistre , s'écria :. « Je pars , mon père , je vais » chercher Élise , je vais réparer des torts trop
» prqkMigés.^ — Je dois, ditOberiin, vous prier » de m'ftccorder encore une journée*. • En ce » moment, je riens de vousconyainere que tou8 » deves épouser Élke^ et donner un père k retape » fila ; mai» qui voue aâsui^-que la réflexion ne )» viendra pas vims montrer bientôt que j'ai » employé des ai^fumens plus spécieux que ao«* » lides? Je vous le demande comme unegràce, » restes encore un jour au presbytère, et, si » demain rien n'est venu ébranler votre résolu^* » tien , vous serez libre de partir. Dana une » heure , le service divin m'appelle k Fouidai ; iTT^Hiles-voud m'y accompagner? » M« deHarr Alt forcé de céder aux instances de son hôte; il lui fit la promesse d'attendre le lendemain, et s'engagea avec plaisir à le suivre k Fondai*
Tout ce que le vénérable ministre venait de lui dire de son heureuse union trop tôt rompue, donha à Rodolphe un A^if désir d'en connaître quelques détails. « Mon père , dit-il à Oberlin , 1^ arrètez*moi si je deviens indiscret. Tout, dans » une vie comme la vôtre, est rempli d'intérêt; r> puis^je vous demander quelles circonstances » ont amené votre mariage? -^^ C'est Dieu^.mon » jeune ami, qui m'a désigné Tépouse qu'il me n destinait. Écoutez-' moi, et vous en serez » peut-être convaincu comme moi* Quand je )) vins me mettre à la tête du tix>upeau faible et
(9« ) )» dispersé qui m'était confié, une de mes sonars » Toulut bien ^^accompagner ici , pour y éta» -» blir et surveiller quelques mois mon petit mé*ïf nage. Peu de joiu*s après son arrivée, nos pa-- » renslui envoyèrent une de nos cousines, dont n la santé demandait qu'elle respirât pendant S) quelques semaines Tair vif et pur de ces mon* •n tagnes. De mes nombreuses parentes, elle n était celle que j'aimais le moins; et, pour dire D toute la vérité, j'éprouvais pour elle une es^ » pèce dVloignement dont je me blâmais, éar » il n'était aucunement fondé , puisque je ren** n daib justice à toutes ses excellentes qualités* » Son séjour à Waldbach , loiq de changer mes n dispositions à son égard , ne fit que lés enra^^ » ctner, et ce fut avec une sorte de plaisir que » je vis arriver son départ du. presbytère. Mais » au moment bit j'allais lai adresser mes adieux ^ » j "entendis une voix secrète murmurer à mon M oreille : « Voici l'épouse qile Dieu t'a desti- » née.» Je ikiéprisai un moment cette voix; mais >j elle continua à se fâii^ entendre et devint si » impéi^iéuse , que je ne pus douter qu'elle ne )> fût celle du ciel. Vous jugez facilement dans )> quel trouble elle me mit... Enfin ^ cédant à » l'ascendant suprême , je deiriandai avec une » vive émotion, a ma cousine, si le Ban de la » Roeli;e ne lui semblermt pas un exil insUppor-
( 9*0 i^'bMe^ si elle était condamnée à y i^ivre..^ Elle )» me répondit avecclouceur qu'elle préférerai t, » au:eontraire^ cette existence paisible à la vie i> cigitée.dès gcandes yilles...% « Maist, ajoutai-je, t> cette. manière de voir ne <^àngerait-^elle pas^ D si vous étiez lafemme du pauvre pasteurde.ee »». .pauvre canton?... » £lLe.me comprit^ rougit » fortement> et m'avoua en tremblant que de* » .puis iong-^tems elle avait un secret attache- » ment pourrmoi , et qu-elle préférait k tous les 1» titres celui d'épouse du ministre de Wald- » bach. C'est ainsi ^ mon jeune amiy que se dé- » cida cette union y qui me. donna dès cette vie » une félicité si grande qu'elle m'effrayait queU «. quefois; une félicité , qui n'eut rien de plus m. vif que le chagrin de l'avoir vue cesser I » Le bon ministre était vivement ému. U tendit la main à Rodolphe^ et le pria de le laisser se préparer au service qui devait bientôt avoir lieu. Oberlin venait de parler de la félicité dont son mariage avait été la source , et de la trop courte durée de son bonheur. Rodolphe ne put s'empêcher d'aller trouver Louise, et de lui faire quelques questions sur M"'^ Oberlin. « Bonne » Louise y lui dit-il ^ vous étiez dans cette. sainte » maison quand M. Oberlin perdit sa compagne » chérie : quand et comment arriva cet événe- »;nient funeste?,.. — Vous rappelez, répondit-
(93) » elle^ des souvenirs bien douloureux! Lamé- » moire de ma chère maîtresse est toujours w dans mon cœur ; mais parler de sa perte I» inattendue^ de la consternation d6nt elle vint n nous frapper y est toujours une tâche pénible » pour moi! Rien^ ajouta-t-ellè, n^ nous avait
» préparés à cette mort soudaine = Mais que
» dis -je! M. le ministre en eut de tristes et » liréquens pressentinaens. Feu de tems avant » d'aller retrouvet* son Sauveur^ ma chère maî- >» tresse avait été obligée de faii-e un voyage à » Strasbourg ; pendant son absence, le bon w papa fut tourmenté d'une inquiétude vague » et profonde qu'il ne pouvait surmonter.
