‹ Le Paternalisme et Ses LimitesChapitre 12 sur 37 · LA LUTTE CONTRE L' ALCOOLISME · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE L' ALCOOLISME

la fois un triple but : but individualiste, but social, but national, et qu’il est quasi impossible de discerner dans quelle mesure chacun de ces différents intérêts a influencé le législateur. [l est peu de questions, én effet, sur lesquelles on puisse constater une solidarité d'intérêts aussi complète eutre lIndividu, la Famille et le pays tout entier. Tous les trois ont intérêt à ce que la consommation de l’alcool soit aussi limitée que possible : l’Individu ; parce que l’habitude des boissons alcooliques est pour lui le prélude de toutes les déchéances physiques et morales, parce que l'alcool, comme le disait, dans un magistral discours, le docteur Launelongue, alors député, à la séance de la Chambre du 6 juin 1895, « entame et « désorgauise le système nerveux, et amoindrit dans de « notables proportions la force de résistance que l’homme «sain peut opposer ‘aux épidémies (1) », parce que l'alcool, en affaiblissant et en détruisant peu à peu ses forces physiques et morales, le rend incapable de se conduire honnëtement et de gaguer sa vie.

C’est aussi l'intérêt de la Famille, parce qu'il suffit qu'un seul de ses membres soit un dipsonsaniaque pour que le malheur s’abatte sur tous. Non seulement, en effet, ce membre gangrené d’un corps sain ne profitera en rien à la collectivité familiale, mais encore 1l Pappauvrira, en l’obligeant à faire les dépenses indispensables pour soutenir sa vie inutile; parfois même, il lui fera

(1) Journal Officiel, Séances de la Chambre, 1895, page 1602.

supporter le prix de son vice. C’est l'intérêt de la Famille, parce que l’alcoolique, irascible et brutal, insulte et bat sa femme et ses enfants, et devient pour ces deruiers soit un redoutable exemple, soit, ce qui n’est pas moins à redouter chez un père, un objet de mépris.

C'est aussi l’’intérêt de la Société, parce que la Famille, malgré les attaques qui sont dirigées contre elle, constitue le cadre esseutiel de la vie sociale, et que tout ce qui affaiblit la Famille affaiblit aussi la Société. C’est l'intérêt de la Société, parce que l'alcoolisme est le grand pourvoyeur des hôpitaux, des asiles d’aliénés et surtout des prisons ; parce qu'il nous prépare enfin une génération d'êtres incomplets.

Il a été constaté, en effet, à la suite d'observations qui, ayant porté sur un très grand nombre de cas, ont une réelle valeur scientifique, qu’il manque toujours quelque chose à un fils d’alcoolique. Si ce n’est pas une iofirmité physique, c’est une infirmité morale dont il sera atteint, et la plus fréquente comme la plus dangereuse , de ces infirmités, c'est l’absence complète de la notion du bien et du mal.

C’est enfin l'intérêt de la Nation, parce qu'it est de toute évidence, que les pays où l'alcoolisme, même sans se développer, reste stationnaire, verront leur population d'infirines, d’idiots, de nou-valeurs sociales, croître sans cesse et suivant une progression forcément de plus en plus rapide; et il en résultera fatalement que ces malheureux pays seront, vis-à-vis de leurs rivaux, dans

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