L OPIUM ET LA CONSOMMATION VICIEUSE
Cbassé de Chine, l’opium cherche à s'implanter en Europe. 1! est loin d’y constituer encore, dans aucun pays, uu péril national ; mais il y est déjà devenu, pour certains hommes un véritable danger et l'Etat a trouvé là uue excellente occasion de salisfaire ses tendances paterualistes eu interdisant, par le décret du 3 octobre 1908 (1), lintroduction et la vente de cette dangereuse substance.
Un nouveau décret, en date du 20 mai 1909, a même étendu cette prohibition à toutes les colonies françaises, sauf à l’Indo-Chine.
L'Iudo-Chine jouit, en effet, pour employer un mot à la mode, d'un véritable statut de l'opium, actuellement régi par l'arrêté du gouverneur général du 7 février 1899. L’opium est en Indo-Chine, comme l'alcool en France, une excellente matière à contribution. Cela suffit à expliquer la tolérance qui lui est accordée.
Ajoutons cepeudant que depuis quelques années l'administration semble avoir compris que des revenus de cette sorte coûtent fort cher et sont à peine suffisants pour compenser les dépenses de police el d'assistance qu'ils entraînent. Cet esprit nouveau se traduit notamment par Parrêté du 19 juin 1907 qui interdit l’ouverture de fumeries nouvelles en Annam et au Tonkin et défend aux tenanciers des fumeries existantes de recevoir des femmes, des mineurs de 20 ans ou des Européens.
(1) Journal Officiel, 1908, page 6813.
Le ministre de Ja Marine à pu aller plus loin vis-à-vis de ses subordonnés et leur interdire la consommation de l'opium, même dans un lieu privé. Nous devons ajouter cependant que cette mesure disciplinaire semble avoir été inspirée au moins autant par l'intérêt de la défense nationale que par uu désir de protection individuelle. |
On peut rapprocher de l’opium quelques autres « excitants » ou « apaisants », tels que la morphine, la cocaïne, etc. Mais, beaucoup moins menaçants, ils n’ont pas encore donué lieu, au moins en France, à une réglementation spéciale. Ils sont simplement soumis à la réglementation générale des poisons, qui prescrit aux pharmaciens de ne les délivrer que sur le vu d’un certificat médical.
Arrivés au terme de ce chapitre, consacré à ce qu’on a très Justement appelé la « consommation vicieuse », si vous jetons un regard d'ensemble sur les différentes mesures législatives que nous avons eu à étudier, nous constatons qu’en somme, il ny a encore, en cette matière, à peu près aucune mesure paternaliste, qui viole ouvertement la liberté de l’Individu. La plupart d’entre elles procèdent plutôt par voie détournée. C’est une heureuse tendance.
Nous allons voir maintenant que dans l’autre grand champ d'action du Paternalisme, dans la protection du travailleur salarié, il n’en est malheureusement pas toujours ainsi.