n Souvent la santé de madame l'avait forcée a y> des absences. Quelquefois elle avait été aux » eaux de ]Nider*Brown; plusieurs fois elle avait » fait ses couchés a Strasbourg ; et quoique ses » séparations momentanées lui fussent doulou*- » reuses^ jamais mon maître n*avait été dans » une pareille anxiété. Pour calmer son ame » agitée , il demandait le secours de celui qui )i peut tout ; mais rien ne diminua son tour- » ment que le retour de celle qui le causait... » Un soir (il me Ta redit souvent), c'était deux )) mois après la naissance de son dernier enfant> » ma maîtresse^ après la prière qu'elle faisait » toujours avec son mari , s'entretint plus long--
(94) » tems ar^e lui qu'à Tordmaire ; et , dantf la n eonversation la plus douce^ elle lui parla aree » vivacité du bonheur dont elle jouissait. « J'ai » trouvé près de toi, disait^lle^ la félicité la » phis grande que le moiide puisse offrir. C^est » à toi^ après Dieu^ cher époux, c'est a toi que » je dois tout...*. » Dans son attendrissement , » elle pleura long-^tems^ dans le sein de mon-** » sieur ; mais songeant enfin k la &tigue dont » deux nuits et deux jours de travaux et de » courses extraordinaires avaient du accabler » son mari f elle se retira dans . son apparte-* tt meut y que y dans ce moment, je partageais » avec elle et l'enfant qu'elle nourrissait. Mais » avant de se coucher, elle s'appsoeha de chacun » de ses enfans endormis, les embi^assa; et, ce « qu'elle ne faisait jamais , elle plaça ensuite sa T$ main sur leur t^ta, et leur donna sa bénédic^ » tion. Enfin^elle se coucha; mais à peine étais*n je endormie , que je fus réveillée par ses y^ plaintes. Je me jetai en bas de mon lit, et^ » m^approchant du sien^ je lui demandai ce » qu'elle avait : o Je me sens bien mal, v me » répondit** elle. Aussitôt je courus appeler » monsieur, et je redescendis auprès d'elle.
» Je la trouvai mourante... Mon maître , suc<^ )x combant au besoin de sonuneil ^ ne m'avait i> pas entendue. Je courus de nouveau près de
(95) » hiîy et^ le tirant CtHlement par le bras^je
» lui criai : « Madame se meart » Eb un
« moment il fut près d elle. Elle était assise 9 sur son lit quand nous rentrâmes , et nous )» Fentendtmes s'écrier : « Seigneur I tire-moi » de cette cruelle situation L.. » Monsieur avpit » passé son bras autour d'qlle pour la soutenir ; \ il dit l'avoir sentie agitée par un tremblement )i convulsify et avoir entendu un craquement » dans sa poitrine..* Après cette crise, ellesem*^ « bla tranquille. Monsieur la coucba doucement » sur son lit^ mais^ grand Dieul quelle fut sa » terreur, quand, lui prenant la main, il trouva » que le pouls avait cessé de battre !... Il plaça » sa main sur son cœiir, ses palpitations étaient » arrêtées... Dans un état d'égarement , il sor- » tit précipitamment de la chambre, monta au » faîte de la maison, et la, se précipitantk genoux, » il supplia Dieu de lui conserver son épouse , » et redescendit ensuite avec la même vitesse. » Au moment où il allait rentrer chez madame, » un bonvoisin que j'avais appelé voulut l'avertir » du malheur qui Vavait frappé... Il ne l'écouta » pas; et, l'écartant violemment de son chemin, » il entra dans la chambre funèbre. Il se jeta sur » le corps de sa femme , la serra dans ses bras , » appliqua l(mg-tems ses lèvres sur les sien-^ » nés... Hélas! tous ses efforts furent inutiles :
(96) » l'ame de madanâie était déjà paséée aux^égiciiM n l)£eiilieureuses...«. Je n'essaierai pas de nous nf peindre le délire dans lequel tomba' M. Ohcn- » lin 9 ' quand: il fut^bien sûr qu'il nié .tenait plus » dans sies brasqù'un cadavre. . . « Je v^tix nu)urir<; » je ireux qu on m'enterre aveic elle y s'écrîait-îl » àcl»»que> instant; je ne veux pas en être sé-^ » paré!.*, ^on, je veux- que 'la mémefosdê nous" » engloutisse tous les dteuX'!»' Ses yeux^étaient » égarés > .sa figure bouleversée . . ; Je tremblais > )> depuis quelques instans^ pour la raison de ce » maître cbéri^ quand soudain je te vis âe pros- » terner la face eontre terre. Il resta très-lohg- » tems dans cet état ; enfin il se releva. Âloi^ » son visage était redevenu calme; il leva au ciel » ses yeux qui venaient de trouver des larmes^ et M dit avec douceur : n mon Dieu ! que ta volô«ité » soit faite!... » Il était résigné/ et des lors au- )> cuneplaintene s'échappapliisdêson sein; Mais » il ne croit pas rompus les nœuds fortunés qui » Tunissaient à ma bonne maîtresse... il la croit » occupée^ près des puissances célestes^ à veil- » 1er sur lui^ sur ses enJPans^ sur son cher Ban » de la Roche. Partout il se sent accompafgné de » son ombre heureuse; il lui parle; il l'inter- » roge; il lui demande des conseils dans rintérèt » de ce canton , et sa réponse sait se faire ,eîi- » tendre à lui. Jamais^ c'est du moins sa convie-
(92) 9 iiofi profonde ; jumsiis il n a «a à $g repontîv » d'avoir exéoutélfs pi^jets qu'elle luir^mblaii » approuTer, et souvent le tems lui a montré les » inconvénteiis graves qui auraient suivi l'ac^^ i> cèmpliasement de ceux que sa voix secrète
» avait blâmés, n .
' L'heure fixée par Oberlin ayant $omi4y M- dQ Harr rentra dans 1^ bibUotlièque d-oii ^n h^te se d^spos^it àsortir^ etlneAtôt tau$ deuît s*élôi* |;nèrentdu piresbytère. A tous les^eiitiiui$risqu*il éprouvait déjà pour- Oberlin , s'unissait en oq momeiil une vive sympathie eaUsée par les malheurs dont Louise venait de l'^iitrefcenir ; et la erainte seule d'attris^ter le vieillard l'empêcha de lui dire qu'il venait d'apprendre ses infortunes, que ses pleurs avaient oonlé à ce l*;^it, et qu'il 'Fai mai t encore davantage depuis quf'il savait combien il avait été malheureux.
C'était uq dimanche ^ le Ban de la Roche avait lin air de fdte. Des villages ^ des hameaux^ d«8 maisons isolées qui peuplent s&môntueuse auBface, des habi tans dans leurs habits les plus propres.sê rendaient à Foudai , et animâtent ce tha'nquille tableau avec lequel «loi^s l'amede Rodolphe était en harmonie... A mesuras que dés sentiers aboutissaient sur la route, ils y aînen^ient dé nouveaux groupes. Là marche du ministre était ralentie par les enfans qui accou**-
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(9») raient à lui et se disputaient ses mains qu'ils couvraient de baisers... Les parens^ en essayant d'épargner au pasteur les marques bruyantes de ralFection de leurs enfans, lui prodiguaient eux-mêmes mille marques d'attachement et de respect^ et le nom du bon papa était répété dans toutes les bouches. Quand la congrégation fut rassemblée dans le temple de Foudai , lé ministre monta dans sa modeste chaire^ et commença le service qui eut lieu avec le plus grand recueillement de la part de l'assemblée. Les dernières prières terminées ^ le bon pasteur s'occupa d'un intérêt temporel et adressa ainsi la parole à ceux qui l'écoutaient : « Chers » amis de Foudai ^ il y a bien des gens qui depuis » long-tems désireraient qu'un certain chemin » qui passe sur votre Ban et va à Zollbach , » fût rétabli et mis en bon état. II se fait beau- » coup de bien à Foudai , beaucoup de bonnes » œuvres ; voudriez-vous aussi faire celle-ci ? » Voudriez-vous la faire pourl'amourde Dieu, » que vous invoquez tous les jours , que dans ^ la prière dominicale vous appelez Père, et au« » quel vous ne sauriez faire de plus grand plai* y» sir que par de bonnes œuvres? Voudriez-vous » la faire pour l'amour du Seigneur Jésus-Christ » qui,aussilong-tems qu'il fut sur la terre^ était » si complaisant et aimait tant k faire plaisir ^ et
» qui vous a i*aclietés pour fonder un peuple » aélé pour les bonnes œuvres? Voudriez-vous là la faire pourTamour des enfans de Dieu qui » sont .à Zollbach ? Vous savez que tous les seri) vices que vous rendeiz à des enfans de Dieu , » à des disciples du Seigneur Jésus-Christ y » Dieu les regarde comme rendus k lui-même.
yi. Voudriez-vous la faire pour l'amour des ser- .^) viteurs de Mammon qui sont à Zollbach « » pour leur donner uu bon exemple et gagner » leurs cœurs par votre générosité? Voudriez- II vous la faire enfin pour Tamour des animaux, » que Dieu, notrepèreetcréateur,a aussi créés, m qu'il a même honorés comme nous de son tt alliance après le déluge , et auxquels il a » donné des représentans devant son trône , » pour nous apprendre qu'aucun bien , qu'au-^ » cun mal que nous faisons aux bêtes ne y\ sera oublié, et ne manquera d'être récom- » pensé ou puni. Réjouissez, chers amis, ré- » jouissez le cœur de notre Seigneur Jésus- » Christ; réjouissez lecœurde notre père céleste; » réjouissez celui de vos ancêtres qui sont au » ciel ; consolez par là le cœur de ceux de vo» » aïeux ou parens qui dans la seconde mort )> soufi\*ent les peines de leur manque de cha- » rite, et qui désirent que vous fassiez mieux u qu'eux , afin que^ lorsque vous serez élevés et
» reçus au ciel , vous puissiez les recevoir dans » vos tabernacles étemels. » En terminant cette exhortation , le ministre sortit de Téglise et fut entouré par les anciens du village , qui réglèrent avec lui le travail et les détails relatifs au cbêmin qu'ils consentaient à faire.
Aprësleservioe, M. Oberlin s'occupàd'achever le recouvrement des créances du pauvre colporteur qui la veille était mort % Foudai, et M. de Harr choisit ce moment pour faire une visite à la famille Legrand. Il se fit indiquer la maison qu'elle, habitait , et y arriva a l'instant ou elle rentrait du service par un autre chemin. Il fut reçu dans une salle basse , meublée avec eomfort et simplicité ; un store peint gaitintiBsait l'appartement du soleil de midi. Rodolphe fut accueilli avec la plus grande cordialité. Mé Legrand père , qui semblait avoir pa«sé soixante-<lix ans, était grand et d'une physionomie spirituelle à laquelle sa conversation ne donnait pas un démenti. Les autres membres de cette respectable famille alors présens , étaient M"^* Legrand la mère y sa fille , son fils aine y nommé Daniel , et sa femme ; le second fils de M. Legrand était absent. Se trouvant bientôt k l'aise au milieu dé cette bonne famille, l'étranger demanda à M. Legrand quelle circonstance avait pu amener dams une gorge des
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Vosges 1*11 n des directeurs de la république helvétique , modelée par la propagande sur la république dont la France eut iani à se féli* citer <c Vous devez savoir ^ monsieur , répondit » M. Legrandt que ce n'est point à la naissance » ni aux titres de noblesse. que les. républicains » ont égard pour choisir ohez eux les dépoSi«^ » taires du pouvoir ; vous ne trOuTeréz^ par con« » séquenty pas étonnant que plusieurs de nos » directeurs fussent semblables aux Reubel ou aux Larev eillère -Lepaux. Après la chute de » notre nouvelle forme de république, je rentihai D dans la vie privée, ainsi que le firent en France » ceux que je viens de nommer , n'ayant na^^p guère pas fait plus de démarches qu'eux pour ^) en sortir. Mes fils avaient établi une fabrique de » rubans à Saint^Morand, près d'Altkiroh,dans » le Haut<-Rbili , non loin de la frontière de w notre pays. Je les suivis avec le reste de ma » famille « Là assez long-^tems je les aidai dans » leurs tl*avaux> et, convaincu que l'ignorance est » le plus grand ennemi de l'hotnme , je m'oo* » cupai avec ma fille à apprendre aux enfàns » de^ ouvriers ce que je jugeais utile de leur M monti^er. Un soir de i8i3, un jeune homme, » voyageant le sac sur le dos , vint nous de- » mander L'hospitalité. Eu entrant, il me trouva n avec ma fille , au milieu d'un assez grand nonf •-
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9 hre dcnfans que nous instruisions... Il parut » enchanté de nous voir occupés desoins pareils, » et nous dit qu'il se croyait encore chez son » père. H nous apprit alors qu'il était fi}s d'O-* » berlin , pasteur évangélique au Ban de la » Roche y et nous parla en détail des immenses )» travaux de son përe..« Etonné de font ee que » j'entendais sortir de sa bouche , je formai et N j'exécutai bientôt le projet d'aller au Ban de » la lloche , et de juger par moi-même si l'a^ » mour filial n'avait point empreint d'exagéra- » tion le récit de Henri Oberlin... Après deux » jours de séjour à Waldbach, je fus bientôtcon* » vaincu que cet excellent jeune homme ne » m'avait pas même entretenu de la moitié des » bienfaits de son père^.. Je me présentai chez » le saint pasteur ; et comment le voir et l'en^ M tendre sans désirer de l'entendre et de le voir » toujours ? Dans un de nos entretiens , je lui » trouvai un jour l'air soucieux ; il voulut bien » m'en confier la cause. Naguère^ à force de » peines et de démarches , il avait introduit la » filature de coton à la main dans son cher » Ban de la Boche. Celte branche d'industrie » avait beaucoup augmenté le bien-être de cet te » pauvre contrée; mais, depuis quelque tems , » c^lle languissait et menaçait de tomber en tiè-*- }) rement.par l'introduction des mécaniques. En
( io3) » l'entendant parler , je fus frappé d'une idée ^) 90udaine : la fertilité du pays où était placé » l'établissement de mes fils y offrait plus d'ài) vantages aux habitans dans les travaux agri- )> coles que dans ceux de l'industrie; elle de- » vait être à jamais un obstacle à l'agrandisse- » ment de leur fabrique , et déjà nous avions » pensé à l'établir ailleurs; je conçus aussitôt )) le projet de la porter à Foudai... J'écrivis à » mes enfans , en sortant de chez M. Oberlin ; » ils approuvèrent mon dessein , et bientôt je » réjouis le cœur du bon ministre par cette » bonne nouvelle. En perdant le moins de tems » possible f je préparai les voies à mes enfans, » et au bout de deux ans leur établissejnent fut » ici en pleine activité. Chaque année ils ont » augmenté le nombre de leurs métiers. Leurs » affaires temporelles ont beaucoup gagné '^ et » j 'espère pouvoir en dire autant de leurs afiai- » res spirituelles.. • Comment en effet , ii moins }y d'être sans yeux , sans oreilles^ et surtoutsans )} ame y ne pas devenir meilleur y plus pieux » et moins indigne des regards bienveiilans de » la Divinité y quand on passe ses jours près » d'un homme comme Oberlin ?... n
Après une demi-heure d'une conversation qui l'avait beaucoup intéressé, M. de Harr se leva pour sortir; mais M"^* Legrand le pria avec
itistaace^ de rester tr dîner avec sa fauiiUé y à laquelle le bon pasteur avait promis de se joindre. Cette offre fut faite avec tant de cordialité^ que Rodolphe ne put se défendre de Taccepter. Quand il eut dotitié son consentement ^ M. Daniel Lègrand rengagea y êii attendant lé moment du repaS , a visiter rétablissement. En lui montrant les divers ateliers et les magasins oit les produits étaient rassemblés , M. Daniel s'apër-^ eût de rétonnetiieht de Kodolphe à la vue du petit nombre de métiers éi des salles étroites ou ils se trouvaient placés. « Presque touâ nos » métiers 9 lui dit-il , sont disséminés d^iis là n montagne. Il nous eût été plus avantageux de )) les avoir réunis sous nos yeujc ; maïs nous n'ai^ j) mous pas les rassemblemens d'ouvriers. L'in- )) dustrie est nuisible t]uand elle s'exërèe Ainsi; » car^ dans les fabriques en général, la santé )» s'altère et les tuœurs se corrompent : Tindus-^ » trié n'est vraiment Un bienfait que lorsqu'elle )S donne du travail à l'ouvrier dans su propi^ »' chaUiBiëre, et que, auxiliaire dé Tagricul- >> turë, elle empidie les longues joui^nées d^hi-^ a vei' et les momens perdus dé la belle saison. )> Nous ne ràsseniblons ici qu'uné trentaitte de )i personnes; elle* sont réparties dans pludeurs » ateliers^ et séparées par seiéj nous «xer-** » çons sur elles une grande SUrveillanee ; nous
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D lés engageons k se bieh >eondtiire par nos » e^faortJBitlbîis et par des prinles que nous àc-^ 1» cdrddns à la bon^e conduite. » M. de Harf^ admii^it dette scrupuleuse attention apportée au bieii^être des ouvriers qùé, presque partout ailleurs^ les maîtres de fabrique ilé consîdèrebt qlië comme des machines )3rbpres k les eilri^. chir: M. Daniel s'exprittiàit avec feusur tbutce qui touchait à la religion 4et à la philakltropie , et son heureuse conviction brillait sur son vi^ sage. C'est àrinstitùt de RéichenaUy où Philippe d'Orléans V aima mieux se faille professeur que de mendier le secours dé l'étranger^ queMIVI, Le-»grand fils ont été élevés; et c'est là (ju'îls ont puisé les connaissances» les vertus et la piété qu'ils possèdent.
En sortant de l'établissement, Rodolphe et M. Daniel se promenèrent eU causant sur le bord du tdi'rent ; Gberlin redevint bientôt le sujet delà conversation, et Rodolphe apprit de iiouveatix bifehfaits de son hôte. Avaiit lui aucuil métier n'était exercé dans toute l'étendue dii Ban de la Roche , et quand un char, un oiitil ^ étaient cassée, il fallait aller au dehors pour les fiaiir e répareir où les remplacer , ce à quoi les kieiges^^ ' tes dëbordemens , s'opposaient Souvent. Le bon ministre fit un petit magasin des outils les plus nécessaires, et il les donnait au prit de fa^
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brique. Plus tard y il envoya à ses frais en apprentissage, au dehors, des jeunes gens dont il avait devinélesdispositions; et, auboutde quelques années^ le Ban de la Roche posséda de bons ouvriers dans tous les métiers nécessaires a ses habitans. Un médecin manquait aussi au Bande la Roche : Oberlin avait des connaissances en médecine et en chirurgie, mais il ne pouvait suffire à tout. Toujours à ses fi*ais, il fit étudier à Strasbourg, un jeune homme plein de dispositions, qui revint ensuite sous le chaume paternel, et rendit les plus grands services aux cinq villages, oii on avait recours, la plupart du tems, à des personnes qui se vantaient de guérir avec de prétendus secrets et en disant certaines paroles.
« Quelle vie admirablement remplie que celle >j de votre ministre I s^écria Rodolphe. Que ne » peut-on envoyer ici tous les hommes étudier » Tart d'être utile, et en puiser le désir dans les » discours d'Oberlin ! Il mérite les distinctions » les plus éclatantes, et le souverain qui les lui » accorderait s'honorerait plus qu'il n'honore- )> rait le bon pasteur. Combien de décora^ » tions prodiguées! et k la boutonnière d'O- » berlin ne brille de tems à autre que la )) simple jQeur des champs. » M. Daniel interrompit M. de Harr pour lui apprendre que la croix de la Légion - d'Honneur venait d'être